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NAPOLEON 1° -— MARÉCHAL.NEY

L'autre lui rappelle qu'il était en Italie. « Alors vous « êtes content? » d:t Napoléon pour clore l'entretien. Et le soldat, sans hésiter, de répondre : «Oui, Sire, «très heureux de servir Votre Majesté, comme nous «étions contents de servir l’impératrice Joséphine.»

«L'évocation de la femme répudiée, au moment même où allait se conclure l’union avec la fille des Césars, était d’une audace extrême. En entendant la réponse du soldat, l'Empereur s'élança, et je crus qu'il allait châtier l’homme avec la cravache qu’il avait à la main. Celui-ci n'avait pas bronché. Toujours dans la raide attitude du militaire sous les armes, il regardait droit devant lui. L'Empereur le toucha presque, le fixa longuement dans les yeux, puis brusquement, sans mot dire, 1l reprit le chemin du palais. Il marchait précipitamment,; sa colère devait être grande, car à un moment, froissant quelques dépêches qu’on venait de lui remettre, 1l les jeta au loin. Le soir 1l resta enfermé chez lui et personne ne put l’approcher.»

«Ce trait est bien singulier, ajoutait le chancelier, et J'ai peine à le croire. Une seule chose me fait hésiter, cest la personnalité même du seul témoin de l’algarade : le maréchal, totalement dépourvu d'imagination, était incapable d'inventer quoi que ce fût. Pour qu'il ait raconté cette histoire, il faut vraiment qu'il ait vu la scène comme il l’a décrite. D'ailleurs, concluait le chancelier, je pourrais citer d’autres faits qui rendent celui-ci plus vraisemblable.»

30 novembre 1853.

Maret, duc de Bassano, était un des ministres du grand Napoléon, pour les finances (1), je crois. Or,

(1) Maret ne fut point ministre des finances sous Napoléon. Attaché de bonne heure à sa fortune et À sa personne, il fut, au lendemain du 18 Brumaire, secrétaire d’État et en même temps chef

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Napoléon était toujours furieux contre les sous-ordres employés. Il abordait le ministre avec un front si sévère que celui-ci, troublé, devenait malade et paraissait devoir succomber. Le vieux Portal, son médecin, apprit enfin la cause de cette maladie noire et lui dit un jour : « Mon cher ami, vous êtes un homme mort si vous ne faites usage d'un remède souverain dont voici la recette : toutes les fois que vous devrez avoir une entrevue avec l'Empereur, il faudra que vous prononciez ces paroles cabalistiques : «Je m'en Fiche ! 4 À

On dit que le duc mit le conseil en pratique et recouvra la santé. C’est toujours la même chose : 1l faut faire un pacte avec soi-même contre la peur des événements et des hommes, il faut se croire au-dessus des événements et de niveau avec les vaines terreurs qui paralysent tout ressort et nous rendent le jouet du Destin. |

— À propos de Destin, voici un fait très considérable : le duc de Nemours, au nom de ses frères et de sa mère, a opéré la fusion des deux branches de Bourbon. Il a reconnu le comte de Chambord pour chef, subordonnant la branche cadette aux intérêts de l’ainée. Cela s’est passé à Frohsdorff. On dit que Mme la duchesse d'Orléans n'accepte pas ce pacte de famille, mais, en attendant, cette alliance a beaucoup de prix aux yeux de l’Avenir.

— Je ne crois pas avoir parlé de la mort de M. Ar-

de cabinet du Premier Consul. Il conserva ces fonctions auprès de l'Empereur, qui, en retour d’une fidélité éprouvée, le prit pour confident de ses desseins les plus secrets. Nommé duc de Bassano en 1809, le portefeuille des Affaires étrangères lui échut en 1811; mais il dut le rendre, sans d’ailleurs tomber en diserâce, vers la fin de 1813. Les Cent-Jours le revirent secrétaire d'État. La Restauration le proscrivit. Louis-Philippe lui confia, en 1834, la mission de constituer un cabinet, qui fut éphémère.

A. BERTIN — JULES JANIN es

Bertin, le chef du Journal des Débats (1). Cette perte, très vivement sentie par mes amis les plus chers, ne pouvait passer inaperçue; aussi en ai-je été fort affecté. Mon pauvre J. Janin a failli être suffoqué par l'annonce de cet événement faite brusquement par M. de Sacy et Daru. Il y a eu bien des larmes, bien des soupirs. Hier, j'ai assisté à la première partie des obsèques. Les salons du défunt se sont remplis de l'élite de la société parisienne. J'ai vu M. Guizot, qui a bien vieilli; M. Thiers, qui engraisse beaucoup; M. Cousin, qui s'est rappelé nos dîners chez le chancelier; les deux Dupin, que Je connais par mon beau-père; puis M. Villemain, M. de Broglie, M. Viennet, M. Ingres, avec lequel j'ai longtemps causé; M. Duchîtel, M. de Salvandy, M. Dumont et une foule d’autres personnages.

— La salle du Trône, dans le palais du Luxembourg, était fort mesquine; on a dû la détruire pour organiser la grande fête de l’an dernier. M. l'architecte est en train de bâtir une autre salle, de la décorer convenablement, de lui donner toute la splendeur nécessaire.

ÏIl y avait dans l’ancienne salle un grand tableau de Renaud, représentant Napoléon I* monté sur un char, entouré de Renommées, de Gloires, ramenant en France les Arts, les Sciences, la Paix et l’Abondance. Lors de la Restauration de 1814, Mme la Dauphine vint visiter le palais du Luxembourg. Le conservateur de ce monument n'avait pas eu le temps de faire disparaître cette vaste toile, et quand la princesse demanda à ce gardien ce que signifiait ce tableau, celui-ci, un peu embarrassé, répondit que c'étaient les Sciences et les Arts donnant la France à l'Empereur.

Mme la Dauphine se contenta de dire avec dou-

(1) Bertin (Louis-Marie-Armand), fils de Bertin l'aîné, qui fonda le Fournal des Débats. Né à Paris en 1801, il mourut le 12 janvier 1854. Il était entré en 1820 à ce journal, dont la direction lui échut en 1841.

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ceur : «ll n'était pas besoin de la lui donner, il avait bien su la prendre.»

On ne manqua pas d'effacer la tête du héros et d'y substituer celle de Louis XVIII Vinrent les Cent- Jours; il fallut remettre le chef de Napoléon à sa place. Puis, à la seconde Restauration, les habiles décidèrent, pour plus de sécurité, de donner à ce corps si souvent décapité la figure allégorique de la France. Après tant de révolutions, cette peinture a été enlevée, roulée, et aujourd'hui elle dort dans les magasins de Versailles avec tant d’autres ouvrages de circonstance.

A propos de peinture, on n'avait pas pu, ou du moins pas songé, à enlever une autre toile placée dans la coupole de la salle, représentant l'apothéose de Napoléon. Il arriva ceci : pendant une séance de la Chambre des . pairs, un illustre membre, prêt à s'endormir, leva le nez par hasard vers le plafond, et 1l aperçut cette peinture représentant l'ogre de Corse (ce nom était à la mode); il s’horripila, il rugit en dedans, il réunit en comité secret un certain nombre de furibonds ultras et résolut d'interpeller le lendemain M. de Sémonville, alors grand référendaire de la Chambre haute. Il se trouvait heureusement dans ce conciliabule un homme qui voulait du bien au référendaire; il lui donne avis de ce qui se tramait. M. de Sémonville fait venir l’architecte, lui dit de remédier à ce mal à tout prix, si bien que l'on construisit pendant la nuit un échafaudage à l'aide duquel un peintre put substituér à la tête de ce Napoléon une tête d'Henri IV. Le lendemain, toute trace de ce travail avait disparu.

Le pair royaliste fit son discours, fulmina contre le grand référendaire, qui insultait à la royauté de la Chambre en laissant subsister ces images d’une tyranmie abhorrée. M. de Sémonville prit un air profondément surpris; 1l Jura ses grands dieux qu'il ne savait

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