CHAPITRE XI. — DÉCEMBRE 18:jl
été mal accueillie par l'armée de Lyon, beaucoup d'habitants ont cru que l'état de siège était levé.
« La circulaire de M. le ministre de l'intérieur à MM. les préfets ne diminue en rien mes pouvoirs dans les départements de la 6' division.
« Recevez, mon cher préfet, l'assurance de mon sincère attachement et de ma haute considération.
« Le général commandant supérieur des 5* et 6« divisions militaires,
« Le général de Castellane. »
Vingt-sept anarchistes ont été arrêtés; tous les comités des sociétés secrètes ont brûlé leurs papiers et se sont dissous; les principaux chefs sont partis de Lyon.
6. — Cette nuit, à deux heures du matin, le commandant de la place est entré chez moi m'annonçant que le commissaire de police de la Croix-Rousse lui apprenait que les sociétés sécrètes étaient en mouvement. Ordre a été donné sur-le-champ aux troupes d'occuper leurs places d'alarme.
Je descends de cheval, où je suis resté quatre heures après avoir parcouru tous les points occupés par les troupes.
Quand je suis arrivé à la barrière Saint-Clair, à six heures du matin, un employé de l'octroi m'a rendu compte qu'une voiture partie de Lyon, hier à neuf heures du soir, était revenue, n'ayant pu passer à Villars, où on battait le rappel. M'étant porté à la place Déranger pour y voir les troupes, j'ai reçu, par un cuirassier de l'escadron placé en avant de Vaise, une lettre du sous-préfet de Trévoux, du 6, trois heures du matin, m'annonçant qu'une bande de quatre à cinq cents hommes armés parcourt depuis minuit les environs de Villars en forçant tous les hommes à les suivre. Ils ont une charretée de fusils, et il est probable qu'au point du jour ils seront à Trévoux ou à Lyon. Les troupes sont disposées à les bien recevoir.
Le courrier de Paris arrive à l'instant avec les journaux et donne la nouvelle que tout est fini dans la capitale.
0' heures du soi7\ — Le courrier de Besançon est arrivé;
l'ordre est rétabli à Poligny et à Tournus, d'où les deux compagnies du 4« léger ont rapporté deux cent trente fusils qui étaient à la mairie. Maçon était hier au soir dans une situation critique; il paraît que les campagnes marchaient en nombre sur cette ville, où il y a un bataillon du 4" léger. Le général Partouneaux a, le 5, déconsigné les troupes de Grenoble, estimant que tout était dans un état normal.
L'intérieur de Lyon est calme; je garde néanmoins moitié des troupes sous les armes.
7. — Lyon est calme. Beaucoup d'ouvriers n'ont pas encore repris leur travail. Les principaux chefs des sociétés secrètes sont en fuite. J'ai réduit des deux tiers le nombre des troupes dans les places d'alarme, mais je me tiens sur mes gardes.
8. — Par décret du Président de la République en date du 7 décembre, je suis nommé général en chef de l'armée de Lyon; je continuerai à exercer le commandement supérieur des 5* et 6" divisions militaires, concurremment avec celui de toutes les troupes stationnées dans ces deux divisions.
Les propos des ouvriers sont mauvais : « 11 y a, disentils, deux personnes à qui il faut couper le cou : Napoléon et Castellane. » Ils comptent sur les révoltes du dehors; ils voudraient fatiguer les troupes et surtout me voir dégarnir Lyon, ce que je ne ferai pas. Les représentants de la Montagne ont écrit aux démocrates de Lyon de ne faire aucun mouvement Les démocrates sont abattus; les sociétés secrètes vont se réunir en une seule, sous le nom de Société des Vengeurs, qui se fonde à Paris dans le but d'assassiner le chef de l'État. Lyon est calme; les précautions militaires continuent. Neuf insurgés ont été arrêtés sur la frontière suisse.
Une dépêche télégraphique du 8, à dix heures du matin, du préfet de la Drôme, qui ne m'est parvenue que par le cour rier, me dit que l'insurrection tient dans six cantons de montagne; que si un bataillon d'infanterie n'est pas envoyé, l'insurrection pourra s'étendre. L'attaque contre Grest a dur< trois jours. Une dépêche du général Lapène dit qu'après avoir échoué devant Grest, les insurgés ont envahi Mirande et Saulce.