CHAPITRE PREMIER
Tous nos ministres sont malades. — Mort du général Pully et du baron de Glandevès. — Je suis nommé au commandement de la !'■« brigade de la 3« division de l'armée du Nord, à Valeucienues. — Mort de Casimir Péricr. — Le choléra à Valenciennes. — Passage du roi Léopold dans cette ville. — Mort du général Lamarque. — Le prince de Talloyrand ne veut pas de la présidence du conseil. — Ma vie à Valenciennes.
— Mort de la duchesse de Rohan et du baron Portai. — Des histoires absurdes courent sur mon compte. — Mort du duc de Reichstadt.
— Le roi Léopold, marié à la princesse Louise d'Orléans, passe à Cambrai. — Bal du préfet Méchin. — Je vois à Valenciennes la princesse Bagration. — Le gouvernement fait prescrire officieusement aux officiers de ne plus porter la croix de Saint-Louis. — On forme les bataillons de guerre dans ma division. — Le maréchal Gérard prend la direction de l'armée, — Arrivée à Valenciennes des ducs d'Orléans et de Nemours. — Nous franchissons la frontière le lo novembre 1832.
— Instructions sur la marche des troupes. — Le général Chassé. — Je visite Anvers le 2i novembre. — Je suis logé chez le baronnet de Schilde. — On commence Ils travaux d'approche. — Les sommations sont faites au général Chassé, le 30 novembre 1832.
i8 avril. — Il y a eu ce soir un peu de pluie, mais pas assez. La marquise de Montcalm, sœur du duc de Richelieu, la comtesse Pajol. les docteurs Dance, Asselin, Lefeuvre ont été emportés par le choléra: on ne conçoit rien à ce fléau.
Casimir Périer est en pleine convalescence; sa femme est
sauvée; son fils Paul, également atteint, va bien. Le ministre d'Argout, qui a eu une violente attaque, est hors d'affaire. Le docteur Broussais les soigne; c'est le médecin qui jusqu'ici obtient le plus de cures.
19. — 445 morts. Un peu de pluie a diminué le nombre des malades. Le garde des sceaux Barthe a la signature pour M. Périer; M. de Montalivet, pour M. d'Argout. Le premier ministre, en convalescence, est hors d'état de s'occuper d'affaires; celui des travaux publics est sur le grabat, et le ministre des affaires étrangères est en état d'imbécillité par suite de l'attaque d'apoplexie qu'il vient d'avoir.
20. — 372 morts. Nous sommes décidément dans la période décroissante.
Le lieutenant général comte de Pully, grand officier de la Légion d'honneur, a terminé sa longue et glorieuse carrière à quatre-vingt-trois ans. Capitaine dans « La Rochefoucauld-dragons » avant la Révolution, il n'émigra pas; général de division du 8 mars 1793, il se trouvait le plus ancien de l'armée. Il a fait toutes les guerres jusqu'en 1809; sa division de dragons se couvrit de gloire au passage de la Piave,à l'armée d'Italie. L'Empereur le nomma gouverneur du château de Meudon, puis en 1813, lors de la formation des gardes d'honneur, il eut le commandement du premier régiment.
Grand-père de ma femme, j'ai été à portée de connaître cet excellent homme : très spirituel, il était peut-être trop bon dans le service, mais il connaissait à fond tous les détails de son métier.
Il a eu une belle vieillesse. Sa probité et son courage dans sa carrière militaire ont été remarquables.
21. — Le baron de Glandevès, qui avait donné sa démission de pair après l'abolition de l'hérédité, est mort. Doué de quelque esprit, il était courtisan, tout en se donnant parfois des airs d'indépendance. Il parvint ainsi sous Louis XVIII et Charles X, sans aucun service antérieur à la Restauration, à devenir maréchal de camp, major des gardes du corps, gouverneur des Tuileries et pair de France. Il faisait, chaque soir, le whist de Charles X. M. de Glandevès, il faut lui rendre