‹ Journal du maréchal de Castellane, 1804-1862 (volume 3)Chapitre 181 sur 231 · CHAPITRE XI. — MAI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI. — MAI

l'assurance au ministère de la marine. Je ne m'endors pas néanmoins sur ce port, dont j'entretiens tous les gens influents que je rencontre.

2 mai. — M. de Salvandy. ministre de l'instruction publique, s'est trouvé malade au moment de son dîner du 1" mai, il n"a pu y assister: voilà encore un ministre sur le flanc. Il a fait une scandaleuse distribution de croix de la Légion d'honneur depuis le peu de temps qu'il est ministre. Il en a tant distribué qu'il a été obligé de demander un supplément aux Chambres pour achat de croix. On va faire une circulaire d'après laquelle, à l'avenir, les nouveaux légionnaires seront obligés de les acheter.

6. — J'ai dîné chez le duc Decazes. Ce qu'on a mis dans les journaux, à propos d'une erreur qu'il aurait faite dans son discours aux jardiniers, était vrai. Voulant prononcer le nom du comte de Paris, il a dit « le duc de Bordeaux ». En sortant de cette assemblée d'horticulture, il s'est rendu chez M. de Montalivet, lui racontant qu'il avait été très content des jardiniers, qu'il ne lui cacherait pas cependant que lorsqu'il avait prononcé le nom du « duc de Bordeaux », il avait remarqué un mouvement qui ne lui avait pas fait plaisir. M. de Montalivet lui a répliqué : « Je ne croyais pas qu'il pût être question du duc de Bordeaux. » Ce n'est qu'alors que le duc Decazes s'est aperçu de son erreur. Après le dîner, il a voulu me présenter au duc de Devonshire, il m'a nommé le duc de Sommerset; cependant je ne crois pas que sa tête déménage comme celle du maréchal Grouchy, qui est à peu près en enfance.

7. — Une discussion très vive a eu lieu à la Chambre des députés. M. Thiers a dit à propos de la discussion sur l'armement des fortifications de Paris : « Ces calomnies, je les ai toujours méprisées, je les méprise dans la forme qu'elles ont revêtue hier à cette tribune. » Il faisait allusion au discours de M. de Lamartine. Celui-ci a répondu : « Quand l'honorable M. Thiers aura expliqué à qui s'applique un mot que je n'ai jamais subi, je saurai la réponse que j'aurai à y faire. » Le président Sauzet les a invités à passer dans

son cabinet; les explications ont duré jusqu'à une heure du matin.

9. — Le président de la Chambre Sauzet a annoncé à l'ouverture de la séance que M. Thiers et M. de Lamartine étaient convenus de ne point se battre; personne ne doutait que cela ne fût le résultat de leurs réciproques injures.

13. — Le prince héréditaire de Saxe-Weimar, neveu par sa mère de l'empereur de Russie, et qui a épousé une fille du roi de Hollande, est ici. Il est parent de Mme la duchesse d'Orléans et loge à TÉlysée. Il se met dans le monde, il est venu hier au soir chez Mme de Castellane; c'est un grand Allemand de vingt-sept ans. Il est accompagné d'un gentilhomme et du baron de Weyland, chargé d'affaires de Saxe- Weimar à Paris.

On dit que toutes les occupations de ce ministre, ici, se bornent à envoyer, tous les trois mois, une perruque au grand-duc et des chapeaux aux dames de la cour.

19. — J'ai dîné chez le chancelier Pasquier, il ne rajeunit pas; sa nièce, Mme d'Audiffret, fait les honneurs; son fils, qui a vingt et un ans et que M. Pasquier vient d'adopter, héritera de sa fortune et de son duché. Ce jeune homme est petit, il paraît intelligent, il épouse Mlle de Fontenillat, fille du receveur général de Nantes. Il est destiné à avoir une grosse fortune, le chancelier va le faire faire auditeur au Conseil d'État.

Le duc Pasquier nous a, après le dîner, entretenus du Conseil d'État de l'Empereur, dans lequel il était maître des requêtes : c'est sa conversation favorite. Il a fait l'éloge du courage qu'il a déployé dans plusieurs occasions pour défendre au comité du contentieux des fournisseurs opprimés. Il est probable qu'à cette époque, il était tout aussi soumis aux volontés de l'Empereur que les autres. Il ne s'est pas montré aussi vigoureux qu'il le raconte aujourd'hui.

Il y a des petites querelles assez comiques au Luxembourg entre le duc Pasquier et le duc Decazes.

C'est M. le duc Decazes qui est cause de ce congrès central d'agriculture, où ils sont cinq cents à délibérer, nommant des

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