‹ Journal du maréchal de Castellane, 1804-1862Chapitre 165 sur 196 · CHAPITRE XI. — JUIN · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI. — JUIN

salut, puis elle est revenue recevoir les dames. En revenant, elle a passé devant le corps de garde; les hoiisards étaient en haie sans avoir pris les armes, la main au shako, car la retraite était sonnée. Cela a paru faire plaisir à Madame, qui m'a dit : « La retraite est sonnée. » Elle a été fort aimable sur le régiment pendant le dîner; elle a lu avec attention les certificats de bien vivre de tous les cantonnements, qui sont très honorables pour le corps.

28. — Madame m'a fait remettre dès le matin 580 francs pour être distribués à tout le détachement en témoignage de satisfaction. M. le vicomte d'Agoult m'a ensuite mené chez Son Altesse Royale; elle m'a dit : « Je vous remercie particulièrement, ainsi que le régiment, pour sa manière de servir. » Après la messe. Madame s'est dirigée vers le bac, accompagnée de presque toutes les personnes qui se trouvaient aux eaux. Le détachement et les officiers qui avaient eu l'honneur de se trouver de service auprès d'elle étaient en bataille. Son Altesse Royale leur dit les choses les plus aimables, entre autres qu'il était impossible de mieux servir, qu'elle craignait d'avoir fatigué les officiers...

29. — Je suis monté en voiture avec M. O'Gherty, écuyer, et le vicomte d'Agoult. Les chemins de Vichy à Gannat avaient été très bien arrangés pour le passage de Madame, plus cependant pour la postérité que pour nous, car les cailloux empêchaient d'aller vite. En sortant de Gannat, le cheval du postillon de timon s'est abattu ; j'ai été fort impatienté de ce retard, qui m'a empêché d'être à la tête du régiment pendant le passage de Mme la duchesse d'Angoulême. J'ai rattrapé Son Altesse Royale à cheval, à une petite distance de la ville, et j'ai pris congé d'elle en lui disant que je regardais comme une circonstance heureuse dans ma vie d^avoir été appelé à l'honneur de servir auprès d'elle.

Le préfet de Fumeron, chez lequel la princesse avait déjeuné, a donné un fort beau festin au général Romeuf et aux olîiciers supérieurs de la garnison.

Le colonel de gendarmerie, vicomte deFoucauld, s'est placé ce matin à la messe, à Vichy, près de Mme la duchesse d'An-

goulême; arrivé trop tard, j'ai pris poste en arrière. Son Altesse Royale s'en étant aperçue, a envoyé lofficier des gardes me prescrire de me mettre à ses côtés, au lieu et place du colonel de gendarmerie. Il a été forcé d'aller ailleurs; il a la manie de se fourrer partout et a été très choqué de l'aventure. Cela, le soleil de la route, le vin bu, lui ont monté la tête; il a fait une sortie des plus ridicules en proclamant dans le salon de la préfecture les prérogatives de son arme. Il criait qu'à grade égal, quoique je fusse son ancien, il me commandait en l'absence du maréchal de camp, parce qu'il avait l'honneur d'être gendarme. Chacun s'étonnait de sa sortie; alors il s'est écrié : « Jusqu'à mon chef d'escadron Cadoudal qui est contre moi! » Ennuyé des sots propos de ce vaniteux personnage, et voyant que tout cela s'adressait à moi, je lui ai dit tout bas : « Ne faites pas tant de bruit et sortons. » Je me suis rendu chez moi; un moment après, le maire, un chef d'escadron et d'autres personnes m'ont amené le vicomte de Foucauld. Il m'a raconté qu'il n'avait pas eu l'intention de me provoquer; il n'a. de fait, tenu personnellement aucun propos offensant contre moi; cela s'est terminé ainsi, et on a loué ma conduite.

5 juillet. — On apprend la mort de Napoléon à Sainte- Hélène, arrivée le 5 mai. L'empereur Napoléon appartient à la postérité; c'est maintenant un grand homme, sans que personne ose désormais lui disputer ce titre.

12. — Mon père, ma belle-mère de Castellane et ma fille arrivent à Moulins, d'un voyage qu'ils ont fait dans le nord de l'Italie et en Suisse; ma femme est restée quelques jours à Aix, elle arrivera incessamment.

15. — Mme de Castellane arrive avec mon fils Henri, à ma grande satisfaction, après une absence de sept mois.

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