CHAPITRE VI. — JANVIER
Ouen à Paris. — Divers actes du nouveau gouvernement. — Licenciement des gardes d'Iionneur. — Projnotion ridicule d'officiers généraux. — Le duo de Berry. — Décorations à la garde iiational»' de Paris. Singulières nominations d'officiers de l;i Maison Rouge. — bénédiction et
distribution i\es drapeaux à la garde nationale au Chanin de Mars.
Distribution de drapeaux à la ligne. — Naissance de mon fils. — Profusion de croix. — On me place colonel à la suite du !•' de tiousards.
Petite guerre commaudce à Monccau.v par les ducs d'Angouléme et de Berry, — Patience de l'armée. — Le nianciial Soult ministre de la guerre. — Partialité pour les voltigeurs de Loui.s XIV. — Scandale do Saint-Roch. — Trijubles à Rennes, à Metz. — Translation des restes de Louis XVI à Saint-Denis. — Platitude du princ»- de V/agram — Le duc de Roban nommé premier gentilhomme de la chambre. — Divers bals masqués. — Mort du général comte Nausouty.
10 janvier. — J'ai revu Ferreri avec sa jambe de buis; l'hiver dernier, il soignait Mme L... Le prince de Neufchdtel, pour l'honneur du général L..., a cru devoir l'envoyer servir en qualité de capitaine au 7* de housards, où il a laissé sa jambe; son frère a été tué. Mme L... a le bon esprit de toujours bien traiter Ferreri quand elle le rencontre, malgré son accident; je lui en sais bon gré. M. de Septeuil, autre aide de camp du prince de Neufchdtel, envoyé en Espagne il y a deux ans, pour n'avoir pas voulu faire sa cour à la princesse Pauline et avoir été fidèle à sa maîtresse, Mme de B..., y a eu la cuisse emportée. M. de Ganouville, dirigé sur le :2" de chasseurs, par suite de sa liaison avec la princesse Pauline, a été tué.
Vraiment les amours des aides de camp du prince de Neufchàtel réussissent bien mal.
11. — Je commence à bien écrire de la main gauche; le temps me paraît bien doux. Quelle différence du climat de Paris avec celui de la Russie !
12. — J'ai été à la Malmaison faire ma cour à l'impératrice Joséphine. Me voilà à Paris faisant des visites. Quand je pense qu'il y a un mois j'étais à pied, sans souliers, sur les bords du Niémen, et qu'il y a trois mois je me trouvais à Moscou, je crois que je rêve.
15. — On donne aux Variétés le Ci-devant jeune homme, pièce fort gaie. Potier joue à merveille; chacun reconnaît M. L'Espérance de l'Aigle. Les Dnur Magots sont assez amusants, à cause du jeu de Potier et de Brunet.
18. — Le général comte de Narbonne arrive de Berlin. Le roi de Prusse, malgré la trahison de son armée, affecte toujours d'être bien disposé pour nous.
22. — M. de Narbonne revient de Fontainebleau; il m'apprend qu'il est nommé ambassadeur à Vienne. Je pense que cela ne l'amuse guère; quant à moi, cela me déplaît fort. Je suis fort attaché à M. de Narbonne, mais je désire servir activement, et non dans la diplomatie. M. de Narbonne dit fort plaisamment, à l'occasion de sa mission : « Quand les médecins désespèrent, on envoie des charlatans. »
28. — Mme d'Abrantès travaillait depuis longtemps à une belle bourse avec des perles fines, et elle ne voulait pas dire pour qui. M. de Balincourt, qui est son amant, ce que je ne savais pas, l'a montrée dans une société étrangère à celle de la duchesse d'Abrantès. Cette bourse était si distinguée qu'on en a parlé. Le fermoir est garni de grosses turquoises. J'ai eu l'adresse de dire à Mme d'Abrantès que j'avais découvert le possesseur de sa bourse; elle me le pardonnera difficilement, à ce que je crois.