‹ Journal du maréchal de Castellane, 1804-1862Chapitre 81 sur 196 · CHAPITRE VI. — FÉVRIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI. — FÉVRIER

(le 3.000 francs, que Sa Majesté lui accorde pour former ses LMjiiipages et les tenir prêts à entrer en campa^'ne.

<r Le grand maréchal le prie d'agréer Tassurance de sa parfaite considération.

« Si(jn/' : Duc de Frioul. »

3. — Le duc d'Abrantès est arrivé de l'armée; il est abîmé de rhumatismes; si cela pouvait lui foinicr le caractère et le rendre poli, ce serait le cas de dire : A quelque chose malheur est bon. Il n'a pas fait une brillante campagne; au fond, je lui crois bon cœur.

Le maréchal Ney, duc d'Elchingen, est de retour à Paris; on l'entoure partout comme un héros. C'est bien juste, car il a montré une grande détermination et une force d'àme bien rares dans cette campagne.

5. — M. de Narbonne n'entend plus parler de son ambassade à Vienne. On l'envoie, au lieu de cela, passer une revue de dépôt du 113» à Orléans pour former un 6' bataillon à ce régiment.

8. — J'ai dîné chez Mme Gazani, lectrice de l'impératrice Joséphine, femme du receveur général d'Évreux; c'est sans contredit la femme de Paris la plus complètement belle.

10. — Le prince de Neufchâtel arrive à Paris fort souffrant de la goutte. Le général Philippe de Ségur est de retour, au désespoir de la mort de sa femme, que la rougeole a emportée. Le général Flahautet le colonel Fezensac, du A* de ligne, reviennent de la Grande Armée.

11. — Mme Charles de Gontaut va au spectacle pour la première fois de sa vie. On donnait le Calife de Bagdad; elle a eu l'agrément d'un événement, car Mme Duret s'est trouvée mal, parce que le parterre lui a crié de chanter plus fort.

12. — Le baron Menneval, premier secrétaire du cabinet de l'Kmpereur, étant malade. Sa Majesté l'a nommé secrétaire des commandements de l'impératrice Marie-Louise. Cela a étonné; on croyait que l'Empereur tenait à avoir toujours près de lui ce secrétaire, homme d'im caractère et d'une discrétion à toute épreuve.

13. — Je reçois Tordre de faire partir mes équipages pour Spandau, avec la division de la garde qui doit se mettre en route le 15.

Le bal de l'Opéra est toujours aussi ennuyeux; je ne sais pourquoi j'y vais.

14. — Souper du dimanche chez Mme de La Briche. Tout Paris y va et joue au creps; à la fin de la soirée, les femmes sont en cercle; point de conversation, c'est ennuyeux. Ce salon est le rendez-vous du faubourg Saint-Germain et d'une partie de ce qui tient au gouvernement de l'ancien régime.

Il y a aussi des soupers chez Mme de Gontaut et à l'hôtel de Grillon : je vais souvent chez Mme de Mun. chez Mme d'IIeilmstadt, jolie, originale et spirituelle, fille de M. de Getti, ministre de Bavière.

17. — M. de Narbonne a l'ordre de partir pour son ambassade de Vienne.

Bal chez la reine Hortense; je n'y étais pas le seul avec le bras en écharpe. Les circonstances ne sont pas gaies pour danser.

18. — On fait à Saint-Philippe du Roule un service pour Alfred de Noailles, tué au passage de la Bérézina; c'était un officier très brave, un très bon militaire. Il était fort dévot, il aimait beaucoup notre métier et en remplissait les devoirs avec scrupule; comme d'usage, on s'est beaucoup plus occupé des assistants que du défunt.

19. — Le général Sébastiani arrive à Paris; on a été bien injuste pour lui pendant la dernière campagne.

20. — Je vais à un bal chez Mmcs de Soussay et Du Boderu que je ne connais pas. Ce sont les femmes de gentilshommes bretons qui ne sont connues de personne à Paris; elles y viennent tous les deux ans donner un bal. On était entassé dans un petit salon et une salle à manger; il y avait des figures à mourir de rire.

A dix heures, j'ai été jusqu'à l'hôtel de Grillon, assemblée assez triste; de là. à un beau bal chez la duchesse de Bassano. J'ai fini ma soirée par le bal de l'Opéra, qui était richement ennuyeux.

CIIAlMTRi: VI. — MARS 1813. 225

21. — Il y a un fort joli bal chez Mme Potocka, qui choisit bien son temps pour donner dos fêtes I Son mari est un gros homme, assis à une table de whist, qui n'en bouge pas et qui ne dit mot à ceux qui vont chez lui.

25. — Je vais cà l'Opéra-Comique avec Mme Armand de Maillé, qui est fort aimable, et son amie Mme de Jumilhac, (jiii a de l'esprit et de la méchanceté. On donnait le Déserteur, pour la dernière représentation d'Elleviou.

20. — Bal d'enfants chez Mme de Mortemart, ou plutôt de petites filles; on en exclut les petits garçons, comme trop bruyants. Dans mon enfance, on était moins sévère; nous dansions tout comme des demoiselles.

i" mars. — Je vais à un bal chez M. et Mme Greffulhe au Pavillon (1). J'ai fait connaissance avec Mlle Cordelia Greffulhe, sœur du maître de la maison, qui me frappe comme très agréable.

2. — Bal masqué à la cour, quadrilles de sauvages de la reine Ilortense. C'était le même que l'année dernière. Potier joue le soir des proverbes chez Mme de Gontaut, et une partie du Ci-devant jeune homme. L'Espérance de l'Aigle était là parmi les spectateurs, afin qu'on pût contempler l'original de la pièce, sans sortir de la chambre.

8. — Soirée chez Mme de Rohan et chez M. et Mme Greffulhe au Pavillon. On y joue aux jeux innocents, j'y vois Mlle Cordelia, ce qui me fait plaisir. Je suis plus touché de ses charmes que des divertissements.

5. — M. de Fezensac, colonel du 4* de ligne depuis six mois, est nommé général de brigade; il s'est fort distingué dans la retraite.

Première visite chez Mme et Mlle Greffulhe. Le général Grouchy est nommé au commandement de la cavalerie de Mayence. 11 a refusé, trouvant le commandement au-dessous de son mérite. L'Empereur en a eu de l'humeur. Le général Grouchy, seul officier général de cavalerie distingué, veut commander à de l'infanterie. Il désire être maréchal; se voyant un des plus

(1) Le Pavillon était une belle maison entourée d'un parc , située dans le quiirtier de la rue Blanciic.

anciens généraux de division, il craint de le rester toujours.

7. — Départ de M. de Narbonne. mon général, pour son ambassade de Vienne. Je passe la soirée chez le baron Louis et Mlle de Rigny, sa nièce, pour y voir Mlle Greffulhe.

8. — L'Empereur est parti hier au soir, à onze heures et demie, avec l'Impératrice, au moment où on s'y attendait le moins, pour Trianon.

Soirée chez le comte et la comtesse Regnault de Saint-Jean d'Angély pour la fête de la comtesse. Couplets ridicules chantés à cette occasion par Garât et quatre élèves du Conservatoire. Voici ce que j'en ai retenu: ils sont de la composition du comte :

Pour celui que la destinée Dota du trésor de ton cœur, La tâche qu'il s'est imposée Est de veiller à ton bonheur, Heureux si pour y satisfaire Tant qu'un souffle doit l'animer, Il est aussi sûr de te plaire Que de t'airaer.

9. — Charles de Beauvau, qui a eu la cuisse cassée et restera estropié, a eu la croix; c'est bien juste. C'est un miracle qu'il se soit tiré d'affaire dans la retraite; il le doit au grand écuyer, qui l'a fait mettre dans une calèche de l'Empereur. M. de Mortemart, son oncle, lui a sauvé la vie en le ramenant de Wilna à Paris. Edmond de Beauvau, son frère, entre au service comme sous-lieutenant au 6* hussards.

Lecture, chez Mme d'Astorg, des Deujc Créhillon, comédie en un acte de M. Desprez, secrétaire des commandements de la reine Hortense. Cette pièce est d'un style très gai; elle est charmante à la lecture, mais elle ne réussirait pas, je crois, aux Français, parce qu'il y a trop peu ou point d'action.

i2. ■ ■ Souper chez la grosse Mme de Lameth. C'est la seule maison où on reçoive d'une manière agréable; elle est occupée de chacun, fait jouer ceux qui en ont envie, ce qui rompt ces ennuyeux cercles qui existent presque à tous ces soupers.

i3. — Je réussis à me faire prier à un bal chez M. Saladin

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