‹ Journal du marquis de Dangeau (volume 3)Chapitre 27 sur 27 · ARMÉE DE M. DE GATINAT · texte numérisé non relu

ARMÉE DE M. DE GATINAT

Lieutenants générais. — MM. de Vendôme, le grand prieur, le comte de Tessé , le marquis de Vins , Larray.

Maréchaux de camp. — MM. d'Usson, Varennes, le chevalier de Tessé, le marquis de Grancey, Bachevilliers, Clérembault.

ARMÉE DE M. t)E NoAiLLÈfe.

Lieutenants généraux. — MM. le marquis de Chazeron, le marquis de Saint-Silvestre, Quinson et Colgny .

Maréclumx de camp. — MM. Reignac , Préchac , Genlis et Longue Val.

Le marquis d'Harcourt commandera un petit corps dans le pays du Luxembourg , et aura fous lui pour maréchal de camp Locmaria.

Dimanche 18, à Versailles. — Le roi signa le contrat de mariage du duc de Villeroy avec mademoiselle de Louvois, — M. le iPrince a reçu la nouvelle de la mort de madame la Princesse sa mère * : elle êtoit fille du maréchal de Brezé, de la maison de Maillé; elle étoit depuis longtemps retirée àChâteauroux, où elle n'avoit ccmimerce . qu'avec ses domestiques. Le roi en prendra le deuil; il n'a pas encore quitté celui qu'il porte pour la mort de madame la grande-duchesse. — Le petit Taramesnil mourut

à Versailles} il avoit.été élevé auprès de M. le comte de Toulouse; il avoit le vol pour pie. — On croit que Monseigneur ira commander en Flandre cette campagne; mais il n'y a encore rien de déclaré làrdessus.

* Madame la Princesse étoit fille unique du maréchal de Brezé et de la sœur aînée du cardinal de Richelieu et du cardinal de Lyon. L'année qu'il fut conclu [sic] , M. le Due , qui commandoit en Catalogne, eut ordre de M. son père, de voir en passant à son retour à Paris le cardinal de Lyon , sur le pied de Fonde de celle qu'il alloit épouser. Le cardinal le reçut de son mieux , et, en bon chartreux, ne songea point aux folies du cardinalat. M. le Duc arrive a Paris, et est bien étonné qu'il reçoit un ordre exprès de M. son père de retourner tout court à Lyon pour expier la faute qu'il avoit commise de s'y être laissé donner la main dans le logis du cardinal , et plus ihdigné .encore quand, arrivé à Lyon, il trouva que le cardinal étoit allé à Aix, sous prétexte que, ne venant que d'être transféré de ce siège, il y avoit encore des affaires, et ordre à M. le Duc de l'y aller chercher, qu'il fallut exécuter. Le mariage fait, le duc de Brezé, amiral tout jeune, non marié, et de grande espérance, et frère unique de la nouvelle mariée , fut tué à Porto-Longone, et lui laissa un grand héritage. Elle fit l'admiration de la cour et de la famille, où elle avoit eu l'honneur d'entrer; et on ne peut s'empêcher de s'intéresser en elle, en lisant les Mémoires de Lenet. Son malheur fit la fortune de Rabutin , un de ses pages , qui s'enfuit hors du royaume^ et s'éleva aux premiers emplois des armées de l'empereur en Hongrie. On a prétendu qu'elle n'avoit pas mérité joette disgrâce , ni le bruit qu'on répandit après qu'elle avoit l'esprit aliéné. Quoiqu'il en soit , elle fut menée à Châteauroux, étroitement gardée, sans recevoir ni lettres ni visites , avec le château et la promenade des environs pour prison. On crut que son veuvage lui procureroit plus de liberté; mais M. son fils se montra encore plus dur que son père , dont on lui laissa toujours ignorer la mort. Au reste , nulle mention de mantes, ni de manteaux pour personne aux visites à cette occasion, qui furent pleinement reçues.

Lundi 19, à Versailles. — Le roi alla voir le matin M. le Prince , madame la Duchesse et madame la princesse de Conty la mariée , pour leur faire des compliments sur la mort de madame la Princesse la mère. — Monseigneur partit hier de Versailles avant midi , et vint coucher îV Choisy; il n'y mena avec lui que M. de Vendôme^ MM. de

Roquelaure , Mailly, Sainte-Maure et moi. M. le grand prieur vint le soir de Paris l'y trouver. M. le prince de Conty, quiy de voit être, demeura à Versailles pour recevoir la visite du roi. Monseigneur y alla pour préparer ce qu'il faut pour recevoir le roi, qui vient mercredi pour y demeurer jusqu'à samedi. Le soir à Paris, chez madame de Louvois, se fit la noce du duc de Villeroy.

Mardi 20, à Versailles, — M. de Liancourt se défait du régiment de la marine dont il étoit colonel depuis assez longtemps. Le roi n'apas pu se résoudre à le faire brigadier, et S. M. a déclaré à M. delà Rochefoucauld son père, que, quoi qu'il eût pardonné à son fils, il ne pouvoit se résoudre de l'avancer ni dans sa cour ni dans ses armées , et qu'ainsi il feroit bien de vendre son régiment. M. de Liancourt s'étoit fort distingué dans ses dernières campagnes en Piémont; mais le roi ne peut pas oublier la malheureuse lettre qu'il écrivit à M. le prince de Conty en Allemagne (1). — Monseigneur courut le loup dans la

(1) « Je n'di qu'un mot des sujets de mécontentement que le roi avoit de MM. les princes de Conty , de M. de Turenne , de M. de Liancourt , de M. de la Roche- Guyon et de M. d*Alincourt. On les trouTe dans les Mémoires de Mademoiselle, que je ne ferai que transcrire. M. le prince de Conty continuoit

à vouloir aller en Allemagne; le roi le lui permit et à M. son frère M. le

prince de Turenne alla avec eux; il étoit mal à la cour; il ayoit été exilé parce qu'il avoit parié d'une manière désobligeante de madame la Dauphine à Monsdgneiur pour l'en dégoûter, et dès lors il commença à vivre moins bien avec elle. Pendant qu'il étoit en voyage, M. le prince de Conty avait beaucoup de commerce à Paris ; il s'avisa d'envoyer un page qui s'appeloit Merfit; quand il revint, on eut envie de savoir qui leur écrivoit; on l'arrêta à Strasbourg ; on vit toutes ses lettres, que M. de Louvois porta au roi avec beaucoup de douleur, comme on peut croire; il y en avoit une de son gendre. Dans celle de madame la princesse de Conty , elle rendoit compte à M. son mari d'une fille qu'elle avoit prise fort promptement de peur qu'on ne lui en donnât une de

Saint-Cyr II y avoit une grande fête à Sceaux, que M. de Seignelay avoit

donnée, où étoit toute la cour ; M. de Liancourt, fils cadet de la Rochefoucauld, écrivoit une longue lettre à M. le prince de Conty, où il faisoit force raillerie de tout le monde , et même cela alloit jusqu'au roi et madame de Maintenoo, et M. de la Roche-Guyon avoit écrit dans cette lettre que son frère ne lui laissoit rien à mettre; il approuva tout et signa. Le marquis d'AUacourt écrivoit aussi une lettre pleine d'ordures. » (Note du duc de Luynes.)

forêt de Sénart et revint de bonne heure à Choisy . M. le prince de Conty y vint, et y demeurera avec Monseigneur tant qu'il y sera.

. Mercredi 21, à CJkoisy. — Le roi partit de Versailles après dîner y et vint ici en chassant. Monsieur, Madame, Mademoiselle, madame la Duchesse, madame la princesse de Conty et madame du Maine sont du voyage. Le roi mange avec toutes les dames. Outre toutes les dames d'honneur qui couchent ici, les princesses nomment chacune une dame qui viennent dîner et souper ici et s'en retournent le soir après souper. Le roi, après être arrivé, se promena longtemps dans les jai*dins , et ensuite alla chez madame de Maintenon, à son ordinaire. — Le petit Renaud, qui apris ce vaisseau anglois si richement chargé, apporta au roi, à Versailles, une boite pleine de diamants, que l'on a sauvée du vaisseau qui a péri; Ton a sauvé aussi quelque poudre d'or, et l'équipage du petit Renaud a profité à cette prise de plus de 100,000 écus.

Jetidi 22, à Choisy. — Le roi entendit la messe de bonne heure , déjeuna, et sortit à onze heures pour aller tirer dans la plaine de Creteil, et revint fort content de tout le gibier qu'il y avoit trouvé. Le maréchal de Villeroy , qui en est capitaine, parce que cela dépend de la capitainerie de Corbeil,fitjugerlundi„à Versailles, le procès qu'il avoit pour les limites de la capitainerie, et le perdit en partie; mais il en a gagné ime autre partie aUssi , et tout ce qui est de Choisy par delà Teau est jugé être de la capitainerie royale. — Madame la duchesse de Chartres est demeurée à Versailles; mais elle n'a plus de fièvre; il ne lui reste plus cpie beaucoup de foiblesse. Monsieur alla le matin à Paris et revint le, soir. Le roi , |au retour de la chasse, s'est promené en calèche avec Madame et les princesses.

Vendredi 23, à Choisy. — Le roi sortit à onze heures, comme il avoit fait la journée d'auparavant, pour aller à la chasse, et revint de bonne heure, se promener dans les

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jardins; il continue à prendre du quinquina^ et ne s^est jamais mieux porté. — Le roi a eu nouvelle de Liège que le prince Clément de Bavière avoit été élu évêque de Liège; il n'en étoit point chanoine , mais il ovoU. un bref d'éligibilité du pape. Il y a beaucoup de chanoines qui s'opposent à cette élection là, quoiqu'il ait eu le plus de voix. — Monseigneur et Madame allèrent courre le loup dans la forêt de Sénart.

Samedi 24, à Versailles. — Le roi se promena tout le matin dans les jardins de Choisy et puis dîna avec les dames, et l'après-dtnée revint ici en chassant. Monsei* gneur demeura à Choisy et madame la princesse de Conty. Il n'y avoit point encore couché de dames quand le roi n'y est pas. Madame de Lislebonne et les deux princesses ses filles y vinrent coucherde Paris pour tenir compagnie àmadame la princesse de Conty. — M. de Noailles avoit pris congé du roi avant qu'il vint à Choisy, et est parti aujourd'hui de Paris pour aller commander l'armée de Catalogne. -*- M. de Saint-Cristophe, qui étoit officier dans les ohevau-légers de Monsieur, a acheté, ces jours passés, la Ueutenance desgendarmes de Monsieur, qu'avoit M. de Sassenage ; il lui en donne 30,000 écus.

Dimanche 25, à Versailles. — Le roi a eu nouvelle qu'ils ont fait à Liège une double élection; Méan, grand doyen, n'a point voulu reconnoitre l'élection du prince Clément; il a fait assembler chez lui vingt-un chanoines qui étoient dans le parti du grand maître de Tordre teutonique, et là ils l'ont élu et l'ont proclamé au peuple et se sont saisis de la hauteur des Chartreux; et de l'autre côté, Tzerclaes, qui est dans le parti du prince Clément, avec les vingttrois chanoines qui l'ont élu, sont maîtres de la citadelle. Le grand maître est chanoine à Liège; mais, comme il est coadjuteur de Mayence et grand maître de Tordre teutcH nique, il a besoin d'un bref d'éligibilité aussi bien que le prince Clément; ils en ont l'un et Tautre, et on ne sait lequel sera favorisé du pape en cette occasion ici, —

Monseigneur et madame la princesse de Conty partirent deChoisy après midi^ allèrent à l'opéra à Paris, et revinrent ici le soir.

Lundi 26, à Versailles. — ^ Le roi alla se promener à Marly. Monseigneur courut le cerf. Madame la duchesse de Chartres commence à sortir. — Madame de Montespan est partie deFontevrault sur le bruit de la maladie de madame de Chartres, et a demeuré deux jours à Versailles pendant que le roi étoit à Choisy. — Le prince d'Orange est encore en Angleterre ; et on ne sait point encore quand il passera en Hollande. — On ne doute plus que Monseigneur n'aille commander cette année en Flandre , et l'on croit que le roi ne marchera point ; il dit, ces jours passés, à Monsieur qu'il ne lui feroit point commander les troupes en Bretagne s'il ne marchoit pas lui-même. Monsieur et Madame, en partant de Choisy, allèrent à Paris, où l'on croit qu'ils demeureront jusqu'à la fin de mai. — Madame de Barbezieux a la petite vérole ici, et on ne l'a point fait sortir du château ; on a seulement fait fermer toutes les portes de son côté ; ainsi il n'y a rien à craindre.

Mardi 27, à Versailles. — Le roi s'aUa promener à Trianon eidisposer tous les logements pour demain, qu'il y va coucher pour y passer quelques jours. Madame de Chartres devoit être de ce petit voyage ; mais elle est encore trop foible; elle n'en sera point. — M. le maréchal d'Humières prit congé du roi pour s'en aller à Bourbon ; si Monsieur ne va point en Bretagne, il n'ira point non plus. — M. de la Feuillée, qui devoit encore servir de lieutenant général en Allemagne, a été choisi par le roi pour servir auprès de Monseigneur durant la campagne ; comme il est fort vieux, le roi veut qu'il fasse les marches^ en carrosse, et qu'il soit auprès de Monseigneur le jour d'une action pour lui donner ses conseils. -^Monseigneur alla avec madame la princesse* de Conty trouver le roi à Trianon.

Mercredi 28, à Trianon. — Le roi tint conseil l'après-

cllnée à Versailles, quoi qu'il Peut tenu le matin à son ordinaire. A six heures il vint ici, où il coucha pour la première fois; il y a avec lui Monseigneur, madame la Duchesse, madame la princesse de Conty sa fille, madame du Maine et madame de Maintenon et leurs damed'honneur qui y ont des logements. Le premier gentils homme de la chambre, le capitaine de gardes et le grand maître de la garderobe y en ont aussi. Les autres courtisans viendront faire leur cour aux heures qu'ils voudront, comme à Versailles. Toutes les dames y pourront venir faire leur cour depuis trois heures jusqu'au souper. Madame la Duchesse et madame la princesse de Conty en nommeront chacune deux qui y dîneront et y souperont, et retourneront coucher le soir à Versailles. Celles qui ont été choisies aujourd'hui sont madame la princesse d'Ëpinoy, madame de Mongon, madame de Dangeau et mademoiselle de Melun. Le roi a quitté le quinquina et se porte à merveille ; il s'est fort promené avant et après souper dans ses jardins, et jamais Trianon n'a paru si beau.

Jewii 29, à Trianon. — On a vu le roi ce matin à son lever et à sa messe, comme à Versailles ; . il^a tenu conseil ce matin à son ordinaire , et après ♦dîner il a été à Saint- Germain voir le roi et la reine d'Angleterre. A son retour, il s'est fort promené avec les dames. Monseigneur se promena hier avec les princesses sur le canal, et s'y est encore promené aijyourd'hui. On a soupe dehors, sur la terrasse qui est au-dessus des cascades, et on y a joué après souper aussi. Madame de Guise est venue ce matin diner avec le roi; et il n'y a eu que deux dames ce matin que les princesses y aient fait venir, qui étoient madame de Valentinois et (madame de Blanzac, et les princesses en ont encore retenu deux autres à souper, madame de Beringhen, et madame de Saint-Géran; madame de Valentinois y est demeurée à coucher. — L'archevêque de Bourges mourut hier à Paris; il avoit, outre son ar

chevêche^ quatre abbayes dont il y en a trois d'assez bonnes; on dit que M. de ChÀteauneuf son frère en héritera de 100,000 écus; ils étoient mal ensemble, et il ne Fa point voulu voir en mourant.

Vendredi 30, à Trianan — Monsieur et Madame vinrent de Paris dîner avec le roi; les dames d'honneur des princesses allèrent dîner à Versailles pour faire place aux dames de Madame et de Mademoiselle. — Le roi a déclaré qu^il ne marcheroit point cette année; Monseigneur ira commander en Flandre , et partira le 2& du mois de mai pour arriver à Farmée le 25, qui est le jour qu'eUe doit être assemblée. Monsieur n'ira point commander en Bretagne, le maréchal d'Humières n'ira point aussi; Monsieur lui a envoyé un courrier à Paris, car il n'est pas encore parti pour Bourbon pour Ten avertir. — M. le maréchal de Choiseul ira commander sur les côtes. — Le roise promenalongtempsdans ses jardins avec les dames, et Monseigneur s'embarqua avec les princesses; il avoit fait venir la musique sur le canal. — Le roi signa, le soir, le contrat de mariage de M. de la Châtre avec mademoiselle de Lavardin.

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