A NICE
Paratte y commande.
Mardi 29, à Versailles. — Le roi , après le conseil dfe finance, travailla encore avec M. de Chaniillart, et le soir, chez madame de xMaintenon, il iravailla avec M. de Pontchartrain . Hier au soir, à huit heures, M. lé Pl*eïnier arriva et le roi trouva bon qu'il allât le saluéi* chez madame de Maintenon. Il a ramené avec lui le colonel qui l'avoit pris et qu'on enverra à Troyes, où on le laissera sur sa parole; le roi, même, trouve bon qu'il vienne jeudi à la reVue, qu'il fera de ses gardes, à Mariy. — Hier, pendant que le roi dlnoit, M. Fagon vint lui dite
que le maréchal de Vauban étoit à rextrémité et qu'il prioil qu'on lui envoyàtjM. Boudin, premier médecin de ïfonseigneur. Le roi ordonna qu'il partit sur l'heure et parla de M. de Vauban avec beaucoup d'estime et d'amitié ; il le loua sur plusieurs chapitres et dit : cJe perds un homme fort affectionné à ina pei*sohne et à l'État *. » — Madame de Belesbai est morte à iPàris depuis quelques jours; elle avoit près de quatre-vingt-dix ans; elle laisse une grosse succession au iîiarquis de Canillac, fils de sa fille. — Le roi a donné àï^oisson la place de premier înédecih de monseigneur le diic de Bourgogne; elle vàiit l&^OOO livres de rente. — ^ Moriseigneur alla dès le mâtin à Meudon. Madame la duchesse de Bourgoghe, qui s'étdlt trouvée incommodée dimanche et lundi d'une fluxion aveic un peu de lièvre, iié laissa pas d'y aller dîner alVèc lui; elle y mena madame la Duchesse. AJirès ditler ils allèrent à l'opéra et revinrent totis ici poixr le soilper du roi.
* On a vu quel étoit Vauban à Toccasion de sa promotion à Toffiee de maréchal de France, son mérite, Taffection et la confiance du roi pour lui en ToccasioD de Turin , combien il méritoit l'un et l'autre ; mais il les perdit bientôt après , et il n'y put survivre. C*étoit le meilleur homme et le meilleur patriote du monde , toujours ot;cupé de TÉtat et du soulagement de toutes ses parties , ainsi que de Tavaricemetit de sa gloire , avec un désintéressement parfoit. Il étoit homme de grand ordre, de grand arrangement, de grand calcul. Les impôts , et encore plus la manière dont on les levoit , lui déplaisoient [étrangement ; il s'appliqua plusieurs années à y chercher uti remède, et crut Tavolt trouvé pair le livre célèbre qu'il publia. On n'entrera point ici dans l'examen de cet ouvrage ; mais quel qu'il fût, c'étoit celui d'un excellent cœur et d'un digne citoyen. Il se crut à portée d'oser traiter cette matière par la situation où , de longue main , il se trouvoit avec le roi ; et en cela il se trompa en plein. Son livre fit grand bruit, goûté, loué, admiré du public, blâmé et détesté des financiers, abhorré des ministres, dont il alluma la colère. I^ chancelier de Pontchartrain surtout en fit un vacarme sans garder auetme mesure , et Chamillatt oublia sa douceur et sa modération. Les magistrats dés finances tempêtèrent, et l'orage fut porté jusqu'à un tel excès que, si on les avoit crus, le maréchal auroit été mis à la Bastilte et son
livre entre les mains du bourreau. Le roi, qui ne s'y put résoudre, ne laissa pas de se laisser entraîner à ce torrent, assez pour contenter ses ministres, assez pour scandaliser étrangement sa cour, assez pour tuer le meilleur des François et celui qui avoit cueilli les lauriers dont le roi avoit environné son front (1).
Mercredi 30 , à Marly. — Le roi et toute la maison royale entendirent le sermon et puis partirent pour venir ici. Monseigneur y vint à cinq heures; madame la duchesse de Bourgogne, quoique sa fluxion continuât, y arriva avant le roi et se mit au lit en arrivant. — Le roi, avant que de partir de Versailles, apprit la mort du maréchal de Vauban par plusieurs gens qui lui demandoient les charges qu'il avoit. Le soir S. M., travaillant avec M. de Chamillart, chez madame de Haintenon, en disposa; il donna le gouvernement de la citadelle de Lille, qui vçtut près de 20,000 livres de rente, à la Badie, lieutenant général, qui sert en Espagne et dont la famille est établie dans la ville de Lille. Il donna la place de grand'croix de l'ordre de Saint-Louis à M. des Alleurs, qui a déjà le cordon rouge et qui sert de lieutenant général dans l'armée du prince Ragotzki , où il est aussi envoyé de France. — La vieille duchesse d'Uzès est morte à Paris. Elle avoit quatre-vingt-dix ans et étoit grand'mère du duc d'Uzès.
Jeudi 31, à Marly. — Le roi, après la messe, alla faire la revue de ses gardes du corps, dont il fut très-content. Le colonel Guestin étoit à la revue sur un cheval de l'écurie du roi, et le roi lui dit : ce M. le Premier se loue
(1) Dans ses Mémoires, de même que dans ses Additions, Saint-Simon dit formellement que Vauban mourut d'être disgracié ; à Ten croire, le caprice de Louis XIV aurait tué Racine et Vauban. Vauban n*est pas mort disgracié ; pas plus que Racine, Vauban n*est mort de chagiin d'avoir déplu au roi. H est mort à soixante-quatorae ans d'une fluxion de poitrine, Fontenelle et Dangeau démentent formellement les dires calomnieux de Saint-Simon. — Voy. aussi ÂLLENT, Histoire du Corps impérial du génie, 1805, in-8<*. Remarque n** 10 et passim.
fort des traitements qu'il a reçus de vous ; on ne sauroit faire la guerre trop honnêtement. — Sire, lui répondit Guestin, je suis si étonné de me trouver devant le plus grand roi du monde, et qui me fait Thonneur de me parler, que je n'ai pas la force de lui répondre. » L'après-dlnée le roi alla courre le cerf dans son parc. Madame la duchesse de Bourgogne garda le lit tout le jour, et le soir elle se leva pour aller voir le roi chez madame de Maintenon. — Un courrier de M. de Pontchartrain revint d'Espagne ; la grossesse de la reine continue heureusement. On a eu par lui des nouvelles du duc de Berwick, quiétoit encore sur la frontière deMurcie; voici une copie de sa lettre :
A Jécla, le 16 mars.
Tous les avis confirment le départ de l'archiduc pour Tortose. Les ennemis embarquent du canon à Alicante, où ils n'ont laissé qu'un bataillon anglois et un autre de Valenciennes; ils ont présentement quatorze bataillons et sept ou huit cents chevaux dans la vallée de Castalla.
Vendredi 1*' avril, à Marly. — Le roi, après la messe, alla encore faire la revue de ses gardes du corps et les examina plus en détail, et en fut encore plus content que hier; l'après-dlnée il se promena dans ses jardins. Madame la duchesse de Bourgogne est assez incommodée; on commence à croire qu'elle pourroit bien être grosse. — Le roi a donné à Sailly, ancien lieutenant général, le cordon rouge qu'avoit des Alleurs, qui vient d'être fait grand' croix. — M. de Vendôme , qui est venu d'Anet pour ce voyage-ci, compte de partir incessamment pour la Flandre ; il avoit dit quelque chose au roi qui auroit pu aider à la justification de Cherbert, mais il y a tant d'indices contre lui qu'on ne peut s'empêcher de le soupçonner fortement. Il a été interrogé , on a interrogé ses prétendus valets, et ils se coupent fort dans leurs réponses. — M. le duc d'Orléans vint ici de Paris pour prendre congé du roi , et ne le prendra point de Monseigneur, parce
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qu^jl part ^^^ ^^^ ^t que Monseigneur revint tard 'de \çl c]:^^s§e du loup.
* Samedi 2 , q Versailles, — La roi courut le cerf Je f^iatiu et rpvint dlnprà Maî»ly, fi' où il ne repartit, pour venir ici, qu'à six heures. Hoqseigi^pur alladeM^ly dîner 4 Heudon et revint ici l^ soir pour la comédie. Madame la duchesse de Bourgogne partit de Marly après le dlper du roi ; en arrivant ici, elle se mit au lit et se releva- Ip soir pour aller à la comédie avec Monseigj^eur. Hesspigneurs les ducs de Bourgogne et de Berry fièrent dès le matin fair0 des battues et revinrent à trois henres diner ici. ^rr M. le duc d'Orléans est parti pour TEspagne ; il ne mène avec lui en poste que le marquis de Châtillon, son premier gentilhomme de la chambre, et le marquis d'Étampes, le fils, capitaine des gardes en survivance de son père. — Le roi a donné au fils de M. de Hontgon 1,0Q0 écus de pension. Madame de Montgon en mourant avoit écrit au roi une lettre fort touchante pour lui recommander son fils, et le roi avoit beaucoup d'amitié pour elle.
IHmancfie 3, à Versailles. — Le roi, après le conseil d'État, qui ne dura que jusqu'à midi , travailla encore une heure avec jM. de Chamillart. L'après-dlnée il entendit le sermon avec toute la maison royale, et puis alla tirer. Le soir il travailla avec M. de Chamillart che« madame de Main tenon. — La noce de M. le comte d'Évreux se fit hier à Paris chez Crozat avec une magnificence extraordinaire. — Les désordres du Quercy sont apaisés ; les paysans qui s'étoient attroupés sont retournés dans leurs villages ; mais les paysans du Périgord se sont soulevés depuis. Us ont pillé quelques bureaux et se sont rendus maîtres de quelques châteaux et d'une petite ville de cette province , disant qu'ils ne veulent payer que la taille et la capitation , la dime à leurs curés et les redevances à leurs seigneurs; qu'ils sont fidèle^ sujets du roi, mais qu'ils ne peuvent payer les nouvelles impositions.
Il ne p^roU point qu'il y ait de nouveaux convertis parmi eux, ni qu'il s'agisse de religion. Us ont forcé deux ou trois gentilshommes de se mettre à leur tète et sont mal armés et presque tous pieds nus , mais en assez grand nombre.
Lundi k y à Versailles. — Le roi dîna à onze heures et alla tirer. Le soir il travailla avec M. Pelletier chez madame de Maintenon. — Le roi a donné à M. d'Aubeterre, lieutenant général , qui va servir en Dauphiné, le gouvernement de Collioure, que M. le chevalier d'Aubeterre, son oncle, a depuis cinquante ans ; il en a près de quatrevipgtrdix et n'est plus en état d'aller à son gouvernement; on lui en laissera le revenu sa vie durant. — Le marquis de la Vallière a reçu ce matin son acte de liberté, et le roi le fait servir cette année en l'armée du maréchal de Villars; il est maréchal de camp. — La reine Anne, depuis l'union de l'Ecosse de l'Angleterre , qui a été confirmée par le parlement, veut prendre le titre et le nom d'impératrice de la Grande-Bretagne et se faire couronner en cette qualité le 15 du mois de mai. — L'entreprise de Rodes pour les mines n'a point réussi; il a fait des fontes sur les lieux et a envoyé ici de la matière, et on n'y a trouvé que de la marcassitte; cependant Rodes ne se rebute point et veut encore y faire travailler.
Mardi 5, à Versailles. — Le roi, après le conseil de finance, travailla encore avec M. de Chamillart; l'aprèsdlnée il alla tirer, et le soir il travailla avec M. de Pontchartrain chez madame de Maintenon. Le soir il y eut comédie. — On travaille à mettre les billets de moni^oie un peu plus en crédit , et on a fait plusieurs propositions sur cela à M. de Chamillart, et on les examine. — On a reçu des lettres de Madrid du 2^ mars; on y attend M. le duc d'Orléans avec impatience ; il y est fort souhaité par le roi et la reine d'Espagne, Il étoit arrivé à Madrid un courrier du duc de Berwick, et voici la copie de sa lettre :
A Jécla, le 23 mars.
M. de Cerezeda^ colonel de cavalerie espagnol et trèsbon partisan, s'embusqna avant-hier avec quatre-vingts maîtres de son régiment, à une demi-lieue d'Alicante. Un bataillon anglois , composé de cinq cents hommes , étant sorti de cette place pour aller joindre le corps qui est dans la vallée de Castalla, passa à cinquante pas de l'embuscade du colonel Cerezeda, lequel, s'étant partagé en deux troupes , débusqua à toutes jambes sur le bataillon, qu'il enfonça. Il en a tué environ cent et a pris tout le reste, tant officiers que soldats, drapeaux et bagages. Cette action, qui est des plus hardies, ne lui a coûté que quatre cavaliers et quinze chevaux, tant tués que blessés.
Mercredi 6, à Versailles. — Le roi sortit du conseil d'État à midi, et Monseigneur, qui est toujours à ces conseils-là, alla ensuite àMeudon, où il demeurera jusqu'à mardi. L'après-dinée le roi alla au sermon et puis à Trianon, et au retour il travailla chez madame de Maintenon avec M. de Vendôme, M. de Chamillart et Chamlay. Au sortir de là, M. de Vendôme prit congé du roi, mais il ne partira de Paris que mardi ; il se fera saigner et purger ces jours-ci. — Des particuliers de la ville de Genève ont offert à M. de Chamillart cinq miUions en louis d'or. Ils demandent l'intérêt au denier dix , qu'on les rembourse dans six mois et que les deux Crozat^ Prond, Lacroix et im autre encore, dont je ne sais point le nom, soient cautions. — Le roi a donné des commissions de mestre de camp à sept exempts des gardes du corps, qui sont : Montgon, la Grange, de la compagnie de Noailles, la Richardie, de la compagnie de Villeroy, Lianne et Vareille, de la compagnie d'Harcourt, le chevalier de Dénonville et Chàteaugay, de la compagnie de Boufflers. — Il n'est point vrai que la vieille duchesse d'Uzès soit morte ; elle est revenue d'une'grande maladie à quatre-vingt-neuf ans.
Jmdi 7, à Versailles. — Le roi dlnà de bonne heure et alla se promener à Marly, d'où il ne revint qu'à la nuit. — Il y a quelques changements dans les charges de la gendarmerie. M. d'Estrehan, qui étoit sous-Ueutenant, a acheté de M. de Sebl>eville, maréchal de camp^ qui est prisonnier en Angleterre, la compagnie^ des chevau-légers delà reine; il en donne 4'4i',000 écus. Les compagnies de chevau-légers valent un peu moins que celles de gendarmes. M. de Renty, qui acheta il y a quelque temps les gendarmes bourguignons, a vendu la sous-lieutenance des chevau-légers de la reine au marquis de Chastelus , et le comte de Coëtenfao, frère de Coëtenfao, qui est dans les chevau-légers de la garde, a acheté l'enseigne des gendarmes de Berry. — L'élection d'un nouveau roi de Pologne, que le czar vouloit faire faire, est encore remise, et on croit plus que jamais que le czar fera sa paix avec le roi de Suède. — Le marquis de Lusignan est mort à Paris; il avoit une pension du roi de 1,000 écus ; il avoit été longtemps sous-lieutenant des gendarmes écossois, et depuis envoyé à Vienne. [Il étoit] véritablement de la maison de Lusignan *,
* Ces Mémoires sont affables et libéraux de noms. Celui de M. de Lusignan étoit Saint-Gelais. Le premier de cette maison qui prit celui de Lusignan et qui se mit les rois de Chypre , la Merlusine et les fsibles dans la tête fut Louis de Saint-Gelaisi, chevalier d'honneur de la reine Catherine deMédicis, chevalier du Saint-Esprit, dernier décembre 1579, et qui les transmit à sa postérité. Celui-ci en venoit par des cadets et étoit fort pauvre. Madame deMaintenon, qui Tavoit connu autrefois en province , lui fit donner, de fois à autre, quelque subsistance, et révéché de Rhodez à son frère, qui se trouva un étrange évéque. Celui-ci , par la même protection , fut envoyé du roi à Vienne, d'où la guerre le fit revenir. C'étoit un bon et honnête gentilhomme , que la misère avoit abruti et qui sans cela n'auroit pas manqué de quelques talents. Il avoit uu fils abbé, qui le demeura , parce qu'il étoit sur le moule de son oncle avec qui il avoit toujours vécu (1).
(1) En tète de cette addition, au milieu de la page blanche réservée pour T. XI. 22
Vendredi 8, à Versaillêê, — Le roi travailla le matin avec le P. de la Chaise , comme il fait tous les vendredis; Faprès-dlnée il entendit le sermon avec toute la maison royale > et puis s^alla promener à Trianon* »-^ On fait coucher présentement^ dans le grand appartement du roi^ douze gardes du corps et un brigadier. -*• On a établi quatre compagnies de gens d'affaires composées char cune de douze hommes ; et quand on fera de nouvelles affaires ) ce seront ces compagnies^à qui ]es feront tour à tour ; chacun de ces quarante^huit bommes-là donnera argent comptant au roi mille pistolea pour y entrer; ils auront sous eux des commis et des sous«<)ommis, qui donneront les uns cinq cents ^ les autres trois cents pistoles. • — Les troupes de l'empereur^ commandées par le prince d'Anhalt^ doivent être entrées dans Mantoue les pre«miers jours de ce mois-ci, et Ton croit que c'est ce même prince d'Ànhalt à qui Tarchiduc donnera le gouvernement du Hilanois ; c'est lui qu'on disoit que Langallerie avoittué, mais cette nouvelle n'a voit aucun fondement.
Samedi 9, à Versailles. — Le roi, après le conseil de finance, travailla encore avec M. de Chamillart; Taprès» dlnée il aUa tirer. Madame la duchesse de Bourgogne et monseigneur -le duc de Berry, madame la Duchesse et madame la princesse de Conty allèrent dîner à Meudon avec Monseigneur, et Taprès- dlnée Monseigneur les mena à Paris aux danseurs de corde , les ramena souper À Meudon, d'où ils ne revinrent qu'à quatre heures du
recevoir les notes qu'il ajoutait au Journal de Dan^au , Saiat-Simon a écrit de sa main les lignes qui suivent :
« ^^, Il faut rendre témoignage a la vérité. Je me suis trompé. Ce Bf. de « Lezigneml'estoit véritablement et de la branche.de Lezay sortie de Hugues VU « sire de Lezigneiupar Simon son 4^ fils vers l'an 1100 que c'estoient dcja de « fort gds sg<^s mais avant que les Couronnes de Chypre et de Jérusalem et les « Comtés de la Marche d'AngouIesme et d'Ëu.fussent ^trés dans cette g^e « Maison, pour ce qui est de personnel est exact et ce qui est dit des S. Gelais « aussy, desquels ce M. de Lézignem n'estoit point , c'est ou consiste moD « erreur. »
matiil. Monseigneur, qui en de voit revenir mardis a différé son retour d'un jour. Monseigneur le duc de Berry eut la permission d'y aller coucher jeudi , ce qu'il n'avoit point encore fait, et il revint vendredi. — M. le premier président s'est enfin déterminé à quitter sa charge, sentant que ses incommodités augmentent tous les jours y quoique son esprit ne s^en ressente point encore; il a 100,000 écus de brevet de retenue sur sa charge ; il en doit apporter demain la démission au roi. Il y avoit déjA longtemps qu'il songeoit à s'en démettre y mais sa famille et ses amis Tavoient retenu jusqu'à cette heure *.
* Harlfty étoit xm cynique , esolave de la tout et tirant de tout ee qui ikYoît affaire à lui ; qui avoît asservi le parlement et faisoit trembler les plaideurs; savant à fond, brillant d'esprit, de lumières^ de reparties; plein d^orgtieil, de venin, dé malignité; masqué de probité, d'humi* lité, de frugalité; superbe, et scélérat par nature, désintéressé par hypocrisie, magnlflquepar vanité, insolent et entrepr^ant par audace, bas et rampant devant ses besoins, équitable entre Pierre et Jacques, et l'iniquité même entre des parties élevées suivant son intérêt , et le vent de la cour ou de la fortune. Sa figure peignoit tous ses traits , et diezlui jusqu'au moindre rayon de nature étoit repoussé par l'affectatîon et par l'art. Ses talents , qui n'étoient ni médiocres] ni en petit nonibre , n'étoient consacrés qu'au crime , et s'il leur laistoit quelque- Ibis quelques honnêtes fonctions, c'étoit pour sacrifier à la réputation et eonséquemment à la tromperie. Ce fut lui qui , étant procureur général , inventa les légithnations des bâtards sans nommer la mère, pour les enfants du roi et de madame de Montespan, et qui en fit l'essai sur le chevalier deLongueville, tué depuis en 16S8 au siège de Philisbourg, et qui étoit fils de la maréchale de la Ferté et du comte de Saint-Paul^ tué au passage du Rhin, dont il n'avoit point été reconnu. Harlay fit proposer, par !a cour, à madame deLongueville de le reconnoître ; elle se laissa persuader sans îmaghief l'usage qu'on en vouloît faire, et le parlement encore moins , qui se laissa surprendre à l'artifice du procureur gfeéral. Ce fut en 1672, an mois de septembre , et en décembre 1673, que la légitimation des enfants du roi et de madame de Montespan passa sur cet exemple. Le père de M. d'Harlay, étant matlre des requêtes , fut en 1661 procureur général à la place de M. Fouquel quand on voulut perdre ce surintendant, à qui on persuada de se défidre de sa charge pour éviter l'embarras du parlement en l'arrêtant en 1663. Le fils de M. d'Harlay dont il s'agit ici eut la survivance de
sa charge , et il épousa en même temps la fille du premier président de Lamoignon, qui fut très- vertueuse et qui en eut grand besoin avec lui. Elle lui dit un joui" qu'elle voudroit être un livre, parce qu'elle enseroit plus souvent avec lui ; « et moi aussi , lui répondit-il gravement , je le vondrois, car on en change souvent. » Son humeur étoit insupportable aux autres , et surtout à sa famille, dont il fut constamment le fléau, et jusqu'à lui-même. Devenu premier président, il ne se contraignit plus, et vint à bout , par son crédit , par sa supériorité d'esprit et de ta. lents, par la terreur de ses reparties, de dominer le parlement à tel point qu'il s'en rendit le maître absolu , sans qu'aucun de ce grand . corps osAt branler devant lui. Il fit un jour pleurer chez lui madame de Iiislebonne à son audience, où il n'y avoit personne qui ne tremblât à son abord, même de ceux qu'il vouloit servir et qui avoient le plus de raison d'y compter. Il traitoit les gens du commun de haut en bas et avec des expressions les plus offensantes. MM« Doublet, conseillers au parlement, qui avoient pris les noms de Persan et de Crouy, de terres, qu'ils avoient achetées, étant venus à son audience, et lui ayant été présentés , il leur fit une humble révérence ; puis les regardant comme avec surprise, «Ah! leiu* dit-il, masques, je vous connois, v et leur tourna le dos : un gros financier fut chassé par lui une autre fois, en disant à ses gens : « Cet homme est fait pour attendre dans ma salle, mais son beau carrosse pour entrer dans ma cour. « Les pères de l'Oratoire et les jésuites ayant une espèce de procès, il les voulut accommoder et les manda. Après avoir travaillé avec eux : « Mes pères, ditil aux jésuites, c'est un plaisir de vivre avec vous, » et se tournant tout de suite aux pères de l'Oratoire, « Et un bonheur mes pères, de mourir avec vous. » Deux jeunes conseillers l'étant allés voir à Grosbois en habit de campagne, avec une cravate tortillée et passée dans, la boutonnière, il ne dit mot ; quand on fut à table, il avisa un de ses laquais dont la cravate étoit ajustée de même ; c'étoit la mode de tout le monde alors. 11 demanda son écuyer et lui dit : « Monsieur, en regardant ce laquais, chassez-moi ce coquin-là tout à l'heure, qui a la témérité de porter sa cravate comme messieurs, » et acheva de confondre les conseillers par l'inclination profonde qu'il leur fit en montrant leurs cravates à l'écuyer. On ne tariroit point sur un personnage si rare. Le duc de Rohan descendoit son degré oii après force compliments , le croyant retiré, ildisôit rage pour n'avoir rien obtenu de ce qu'il desîroit; un homme à lui , à qui il parloit, s'aperçut au milieu du degré que le premier président le suivoit et s'écria. M. de Rohan se tourna et complimenta. « Oh! monsieur, lui dit le premier président, vous dites de si belles choses qu'il n'y a pas moyen de vous quitter, ^ et le mena confondu à son carrosse. La duchesse de la Ferté, en pareil cas, l'appela vieux singe , comme elle ne l'aperceToit pas, qu'il la couduîsoit
encore. Il n'en fit pas semblant. A quatre jours de là , elle gagna son procès et Talla remercier : « Madame, lui dit-il au milieu de son audience, j'ai été bien aise de vous montrer qu'un vieux singe peut être quelquefois bon à quelque chose à une vieille guenon. » Son aventure avec le Arlequin de la comédie italienne est tout à fait rare. Cet Arlequin s'appeloit Dominique. G'étoit un Arlequin excellent, mais hors du théâtre un honune très-savant et très-sérieux, et qui a eu un fils de même qui est devenu capitaine d'infanterie et très-bon ingénieur. Dominique alloit souvent à la bibliothèque de Saint-Victor, et le premier président , qui y alloit quelques fois , l'y avoit trouvé deux ou trois [fois] , ^ avoit lié conversation avec lui. Il en avoit été si content qu'il le pria enfin de l'aller voir ; il s'en défendit fort , mais enfin il y fut et lui apprit qui il étoit.!Le premier président, bien étonné, l'en goûta davantage par le contraste du métier avec la science de cet homme et de son savoir-vivre, et le pria de revenir quelques fois. Quand la connoissance tut bien liée, lepremierprésident exigea qu'il lui fit à huis clos quelques arlequinades , et tout à coup , saisi de belle humeur, il se mit à l'imiter et à faire à qui mieux mieux. Le bruit qu'ils firent tenta les valets de chambre de regarder par le trou de la serrure ; on peut juger de leur surprise. Le faut est que, depuis, toutes les visites de Dominique, qui étoient toujours longues et savantes, finissoient avec le premier président et lui par quelque scène de coQiédie italienne, dont les valets se donnoient la farce par le trou de la serrure. Il y en a des millions. Celle du dépôt de Ruvigny qu'il découvrit au roi dans la colère de Sa Majesté contre milord Galloway, son fils , qu'il fit confisquer, qu'il se fit donner et dont il profita sans pudeur, le couvrit d'mfamie. Le manège qu'il fit dans le procès de M. de Luxembourg et des ducs ses anciens Ait d'autant plus rempli d'iniquité qu'après avoir mérité la récusation des ducs, et avoir, tout récusé qu'il étoit , continué à servir M. de Luxembourg en tout ce qu'illui fut possible de sollicitations à découvert , le procès jugé le roi lui demanda son avis, et il n'eut pas honte de répondre que les ducs avoient toute la justice et la raison pour eux et qu'il l'avoit toujours cru de la sorte. Ce procès toutefois lui coûta l'office de chancelier, que M. de la Rochefoucauld empêcha qu'il n'obtint. Il en avoit eu parole lors du rang intermédiaire des bâtards au parlement qu'il y fit enregistrer. M. de la Rochefoucauld le sàvoit, mais sa ûiveur et ses raisons furent plus fortes que tout ce que le premier président put remontrer en sommant le roi de sa parole. Il en fut si outré qu'il ne le put cacher à Pontchartrain même, qui en fut fait chancelier, ni au public. Sa douleur étoit plus forte que lui ; elle le rongea si bien que sa santé en souffrit et que son humeur en devint tout à fait intraitable ; il eut des attaques d'apoplexie ; il s'écrioit souvent qu'on le laissoit mourir dans la poussière du palais. Personne ne pouvoit plus ap-
procher de lui. A la fin, le roi g'eu mêla, et od rengagea à se démettre. Jamais homme si bas devant toute espèce de faveur, ni si altier avec les autres ; tout son maintien étoit forcé , composé , cynique ; il raiolt les murailles des appartçm^ts du roi , demi^eonsolé par une superbe modestie pour qu*on se rangeât avec plus de bruit devant lui , et ses révérences jusqu'à terre ne trompoi^nt personne. U avoit toujours traité son fils comme un nègre , am&i mal ; sa belle*fille, riche et ver* tueuse héritière de Bretagne et madame de Moussy, sa aoeur^ de même, qui étoit tout au8$i composée que lui, avec qui elle demeuroît veuve et sans enfants , dévote , superbe, et tenue par lui comme une petite-fille, Ce personnage a tant figuré qu'on s'y est étendu, mais bien peu encore en comparaison de tant de choses rares 9t singulières qu'il foumiroit à dire. On aura lieu dans la suite de parler de son fils unique, conseiller d'État, et qui n'a eu qu'une fille unique mariée ao prince deXingry, quatrième fils du maréchal de Ltiiiembourgf en 1711*
Dimanche 10, à Versailles. — Le roi, avant le conseil^ donna audience à M. le premier pré^identj qui lui apporta la démission de sa charge; il pria le roi d^augmenter son brevet de retenue de 200,000 francs, et de vouloir bien, au lieu de la pension de 20,000 francs qu'il a, de lui donner 10,000 livres de rente sur la maison de ville, afin que sa famille en puisse profiterr -^ L'après^iuée le roi alla au sermon avec toute la maison royale^ ensuite alla tirer. U travailla le soir avec M. de Chamillart chei madame de Maintenon. Monseigneur vint ici de Mendon pour le conseil , et puis y retourna dîner. — Il arriva un courrier du maréchal de Montrevel, qui apporta la nouvelle que le soulèvement du Périgord étoit fini sans aucune effusion de sang. M, de Montrevel -a choisi pour apporter cette nouvelle un neveu du marquis de Boissière , de la maison de Duras. On laissera quelques bataillons en ce pays4à, pour ôter toute onvie à <ie^ n^utinalà de recommencer.
Lundi 11, à Versailles. — Le roi tint le conseil de dépèches qu'il ne tient que tous les quinze joUrs, et le soir il travailla avec M. Pelletier chez madame de Maintenon. — Le roi a permis à M. de Champlàtreux, président à mortier, de céder sa charge à M. son .fils. —
Il arriva un courrier de M. de Hédavy^ qui a évacué Mantoue et la Hirandole ; le prince de Darmstadt est entré dans Hantoue avec les troupes de l'empereur. Médavy^ quand il a fait partir son courrier^ étoit à Gualtieri dans le Modénois et avoit passé le Pô à Borgo-Forte ; il étoit campé en front de bandière; il alloit retirer les troupes de Crémone et de Valence. On assure qu'il j*amène vingtun mille hommes effectifs en comptant les troupes du roi d'Espagne. Le prince Eugène lui a donné pour otage le général Pâté, qui marche avec lui. [Madame la duchesse de Mantoue revient en Lorraine, où elle se mettra dans un couvent. Nos troupes arriveront à Suze, à la fin du mois^ où le maréchal de Tessé se tiendra pour les recevoir, et Hédavy, dès qu'il y sera arrivé, a permission de venir ici pour huit jours.
Mardi 12, à Versailles. -*^ Le roi, après le conseil de finance, retint M. le chancelier, avec qui il fut encore un quart d'heure. Il lui parla sur la charge de premier président et lui dit qu'il y nommeroit avant la fin de la semaine prochaine; les courtisans croient qu'il choisira M. Voisin pour remplir cette place. L'après-dlnée le roi alla tirer^ et le soir il travailla avec M. de Pontchar* train chez madame de Haintenon. *-* Le roi a accordé à M« le premier président l'augmentation du brevet de retenue et les 200,000 livres qu'il avoit demandées qui fussent mis pour lui et sa famille sur la maison de ville. -^ Les soupçons de la grossesse de madame la duchesse de Bourgogne continuent. La duchesse du Lude, sa dame dlionneur, qui a été fort mal depuis quelque temps, et même en danger, est entièrement guérie. -*^ M. de Vendôme est parti ce matin de Paris pour aller commander Tannée de Flandre.
Mercredi 13, à Versailles. — Le roi, après le conseil d'$tat, travailla avec H. de Chamillart. L'aprè&41née il alla au*sermon, et, avant que d'y aller, il entendit la harangue du clergé ; l'évéque d' Auxerre pprtoit la parole.
L'assemblée du clergé est finie , et ils ont accordé au roi ce qu'il demandoit, qui étoit de retirer en leur nom pour trente-trois millions de billets de monnoie^ dont- ils payeront l'intérêt au denier vingt-deux, et afin qu'il n'en coûte rien au clergé , le roi leur donne 500,000 écus par an sur les postes. — Monseigneur revint le soir de Meudon. — Des soixante-huit millions en billets de monnoie qu'on vouloit retirer, tant en donnant des rentes sur la ville qu'en engageant les gros fermiers et les receveurs généraux des provinces, de ces soixante-huit millions-là, on en a déjà reçu cinquante-cinq, que l'on biffe à mesure qu'on les reçoit, afin qu'ils ne rentrent plus dans le commerce , et on commence à s'apercevoir du bon effet que cela produit, car on trouve à changer les billets de monnoie en argent à un quart de perte.
Jeudi 14, à Versailles. — Le roi dîna à onze heures et alla courre le cerf dans le parc de Marly. Monseigneur et monseigneur le duc de Berry allèrent courre le loup. — M. le comte de Villars, avec six vaisseaux, a attaq[ué sept vaisseaux anglois à la hauteur de Yintimille. Le principal des vaisseaux ennemis était commandé par milord Péterborough , qui passoit de Catalogne à Gènes. Ce milord, se voyant trop pressé par deux de nos vaisseaux, qui s'étoient attachés au sien , se mit dans une frégate avec milord Mordan, son fils, et se sauva dans le port de Gènes; le vaisseau qu'il avoit abandonné fut brûlé. M. de Villars poursuivit encore un autre vaisseau ennemi. C'est M. de Monaco qui mande cette nouvelle , et que milord Mordan avoit été blessé dans l'action d'un coup de canon à la jambe , dont il est en très-grand danger. — On va publier une ordonnance pour réprimer le luxe des tables à l'armée et pour régler les équipages: un lieutenant général ne pourra avoir que quarante chevaux , un maréchal de camp trente, un brigadier vingt-cinq^ les colonels et les mestres de camp n'en pourront avoir que vingt. — M. de Mimeur fut élu à l'Académie en la
place du président Cousin, mort il y a quelque temps.
Vendredi 15, à Versailles. — Le roi travailla le matin avec le P. de la Chaise, comme il fait tous les vendredis. L'aprè^lnée il alla à la volerie ; madame la duchesse de Bourgogne y devoit aller, mais elle a une fluxion sur la joue qui l'incommode fort et qui l'empêcha d'y aller. — Le roi va faire registrer un édit au parlement qui donnera cours aux billets de monnoie par tout le royaume ; jusques ici ils n'étoient reçus que dans Paris, mais on ne pourra faire aucun payement qu'en donnant les trois quarts en argent comptant; et le roi promet qu'il payera de même les appointements, les gages et les pensions. Cela ne commencera à s'exécuter que le 20 du mois de mai. — Par le traité qu'on a fait avec le prince Eugène , on évacue final en même temps que les places du Milanois. M. de Savoie*vouloit que cette place lui fût remise, mais les troupes de l'empereur en prendront possession quanil les troupes du roi d'Espagne en sortiront. M. de Savoie soutient que l'empereur avoit promis de l'en mettre en possession. — Le roi n'alla point au sermon, c'est le seul qu'il ait manqué du carême ; monseigneur le duc de Bourgogne y alla.
Samedi 16, à Versailles. — Le roi partit d'ici de bonne heure pour aller dans le parc de Marly faire la revue de ses gendarmes , de ses chevau-légers et de ses deux compagnies de mousquetaires; tout cela est plus que complet et fort bien monté. Us ont ordre de partir mardi pour la Flandre. Les officiers généraux qui doivent servir dans cette armée ont ordre de se rendre à Lille le !•' de mai et le& officiers généraux de l'armée d'Allemagne de se rendre à Strasbourg le 10 de mai. — Le roi d'Espagne, sans avoir été sollicité par aucunes lettres d'ici , donne au roi un million de l'argent que le duc d'Albuquerque lui envoie du Mexique , et cet argent est arrivé à Brest il y a déjà quelque temps. " — Le roi de Suède fait assembler à Leipsick un grand nombre de
chariots à quatre chevaux; mais on ne pénètre point encore son dessein. On dit qu'il a donné au baron de Sparre le commandement du duché de Brème y qu'iLle fait gouverneur du prince Holstein^ qui lui succédera en cas qu'il n'ait point d'enfant^ et qu'il le fait lieutenant général dans ses troupes; cependant le baron Sparre mande toujours qu'il viendra servir ici cette campagne.
Dimanche VI, jour des Rameauûô, à Versaillêê. -** Le roi et toute la maison royale assistèrent à toutes les dévotionn de la journée^ et^ après le salut ^ le roi entra cheas ma^ dame de Maintenons où il travailla longtemps avec H. de Chamillart. Madame la duchesse de Bourgogne ne put pas descendre en bas dans la chapelle et se tint dani la tribune^ parce que sa fluxion continue. —* Le roi dit qu'il déolareroit demain le premier président; on ne croit plus que ce soit M. Voisin, parce que le roi veut prendre un homme du corps du parlement; ainsi cela roule ap* paremment entre MM. les présidents Pelletier et de Lamoignon; le président Pelletier est le plus ancien des deux. — L'empereur a reconnu le roi Stanislas il y a déjà quelque temps; mais les Hollandois et les Anglois ne le veulent point encore reconnoltre, de peur d'irriter le czar^ qu'ils ménagent, surtout les Hollandois, parce qu'ils ont beaucoup de vaisseaux à Arkangel. On commence à croire que le roi de Suède n'est pas content du roi Au* guste qui a un envoyé auprès des États Généraux à qui il s'est plaint que le roi de Suède en use durement aveo lui.
Lundi 18, à Versailles. — Le roi tint le conseil d'État qu'il auroit tenu hier sans la fête , et, au conseil^ il dé«> clara qu'il avoit choisi pour premier président M. Pelle* tier, le président à mortier. — M. de Bouillon a envoyé un courrier de Dijon pour apprendre à sa famille qu'il avoit gagné son procès contre le duc d'Albret, son fils. Dd ont plaidé avec beaucoup d'honnêteté et ont toujours paru bien ensemble depuis qu'ils sont à Dijon. M. le cardinal de Bouillon y a toujours demeuré avise eux , et c'est lui^
qui les avoit raccommodés. -7 On a reçu des lettres de M. le duo d'Orléans de Bayonne^ où il arriva le 9; il en repartit le lendemain , et va en deux jours à Pampelune; il compte d'arriver le 16 à Madrid. — M. Févôque de Toumay est à rextrémité; il étoit parti d'ici en assex mauvaise santé pour aller dans son diocèse. Il est frère de madame de Cavoie; il avoit été évéque deSaint*Brieuc et a toujours vécu comme un saint. Il avoit Tabbliye de Bégard; qui vaut 8^000 livres de rente 1 et le prieuré de Josselin^ qui n'en vaut pas 2^000.
Mardi 19, à VersailleM. — Le roi, avant que d'entrer au conseil de finance^ reçut les remerclments de M. Pelletier, et en même temps il lui donna un brevet de retenue de 500,000 francs, pareil à celui qu'il faut qu'il paye à M. le premier président de Harlay. Il lui parla ensuite sur la charge de président à mortier; il lui dit qu'il n'avoit choisi personne pour remplir cette charge , qu'il lui lais^ soit la liberté de la vendre à qui il lui plaira , qu'il ne doutoitpas qu'il ne lui donnât un bon sujet et qu'il étoit bien persuadé qu'il ne songeroit pas à en tirer plus que le prix de la fixation, qui est 500,000 francs; cette charge n'avoitcoûté àlafamillôdeM. Pelletier que 100,000 écus< '— Le roi a donné à M. le président de Lamoignon la survivance de la capitainerie de Limours, qui est auprès de ses terres, pour son fils, et a trouvé bon qu'une pension de âyOOO écus, qu'il avoit , passât sur la tête de son fils.
— On reçut la nouvelle que le pauvre évoque de Tour-, nay (1) étoit mort, et il est regretté de tout le monde.
Mercredi 20, à Versailles. — Le roi et toute la maison jpoyale entendirent ténèbres dans la tribune , et, après ténèbres, le roi alla se promener àTrianon. Le soir il trar* vailla avec M. deChamillart chez madame de Maintenons
— On mande de la Haye qu'on y attend milord Mariborough ; on compte qu'il y est arrivé présentement. —
(1) Lods-Marcel de Coëtloson. ' '
M. de Vendôme prend du lait à Hons^ mais on croit qu'il entrera en campagne avant les ennemis. — L'abbé Gallois est mort à Paris; il étoit un des quarante de T Académie françoise et un des dix honoraires de l'Académie des sciences. — L'empereur s'est désisté de la prétention qu'il avoit pour M. d'Osnabruck à l'évèché de Munster; ainsi M. l'évèque de Paderbom n'a plus rien qui le trouble; c^est le ministre de HoUande qui a obtenu ce désistement de l'empereur. — M. le duc d'Orléans a vu la reine douairière d'Espagne à Bayonne y et elle lui a fait donner un fauteuil*. Le duc de Gramont a pei*mission de revenir de ce pays-là^ et il en ramène la duchesse sa femme.
* Les infants ont un fauteuil devant le roi et la reine d'Espagne, qui leur est venu de celui que les cardinaux ont usurpé devant eux , ea étendant la courroie de celui des cardinaux légats a latere. Philippe IV, fatigué d'un cérémonial si bizarre , avoit fait des niches de pierres dans les embrasures des fenêtres d'une grande salle de son apparteknent , à laquelle on n'a point touché en re£adsant cet appartement , et c'est dans une de ces embrasures qu'est une porte qui ne parott point , et qui donne dans un degré pris dans l'épaisseur da mur qui monte dans une tour où François V^ fut prisonnier, dont le très-court logement se conserve encore tel qu'il l'occupa. Ces niches de pierres, feites dans ces embrasures de fenêtres, servoient à Philippe IV à éviter le fauteuil des cardinaux. Il les recevoit dans cette salle, s'y promenoit avec eux, puis leur proposoit de se reposer et de jouir de la belle vue sur le Mançanarez ^ se mettoit dans une niche et faisoit asseoir le cardinal dans Tautre. Telle est l'origine du fauteuil des mfants et l'usage de celui des cardinaux, qui n'en ont plus qu'au conseil, quand le roi y est seulement et à la chapelle ; mais au dtner du roi et de la reine , ni en toute autre occasion , ils ne s'asseoient point, et tout ce qui leur reste est que , lorsqu'ils entrent dans l'appartement du roi et de la reine, on apporte un fauteuil dans la pièce du dais et sous le dais, qui est éloignée de celle où on se tient, et ce fauteuil y demeure jusqu'à ce qu'ils sortent de l'appartement , au lieu que les infants sont assis dans un fauteuil dès que le roi ou la reine le sont, en quelle occasion que cç soit. Pour revenir à la reine douairière , i^léguée à Bayonne , elle sentoit sa disgrâce et ses besoins ; elle vouloit plaire à un prince qui alloit se mettre à la tête des armées d'Espagne et dont le rangressembloit si fort à celui des fils de France
et s'étoit monté si fort au-dessus de celui des princes du sang; de façon qu'embarrassée que faire elle aima mieux trop que trop peu, et sauta le bâton du fauteuil , que M. le duc d'Orléans prit avec grande joie , mais qu'il n'auroit osé prétendre ^ et qu'il n*a jamais eu du roi ni de la reine d'Angleterre à Sain^Germain. La reine mère d'Angleterre, sœur de Louis XIII, réfugiée en France pendant l'horrible catastrophe du roi Charles V^, son mari, est la première tête couronnée qui ait donné le fauteuil à un fils de France. M. Gaston^ duc d'Orléans, son frère, .alors lieutenant général de l'Ëtat et la première personne après la reine régente , l'exigea des besoins et de la nécessité de la reine sa sœur ; et pour achever cette matière , lorsque la princesse d'Orléans passa à Bayonne en 1722 allant épouser le prince des Asturies, Louis , la reine douairière crut la devoir traiter en princesse des Asturies, et lui donna le fauteuil , et sur cet exemple elle en usa de même pour mademoiselle de Beaujolois allant épouser don Carlos , à quoi la qualité de fille du régent actuel de France ne nuisit pas. Lorsque mademoiselle de Beaujolois fut renvoyée d'Espagne au renvoi de l'infante , tout avoit changé de face; elle n'étoit plus que princesse du sang , puisque son mariage avec don Carlos n'avoit pas été acx;ompli^ et M. le duc d'Orléans, son père, n'étoit plus;, mais M. le Duc , prince du sang, étoit premier ministre et quelque chose de plus. Cette considération agit encore sor l'état d'ime reine exilée , point payée, peu comptée et malheureuse ; elle se piqua de pitié pour mademoiselle de Beaujolois , et de ne lui pas £ûre sentir la différence de ses deux passages à Bayonne ; eUe la reçut comme la première fois, dans un petit salon de plain pied à un beau jardin , et après les premières embrassades elle proposa à la princesse de Berghes , veuve d'un grand d'Espagne , qui , en qualité de camarera-mayor étoit allée attendre la reine veuve à Saint- Jean de Luz, qui ramenoit sa sœur avec elle, d'aller voir son jardin, et dit à la duchesse delinarez, sa camarera-mayor, de l'y accompagner. Elles étoient averties et ne se le firent pas dire deux fois après quoi , les deux reines et mademoiselle de Beaujolois s'assirent chacune dans un fauteuil , et la marquise de Conflans , gouvernante de mademoiselle de Beaujolois, qui rétoit allée attendre avec la princesse de Berghes, demeura auprès d'elle debout avec les autres dames de la petite cour de la reine douairière. Elles se virent ainsi trois ou quatre fois , et toujours les deux veuves des grands absentes pendant la séance , à cause du fauteuil de mademoiselle de Beaujolois. Le fauteuil fit ici grand bruit , et les princesses du sang ne voulurent pas voir la reine à son retour, parce qu'ayant consulté le roi d'Espagne sur cette difficulté que ce fauteuil de sa sœur paroissoit devoir faire naître , et qui en naquit en effet , le roi d'Espagne lui défendit de le donner, même à madame la duchesse d'Orléans sa mère , qui à cause de cela ne la vit jamais qu'en
paniculiaV) et les prineee et prinoesseï du sang point du tout ^ hoMaon frère et ses sœurs ea particulier aussi.
Jeudi 21, à Versailles. — Le roi lava les pieds des pauvres^ comme il fait tous les ans à pareil jour; le cardined de Janson officia et le P. [Quinquet]^ théatin'^ prêcha et fut fort applaudi. Monseigneur^ messeigneurs les ducs de Bourgogne et de Berry firent leurs dévotions de bonne heure et vinrent servir le roi à la Cène ; madame la duchesse de Bourgogne fit son bon jour aussi. L'après-dlnée le roi et toute la maison royale entendirent ténèbres dans la tribune de la chapelle , et, après ténèbres , le roi alla se promener dans les jardins. Le soir, après souper, le roi et toute la maison royale allèrent dans la tribune adorer le saint sacrement. — M. de Yaudemont revient avec M. de Hédavy ; il compte d^arriver à Suze à la fin du mois, et de là ils reviendront ici tout droit. Madame de Mantoue et madame de Yaudemont prennent le parti d'aller par la Suisse et comptent de s'en aller tout droit en Lorraine , et que madame de Mantoue se mettra dans un couvent à Pont-à-Mousson, mais on ne sait pas si M. de Lorraine ne fera pas quelques difficultés de la recevoii* dans ses États , à cause qu'il ne veut pas déplaire à Pempereur, qui n'aime pas M. de Mantoue.
Vendredi'-Saint 22, à Versailles, — Le roi et toute la maison royale assistèrent à toutes les dévotions de la journée. Après ténèbres le roi s'enferma avec le P. de la Chaise jusqu'à sept heures, ce qu'il fait toujours la veille des jours qu'il doit faire ses dévotions. En sortant d'avec le P. de la Chaise , il entra chez madame de Maintenon. Monseigneur le duc de Bourgogne et madame la duchesse de Bourgogne allèrent se promener dans le jardin, mais le grand vent les fit rentrer bientôt. — Il arriva im courrier de M. de Vendôme, qui mande que milord Marlborough doit être arrivé à la Haye, parce qu'il a débarqué à Ostende ; il amène avec lui milord Pembrock, qui étoit plénipotentiaire à Ryswick. On compte ici que nous se-
AVRIL ITOT, 361
roni supérieurs aux euuemis en Flandre cette campagne^ que noua aurons quarante escadrons plus qu'eui^ et qu'ils n'ont pas plus d'infanterie que nous. Les nouvelles de Hollande portent qu'ils font beaucoup travailler à Huy et à liège» craignant que nous ne marchions de ce o6té-là.
Sa/m^d^Saint 88^ à Verêailleê. -«-^ Le roi fit son bon jour àlapartHsse» et & son retour il toucha plus de mille mor lades (1)* L'après-dlnée il fut enfermé jusqu'à six heures Aye0 le P. de la Chaise et fit la distribution des bénéfices valsants > et ensuite alla entendre compiles ^ dans la tri* bune^ avec toute la maison royale. Monseigneur et mon- «eigneur le duc de Barr y coururent le loup le matin^ d'où ils rovini*ent de bonne heure^ et suivirent le roi à la chapelle» «^ Le matin , en se levant^ le roi reçut un paquet de M. de Ghamillart^ qui est à TËtang; il y étoit arrivé la nuit un courrier de M. de Vaudemont. ils écrivent^ M. de Médavy et lui , de Gastelnuovo , qui est entre Crémone et Plaisance; ils mandent qu'ils n'ont qu'à se louer des trai* tmnents qu'ils reçoivent , que les étapes pour les troupes sont fournies abondamment. Ils comptent toujours d'arriver à Suze à la fin du mois.
lAêU des bénéfices donnée : L'évèché de Tournay à l'évéque de Bayonne^ de la maison de Beauvau, frère de eelui qui commande la gendarmerie ; Tévêché de Bayonne à Fabbé de Druillet^ grand vicaire de M. du Mans; l'abhaye de Granselve, qu'avoit l'ancien évêque d'Autun, à M. le cardinal de la Trémoille^ qui rend l'abbaye de Bonnecombe , qui étoit autrefois fort bonne et qui est fort diminuée; l'abbaye de Bégard en Bretagne^ qu'avoit feu M. de Tournay^ à l'abbé de Polignac; l'abbaye de
(i) « La fatigue que le roi se donna le samedi ne peut être comparée à rien qui en puisse approcher, puisque Sa Majesté touctia le matin quinze cents malades, et cela d'un air aisé et content, et sans marquer une certaine répugnance que les personnes les plus saintes ne pourroient quelquefois s'ootipèeberde faiw ¥oir en de pareilles occasions. » (Mercure d'avril, page 376.)
Bonnecombe à Tabbé de Lusignan ; Tabbaye de Beaulieu en Bretagne à l'abbé de Beaufranc ; l'abbaye de Bonnefonds à l'abbé de Poudenx; l'abbaye de l'Ue-Chauvet à l'abbé d'Aynac; Tabbaye de SuUy en Touraine à Tabbé Amadieu; l'abbaye de Saint-Maur î\ l'abbé Martineau , frère du confesseur de monseigneur le duc de Bourgogne ; l'abbaye de Willancourt î\ la sœur de Villers, religieuse de la maison , et celle de Saint-Étienne de Reims à la sœur Gobillon^ religieuse de la maison. Deux canonicats de la Sainte Chapelle de Paris , l'un à l'abbé de Cbampi* gny, et l'autre à l'abbé de Vaurouis.
Dimanche 24-, jour de Pâques^à Versailles. — Le roi et toute la maison royale assistèrent à toutes les dévotions de la journée ^ et après le salut y qui ne commence qu'à six heures depuis Pâques jusqu'à la Toussaint, il entra chez madame de Maintenon, où il travailla avec M. de Chamillart. — Pointis est mort à sa maison auprès de Paris, en se voulant sonder lui-même. Il étoit chef d'escadre; il avoit 20,000 livres de rente à vie sur la maison de ville; il avoit encore des appointements et des pensions du roi considérablement, si bien qu'il jouissoit de plus de 50,000 livres de rente. Il avoit acheté quelques terres en Touraine, qui reviendront à ses héritiers, et avoit acheté de M. de Ghampigny une terre à vie, qui leur reviendra; il s' étoit fort enrichi dans la dernière guerre, à la prise de Carthagène, où il avoit fait une action fort hardie. — On a nouvelle que l'archiduc a passé à Barcelone, où il n'a point mené de troupes ; on dit toujours qu'il veut s'embarquer pour l'Italie et qu'il y épousera la princesse de Wolfenbuttel, que l'on y fera aller de Vienne, où elle est présentement. Elle a changé de religion pour l'épouser.
Lundi 25, à Versailles. — Le roi , le matin , tint le conseil d'État qu'il auroit tenu hier sans la bonne fête. L'après-dlnée il alla se promener à Trianon, et le soir il travailla chez madame de Maintenon avec M. Pelletier. Le
roi ne devoit aller, pour demeurer quelques jours à Marly, que jeudi ; il a avancé son voyage , et ira lundi ; et Monseigneur, qui ne devoit aller à Meudon que jeudi , ira demain. — Les mécontents de Hongrie ont levé le siège de Léopolstadt; mais en récompense ils ont défait un corps de troupes que Tempereur vouloit faire repasser en Transylvanie. — Il est arrivé un courrier de M. de Médavy, qui continue sa marche tranquillement; il doit toujours arriver le 28 à Suze. Les garnisons que nous avions dans Milan et dans Final y sont déjà arrivées, mais les ennemis ont fait ce qu'ils ont pu pour les obliger à déserter, ce qui fait encore craindre qu'ils ne fassent quelques mauvaises difficultés qui nous embarrassent. — Le duc de Marlborough arriva le 17 à la Haye, et en repartit le 20 pour aller en Saxe voir le roi de Suède.
Mardi 26, à Versailles. — Le roi donna le matin audience à M. de Zuniga, envoyé d'Espagne, pour faire compliment sur la naissance de monseigneur le duc de Bretagne. Il a passé tout l'hiver à Paris, et le roi d'Espagne lui a envoyé ordre de venir faire cette fonction-là ici, et lui a même donné 3,000 pistoles pour le faire plus honorablement, ce que M. de Zuniga a fait avec beaucoup de magnificence. [L'après-dlnée le roi alla se promener à Trianon, et le soir il travailla chez madame de Maintenon avec M. de Pontchartrain. — Le roi a donné 2y000 écusde pension à M. le marquis de Hautefort, lieutenant général, qui sert cette année sur le Rhin. — Monseigneur alla dès le matin à Meudon, d'où il ne reviendra que pour Marly; madame la duchesse de Bourgogne y alla diner avec lui et n'y mena que trois de ses dames; c'étoit un dîner en particulier *. — M. Pelletier, le^ premier président, a donné au roi la démission de la charge de président à mortier qu'il avoit; il avoit voulu s'en accommoder avec le lieutenant civil , mais cela est rompu . On croit que le roi a choisi M. Portail** pour la remplir, et que la charge d'avocat général qu'avoit M. Poiv
tail sera achetée par le second fils de M. de Lamoignon.
*Ces dîners particuliers de Meudon s'appeloieAt àeuparvula^ et four niroient ujie longue anecdote oui intéressçroit des personnes dont le respect ne permet pas de s'expliquer. Ce qui s'en peut dire est que la comtesse de Bury, qui fut dame d'honneur de madame la princesse de Gonty, fille du roi , à son mariage , mit auptès d'elle^ longues axoém après, une de ses parentes, en qualité de fille d'honneur^ quis'aptieloit mademoiselle Chouin, laide à merveille, mais de beaucoup d'esprit. Sa sortie de la cour fut orageuse pour elle et pour d'autres. Monseigneur y prit grand'part , qui commandoit alors l'armée de filandre , et M; de Luxembourg, qui la commandoit sous lui, eut grand' peuf. Le commerce très-secret continua entre les mêmes persoilnes. Au bout de quelque temps, Monseigneur la mit a Choisy, puis àMeudon quand cette maison fut à lui. Avec Iç temps, cela se sut davantage; quelques gens déplus furent admis au secret, qui devint à lafintoiyours secret , mais le secret de la comédie. Mademoiselle Chouin logeoit dans un appartement qui avoit une communication se(*,rète avec celui de Moti#ei gneur, et comme il en avoit un d'hiver et un d'été, mademoiselle Ghouhi en changeoit de môme et avec la même con^modité. La veille que Monseigneur arrivoit à Meudon, elle y venoit fort tard, en fiacre, avec une seule femme de chambre et son paquet, montoit tout droit chez elle et ne sortoit de son appartement ni pour prendre l'air ni podi* rien qu'après le départ de Monseigucur, qu*elle s'en retoumoit comiliO elle étoit venue. La Dumont lui faisoit porter à manger par un seul domestique, qui faisoit son appartefnent et qui l'y servoit , et tous les jouri Monseigneur y passoit beaucoup d'heures, souvent tête à tête et rarement avec quelque confident bien particulier. Ces confidents s'élargirent , eurent après liberté de l'aller voir à la dérobée , pour lui teiilr compagnie dans les temps où Monseigneur n'y étoit pas. Madame la Duchesse y fut admise et, de l'un à l'autre, beaucoup de gens, maii isat jamais sortir de l'air du mystère, ni que sa façon d'être recluse et d'aller et venir ait changé. Quand donc madame la duchesse de Bourgogne alloit dîner avec elle et Monseigneur, cela s'appeloit le parvulo. Longtemps avant d'en venir là , le roi le sut et n'osa le trouver nUnivais, bien moins encore madame de Maintenon. Sur les dernières années elle la vit à Meudon dans les voyages que le roi y faisoit rarement, et elle y vit uue fois le roi, qui lui of^it un logement à Versailles et de voir Monseigneur à découvert. Elle , qui oraignoit de s'affoiblir par le grand air et d'y être trop en prise, s'excusa prudemment et opiniâtrement, et persévéra dans sa même façon de vivre. Klle se conduisoit avec Monseigneur et avec ses enfants précisément ootnme faisoit madame de Maintenon, demeuroit dans son fauteuil en leur pré*
AVRIL 170t. Sfl5
Hehce, hseevoit la cour des deiix pflnceâ et les caresses de madame la duchesse de Bourgogne, qui enusoit a^ec elle eomme avec madame de Maihtenoti ; parlant d'elle et devant elle, [elle] disolt tout franchement la duchesse de Bourgogne et le duc de Berry. Pour monseigneur le duc de Bourgogne, elle y ajoutoit le Monsieur et vivoit plus sérieusement et tilui mesufément avec lui. Sa cour grossie à Meudon avec rattache tacite du rei , elle en eut une à Paris. Les princes du sang, les seigneUfs de tout âge les plus distingués briguoient d'être admis chez elle; les ministres lui faisoient leur cour, mais moins à découvert. Pour tant de graîicieur et d'espérance , jamais elle ne se haussa ni baissa ; jamais elle ne ptéfiira pétsontie à ses anciens et plus médiocres amis ; elle h'eut jatnafaitii table ni équipage, et logea toujours, joignant le petit Saint- Aiitoinei chee \û Croix, un des receveurs généraux, ison ancien ami t qui Tavoit recueillie au sortir de la cour et à qui on la faisoit pour elle en sa manière. Son désintéressement fut entier et tel qu'elle recevoit peudë Monseigneur, ne Voulut jamais ri en prendre par aucune voie , et Qu'elle séroit morte de faim sans la pension qu'elle eut à la mort de Monseigneur. Elle conserva après ses anciens amis et un astee grand noilibre d'autres et de très^levés^ fut abandonnée de beaucoup davantage; elle s'y attendoit et à pis encore , et comme elle ne s'étoit pas élevée, elle ne s*en abattit pas. Tant que le roi vécut, elle conserva de là considération ; mâts pour ce qu'elle Vouloit et ce qu'il luifalloit, elle n'en avoit que faire. Elle survécut ainsi sagement et dignement sa f a- ▼ettr pendant plus de vingt ans , se donna fort à Dieu dans ses der** ilîètes années , et mourut dans de grandes épreuves d'infirmités qu'elle porta avec une grande piété et une grande pénitence. G'étoit avec beaucoup d'esprit une très-bonne créature, et bien au delà de ce qu'une faveur bien moins singulière comporte ordinairement.
** Portail étoit flis d'un coilseiller de la grande chambre, qui avoit de la réputation ^ ^ d'une Nain , sœur du savant Tillemont, si. connu par la sainteté de sa vie et ses Mémoires, si reoherch es et si corrects, pour servir à l'histoire de l'Église ; de M. le Nain , mort doyen du parlement avec grande réputation, et d'un sous-prieur de la Trappe, religieux de cette austère maison durant près de cinquante ans. Le père ou tout au plus le grand-père du CDnseitler Portail étoit prettiier chirurgli& de Louis XllI, et cette eti^e Si récente ne plut pas au parlementf lorsque longtemps aprèsM.leDue,dans son premier ministère, en fit Portail premier président. Il s'étoit acquis beaucoup de réputation dans la difficile place d'avocat général ; il la rehaussa autant que tjamoignon perdit la sienne, .lorsqu'ils présidèrent tous deux à la ebambre de justice pendant la R:égence ; mais la place de premier président parut trop forte pour lui, bientôt après qu'il y fut parvenu , et il y éprouva des contradictions et des plus que manques de considé-
ration humiliantes dans des temps épineux, sous le premier ministère du cardinal de Fleury et du garde des sceaux, son adjoint , où le premier président ne sut pas partager la gloire utile et solide dont le parlement sut s'environner et faire briller toutes ses disgrâces.
Mercredi 27, à Versailles. — Le roi, après le conseil d'État, travailla avec M. de Chaoïillart jusqu'à une heure. L'après-dlnée il alla se promener à Trianon , où madame de Maintenon l'alla joindre avec la duchesse de Noailles , mesdames d'Heudicourt, de Caylus et de Dangeau; il ramena ici toutes ces dames dans son carrosse , après sa promenade. A son retour il travailla avec M. de Chamillart chez madame de Maintenon. Monseigneur le duc de Bourgogne, madame la duchesse de Bourgogne et monseigneur le duc de Berry, avec plusieurs dames , allèrent dîner à Passy chez la duchesse de Lauzun. Il y eut grand jeu après dîner; madame la princesse de Conty, la mariée^ y vint de Paris. Après le jeu ils allèrent se promener au Cours et aux Tuileries, et puis revinrent souper ici avec le roi. — M. de Jussac, premier cornette des chevau-légers de Bourgogne, mourut ici; il n'avoit point de frère ; mais le roi, qui estime fort madame de Jussac, sa mère, lui donne 25,000 francs à prendre sur la charge, pour lui aider à marier sa cadette, qui est fort jolie et fort sage. — Le vieux chevalier d^Aubeterre mourut à Paris; il avoit quatre-vingt-douze ans et étoit le plus ancien lieutenant général de France . Il étoit gouverneur de Collioure, et le roi avoit donné depuis un mois la survivance de ce gouvernement au marquis d^Aubeterre, son neveu.
Jetidi 28, à Versailles. — Le roi dîna à onze heures et alla se promener à Marly , où madame la duchesse de Bourgogne Talla trouver sur les trois heures. Elle se promena longtemps avec lui , et puis il la ramena dans sa calèche , où il n'y a que deux places. — L'affaire de M. Portail est achevée; il a la charge de président à mortier de M. Pelletier pour le prix de la fixation, et a vendu sa charge d'avocat erénéral à M. de Blancmesnil, second fils de
M. de Lamoignon^ qui lui en donne 400,000 francs; c'est 50,000 francs et plus que la fixation, mais le roi Ta permis , parce que M. Portail Tavoit achetée le même prix de M. de Lamoignon. — Il arriva un courrier de M. le duc d'Orléans, parti de Madrid le 20. Ce prince y a été reçu avec de grandes acclamations; il est logé dans le palais et est traité du roi, des grands et de toute l'Espagne, comme les infante*. 11 devoit partir de Madrid, dans trois jours, pour aller joindre le duc de Berwick , dont l'armée est assemblée ; celle des ennemis Test aussi, et comme ces deux armées sont fort proches , on ne doute pas qu'on entende bientôt parler d'un grand combat , et M. le duc d'Orléans se presse de partir pour y arriver à temps.
* Les mêmes raisons qui valurent à M. le duc d'Orléans le fauteuil de la reine douairière à Bayonne lui procurèrent tous les honneurs d'infant en Espagne, outre qu'y ayant obtenu une déclaration en supplément du testament de Charles II, qui l'avoit omis, par laquelle déclaration il étoit appelé à la succession de la monarchie , suivant l'ordre de sa naissance, par la reine, femme dé Louis XIII, sa grand'mère, fille et sœur des rois Philippe III et IV, c'étoit une grande raison pour ce traitement.
Vendredi 29 , à Versailles. — Le roi travailla le matin avec le P. de la Chaise, comme il fait tous les vendredis, et alla tirer l'après-dlnée. — M. de Zuniga prit son audience de congé ; il va servir de maréchal de camp en Flandre. — Le maréchal de Coeuvres fut choisi, il y a quelques jours, pour remplir la place d^académicien honoraire que le maréchal de Yauban avoit à l'Académie des sciences. — Madame la comtesse de Roussillon^ est morte à Paris; elle étoit sœur du marquis de la Salle, maître de la garde-robe. — Il arriva un courrier de M. de Vendôme, qui se baigne et prend du lait à Hons. Il mande que rien ne presse de faire partir les officiers; il demande seulement qu'on lui envoie Contades, qui est major général de son armée, qu'on a fait partir d'abord. Il
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pivoit demandé, il y a quelques jours, qu'on lui envoyât Paységur^ que Ton fit partir le soir mâme. ->- 1^ ç^jfdinftl d'Ëstrées vint dem^dei" au rpi son a^ément pour le mapiage du duc d'Estréee, son neveu, avec madomot-^ selle de Nevers, à qui on donne en marii^ge 4110^000 franod.
* Le tnari de cette madame de Houssillonâvoft plusieurs frères, dont ua perdit fortune et espéranees lorsque mad^noiselle Chouiti sorth de la eoMTi et demeura hors du service et exilé tout le reste du règne du feu roi. Un autre étoit un évéque iuç de Laon, qui sa trouvant ebe^s M. de Noyon^ Tonnerre, avec Tévêque duc de Langres, fils du frère de ce dernier , survînt compagnie qui, les voyant tous trois , dit poliment à M. de Noyon qu*il ne le vouloit pas ti^ôubler, le voyant ainsi en famille et avec deuK prélats de sa maison* aOui^ monsieur, répondit brusquemuent M. de Noyon , voilà monsieur qui dn «$t| montr^mt son neveu , et monsieur qui s'en dit, en montrant Tautre. » Et puis de fife et de s'applaudir, et le Laon à demeurer confondu. C'est ce même Laon qu'on verra faire une si déplorable chute aux premiers grands édats de la ConstitutioB.
Samedi 30, à Ver milles. — Le roi , après le conseil de finance, travailla encore avec M. de ObamilUrt, et IV près-dlttée il alla se promener à Meudon pour voir les nouveaux bâtiments que Monseigneur y fait faire. - — Comme le roi part lundi pour Marly, où il sera vingt jouns, iom lea officiers pren»eiit congé de luL t^ l^ roi a donné une pension de ifiW francs à la Loge, brigadier de cavalerie et frère d'imécourt, lieutenant général. — Sailly , lieiiten^ant-rgénéro-l , va commander d#ins le comté de Nice, où il n'y avoit que Paratte, qui n'ept que maréchal de camp^ — Le débordement des rivi^p^is en italiie, par la fonte des neiges, a un peu embarra/^ la marche des troupes de M. de Médavy ; mais 5(. de Savoie ni le prino^ Eugène ny apportent awun en^pécheflae»t; au eontrairi^ * ils ne reçoivent tontes sprtefii àj\mmè\^bèi^, et les étapes wmi fournies ^mxm^ eUn^ le po^rai^ot èti»e en France.
Dimtmche V mai, à Venailles, -r^ Le roi, en soirtoit de table, travailla aveo M» de Chamillart jusqu'à ^nq
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heures^ et puis alla se promener à Trianon. Monseigneur vint ici le matin pour le conseil , et puis s'en retourna dîner à Meudon et y emmena monseigneur le duc de Bourgogne ; madame la duchesse de Bourgogne y alla passer Taprès-dinée avec lui. — Il arriva un courrier de M. de la Bourdonnaye ^ qui donne bonne espérdnce du Buooès desmines^ sur lesquelles on ne comptoit plu& Un religieux , arrivé de Lima et qui a souvent vu travailler aui mines du Pérou^ a rectifié le travail que faifloit de Rodes ; on a ouvert la montagne & six lieues de l*endroit où il travailloit, et l'on y trouva beaucoup d'argent ; mais on ne sauroit dire encore quel en sera le produit. — M. le maréchal de Villars prit congé du roi et partira jeudi de Paris pour Strasbourg; il n'y mêUë pas madame la maréchale cette année.
Lundi 2, à Marly. — Le roi dîna à midi à Versailles et puis vint ici courre le cerf; ce voyage-là doit être de vingt jours. Monseigneur vint le soir de Meudon. Le rOi au soir travailla avec M. Pelletier chee madame de Maintenon. ' — Il arriva encore un courrier de Bayonlie pflir lequel on a mandé qu'il y a beaucoup d'espérance que l'afiaire des mines réussira. — L'empereur a érigé lé comté de Mœurs en souveraineté et en a donné Tinvestiture à l'électeur de Brandebourg; ce comté lui vint de la succession du roi Guillaume. ^— On eut nouvelle que M. de Vaudemont et M. de Hédavy^ avec toutes les troupes qu'ils ramènent d'Italie^ étoient arrivés à Suze. Ils viennent tousdeux ici^ où on les attend à la iin de la semaine ; ils se louent fort de la manière dont eux et les troupes ont été traités durant toute la route. Montgon partit d'ici il y a quelques jours pour aller faire la revue de la cavakrie qu'ils ramènent.
Mardi 8, à Marly. — Le roi fut saigné par pure précaution et travailla ,1e soir avec M. de Pontchartrain chez madame de Maintenon. — On eut nouvelle de l'arrivée de madame de Hantoue à Soleure , où elle demeu-
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rera dans un couvent jusqu'à ce que M. de Mantoue trouve bon qu'elle soit dans un couvent, ou en Lorraine ou en France. Elle a avec elle pour dame d'honneur madame de Gonzague, en qui M. de Mantoue se confie fort. Par le traité qu'a fait M. de Vaudemont avec le prince Eugène^ il avoit demandé qu'on donnât 50,000 écus par an à madame de Mantoue, et il en a accordé 20,000. Madame de Vaudemont s'en va tout droit en Lorraine. — Madame la duchesse de Nemours est fort mal, 'et comme elle a quatre-vingt-trois ans, on ne croit pas qu'elle en réchappe; sa mort sera suivie de bien des procès , surtout pour la souveraineté de Neufchàtel; elle a encore beaucoup de bien dont elle peut disposer par son testament.
Mercredi 4, à Marly. — Le roi tint le conseil d'État à son ordinaire, et se promena Taprès-dlnée dans ses jardins. Le soir il travailla avec M. de Chamillart chez madame de Maintenon. — Le roi donnera ici une chambre à M. de Vaudemont quand il arrivera , afin qu'il y puisse demeurer durant tout le voyage. — M. et mademoiselle de Bouillon revinrent hier à Paris de Dijon, où ils ont gagné leur procès contre le duc d'Albret ; le roi a permis qu'ils vinssent ici ,où ils resteront tout le voyage. — On mande de Rome que la santé du pape devient tous les jours plus mauvaise ; il a les jambes ouvertes , et la poitrine est attaquée. Son père, sa mère et quelques gens encore de sa famille sont morts de la même maladie, et à l'âge qu'il a; c'est ce qui fait le plus craindre pour sa vie. — Il y a eu une conspiration dans la ville de Minorque. Le major de la citadelle vouloit livrer cette place aux partisans de l'archiduc; la conspiration a été découverte. Le gouverneur de l'Ile et la Jonquière, qui y commandent nos deux bataiUons des troupes de la marine, y ont marché; on a fait pendre le major et plusieurs de ses complices; on a pris plusieurs moines qui étoient de la conspiration dont on en envoie quelques-uns en France. Le gouverneur de l'Ue s'appelle don Diego d'Avila,
qui s^est parfaitement bien conduit dans cette affaire. Jeudi 5 y àMarly, — Le roi prit médecine, comme il fait tous les i mois. Monseigneur courut le loup auprès de Pontchartrain, où étoit M. le chancelier, qui fut quelque temps à la chasse avec Monseigneur; cela lui est déjà arrivé plusieinrs fois quand Monseigneur court de ce côtélà. — M. de Cilly, maréchal de camp dans l'armée du duc de Berwick, apporta au roi la nouvelle d'une grande bataille gagnée à Âlmanza^ qui est sur la frontière du royaume de Valence. Les ennemis, commandés par le marquis das Minas et milord Galloway, vinrent nous attaquer le 25. Le combat ne dura qu'une heure et demie, il avoit commencé à trois heures après midi. La victoire a été complète; on a pris tout leur canon, beaucoup de drapeaux et d'étendards; Milord Gallovay blessé à mort; on ne sait ce qu'est devenu le marquis das Minas. Cinq bataillons qui s'étoient retirés dans la montagne^ où ils manquoient de pain et d'eau, ont prié le comte d'Ona, qui les commandoit, d'envoyer au duc de Berwick pour le. prier de les recevoir prisonniers de guerre ; milord Berwick leur a envoyé de l'escorte pour les amener en son camp. L'infanterie ennemie est entièrement défaite; Cilly compte qu'ils ont eu six mille hommes tués ; nous avons perdu peu de gens à cette action. MM. de Polastron et dé Sillery y ont été tués; ils étoient brigadiers d'infanterie tous deux. Cilly loue fort le duc de Popoli, qui commandoit notre aile droite. La brigade de Mailly a un peu souffert dans le commencement de l'action, et la brigade du Maine y a fait tout ce qu'on] pou voit faire de mieux. Cilly est parti le 26 au matin, et M. le duc d'Orléans y devoit arriver ce jour-là. Le duc de Berwick vouloit l'attendre ; mais comme les ennemis sont venus l'attaquer, il a fallu combattre ce jour-là. Il mande qu'il enverra incessamment le petit Bauclay, son beau-frère, pour apporter les détails , et Cilly assure qu'on trouvera encore l'affaire plus considé-
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rable qu'il ne le dit. Nous avons déjà douze colonels et seize lieutenants -colonels ou majors pris* Cilly ii'a point passé à Madrid ; mais M. de RonquillQ^ qui est parU en même temps que lui de Tarmée, en a apporté la nour^Ue au roi d'Espagne. — ^ Madame la duchesse de Bourgogne étoit à faire collation à l'Étang ^ où elle étoit^ quaqd H* de Cilly arriva. M. de Chamillart lui dit tout bas la nouvelle) et puis monta en carrosse avec M. de Cilly pour l'amener ici au roi.
Vendredi 6, à Marly. — Le roi courut le cerf l'aprèi^ dinée et puis se promena dans ses jardins^ où le duo d'Albe vint le trouver, le roi lui en ayant donné permission ; cw les ambassadeurs ne viennent jamais ici quand la rpi y est. Le roi le gracieusa fort, et je ij'ai jamais vu la roi témoigner tant de joie que dans cette occasion-oi. Il étoit chez madame de Maintenon hier quand il en apprit la nouvelle^ et vint à la porte de la chambre ou tous le$ couptisans attendoient. 11 leur conta tout ce que Cilly avoit dit et témoigna leur savoir bon gré de leur empreasa^ ment. On fait partir des courriers pour. en porter la aouvelle aux électeurs de Bavière et de Cologne, au mapéchal de Tessé et au maréchal de Villars, que l'on joiiidra demain, car il n'est parti de Paris que de hier.
Samedi 7, à Marly. — Le roi se promena tout le m^Un, et à quatre heures il monta en calèche et alla au grand mail en haut pour voir jouer Jes bons joueurs, Iladama la duchesse de Bourgogne, les princes/ses et beaucoup de dames le suivirent dans des calèches. — Le duQ d'Alba vint de Paris le matin, et amena au roi Valouee, ua des quatre majordomes du roi d'Espagne. Il est parti de Madrid depuis la nouvelle qu'on y a eue de la bat9ille g^ gnée par le duc de Berwick. Il vient de la part du roi son maître pour remercier le roi de tous les secours dju'il lui donne et des services que lui ont rendus le général et les troupes de France dans cette occasion. Yaloqze est attaché depuis longtemps au roi d'Espagne, et étoit son
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écayer pendant qu'il étoit en Frapce. — Le duc de Ne-^ vevH est à Textrémité ; il ne restoit plus que M. le Prince et ]ui des chevaliers deTOrdre' de la promotion de 1661 , et il l'avoit été evant l'âge prescrit pour les gentilshom* paes, parce qu'il avoit porté la queue au sacre du roi. r^ Is roi eut la bonté de donner ici une chambre à mon fils, qui n'est pas encore en état de partir pour l'armée.
Dimanche S, à Marly, ^^ Leroi^ après le conseil d'État^ travailla avec M. de ÇhamiUart jusqu'à une heure et demie; l'après-dlnée il y travailla depuis trois heures jusqu'à cinq heures^ après quoi il alla se promener au petit mail , où Monseigneuri monseigneur le duc de Bour*gogne et madame la duchesse de Bourgogne allèrent le joindre 0 tous séparément^ et au retour de sa promenadn il travailla encore avec M. de Ghamillart jusqu'à neuf toures, che» madame de Maintenon. ^— Pendant que le roi étoit au conseil , M. de Bauclay, beau-^frère du duc de Berwick, arriva; il partit le 2B. M. le duc d'Orléans , qui joignit l'armée Je 26, marchoit ce jour-là pour aller droit à Valence, qu'on croit qui ne se défendra pas^ On passera le Xucar à Requéna , qui est le grajid chemin de Madrid à Valence , et par U on trouve une marche très«-&eile et on ne s'éloigne point de nos magasins, qui sont à Alarcon. Nous avons huit mille hommes de prisonniers y parmi lesquels le comte d'Ona et un autre lieutenant général portugais, six maréchaux de Gam^i six brigadiers, vingt colonels, plusieurs lieutenants-colonels et majors et huit cents autres officiers. TreiiBe bataillons entiers se sont rendus; ils s'étoient retirés dans la montagne, où ils manquèrent de vivres et d'eau , et ils se sont trouvés bien heureux qu'on les voulût recevoir prisonniers de guerre. Le lendemain de la bataille , le duc de Berwick envoya un détachement à un défilé où il failoit que le bagage des ennemis passât; ils l^avoient laissé derrière eux quand ils nous vinrent attaiquer» Nptre détachement a ramené la plus grande partie
de ce bagage. Les prisonniers assurent que milord Gailoway est mort de sa blessure à Fuente-Leguerra, où il s'étoit fait porter, çt que le marquis das Minas a été blessé d'un coup d'épée au travers du corps. Nous avons pris vingt-deux pièces de canon , qui est tout ce qu'ils en avoient, et cent vingt étendards ou drapeaux. Nous avons eu dans Faction près de deux mille hommes tués ou blessés. Des treize bataillons qui se sont rendus, il y en avoit trois anglois , deux de réfugiés à la solde d'Angleterre, cinq hollandois et trois portugais.
Lundi 9, à Marly. — Le roi travailla Faprès-dlnée avec M. Pelletier et puis à cinq heures alla se promener, et le soir, chez madame de Maintenon , il travailla avec M. le comte de Toulouse et M. de Pontchartrain. — Médavy arriva pendant que le roi étoit à la promenade; le roi lui manda qu'il pouvoit le venir trouver, il fut reçu à merveille. Le roi lui parla longtemps durant la promenade et ille fit venir, au retour, chez madame de Maintenon , où il demeura une heure , et cela avant que le roi travaillât à la promotion de la marine. — On sut, au lever du roi, que le duc de Nevers mourut hier au soir à Paris*. Il avoit des lettres de duc et pair; mais comme elles n'ont point été enregistrées au parlement , cela ne passe point à M. de Donzy, son fils aîné ; il en a un second, qui s'appelle M. de Mancini, qui est mousquetaire, et à qui tout le bien qu'ils ont en Italie revient. — Le roi a fait chef d'escadre le chevaUer d'Ailly, ancien capitaine de vaisseau fort estimé; il est commandeiu* de Malte ; et a donné la place de capitaine de vaisseau vacante par ' cette promotion à Hurault, parent du marquis de Vibraye et de la même maison.
* Le cardinal Mazarin avoit deux nièces d'une sœur, et quatre et deux neveux d'une autre. L'aîné de ses neveux mourut d'accident au collège, où le roi Talla voir; il étoit d'espérance, et le cardinal en fut fort touché. Le cadet fut celui-ci, qui eut successivement les deux compagnies des mousquetaires et le régiment du Roi d'in£wterie, qu'il
ne put garder longtemps ; il n'étoit pas fait pour la guerre ni pour la contrainte. Cétoit un Italien paresseux, voluptueux, très-sordidement avare ; de beaucoup d'esprit, et d'ornement dans l'esprit ^ d'excellente compagnie , singulier au dernier point, qui faisoit les plus jolis vers du inonde, et qui ne se soucioit de quoi que ce fût. Il avoit été chevalier de l'Ordre à vingt-trois ans, en 1661^ pour avoir porté la queue du 'manteau de l'Ordre du roi au sacre, et avoit eu un brevet de due, qu'il négligea de faire enregistrer du règne de son oncle , et puis encore de celui de madame de Montespan, dont il avoit épousé la nièce , belle à ravir, fille aînée de madame de Thianges. Il lui est arrivé plu* sieurs fois d'entrer le matin dans sa chambre , de la faire lever et de la Eure monter tout de suite en carrosse avec lui pour aller à Rome sans hii en avoir dit un mot ni avoir fait lui-même aucun préparatif. Cétoit un homme qui alloit souvent lui-même au marché acheter des choses à manger, et qui les accommodoit dans sa chambre ; souvent jaloux et toujours inutilement. Il essaya , quand il n'en fut plus temps^ de faire enregistrer ses lettres, et la conduite de son fils ne facilita pas une grâce qui leur fut refusée et que la duchesse de Sforce , sœur de madame de Nevers et passionnée de ce neveu , lui obtint pendant la Régence.
Mardi 10, à Marly. — Le roi, avant le conseil de finance y entra chez madame de Maintenon, et en sortant de chez elle M. de Vaudemont, qui avoit couché à l'Étang, lui fit la révérence et en fut parfaitement bien reçu. Il le fit ensuite entrer dans son cabinet, d'où il sortit charmé des bontés du roi. Il demeurera ici quelques jours. L'après-dlnée le roi alla courre le cerf; Monseigneur et monseigneur le duc de Berry étoient à la chasse. — Le roi donna à M. de Médavy le gouvernement de Nivernois qu'avoit M. de Nevers, sans qu'il lui eût demancié et quoiqu'il eût déjà un autre gouvernement', qui est celui de Dunkerque. Le roi lui a donné ordre de se tenir prêt à partir le 23 de ce mois; il commandera une armée en chef. Il assure qu'il a ramené vingt mille hommes des meilleures troupes du monde. Il a une chambre ici , et le roi lui a permis d'aller à Paris tant qu'il voudroit pour faire ses affaires , afin que rien ne retarde son départ.
Mercredi 11, o Marly. — Le roi, après le conseil d'État,
sas JOURNAL DE DAINGEAU.
travailla encore une demi-heure aveo M. de Torcy. L'après-dlnée il alla se pfofûener au gtand mail en haut; il y avoit dix calèches pour les dames, et le roi en fit donner une à M. deVaudemont, que le roi traite avec beaucoup de distinction. Au retour de la promenade le roi travailla avec M. de Chamillart chet madame de Jtaintenon. — Le régiment de la Couronne , qu'aCvoit M. de Polastron^ a été donné au chevalier de Tessé, qui étoit à la bataille et qui avoit un régiment nouveau, qui a bien fait et qui a été donné à H. de Bauclay^ beaufrère du duc de Berwick. Le régiment qu' avoit Sillery a été donné à Monchamps , major général de cette armée. — Madame de Mantoue s'en va à Pont-à-Mousson d ans les Filles de Sainte-Marie. M. de Mantoue a bien voulu qu 'elle prit ce parti -là ^ et M. de Lorraine n'a fait nulle difficulté de la recevoir dans ses États. Madame de Vatidemont ne l'a point quittée; elles dévoient partir de Soleure avanthier.
Jeudi 13, à Uarly. *-^Le roi, avant que d'aller à la messe ^ travailla une demi^heure avec H. de Chamillart^ et après la messe il se promena dans les jardina avec madame de Maintenon et mesdames d'Heudicourt et de Dangeau; Taprès^dlnée il alla tirer. •*- Le roi d'Espagne mande au roi qu'il lui envoie neuf mille soldats et sept cents officiers prisonniers, et le roi lui a écrit qu*il reçoit les prisonniers anglois et hoUandois > mais qu'il ne Veut point de prisonniers portugais. — Le roi a fait Cilly, des dragons , lieutenant général , et ce matin , quand Cilly l'a remercié, le roi lui a dit : « Il y a longtemps que vous le méritiez. » — Le roi a donné 800 francs de pension au capitaine de Vermandois qui commandoit dans le château de Villena, que les ennemis avoient attaqué le jour de devant la bataille et dont ils avoient levé le siège pour venir nous attaquer. — On chanta à Paris le Te Deum pour le gain de la bataille d'Almanz a. — M. de Nevers avoit écrit au roi, avant de mourir, pour le
supplier de Itti pardonner sa conduite et de vouloir bien^ en consldét^ttion des services du cardinal Mazarin^ contitmer les honneurs quUl avoit mis dans sa famille. Le l*oi n'a eu aucun égard à cette lettre, et a fait mander au procureur général d'empêcher que M. de Dotizy ne prît la qualité de duc.
Vendredi 13, A Marly Le roi courut le cerf Faprés*
dlnée et fit donner une calèche à H. de Vaudemont, afin q[tt'il eût le plaisir de la chasse. — Le gouvernement de Nlvemois, que Ton assure au roi qui valoit 38,000 francs, n'en vaut que 12,000, et Tout croit que S. M., qui a étt intention de faii'e un gros présent à Médavy, lui fera encore quelque autre grâce. — Mllord Marlborough est MveUu à la Haye du 8; il n'a été en Saxe que deux jours et puis a passé aux cours de Brandebourg et de Hanovre. Ou dit en Hollande qu'il revient fort content de son voyage. ^*- M. de Médavy aura un corps séparé en Savoie, èi aura dans son armée deux lieutenants généraux et deux maréchaux de camp ; les lieutenants généraux sont Ghamarande et Saint-Pater; les maréchaux de camp, Mauroy et le marquis de Graucey. — Le maréchal d'Estrée» a été à l'extrémité; il est un peu moins mal, mais on ne croit pas qu'il en puisse revenir; il a quatre-vingtquatt^ ans. — Le séjour de Marly est prolongé de huit jours} on ne partira d'ici que de samedi en quinze jours.
Smneâi Ifc, à Marly. — Le roi se promena le matin et raprè8-*dinée dans les jardins, et le soir il travailla ehe^ inadame de Maintenon avec M. de Chamillart. — La grosisesse de madame la duchesse de Bourgogne est encore fort incertaine; toutes ses femmes la croient grosse, mais dément, qui l'accouche, ne le croit point. Il a pris eongé du roi pour aller à Madrid , où on l'envoie pour ttoôoùcher la reine d'Espagne; on y envoie aussi avec lui lUadamela Salle, qui est la garde de madame la duchesse de Bourgogne. — Madame de Nemours a reçu tous ses tacrements et a perdu connoissaUce. Elle envoya , il y a
quelques jours, son confesseur avec un de ses écuyers demander pardon à M. le prince de Conty^'à madame de Lesdiguières, à la maréchale de Villeroy et à M. de Matignon, qui l'ont tous été voir depuis; ce sont naturellement ses héritiers, mais elle a donné presque tout son bien au chevalier de Soissons, bâtard de M. le comte de Soissons, prince du sang, qui fut tué à la bataille de Sedan, et cette donation est de plus de cinq miUions. — Le roi est entré aujourd'hui dans la soixante et cinquième année de son règne, chose dont il n'y a aucun exemple dans l'Europe , depuis la naissance de Notre-Seigneur.
Dimanche 15, à Marly. — Le roi sortit du conseil à midi et alla faire un tour dans ses jardins avant que de se mettre à table ; l'après-dlnée il travailla avec M. de Chamillart jusqu'à cinq heures et puis alla se promener dans les jardins jusqu'à la nuit. Le matin, après son lever, M. de Vaudemont lui présenta le marquis de la Floride, qui commandoit dans le château de Milan; il dit qu'il s'y seroit l>ien défendu encore trois mois si on ne lui avoit pas donné ordre de se rendre. Il s'en va en Espagne , et a quatre-vingt-deux ans passés — Mercredi passé le chevalier de Forbin sortit de Dunkerque avec sa petite escadre, et vendredi il trouva, auprès des côtes d'Angleterre, une flotte marchande qui portoit, à ce qu'on croit, des munitions de guerre et de bouche en Portugal. Cette flotte étoit convoyée par quatre vaisseaux de guerre anglois de soixante et dix pièces de canon. Forbin les attaqua, quoique ses vaisseaux de guerre fussent plus foibles , car ils ne sont percés que pour cinquante pièces de canon. Après un combat qui dura quatre heures, il prit deux des vaisseaux de guerre et dix-huit des vaisseaux marchands ; des deux autres vaisseaux de guerre qui ont pris la fuite, on en a vu un de loin où le feu étoit. Le courrier qui a apporté cette nouvelle est le fils de Dugué, intendant de la marine à Dunkerque; il n'a que seize ans et étoit au combat, sur le vaisseau de M. de
Forbin. Il partit hier à onze heures du matin de Dunkerque , d'où l'on voyoit déjà l'escadre du chevalier de Forbin qui étoit prête à rentrer dans le port avec sa prise. Nous avons eu assez de gens tués dans ce combat, entre autres, le .chevalier de Vesins, capitaine de vaisseau. Le soir, pendant que le roi étoit chez madame de Maintenon, M. de Pontchartrain lui amena le chevalier de Nangis, capitaine de frégate légère et qui coramandoit un vaisseau de quarante-cinq pièces dans ce combat; c'est même lui qui a pris un des vaisseaux ennemis, ayant été secondé par Roquefeuille, qui commandoit un de nos vaisseaux. On a appris par lui beaucoup de particularités du combat; mais pour le gros de l'affaire elle est comme le petit Dugué l'avoit dit ce matin. On ne sait pas de quoi sont chargés les vaisseaux marchands qu'on a pris. Les deux capitaines des deux vaisseaux de guerre qu'on a pris ont été tués dans le combat. — Le roi dit le matin à Médavy qu'il avoit cru en lui donnant le gouvernement de Nivernois qu'il valoit 38,000 livres de rente , et qu'en attendant qu'il lui en pût donner un de cette valeur il lui donnoit 12,000 livres de pension.
Lundi 16, à Marly. — Le roi se promena le matin dans ses jardins avec madame de Maintenon , mesdames d'Heudicourt et de Dangeau ; l'après-dlnée il courut le cerf, et fit donner une calèche à M. de Vaudemont pour le suivre à la chasse. Au retour il se promena dans les jardins, et le soir il travailla chez madame de Maintenon avec M. Pelletier. Monseigneur alla dîner à Meudon et revint ici le soir. Messeigneurs les ducs de Bourgogne et de Berry allèrent tuer des sangliers dans la forêt de Saint- Germain. Le roi, avant que d'aller à la messe, fit entrer dansson cabinet Cilly, qui prit congé de lui pour retourner à l'armée d'Espagne. L'après-dlnée M. le prince de Conty eut une petite audience du roi avant qu il allât à la chasse, dans laquelle il lui demanda permission , dès que madame de Nemours sera morte , d'aller à Neufchàtel son-
tenir ses prétentions. — On a envoyé dans les pitovihcses une suspension à la dernière déclaration du roi sur les billets de monnoie qui dévoient commencer à y avoit cours le 20 de ce mois^ et cela jusqu'à nouvel ordre^ qu'on donnera incessamment.
Mardi 17> â Marly. — >- Le roi ^ après le conseil de finance^ travailla encore avec H.de Ghamillart^ etTapràft* dinée il travailla avec M. de Pontcliarh*ain jusqu^à cinq heures. — Médavy reçut les derniers ordres du roi et prit, congé de lui pour s'en aller assembler les troupes qu'il doit commander en Savoie. Quoiqu'il commande en chef ^ il sera aux ordres du maréchal de Tessé ; il aura les appointements de général. — Milord Marlborough arriva le 12 à Bruxelles; on compte qu'il assemblera son armée le 20; M. de Vendôme assemblera la sienne en même temps. — M. le prince Eugène a fait un détachement de huit ou dix mille hommes de pied et de quatre miUe chevaux sous le comte de Thaun *, pour entrer dans le royaume de Naples; ce détachement a été fait avant qu'ils sussent la nouvelle de la bataille qu'ils ont perdue en Espagne ; on ne sait si eela n'apportera point quelque changement à la marche de ces troupes. -^ Le roi a donné au duc de GhaJrost le brevet de justaucorps bleu qu'avoit le duc de Nevers.
* Le comte de Thaun est celui quî avoit défendu Turin et qui, longues années a|>rè9, étant gouverneur du Mttanet, y fut accusé dé voleries étranges, et d'avoir été cause par là de la fiaeilité avec laquelie toutes les places se rendirent, en 1733, au roi de Sardaigne et au maréchal de Villars. Thaun, qui n'avoit mis ordre à rien, fut appelé à Vienne, au commencement de cette invasion du Milanez, et fut relégué dans ses terres.
Mercredi 18, àMarly. — Le roi, avant que d'entrer ait conseil d'État , fut assez longtemps enfermé avec le car* dinaldeNoailles; Taprès-dinée il travailla chez lui ^ avec M. de Chamillart, jusqu'à cinq heures , et puis alla se promener dans les jardins. — Le roi a fait le chevalier de
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Forbin chef d'escadre, <|U()iqu'il n'y oM point de place vacante; ilssost présentement douze chefs d'escadre. Il a fait le chevalier de Nanjjis capitaine en la place du chevalier de Forbin ; le remplacement n'est point encore fait des officiers qui ont été tués dans le combat. On croit qu'on fera capitaine le fils de feu Jean Bart, en la place de Vesins. — Pendant que le roi étoit à la promenade , M. de Ghamillart lui apporta des lettres de H. le duc d'Orléans et de M. de Berwick .
Copie de la lettre du duc de Berwick.
Au oamp 4e Btqiéna, le 3 Mai.
La victoire remportée sur les ennemis s'est trouvée chaque jour plus considérable par le nombre des prisonniers et par celui des morts ; les premiers se montent à près de dix mille sans compter les officiers, qui sont aux environs de sept cents. Les derniers , selon ce qu'on a pu reconnoitre sur le champ de bataille , sont à peu près six mille. Le chevalier d^Asfeld est marché vers Aldra avec treize bataillons , vingt-cinq escadrons et dix pièces de canon; le reste de l'armée est campé ici; demain ou après-demain au plus tard , nous comptons de marcher droit à Valence. La garnison de Requéna^ composée de deux bataillons valenciens, s'est rendue hier prisonnière de guerre sans tirer un seul coup de part et d'autre.
M. de Senneterre , maréchal de camp , qui a été échangé depuis quelques jours et qui même avoit travaillé à Turin avec M. de Savoie à l'échange des prisonniers, a vu ici M. deChamillart, qui lui a dit, de la part du roi, qu^ill'emploieroit cette année , mais il ne sait point encore dans quelle armée.
Jeudi 19, àMarly, — Le roi courutlecerf Taprès-dinée; Monseigneur et monseigneur le duc de Berry étoiant à la chasse. Le roi et la reine d'Angleterre vinrent ici sur les six heures; le roi les allçt recevoir dans le jardin et les mena promener jusqu'il la nuit. Ils soupèrent ici et puis
retournèrent à Saint-Germain. La duchesse de Berwick étoit avec la reine, et le roi lui fit des compliments trèsgracieux sur les services que le duc de Berwick rend aux deux couronnes et sur la bataille d'Almanza. — On eut nouvelle le matin^ par un courrier de M. le duc d^Orléans, parti du 8 , que la ville de Valence s' étoit rendue à rapproche de nos troupes; on espère qu'on en pourra tirer un assez gros argent. Toutes les petites villes de ce payslà, à l'exemple de la capitale, rentrent dans l'obéissance de Philippe V. M. le duc d'Orléans va faire un tour à Madrid et reviendra se mettre à' la tête de l'armée que Legall mène en Aragon; le duc de Berwick va marcher sur l'Èbre. — Le maréchal d'Estrées mourut le soir à Paris ; il avoit quatre-vingt-trois ans passés *.
* Le maréchal d*£strées avoit servi longtemps avec réputation d'une grande valeur, lorsque M. Colbert, voulant fermer une marine , proposa au roi de le mettre à la tête en qualité de vice-amiral. Il y réussit très -bien, et fit plusieurs actions de mer et de terre éclatantes, en sorte que te public attendit longtemps avec une sorte d'indignation que le roi le fît maréchal de France , ce que M. de Louvois retardoit toujours pour faire dépit à la marine et montrer son crédit aux Colbert. La vice-royauté d'Amérique n'étoit qu'un titre vain sans fonctions et sans appointements, pour lui donner plus d'autorité en ce pays-là, en quelques voyages de guerre qu'il y a faits avec grande réputation, qu'il a toujours soutenue tant qu'il a été à la mer.
Vendredi 20, à Marly. — Le roi se promena sur le soir dans les hauts de Marly. M. de Noailles lui donna hier au soir, quand la cour d'Angleterre fut partie , des lettres du cardinal d'Estrées et du maréchal de Coeuvres pour demander les charges qu' avoit le maréchal d'Estrées; et le roi a dit ce matin à M. de Noailles , qui est allé les voir, qu'il pouvoit les assurer de sa part qu'il avoit envie de leur faire plaisir et de leur donner des marques de sa considération. Le maréchal d'Estrées étoit vice-amiral; le maréchal de Coeuvres a la survivance de cette charge. U étoit lieutenant général du pays nantois et gouverneur de Nantes avec un brevet de retenue de 200,000 francs;
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ces charges valent de revenu entre 40 et 50,000 francs. Il avoit la vice-royauté de TAmérique , où il n'y a point d'appointements, et le petit gouvernement de Coucy. Il était le doyen des maréchaux de France et chevalier de l'Ordre. — H. de Lostanges est mort; il étoit lieutenant général de la Marche ; il avoit un nouveau régiment d'infanterie et étoit brigadier.
Samedi 21, à Marly. — Le roi, après son lever , donna audience dans son cabinet à M. de Vaudemont, qui dura bien une heure. L'après-dinée il alla courre le cerf et en revint plus tard qu'à l'ordinaire. Monseigneur partit le matin pour aller dîner à Meudon, où il couchera, et demain il en repartira pour aller passer trois jours à Livry. — Le maréchal de Villars a fait passer le Rhin au fort de Kehl à presque toute sa cavalerie et à la brigade d'infanterie de la Reine ; il marche avec le reste de son armée au Fort-Louis. — Il y a présentement vingt-quatre places vacantes dans l'ordre du Saint-Esprit, une de prélat et vingt-trois de laïques. — La marquise de la Vallière, la mère, est à l'extrémité; elle avoit été dame du palais de la reine, et le roi lui en avoit conservé la pension, qui est de 2,000 écus. Il y a déjà longtemps qu'elle ne venoit plus à la cour, parce qu'elle étoit fort incommodée; elle a cinquante-neuf ans.
Dimanche 22, à Marly. — Le roi sortit du conseil d'État à midi et alla se promener dans ses jardins jusqu'à son diner; après son dîner il travailla avec M. de Chamillart jusqu'à cinq heures. Monseigneur le duc de Berry et madame la Duchesse allèrent diner avec Monseigneur à Meudon; madame la Duchesse sevintici de bonne heure. Monseigneur et monseigneur le duc de Berry allèrent coucher à livry. Monseigneur le duc de Bourgogne, après avoir entendu vêpres à la paroisse d'ici, alla coucher à Livry. Madame la duchesse de Bourgogne aDa, Taprèsdtnée, à Versailles, voir monseigneur le duc de Bretagne. •—Le feu prit la nuit, à Versailles, à l'appartement du ma-
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réchal de Noailles; le désordre ne fut pas si ^raad qull pouvoit être, parce qu'oa y remédia promptement. Il y avoît «plus de quatre mille hommes qui travailloient à l'éteindre» Le dommage ne laissa pas d^étre encoi^ assez considérable y parce que le toit et la charpente sont eotièrement brûlés.
Lundi2'Sy à Marly. — Le roi travailla raprè9-*dlnée avec M. Pelletier, et à cinq heures il alla se pnwiener en calèche dans les hauis de librly ; madame la duchesse de Bourgogne étoit dans une calèche fermée avec madame de Maintenon. On en revint à sept heures^ et le roi se promena à pied dans les jardins jusqu'à la nuit U dit à sa proçQienade que les ennemis en Flandre retinrent toutes leurs garnisons de leurs places pour grossir leur armée et venir attaquer M. de Vendôme^ et qu'il avoit laissé pouvoir à M. de Vendùme de donner bataille quand il lejugeroitàpropos. Les ennemis ont présentement quelques Moscovites dans leurs troupes , et il parolt qu'ils 4int été un peu consternés delà bataille d' Aimanta. — La marquise de la Vallière^ la xnère^ mourut le matin i Paris. — M. le cardinal de Bouillon a demandé permission de venir à son abbaye de Saini-OueOy qui est dans Rouen , pour y pouvoir solliciter se» affaires ; le roi lui a permis , mais il ne passera point dans Paris, et quand ses aâiaires seront finies à Rouen , il retournera à Cluny .
Mardi ^k , à Marly. — Le roi , après le oonseil de finance y travailla avac M> de GhamiUart jusqu'à une heure. L'après^dlnée il travailla avec M. de Pontcbartrain et alla ensuite se promener dans les jardins, et le soir» chez madame de Maintenon , il travailla avec H. de ChamiUart^ qui n'a pas accoutumé de travailler avec lui les maixlis au soir. — H. de Ponichartrain eut k nouvelle que le gros vaisseau angiois qui s'étoit sauvé du oombat du chevalier de Forbin avoit péri aux £6tes d'Angleterre ; il avoit été si maltraité durant le combat qu'on n'avoit pas pu le sauver. — 11 ai*riva» le soir, un des geq^ de
madame de Hontespau ^ parti hier matia de Bourbon ; il vient chercher des médeciofi, parœ qu'elle est eonsidérablement malade. Elle a eu une vapeur très-forte, et le courrier en parle comme d'une apoplexie. On a fait partir Faloonet en poste pour y aller. Ce courrier, qui étoit adressé à M. d'Antin , apprit à Paris qu'il étoit à livry avec Monseigneur ; il lui porta la lettre. AL d'Antin quitta dans rinstant pour aller trouver madame sa mère à Bourbon. **^ M. de Chamillart y qui étoit venu trouver le roi chee madame de Maintenon, le soir, lui apporta des lettres de M. le duc d'Orléans du 17. Il étoit arrivé la veille à Madrid^ et en repartoit le 18 pour l' Aragon. Il compte d'aller droit à Calataiud, où il doit trouver les troupes que coHunande Legmll. On croit que Saragosse ouvrira ses portes ; et qu'on marchera ensuite à Lérida pour en «£aire le siège. Le due de Bermdi, depuis la réduction de Valenée , a marché droit à Tortose , et le duc de Noailles^ de aon c6té , va s'avancer sur le Ter. — Il est constant que les troupes que le prioce Eugène avoit détadiées pour marcher dans le royaume de Naples se sont arrêtées à Final de Modène y et on prétend que les HoUandois et les Anglois ont obtenu, de l'empereur qu'il ne feroit pointée détachement, le menaçant même de retirer leurs troupes en cas qu'il voulût faire cette entreprise ; et toutes les lettres d'Italie portent que le duc de Savoie a prié les iirilandoiB de faine cette démarche auprès de l'empereur, afia de pouvoir, avec toutes les forces réunies de ce côtélà , pénétt>^ en France par la Provence; on croit même qu'il les flatte de pouvoir attaquer Toulon.
Mercredi 2ô^ à MarUf. — ^ Le roi ne sortit point de toute la journée, parce qu'il plut tout le jour. Monseigneur le doc de Bourgogne reiint le matin de livry pour être au eoosâl. Monseigneur et naonseigneur le duc de Berry arrivèrent sur les six heures ; ils avoient couru le loup le matin à Livry, où ils étoient revenus dîner. L'aprèsdtnée k. toi travailla chez lui avec M. de Chamillart jus-
qu'à cinq heures^ et quand il sortit de son cabinet pour passer chez madame de Maintenons le maréchal de Coeuvres lui fit la révérence. Le roi lui dit : « Je vous attendois pour vous dire que je vous donne la lieutenance générale de Bretagne et le gouvernement de Nantes. » Ce maréchal lui embrassa les genoux. Le roi lui dit : a Je vous donne aussi la vice-royauté de l'Amérique et généralement tout ce qu'avoit votre père. » Il quitte le nom de maréchal de Coeuvres^ et s'appellera le maréchal d'Estrées, comme son père et son grand-père. — Le roi a donné à M. de Razilly^ pour son fils^ qui est lieutenant aux gardes^ le régiment de Lostanges qui sert en Flandre ; ainsi il n'aura point à changer d'armée.
Jeudi 26, à Marly. — Le roi courut le cerf l'aprèsdlnée; Monseigneur et messeigneurs ses enfants étoient à la chasse ; le roi fait toujours donner une calèche à M. de Vaudemont. Madame la duchesse de Bourgogne fut saignée ; le roi l'alla voir avant et après son diner. — M. de Chamillart entra chez le roi avant qu'il fût levé; il lai mena M. de Beaujeu, que le maréchal de Villars lui envoie pour lui porter la nouvelle que lundi matin il se rendit maître des lignes de Bihel et de Stolhoffen; les ennemis ont abandonné ce poste avant que M. de ViUars y arrivât, si bien qu'il n'y a trouvé personne. Leurs tentes étoient encore tendues; on a trouvé^dans leur camp une partie de leur bagage et * beaucoup de canon sur leurs retranchements; il y en a quelques pièces de quarantehuit. La princesse de Bade , qui est à Rastadt, a envoyé demander des sauvegardes, et on a appris, par le gentilhomme qu'elle a envoyé, que l'infanterie ennemie, qui étoit dans les lignes , se retiroit dans la montagne. M. de ViUars alloit coucher ce jour-là à Rastadt. Bèaujeu a trouvé en chemin des courriers qu'envoyoient Péry et Vivans ( Péry étoit entré par l'Ue du Marquisat, et Vivans avoit passé le Rhin à Lauterbourg), et qui mandoient tous deux à M. de Villars qu'ils avoient passé sans nulle op-
position. On ne savoit rien encore de M. de Broglio, qui devoit passer le Rhin à Neubourg, qui est plus bas^ et on avoit entendu tirer de ce côté-là. — Madame la duchesse de Bourgogne fut saignée ; le roi la vint voir avant dîner et Taprès-dinée encore, avant que d'aller à la chasse y et étant auprès d'elle il commença en badinant à parler de ce qui venoit de se passer sur le Rhin. Il prit même l'affaire d'assez loin et parla des années passées avec une éloquence extraordinaire ; il prit même un ton d'orateur pour continuer le badinage. Son discours fut assez long) parce qu'il sentt>it le plaisir qu'il nous faisoit à nous qui Técoutions fort attetitivement. Il nous apprit beaucoup de particularités sur le dessein de cette entreprise^ que j'aurois bien voulu pouvoir retenir toutes. Son discours fut mêlé de beaucoup de louanges pour le maréchal de Villars, sur son projet et sur l'exécution. — Il arriva l'après-dlnée un courrier de M. d'Antin, qui mande que madame de Montespan est à la dernière extrémité. Le roi permit à M. le comte [de Toulouse] de partir dans l'instant pour Bourbon, mais on ne croit pas qu'il aille jusque-là ; il apprendra apparemment en chemin la mort de madame de Montespan.
Vendredi 27, à Marly. — Le roi travailla, l'aprèsdlnée, avec le P. de la Chaise , et puis alla voir jouer au petit mail. Madame la duchesse de Bourgogne garda le lit jusqu'au soir et puis vint à la musique. — Il arriva des nouvelles de M. de Vendôme, qui a fait la revue de son armée le 25 aux Estinnes. L'électeur de Bavière y étoit, qui mande qu'il n'a jamais vu les troupes si belles et si complètes. M. de Chamillart, le fils, arriva durant la revue. L^électeur et M. de Vendôme marchoient, le 26, du côté de Charleroy, et les ennemis dévoient marcher de leur côtéy de HsJl, où ils avoient assemblé leur armée, pour venir à Braine-le-Comte. — Le roi de Suède a ordonné à son envoyé à Vienne de parth* sans prendre congé de l'empereur, qui ne lui fait point de réparation
sur les trois choses dont il se plaint, qui sont : d'avoir fait mettre en prison les officiers qui fiiisoient des levéos pour lui en Silésie ; de Tinsulte faite à son envoyé par le comte de Zobor, chambellan de rempereur^ et de ceqa'on ne veut pas lui rendre les quinze cents Moscovites qui étoient sur le haui^Rhin et qu^on ^ivoie en Flandre. Le roi de Suède persiste & vouloir qu'on le^ lui rende ^ et à lui marquer quand on les lui livrera^
Samedi 28, à Marly. -^ Avant que le roi partit pour la chasse, on apprit que madame de Montespan étoit morte à Bourbon hier à trois heuredMu matm (1) . Le courrier qai
(1) « Madame de Montespan, ci-devaat surintendante de la maison de la feue reine et qui n'ètoit pas moins connue par son esprit et par sa beauté qne par sa naltMnce, qui Mt êfe& plus meieniies et dss phis Olustres , ta tnaiwn étant issue to anciens vicomtes et «ouveraios de Limoges, madanoe da Mnntespan, dis-je, qui s'étoit fait un usage familier des eaux de Bourbon depuis un assez grand nombre d'années, et où depuis quelque temp6 elle n'allolt que «le dem ans en ûea\ ans , y «yuntétéoette annéfe à fwnordhiaire, n'tinill ^^k peine commencé ^ prendre ces «aux, 4oQt eHe a'éloit toi^urs bien trouvée , qu'elle tomba dans une espèce de léthargie, causée par une grande plénitude. On proposa Témétique ; elle en prit, et ce remède opéra soixante-trois fols , de maniéré ^11 y avoK lieu 4e croire qu'elle éloit bien dégagée; ttiaiftles ettvts que lui fit faire ce [remède furent si ffauAè qa^ine veine rompue, peadantia violence de ces efforts , fut la cause de sa ra<Mrt. Ainsi l'on peut dire qu'elle est morte subitement. Rîen n'est plus îi craindre qu'une mort si précipitée lorsqu'on A'estpM enétatdegrAce; nais il y a KM<le eroiM qi» «tte iUwtre iléiute n'avoit rien à apjH-ébender de ce cûtéAK BUe étoit dans de continusUti pratiques de vertus, et l'on peut dire qu'elles faisoient la principale occapatûm de sa vie , pour ne pas dire totttè l'occupalion. Elle recevoit tons left mois tme asseiE grosse «omme , et l'on peut dire qoe janais argent n*a été màmx mmployé. Il étoit presque tout destiné poar des hôpitaux «t pour de pauvres honteux, et comme elle vouloit savoir par elle-même l'état où ils se trouvoient, qu'elle vouloit qu'ils l'entretinssent de leurs affaires, qu^elle etiiroit dans tons teurt besoins O. qu'elle régloit«lle-Diâme toutes œs choses « «i pc9iéke qu'elle étoit tout occupée de ces soins. Cependant kMit cela se faiaoit sans affectation et presque sans que l'on s'en aperçût. Elle aimoit sa famiÛe, qui la voyoit souvent et qui mangeolt souvent arec èHe. Enfin Ton peul dife qtte beaucoup d'b6pitaax et quantité de pauvres ont beaucxMip perdu en te perdait. On peut aussi dire de cette dame , en prenant les choses de plus baut , qu'elle n'avoit cherché qu'à faire du bien dans le temps qu'elle avoit pu étreotOeà ses amis, aux personnes de distinction , aux gens de lettres et générakiBeal à tMis caax qui awieat quelqae mérite. EHe étoit UenlIttsaDie #t'^k» n'av^j»-
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eo a apporté la nouvelle, qui est un écuyer de madame la duoheBse d'QrléaDs, a trouvé auprès de Montargis M. le comte [de Toulouse], qui s'en est allé à Rambouillet. 81adame la duchesse d'Orléans est i Versailles dès hier, et madame la Duchesse est partie pour Saint-Haur . M* le duc du Maine n'est point revenu de Sceaux^. — «Le roi, après avoir courujle cerf ^ s'est promené dans les jardins jusqu'à la nuit. — On a eu ce matin des nouvelles die M. de Vendôme; ses* lettres sont de hier au soir, du camp de Gosseliers auprès de Charleroy, Les ennemis sont venus camper ce jour-là à Braine*leComte. -^ M. le marquis de Bedmar, vice-r(H de Sicile , a obtenu la permission de revenir, qu'il a demandée par le mauvais état de sa SMité ; il reviendra droit en France dès que le marquis de los Balbazes, que le roi d'Espagne a nommé pour son successeur^ sera arrivé à Palerme. — U arriva un courrier de
mais cherché à nuire à personne. £lle aimoit les heaux-arts, et ceux qui «ut eiLodlé dans les temps où elle pouvoit leur être utile ont eu de grands sujets et ffmMmtfy et efte n'a pni s'empêcher de donner dePoccupation à queSqnes-ons, presque jusqu'aux derniers moments de sa vie. 11 n'est pas nécessaire qae j'en fasse ici un plus long éloge. Les grands et les petits, s'il m'est permis de parler ainsi , les riches et les pauvres, les savants et les habiles artisans ne manqueront pas de lu! donner les louanges qu'elle mérite, tant pour lui rendre la iMtfoe qn( Inl €8t due que par reconnoissanee. » ( Mercure de juin , page 238
K Je eroM devoir ^joater ici qne, sur des relations peu exactes venues de feurèoo, i« vous ai parié de 1« mort demadanedeMiMilespan^aiismalettPe du mnHB de juin comme si elle ëtoit tombée en léttiargie, et qu'ensnile, «nffoqoée tout d'un coup par une veine rttupue , elle étoit morte sabitement. Cependant j'ai appris par les personnes mêmes qui l'ont assistée à la mort que, dès qu'elle se sentit attaquée, on ne lui eut pas plus tôt proposé de prendre Pémétique qu'elle TOuUit en même temps se précautionner, en véritable chrétlouie, contre toutoe qui pounoit arriver; que pour cet effet elle se confessa, l«çiiCl'Ex1rêine-Oncti<m et le viatique avec des sentiments de piété qu'eHe s'étoit nmhis Itof tiers depuis longtemps, et que, son mal Tenant ensuite à augmenter et M lai laissant plus anornie esnoéranoe de foérison, «Ile n'employa le peu de tenps qui lui restoit qu'à donner des ordres pour Je souUgement des paavfes, dont ellefaisoit sa principale occupation depuis plusieurs années, et qu'à s'entntoiir jusqu'à son dernier moment de sa confiance en la miséricorde de Dieu- » {Mercure d'août , pages 190 à 192.D
380 iOURJNAL DE DANGEAU.
<M. de Villai*s^ parti de Rastadtle 25. Nous n'avons perdu personne à l'affaire des lignes du côté de M. de Broglio non plus que des autres endroits. On leur a tiré une centaine de coups de fusil ^ et puis les soldats qui gardoient ce poste-là ont pris la fuite. — Un partisan y que nous avons dans Namur^ nommé Dumoulin^ en est sorti avec cinquante chevaux y est entré dans llalines^ où il y avoit une garde de bourgeois à la porte, qu'il a surpris , et après les avoir assurés qu'il ne leur feroit point de mal s'ils ne donnoient point l'alarme à la ville , il les a enfermés dans un corps de garde ^ et esf allé à des maisons où il a su qu'il y avoit des officiers des ennemis. Il a pris un lieutenant-colonel ^ deux capitaines^ trois lieutenants; il a tiré un écrit d'un autre capitaine qui étoit malade qui promet de se rendre à Namur dès qu'il sera guéri. Il a brûlé un magasin à foin et quelques bateaux qui étoient sur la rivière , a emmené quarante chevaux, a pris trois drapeaux et a fait crier aux bourgeois Vive le rai Philippe V. Il est revenu à Namur sans avoir perdu un seul homme. Le roi lui a donné brevet de lieutenantcolonel.
* Madame de Montespan, qui, au milieu de ses désordres, n'auroît, pour rien , manqué à jeâner les jeûnes d'Ëglise et tout le carême , toute grande mangeuse et gourmande qu'elle étoit, et qui quittoit le roi pour aller réciter tous les jours quelques prières , profita de sa très-inTolontaire retraite de la cour pour faire pénitence, dans laquelle elle s'avança déplus [ en plus] jusqu'à sa mort, sous la direction du P. de la Tour, qui la menoit fort roide. Elle vit de plus en plus rarement sesen&nts , et leur donna de moins en moins. Elle traita d'Antin en fils unique, et lui donna beaucoup et souvent. Elle écrivit à son mari la lettre la plus humiliée, et lui of&it de retourner avec lui ou dans .celle de ses maisons qu'il lui plairoit de lui prescrire. Elle donnoit presque tout ce qui lui restoit aux pauvres , et travailloit de ses mains pour eux, plusîeuis heures par jour, à des chemises et d'autres vils ouvrages. Elle jouoit au plus petit jeu du monde , et tant le jeu que la compagnie , die les quittoit au bout de chaque heure pour s'aller mettre en prière et en réciter une certaine quantité, assez longtemps durant. Outre ses matinées et les exercices ordinaires de piété, sa table étoit frugale, ses jeûnes fréquents , et portoit sans cesse jour et nuit des instruments de pénitenoe
à pointes de fer , ceintures , bracelets , jarretières, très-pénibles et trèsdouloureux. Quoique sa langue eût aussi sa pénitence sévète , elle ne laissoit pas d'être d'excellente compagnie, et, parmi tant de macératkms et de pratiques d'humilité, cet air de grandeur, de domination, de majesté qui la montroit la reine en quelque lieu et avec quelque compagnie que ce fût ne put jamais l'abandonner. Elle pensoit sans cesse à la mort, et en avoit des frayeurs si terribles qu'elle gageolt des femmes quin'avoientd'autreemploi quede la veiller toutes les nuits. Elle dormoit ses rideaux ouverts avec force bougies toujours allumées , et toutes les fois qu'elle se réveilloit elle vouloit trouver les veilleuses ou pariant, ou jouant, ou mangeant, de peur qu'elles ne s'endormissent Elle aimoit à voyager par inquiétude et mésaise partout, avoit plusieurs demoiselles d'esprit attachées à elle , et alloit aux terres de d'Antîn,à Fontevrault, à Bourbon, sans besom]des eaux. Cette dernière fois qu^elle y fîit elle paya, deux ans devant , les pensions charitables qu'eue faJsoit à un grand nombre de personnes, et doubla de même toutes ses autres sortes d'aumônes, daus la pensée qu'elle mourroit bientôt, sans pourtant avoir aucune maladie uirien de md^açant, et dîsoit que cette avance de payement donneroit le temps à ces pauvres gens de chercher de quoi vivre après elle. Surtout elle aimoit à marier les jeunes filles , mais elle en marioit tant que les dots étoient courtes. n y avoit dans [son esprit un tour délicieux et des expressions singulières, maissi justes et si naturelles qu'on en étoit charmé, et l'un et l'autre s'est oonomuniqué d'elle à ses filles, à ses nièces et aux personnes qui étoient élevées auprès d'elle. Sa maladie à Bourbon futsubite et dura très-peu ; elle n'avoit ni chirurgien ni médecin auprès d'elle, nul chirurgien à Bourbon, mais quelques médecins qui la virent et qui ne la traitèrent point , en sorte qu'elle mourut dans l'abandon de secours , quoique avec une grande suite. Elle revint d'un grand assoupissement douze ou quinze heures avant de mourir, qu'elle employa toutes pour son salut ; Dieu lui fit la grâce de lui ôter toute cette horreur de la mort pour y faire succéder une confiance humble et craintive, mais soumise et paisible. Elle voulut faire entrer toute sa suite jusqu'aux derniers valets, et devant eux fit une amende honorable de sa vie, la plus forte et la plus touchante , et rendit grâces à Dieu de mourir ékiigDée des fruits de son péché, qui tous lui rendoient beaucoup et ^'elle aimoit infiniment. Elle reçut de la sorte tous ses sacrements , et mourut au milieu des regrets de tout ce qui étoit présent et des cris de plusieurs milliers de pauvres , qui accduroient des provinces voisines à Bourbon (dès qu'elle y arrivoit et qu'elle nourrissoit et vêtissoit tous. Son corps fiit la proie de l'apprentissage du chimrgieQ d'un intendant de je ne sais où, qui se trouva à Bourbon et qui voulut l'ouvrir sans savoir comment s'y prendre , et de Tavidité des
prêtres^ qui se battirant k qui Tauroit dans la pafoisse on âanfi la Saiute-Gbapelle, et qui r^idèrent longtemps le trè»*pauvre eonvol. D'Antin étoit arrivé» quiTavoit tarouvée mourante et qui repartit sang dojuier ordre à rien dès qu'elle fut morte. Elle aToit son testament avec elle ; on lesavoit, et il ne se trouva jamais. Tout cela fit fort crier contre d'Antin, fit grand bruit dans le monde, et lui fit des affaires désagréables avee les enfants qu'elle avoit eus du roi /qui, excepté M. du Maine, témoignèrent, et fort longtemps, une grande et vraie douleur. Le corps demeura longtemps et très-peu décemment en dépôt à la paroisseï puis fut porté de même à Ayron. Le roi ne nomma jamais son nom, et ne parut pas lamoiadre sensibilité à sa'perte [siel, qui, toute faite qu'elle étoit à son égard, ne laissa pas d'ôtre une délivnoiee pour madame de Maintenon. Les enfants du roi ne reçurent aucun eompliment en forme , et ne reçurent pas une petite mortification de n'oser porter aucune marque de deuil. Madame de Montespan étott encore belle , et paroissoit eneore tout œ qu'elle avoit été.
Dimanche 29, à Marly, — Le roi sortit du conaeil d'assez bonne heure', et alla se promener dans les jardins avant son dîner; l'après-dlnée iltravaillaavecM. deChamillart jusqu'à cinq heures , et puis alla voir jouer au petit mail. Monseigneur alla diner à Meudon; il y mena mademoiselle de Lislebonne et madame d'Épinoy, qui revinrent le soir. Monseigneur y coucha. — On eut des lettresdeM. de Vendôme du 28 au soir. Il avoit envoyé marquer le camp de Sombrefî, où il marchera aujourdHiui, Les déserteurs Tout assuré que les ennemis retoumoient à Hall y et qu'il y a quelques divisions entre Marlborough et les députés des États. Il est venu en un jour à Mons quatre cents déserteurs de leur armée; ils disent que le bruit qui est répandu dans leur armée qu'on y va faire un détachement pour envoyer en Portugal en fera déserter beaucoup d'autres. Nous avons dans notre armée de Flandre cent vingt-quatre bataillons et cent quatre-vingttreize escadrons. Gacé commande l'aile droite de la première ligne, Gassion la gauche de la première ligne, Magnac la droite de la seconde ligne , et Chemerault le corps de réserve , Artagnan l'infantOTie de la première ligne et Albergotti l'infanterie de la seconde .
Lundi 30^ à Marly. — Le roi courut le cerf Taprèsdinée« Monseigneur revint le soir, à huit heures , de Meudon. Hesaeigneurs les dues de Bourgogne et de Berry allèrent tirer des sangliers dans la forêt de Saint-Germain* Had^onelà duchesse de Bourgogne eut une grande colique qui l'empêcha d'aller à la messe ; elle ne se leva que le soir pour venir à la musique.- Lie roi, avant que d'aller à la chasse , étoit allé la voir. — Il arriva le soir un eourrier de M. de Vendôme qui partit hier du camp de Sombreff, où notre armée étoit déjà campée* Les rendus assurent que les ennemis marchent à Hall , du o6té de Bruxelles , et que, depuis qu'ils ont su que les lignes de Stolhoffen ont été prises , ils parloient d'envoyer un gros détachement en Allemagne. *-- Le roi a reçu nouvelle que le détachement qu'avoit fait le prince Eugène pour Naples et qui s'étoit arrêté à Final de Modène avoit eu ordre de l'empereur de se remettre en marche , et qu'il avoit envoyé demander passage au pape sur les terres de l'Église. *^ Le duc de Noailles est entré dans le Lampourdan, est campé à Figuières; mais il a un si petit corps qu'il ne peut pas faire le siège de Girone si on ne lui envoie de nouvelles troupes .
Mardi 31, à Marly. -— Le roi tint le matin conseil de finance,'et après diner conseil de dépèches, qu'il ne tient quasi jamais ici et qu'on ne tient à Versailles que les lundis de quiuEe jours en quinze jours. Le soir le roi devoit travailler avec M. de Pontchartrain , mais il l'a remis à jeudi après diner. — Il arriva le matin un courrietr de M. le duc d^Orléans; les lettres de ce prince sont du 26, du camp devant Saragosse. S. k. R. est entrée en Aragon avec quatorze bataillons et vingt-huit escadrons. Il arriva devant Saragosse le 25, et après quelques petites contestations la ville se rendit. Le comte de la Puebla, qui étoit campé de l'autre côté de FÈbre, avec quatre mille hommes , se retira précipitamment pour aller repasser la Ginca. Il a laissé dans Saragosse quelques
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pièces de canon ^ de la poudre et des vivres* Quoique Saragosse ne vaille rien y il auroit fallu du canon pour la prendre , et le nôtre n'auroit pu arriver de huit jours. Le maréchal de Berwick rejoindra S. A. R. au commencement du mois de juin avec soixante et dix bs^taillons et quarante escadrons. Les troupes qu'amène Legall arrivoient à Tudela. On dispose toutes choses pour faire les sièges de Lérida et de Tortose.
Mercredi 1" juin y à Marly. — Le roi , après le conseil d'État^ alla faire un tour dans ses jardins avant que de se mettre à table. L^après-dinée il travailla chez lui avec M. de Chamillart , qui revint le soir chez madame de Maintenon apporter au roi les lettres qu'il avoit reçues de M. de Vendôme du camp de Sombreff, de hier à midi. Ce prince mande que les ennemis sont campés sur la Dyle, ayant leur gauche à Louvain et leur droite vers Over- Yssche. M. de Villars établit de grandes contributions^ et outre l'argent demande qu'on lui porte des farines sur le Necker aux endroits qu'il marquera. — On a eu des lettres de M. de Berwick par l'ordinaire; elles ne sont que du 17 mai. 11 écrit du camp de San-Mateo^ à huit lieues de Tortose. 11 mande que les ennemis , n'ayant plus que de la cavalerie, ont fait une si grande dihgence qu'il n'a pas été possible de les atteindre , qu'ils ont passé l'Èbre sur le pont de Tortose; ainsi nous voilà maîtres de tout le royaume de Valence, excepté Alicante, Dénia et Alcira. Cette dernière place est bloquée si étroitement par les troupes du chevalier d'Asfeld qu'il n'y peut rien entrer; de manière qu'on espère dans peu l'obliger à se rendre par la famine.
Jeudis, jowr de r Ascension, à Marly, — Le roi travailla chez lui l'après-dlnée avec M. de Pontchartrayi jusqu'à six heures, et puis il entra chez madame de Maintenon. 11 fit un si grand orage qu'il ne put aller à la promenade. Monseigneur le duc de Bourgogne fit ses dévotions , et à quatre heures il alla avec madame la duchesse de Bour-
gogne au salut ^ à la paroisse. — Il arriva un courrier de M. de Vendôme parti de hier au soir de Sombreff. Les ennemis étoient encore hier, à deux heures après midi, entre Louvain et Over-Yssche , et le bruit de leur armée étoit qu'ils alloient camper le lendemain à. Vaure. H. de Vendôme est allé reconnoltre un camp, entre le Mazi et le défilé des Cinq-Étoiles. — M. le comte d'Auvergne, qui est fort malade depuis un mois à Paris, reçut hier tous ses sacrements. — Le roi a dit ce matin qu'il y avoit plusieurs officiers généraux, brigadiers et colonels de Farmée d'Allemagne qui n' étoient point encore arrivés quand on a marché aux lignes , et qu'il avoit donné ordre qu'on les arrêtât à Strasbourg, et a paru foi*t mécontent de cette négligence, qu'il veut punir.
Vendredi 3, à Marly. — Le roi courut le cerf l'aprèsdinée. Monseigneur alla diner à Meudon et coucher à Villeneuve Saint-Georges jmesseigneurs les ducs de Bourgogne et de Berry partiront l'après-dlnée pour aller joindre Monseigneur à Villeneuve Saint-Georges. La grossesse de madame la duchesse de Bourgogne est toujours fort incertaine.— Il n'arriva point de courrier de M . de Vendôme . — Le roi a écrit au roi d'Espagne pour lui recommander les intérêts de M. de Vaudemont; on a accoutumé de donner 30,000 écus de pension à ceux qui ont été gouverneurs duMilanois. — Le prince Eugène a donné le gouvernement du château de Milan, par ordre de Tarchiduc, à M. de Colmenero, que M; de Vendôme et M. de Vaudemont croyoient un des plus fidèles sujets du roi d'Espagne et qui avoit fait de fort bonnes actions; mais il s'étoit mal défendu dans Alexandrie , et dès ce temps-là il fut soupçonné. — M. de Tessé écrit du 26 que la marche des troupes de Tempereur pour Naples est encore fort incertaine, et que M. de Savoie fait de grandes instances pour l'empêcher. Ce prince fait assembler un corps de ses troupes, assez considérable, entre Ivrée et le val d'Aoste. M. de Tessé , pour empêcher que ce corps ne débouche
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par le petit Saint-Bernard^ envoie M. de Saint-Pater avec dix bataillons à la tète de la Tarentaise.
Samedi 4, à Versailles. — Le roi, après s'être promené le matin et Taprès-dinée à Marly, en repartit sur les six heures pour revenir ici et a ramené madame la duchesse de Bourgogne dans sa calèche. Messeigneurs les ducs de Bourgogne et de Berry revinrent de Villeneuve Saint- Georges , où ils avoient couru le loup avec Monseigneur, et étoient revenus avec lui faire le retour de chasse à Meudon^ où Monseigneur demeurera jusqu'à vendredi. Madame la princesse de Conty Test allée trouver avec plusieurs daines qui y demeureront tout le voyage. — Il arriva un courrier de M. de Vendôme, qui vint camper hier à Gemblours , et les ennemis passèrent la Dyle et vinrent sur la Ghette camper à Hougarde, entre Tirlemont et Judoigne, Le bruit de leur armée présentement est que les États Généraux consentent que M. de Marlborough nous attaque quand il le jugera à propos. — On a des nouvelles de M. de Villars par l'ordinaire. 11 rend compte au roi d'une petite affaire qui s'est passée auprès d'Ettlingen, où M. de Vivans a trouvé un parti des ennemis plus foible que le sien. On leur a tué assez de gens,, on a fait cent prisonniers et pris cent quarante chevaux; mais nous avons perdu à cette affaire le chevalier d'Anlezyi mestre de camp, et un capitaine de cavalerie du régiment de Duras. Il n'y a eu qu'eux de tués et trois ou quatre dragons.
Dimanche 5, à Versailles. — Le roi, avant que d'entrer au conseil , donna à M. le premier président de la cour des aides la survivance de sa charge pour M. le Camus y son hls aine , ancien maître des requêtes, et lui dit en la lui donnant : ce Je souhaite qu'il ne l'exerce de longtemps. » L'après-dlnée le roi travailla chez lui avec M. de Chamillart et puis alla tirer; et, à son retour, M. de Chamillart alla encore travailler avec lui chez madame de Maintenon. Monseigneur vint ici le matin de
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Meudon pour le conseil et 8*y en retourna diner. Les soupçons qu'on avoii eus de la grossesse de madame la duchesse de Bourgogne sont finis ^tnais elle se porte fort bien. — ♦ Il n'est point arrivé de courrier de M. de Ven* dôme, oe qui fait croire que ni lui ni les ennemis ne marchèrent point hier. -*«- On avoit parlé de faire em* barquer à Toulon dix-huit cents hommes des troupes d'Espagne qui reviennent d'Italie , qui sont présentement en Languedoc , parmi lesquels il y a beaucoup d'officiers ; on les vouloit £aire passer dans le royaume de Naples « mais cet embarquement est différé et devient incertain.
Lundi 65 à Versailkê. -- Le roi prit médecine après avoir entendu la messe dans son lit, comme il fait tous les jours qu'il se purge. •— Il n'est point arrivé de courrier de M. de Vendôme, qui est une marque sûre que son armée et celle des ennemii^ n'ont point fait de mouvements. Le comte de la Mothe^ qui a séparé dans les places le corps qu'il commandoit du côté d'Ypres, est venu à Charleroy avec huit escadrons, qui joindront M. de Vendôme dès qu'il l'ordonnera; ainsi il aura dans son armée deux cent un escadrons. — Le roi a donné une pension de 1,000 écus au chevalier d'Âsfeld , maréchal de camp en Espagne, qui assiège présentement Xativa eu Valence. Le roi a donné une gratification de 2,000 écus à M. le Gendre , intendant de Montauban. — On apprit par les lettres de M. Villars, qui sont venues par l'ordinaire, qu'il s'étoit rendu m^tre de Ffor^heim, qui n'a fait aucune défense. Les ennemis étoient venus camper sur les hauteurs qui le couvrent, [etjse sont retirés avec précipiter tion dès qu'ils ont vu avancer nos troupes de ce côté-là. Ils n'ont que trente bataillons et cinquante escadrons ; M* de Villars a soixante^quatre bataillons et cent quatre escadrons. — M. de Vaudemont estàMeudon, où il demeurera deux ou trois jours à faire sa cour à Monseigneur.
Mardi 7, à Versailles. — Le roi, après le conseil de finance, travailla encore avec M. deChamiUart; l'après-
dlnée il travailla jusqu'à cinq heures avec M. le comte de Toulouse et M. de Pontcliartrain, et puis alla se promener à Trianon,dont il visita les appartements. Il compte d'y aller la semaine qui vient pour y demeurer jusqu'à la fête de Dieu. — Il n'arriva point encore de courrier de M. de Vendôme, — Il étoit venu quelques lettres de Madrid , et le duc de Gramont assuroit que les nouvelles portées dans ces lettres étoient vraies. Elles disoient que le chevalier d'Asfeld avoit pris Xativa Fépée à la main^ et qu'ensuite AJcira s'étoit rendue sans se défendre; mais on n'en a rien mandé au roi ni à M. le duc d' Albe^ si bien qu'on croit la nouvelle fausse. — Messeigneurs les ducs de Bourgogne et de Berry allèrent de bonne heure à Heudon ; madame la duchesse de Bourgogne y alla après la messe. On y joua toute l'après-dlnée parce que le vilain temps les empêcha de sortir, et ils repartirent à neuf heures pour revenir au souper du roi. — Milord Galloway n'est point mort comme on l' avoit dit après la bataille d'AJmanza ; il étoit avec la cavalerie qui a passé sur le pont de Tortose pour se retirer en Catalogne .
Mercredi 8, à Versailles. — Le roi travailla l'aprèsdlnée chez lui avec M. de Chamillart jusqu'à six heures, et puis alla se promener dans ses jardins. Monseigneur le duc de Bourgogne et monseigneur le duc de Berry allèrent à la Ménagerie; ils y firent collation tard, et en revinrent à pied. Le roi étoit déjà à table et soupa tout seul avec Madame. — Il arriva un courrier de M. de Vendôme, parti hier de Gemblours ; notre armée ni celle des ennemis n'ont point marché. — On eut des lettres de M. le duc d'Orléans par l'ordinaire , datées du 19, du camp sous Saragosse ; Cilly y étoit arrivé. On désarme tous les peuples d'Aragon ; on casse tous les magistrats de Saragosse, où nous avons trouvé abondance de vivres; M. le duc d'Orléans demande aux habitants 20,000 pistoles en attendant mieux. Le chevalier de Tillière,
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colonel du régiment d'Oléron , et Courville , colonel du régiment du Maine, sont morts de maladie en ce pays-là. Le duc d'Ossone a rassemblé huit ou dix mille hommes en Andalousie et a marché avec ce corps-là à Ayamont, qui est à l'embouchure de la Guadiana , d'où ils tlçent des contributions des Algarves, et ont fortifié le corps que commande H. de Bay auprès deBadajoz.
Jeudi 9 y à Versailles. — Le roi, après son lever, fut enfermé une demi-heure avec M. de Chamillart; l'aprèiSdlnée il alla tirer. Madame la duchesse de Bourgogne alla à Saint-Cyr et puis elle alla voir dans le grand parc un endroit où madame la duchesse d'Orléans veut faire bâtir une ménagerie. — On mande d'Italie que le détachement des troupes du prince Eugène marche vers le royaume de Naples et qu'il étoit déjà à Notre-Dame de Lorette ; ainsi les représentants de la reine Anne, des États- Généraux et de M. de Savoie n'ont pu détourner l'empereur de son dessein. — La duchesse d'Albemarle a épousé en secret un des enfants cadets de milord Milfort, qui en a beaucoup ; elle a depuis déclaré son mariage à la reine d'Angleterre, qui Ta fort désapprouvé ; elle ne la veut plus voir et lui a défendu de demeurer à Saint- Germain. — On mande de Bruxelles qu'ils y ont eu avis que les mécontents ont gagné une grande bataille en Hongrie contre les troupes de l'empereur. Le roi n'a point encore eu cette nouvelle, ainsi elle est fort douteuse. — Le roi a envoyé ordre au maréchal de Catinat d'être ici demain à son lever.
Vendredi iO y à Versailles. — Le roi, au sortir de la messe, entretint M. le maréchal de Catinat dans son cabinet; l'audience dura trois quarts d'heure. Monseigneur revint le soir de Meudon. — Le roi, à son réveil, avoit eu la nouvelle que M. de Villars étoit à Stuttgard, où il a réglé les contributions, du pays de Wurtemberg à 2,200,000 livres, qu'on a promis de lui payer avant quatre mois; et outre cela le pays fournira beaucoup de farines et de viande
pour son armée. Il a écrit aux magistrats de la ville d'Ulm, et leur mande qu'ils remettent en liberté au plus tôt les prisonniers françoifi quHls retiennent si injustement , à moins de quoi il enverra brûler les petites villes et les bourgs de leur territoire. Les ennemis .1 qui se retirent toujours devant lui et qui n'ont osé Tattendre dans des postes où une armée^ quoiquUnférieure^ pouvoitfort bien se défendre, ont repassé le Necker etsont campés à Scborendorf, qui est à quatre lieues de Stuttgard, sur lagauehe. *-*- M. de Ghamillart vint le soir de TËtang , et fut une heure avec le roi ohez madame de Maiotenon , et puis retourna à TÉtang. Il y étoit arrivé Taprès-dinée un courrier de M. de Vendôme; on n'a point dit quelle non-* velle il portoit , mais le bruit de son armée est que oe prince veut faire le siège de Huy.
Samedi 11> à Versailles. — Le roi fit âes dévotions, toucha beaucoup de malades et alla Taprès-dinée à vôpres> où M. da Metz officia. Après vêpres^ le roi s^enferma avec le P. de la Chaise et fit la distribution des bénéfices vacautSy mais il n'y en avoit aucun qui valut t^OOO franos. Il alla ensuite sa promener dans ses jardins. Madame la duchesse de Bourgogne monta en carrosse à neuf heures^ alla i Saini-Cyr faire ses dévotions ; elle y dina et y entendit vêpres; au retour elle alla joindre le roi ., qui se promenoit dans les jardins. -^ On eut des lettres de Rome du i5 par rordinaire. Elles portent que le pape a acoordé passage aux troupes de Tempereur sur les terres de l'Église à de certaines conditions ; ces troupes sont près de Lurette et marchent lentement. Le cardinal d'Arquien est mort à Rome ; la reine de Pologne , sa fillci qui étoit allée i Naples» en étoit revenue sur la bruit de sa maladie; eUe l'a trouvé expirant» On mande qu'il avoit cent sept ans. Il étoit cardinal et n'étoit que clerc tonsuré» Uii'avoit aucun bénéfice. U laisse une septième place vaoante dans le Sacré Collège^ et il y a pai* sa mort vingt-quatre places de laïques vacantes dans l'ordre du Saint-Esprit.
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Dimanche ifi y jour de la Pentecôte^ à Versailleê. — Le roi et toute la maison royale assistèrent à toutes les dévo* tions de la journée ; l'abbé Prévost prêcha. Le soir le roi travailla ohea madame de Haintenon avec H. de Chamil^ lart. — Il arriva un courrier de M. de Vendôme. Les armées sont toujours dans leurs mêmes camps. Quelques particuliers mandent qu'un trompette de M. Marlborough dit que dans leur armée ils ont eu nouvelle que le roi de Suède a déclaré la guerre à Tempereur^ mais on n'a point cette nouvelle-là ici. Il est certain que le roi de Suède fait toujours de fortes instances pour qu'on lui livre les quinze cents Moscovites que l'empereur vouloit envoyer en Flandre et que depuis il a fait marcher précipitamment et avec tout le secret imaginable , par les pays héréditaires, pour les faire passer en Pologne et rejoindre le czar, leur maître. -^ M. le duo de Savoie, qui a la fièvre tierce depuis deux mois , tomba ces jours pash ses dans une défaillance qui dura huit heures ; le len-< demedn il étoit beaucoup mieux.
Lundi id, à Versailles. **- Le roi tint le conseil d'État qu'il auroit tenu hier sans la fête» L'aprèsnilnée il travailla avec M. Pelletier jusqu'à cinq heures, et puis alla se promener dans ses jardins , qu'il prit plaisir à faire voir à M. de Vaudemont. -^ Le roi envoie le comte de Bezons commander à Lyon , et peut-être l'enverra-t-on encore ailleurs, selon les démarches que feront M. de Savoie et le prince Eugène. On envoie aussi H. de Langeron à Toulon. Les détachements des troupes de Tempereur pour le royaume de Naples ont eu ordre encore de s'arrêter dans la Marche d'Ancône. — Les armées de Flandre sont toujours dans leurs mêmes camps, et on parle dans celle des ennemis de faire des détachements pour l'Allemagne et pour l'Espagne , mais il n'y a rien- d'assuré là-dessus. — Madame la duchesse de Bourgogne alla Taprès^dlnée à la Ménagerie, où elle monta à cheval avec mesdames de Lorges^ de la Vallière « deUstenois
et de Dreux; messeigneurs les ducs de Bourgogne et de Berry les conduisoient. Ils allèrent au galop jusqu'à la Bretêche, et en revenant la marquise de la Vallière fit une assez rude chute. Ils retournèrent souper à la Ménagerie, et revinrent ici avant que le roi se couchât.
Mardi ik, à Versailles, — Le roi, après le conseil de finance^ travailla encore avec M. de Chamillart. L'aprèsdlnée il travailla avec M. de Pontchartrain, puis il alla tirer; et le soir, chez madame de Maintenon, M. de Torcy et M. de Pontchartrain vinuent encore travailler avec lui séparément. Monseigneur et monseigneur le duc de Berry allèrent coucher à Villeneuve Saint-Georges pour courre demain le loup à Sénart. — r Madame la duchesse de Nemours est plus mal que jamais , elle a la gangrène à la tète, et on n'en espère plus rien. Le comte d'Auvergne est retombé aussi et est en très-grand danger. — Le prince Ragotzki a été proclamé prince de Transylvanie , et en cette qualité il a fait une entrée magnifique dans la capitale de la province. — U y a piésentement quarante vaisseaux de guerre anglois dans la Méditerranée; on ne doute pas qu'ils n'aillent à Naples. — Le roi fait servir cette année M. de Thouy, qu'on croyoit qui ne seroit pas en état de cela; il est présentement aux eaux, et on l'envoie en Dauphiné ou en Provence ; il est ancien lieutenant général.
Mercredi 15, à Trianon. — Le roi ne sortit du conseil d'État qu'à une heure. L'après-dlnée il travailla aVec M. de Chamillart jusqu'à cinq heures, et puis partit de Versailles pour venir ici, où il demeurera huit jours. — On a appris par l'ordinaire de Madrid que la ville de Xativa s'étoit enfin rendue. Quatre cents Anglois se sont retirés dans le château, dont on espère bientôt être maîtres. La garnison qui étoit dans la ville demandoit capitulation pour les bourgeois , et le chevalier d'Asfeld leur manda qu'il n'y avoit point de capitulation pour des sujets rebelles et qu'ils ne dévoient songer qu'à implorer la
miséricorde du roi leur maître. On a mis en prison tous les habitants^ qu'on enverra à l'Amérique, et on a tué tous les moines qui avoient pris les armes. — Il arriva un courrier du maréchal de Yillars, qui a détaché Imécourt et le marquis de la VaUière avec quinze cents chevaux pour aller du côté d'Ulm exécuter les menaces qu'on a faites à cette ville s'ils ne rendent pas nos prisonniers, et imposer des contributions. Il a détaché aussi M. deBroglio pour les aller établir du côté de Heilbronn. — Le roi d'Espagne a accordé 30^000 4cus de pension à M. de Yaudemont*. On a su cette nouvelle par un courrier de M. Amelot qui étoit arrivé depuis Tordinaire et qui, n'ayant point trouvé M. de Torcy ici , étoit allé à Dampierre lui porter ses paquets. Dans la lettre du roi d'Espagne au roi il lui mande qu'il le remercie de la grâce qu'il lui avoit demandée pour M. de Vaudemont, On apprend par les lettres de M. Amelot que le duc deBerwick avoit joint le 6 M. le duc d'Orléans. On a appris par ce même courrier que le marquis du Plessis-Bellière, colonel d'infanterie dans notre arînée , étoit mort de maladie ; c' étoit un garçon fort estimé, neveu de madame la maréchale de Créquy et qui auroit été son héritier.
* M. de Vaudemont étoit Thomme du monde le plus rompu au grand monde et à Tintrigue ; à qui les hauteurs étoient naturelles , et les bassesses les plus profondes et les flatteries les plus prostituées ne coûtoient rien. Les changements de partis et les perfidies lui coutoient encore moins ^ et il les pratiquoit d'un air si aisé et si peu embarrassé que cela lui étoit tourné en nature; aussi étoit-il bâtard de grand maître en cet art, lequel art lui fit une prodigieuse fortune. Tout le monde sait l'histoire du rare mariage du duc Charles IV de Lorraine avec madame de Cantecroix, du vivant de la duchesse sa femme, qu'il n'avoit ni répudiée ni pu répudier. Il en eut un fils et une fille : celle-ci, qui étoit l'aînée, épousa M. de Lislebonne , frère du duc d'Elbeuf ; et le fils , qui fut le comte, puis le prince de Vaudemont dont il s'agit ici , épousa la fille du même duc d'Elbeuf et de sa première femme , Lannoy, mère en premières noces de la femme du duc de la Rochefoucauld , grand maître de la garde-robe et grand veneur. M. de Vaudemont, jeune, beau, bien fait, de la taille des héros.
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adroit à tous ses exercices, galant, magniQque, libéral, beaucoup d'esprit, Tair et le langage du grand monde, souple, insinuant, tout à tous et à personne qu'à lui-même , avoit fait de grands progrès dans notre frivole cour et des amis de jeunesse et du bel air qui eurent de ce même bel air, dont ils furent idolâtres toute leur vie , de demeurer aussi de ses amis, et tel fut le maréchal de Villeroy. Les aventures de son père et ses vues à lui-même na lui permirent pas de demeurer ni de suite ni longtemps eji France : il chercha fortune parmi ses ennemis et l'y trouva. L'Espagne lui donna des emplois aux Pays-Bas; il se mit bien avec ses ministres et avec ceux de l'empereur. Il fut en Espagne ; il y brigua la grandesse à vie pour couvrir ce qu'il ne pouvoit même prétendre par le défaut de sa naiesanco, là ni partout ailleurs, et II l'obtint avec la Toison. Il tira aussi de l'empereur Léopold des patentes de prince de l'Empire, et de ces titres accumulés il tâcha de s'en faire un tout de grandeur propre, qui éblouit le commun du monde et dont il ne produisoit les droits distincts que dans le besoin. Il devint bientôt favori du prince d'Orange et confident intime : Ils avoîent même haine pour la France , même aversion de la personne du roi, sur laquelle M. de Yaudemont s'étoit lâché en Italie avec tant d'insolence que le roi ne put s'empêcher d'en témoigner son indignation. Yaudemont dut au roi Guillaume sa dernière élévation dans les Pays-Bas et le commandement des armées. Il dut, et à lui et à l'empereur conjointement , le gouvernement du Milanols , que Charles II ne put refuser à des intercessions si puissantes auprès de lui , et Vàudemont y étoit placé de leurs mains , lorsque la mort de Charles II et son testa* ment mit le duc d'Anjou sur le trône de la monarohie d'Espagne. Le IVIilanois suivit le torrent ; toutes les puissances de l'Europe , excepté l'empereur, le reconnurent roi de toute la monarchie. M. de Vàudemont n'étoit pas bastant pour résister. Il se soumit donc avec toutes les grâces dont il savoit si bien se parer, et il avoit en notre cour tout ce qu'il falloit pour les faire valoir bien au delà de leur mérite. Ses nièces, filles de madame de Lislebonne, sa sœur, possédoient Monseiseigneur et toutes ses avenues; elles en étoicnt fort ménagées par le roi. L'aînée passoit depuis longtemps pour mariée au chevalier de Lorraine, qu'elle possédoit, et il étoit le maître de Monsieur. Le maréchal de Villeroy, espèce de favori brillant, s'étoit toujours piqué d^amitié pour M. de Vàudemont. M. le Grand , beau- frère de Villeroy et trèsuni au chevalier de Lorraine, son frère , étoit dans les mêmes liaisons, et étoit aussi une manière de favori. Des intérêts qu'on ne développera pas ici, mais des intérêts solides et bien sentis des deux côtés, unissoient intimement M. de Vendôme auxnièces de Vàudemont, et M. de Vendôme etM.du Maine étoient la même chose alors etlongtemps depuis , conséquemment madame de Maintenon. Tout ce qui se passa dans rintérieur
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de notre cour depuis l'avènement de Philippe V au trône d'Espagne jusqu'à la catastrophe d'Italie et longtemps depuis ne fit que resserrer les liens de ces unions. Chamillart étoit arrivé au point suprême de la faveur et de la confiance ; madame de Maintenon étoit sa protec» triceet son oracle. M. le Grand Tavoit mis au monde par le billard; mesdemoiselles de Lislebonne étoient devenues ses gouvernantes; mille autres combinaisons se joignirmt qui ne permettoieut pas de voir clair en plein midi sur les trahisons d'Italie et qui préparèrent en France et par la France une retraite à Vaudemont, qui eut tout le solide de la plus immense fortune et tout Tédat de la faveur et des plus bnllantes distinctions. Le roi s'intéressa pour lui obtenir d'Espagne la pension dont il s'agit, et que, malgré la situation de ses finances, ma* dame des Ursins n'avoit garde de refuser à madame de Mainteuon . Le roi y en syouta autant du sien, et se fit une affaire de lui procurer Commercy et 160,000 livres de rentes là autour^ en pleine souveraineté, que lui accorda le duc de Lorraine , réversibles à lui après la mort de M. de Vaudemont, en dédommagement de ses prétentions de légitimité et de droit au duché de Lorraine , avec le rang en Lorraine au-dessus de tous ceux de cette maison après les enfants de M. de Lorraine et avec les mêmes distinctions qu'eux , ce qui outra M. le Grand et encore plus le prince Camille, son fils, établi et retiré en Lorraine. Le rare est que M. de Vaudemont étoit bâtard, s'il y en eut jamais , qu'il ne put, par aucune voie juridique, hasarder de sortir de cet état, et que, quand même il auroit été légitime, il n'auroit pas eu le moindre droit à la Lorraine, puisque le duc son père ne Tavoit luimême que par sa femme la duchesse Nicole, qui' n'eut point d'enfants, et dont le droit dévolu à sa sceur, épouse du frère du duc Charles IV, Favoit transmis à son ûh, le fameux beau-frère de l'empereur Léopold , père du duc de Lorraine d'alors , gendre de Monsieur. Malgré des raisons si évidentes, M. de Vaudemont obtint ces grands établissements , et, avec cette souveraineté personnelle entée sur tout le reste , il prétendit tout; mais il s'y prit sourdem^t, et fit bien. Il avoit eu des maux étranges et plus étrangement traités ; ses mains crochues paroissoient comme sans os aux doigts; il prétendoit qu'il ne pouvoit marcher nr se tenir debout ; on le portoit partout dans un fauteuil , et cela sauvoit bien des choses; toutefois il fallut être debout devant le roi, et comme il ne vit point d'ouverture à faire autrement, et qu'il avoit besoin de lui en tout et pour tout, il s'y accoutuma. Il y avoit deux ou trois sièges à dos dans le salon de Marly pour Monseigneur; Madame la duchesse de Bourgogne en prenoit quelquefois un quand elle étoit grosse ou que Monseigneur n'y étoit pas; à la fin, madame la Du* chesse en prit quelquefois un autre dans des coins. M. de Vaudemont en prit un» et eeU deux voyages; là il tenoitsa cour, et tout ce qu'il
y avoit de plus distingué se rassembloit autour de lui sur les tabourets ordinaires; il fît même rehausser les pieds de cette chaise pour être plus à son aise, et en effet pour se la mieux approprier; là il ne se levoit pour personne, et y avoit accoutumé Monseigneur quand il s'approchoit de lui et qu'il lui parloit EnGn le roi le sut, et tout à coup on vit M. de Yaudemont dans son même coin du salon sur un tabouret rehaussé comme avoit été la chaise, de laquelle il ne fut plus question. Il ne parla plus assis à Monseigneur ni aux princes ses fils, et il se tenoit même debout à leur jeu ou à leur conversation , eux assis quelque temps , sans mention pour lui de s'asseoir jamais en leur présence. Ainsi , peu à peu , il ne lui resta que quelques familiarités avec le gros de la cour d'un homme impotent , et dès qu'il entroit au château de Marly il sortoit de sa chaise et alloit de son pied comme les autres ; il s'appuyoit quelquefois sur quelqu'un; mais quand il vit que tous ces prétextes ne lemèneroientqu'à séparation, et non plus à aucune distinction, il les abandonna. Le roi s'étoit expliqué fort sèchement sur le siège à dos : que M. de Yaudemont étoit grand d'Espagne ; que c'étoit son seul titre pour avoir un rang , et qu'il ne lui en donneroit aucun autre ; les prétentions, demeurèrent donc tout court.
Il étoit à Marly tous les voyages , et fort peu à Versailles , où il voyoit le roi le matin comme les autres courtisans, et le reste du jour alloit où il avoit affaire en homme incommodé , mais sans air de rien prétendre , et se tenoit dans l'appartement qu'on lui avoit donné au château ; à Paris d'ordinaire ou à Commercy , dont les voyages fréquents ne lui coûtoient rien pendant qu'on étoit à Versailles. Du reste, les distinctions de considération et de faveur , il les eut toujours. Il fîit fort peiné de ne pouvoir être chevalier de l'Ordre; il auroit bien paré au rang^ s'il n'avoit pu en obtenir un à son gré par le prétexte de ses jambes , mais l'Ordre même lui fut constamment refusé dès l'Italie , et depuis encore qu'il fut à la cour, et nettement, parce que les statuts en excluent tous autres bâtards que ceux des rois. Madame de Yaudemont, également dévote et glorieuse, se tenoit en panne sous prétexte de conduire madame de Mantoue dans son couvent de Pont-à-Mousson, en attendant le cours du marché et quel vol son mari prendroit. Mais comme elle n'y put atteindre à rien de ce qu'elle avoit espéré pour le rang qui avoit été barré en tout à son mari, elle n'y fit qu'une ou deux apparitions légères , et, sous prétexte de retraite et de dévotion, demeura peu et rarement à Paris, et toujours à Conunercy. Ce fut ainsi qu'ils vécurent, et après la mort du roi M. de Yaudemont usurpa de se faire porter dans le cabinet de M. le duc d'Orléans^ et d'y rester sans se lever dans sa même chaise , où M. le duc d'Orléans lui parloit d'ordinaire sans s'asseoir. Pour abréger point, on leremportoit; mais cela ne satisfaisant que l'important [l'impotent?] et non les prétentions,
il n'en usa guère, vécut presque toujours à Commercy en grande splendeur et magnificence^ [mais en triste compagnie, et ne vint presque, point à Paris, et seulement pour peu de jours.
Jeudi 16, à Trianon. — Le roi apprit à son lever que madame de Nemours étoit morte le matin. M. le prince de Conty, qui étoit avec Monseigneur à Villeneuve Saint-Georges, vint prendre congé du roi; il s'en va à Pontarlier, où il aura tous les jours des nouvelles de ce qui se passera à Neufchâtel. Xaintrailles y agira pour lui*. M. de Matignon (1) vint aussi prendre congé du roi pour aller soutenir ses droits à Neufchâtel ; il emmène avec lui l'abbé du Bau, qui est un garçon très-capable. — M. de Monaco a envoyé un courrier pour dire que la flotte ennemie avoit passé devant Monaco ; elle est de quarante vaisseaux de guerre, et l'on croit qu'elle va à Naples, — Monseigneur, qui alla hier à Villeneuve Saint-Georges, d'où il devoit revenir aujourd'hui , a mandé au roi qu'il ne reviendroit que demain, parce qu'il veut encore faire une chasse dans la forêt de Sénart ; monseigneur le duc de Berry est avec lui. — Monseigneur le duc de Bourgogne alla à Versailles , au salut.
^ On a suffîsanuuent parlé ailleurs de madame de Nemours. Sa mort fit parottre beaucoup de prétendants à ses biens, surtout à Neufchâtel , parmi lesquels plusieurs ne se proposèrent que la vanité d'y prétendre. La diligence de M. le prince de Conty à s'y rendre, ou du moins à Pontarlier, fut un peu trop mise en parallèle avec sa lenteur à partir pour la Pologne. Le roi, qui ne l'aima jamais , n'auroit pas vu avec plaisir
(1) La prétention de MM. de Matignon à la succession de Neufchâtel leur vient d^léonore, fille de Léonor d'Orléans, duc de Longueville et d'Estouteville par sa femme, mort en 1573. Cette Éléonore épousa Charles de Matignon, comte de Thorigny.
M. de Villeroy voulut aussi faire valoir des prétentions. La prétention de MM. de Villeroy à la principauté de Neufchâtel leur venoit d'Antoinette d'Orléans, fille de Léonor, duc de Longueville et d'Estouteville par sa femme. Cette Antoinette étoit l'aînée d'Éléonore qui épousa M. de Matignon , et elle avoit épousé Henri de Gondy, duc de Bel/ , dont les droits, faute de i)ostérité, passèrent dans la maison de Villeroy. (Note du duc de Luynes.)
Neufchâtd eatresM mains, et ne fitensal&yeur que oe qu'il ne put s'empêcher de faire, et s'excusa du reste, sous prétexte de ne vouloir pas faire tort aux différents prétendants. Il ne fut pas difficile à Chamillart de profiter de cette disposition pour agir librement en faveur de Matignon ; c'étoit son ancien ami , et qui avoit , de fort bonne grâce et gratuitement, affranchi une terre de Chamillart en Normandie de la mouvance de la sienne de Thorigny. Chamillart ne Toublia jamais, et Tenrichit pendant qu'il eut les finances , à quoi l'autre ne s'oublia pas , et fit son frère maréchal de France, qui en étoit bien éloigné.
Vendredi 17, à Trianon, — Le roi, en sortant de son dîner, alla se promener à Marly, d'où il revint de bonne heure , et alla d'abord chez madame de Maintenon, où il travailla longtemps avec M. de Chamillart et M. de Bezons. U y a ici deux tables les soirs, et madame la duchesse de Bourgogne retient tous les jours dix ou douze dames pour y souper, outre les dames du service qui couchent ici; au diner il n'y a qu'une grande table. — On a fait un détachement dans notre armée de Flandre de quatre bataillons et de neuf escadrons de dragons, qui sont : les trois dejla Reine, les trois de Bretagne et les trois de Vassé ; ce détachement est pour F armée de M. de Villars et sera remplacé par autant de bataillons et escadrons qu'on tirera des garnisons. — M. de Vaudemont, en quittant Milan , a composé un régiment de cavalerie des gardes qu'il avoit en ce pays-là et de quelques-uns des gardes de M. de Mantoue. Ce régiment est présentement en Languedoc ; il est sur le pied étranger, et le roi, à la recommandation de M. de Vaudemont , a mis mestre de camp réformé dans ce régiment M. de Presle, qui étoit colonel d'infanterie dans les troupes de Milan. — Monseigneur et monseigneur le duc de Berry revinrent de Villeneuve Saint-Georges.
Samedi 18 , à Trianon. — Le roi travailla l'après-dlnée avec M. Daguesseau, qui est chargé de beaucoup de détails pour des pensions et des gratifications que le roi fait aux nouveaux convertis. Le roi a réglé qu'il reviendroit ici le
soir de la petite fête de Dieu^ qui sera le 30 du mois. Monseigneur fit médianoche ; madame la duchesse de Bourgogne le fit avec lui ; il n'avoit retenu que deux dames pour ce repas, et ils se promenèrent ensuite dans les jai^ dins jusqu'au jour. — Le roi a donné les deux régiments d'infanterie qui vaquoient en Espagne à MM. de Puynor- .mand et deSiougeat, qui sont tous deux brigadiers et qui n'avoient point de régiment. — Il arriva un courrier du maréchal de Tessé, qui est encore à Chaumont auprès de Suze. limande que les ennemis ne sont point encore en mouvement de ces côtés-là, et qu'on écrit de Turin que M. de Savoie devient étique et qu'il n'est point sorti du lit depuis quelques jours. — Monseigneur le duc de Bourgogne et madame la duchesse de Bourgogne prirent hier le deuil de madame de Nemours. Le roi ne le prendra point *.
* Le roi auroit pu prendre le deuil de madame de Nemours , dont la mère étoit princesse du sang, héritière de la branche de Soissons ; mais il n'y avoit point de ces raisons qui le touchoient de plus près , comme celle qui le lui fit p orteil duroi de Portugal, sous prétexte de sa couronne, ou du duc Maximilien de Bavière pour honorer les électeurs, ses neveux, quis'étoient perdus pour son service. Pour Monseigneur [le duc] et madame la duchesse de Bourgogne, M. de Nemours étant de la maison de Savoie, ils ne pouvoient ne .pas prendre le deuil de sa veuve.
Dimanche 19, à Trianon. — Le roi ne sortit du conseil qu'à une heure; il travailla l'après-dlnée avec M. de Ghamillart et puis alla se promener dans les jardins. Madame la duchesse de Bourgogne le joignit à sa promenade, et puis le soir, après souper, elle se promena avec des dames jusqu'au jour. — Le roi de Suède a envoyé un courrier au duc du Marlborough , et dès que ce milord eut lu la lettre il s'enferma avec les députés de MM. les États, et ensuite ils envoyèrent des courriers à Vienne , à la Haye et à Londres. On fait beaucoup de raisonnements sur cela dans l'armée ennemie , et la plupart de ces raisonnements sont qu'il s'agit de propositions de
paix. Les deux armées sont toujours dans leurs mêmes camps. Les ennemis avoient fait un détachement de dix bataillons et de quelques escadrons qui dévoient s'embarquer à Ostende pour passer en Portugal, mais ce détachement n'a point encore marché. — Le roi a donné le régiment de cavalerie du chevalier d'Anlezy, qui a été tué en Allemagne, à. . . . , lieutenant-colonel du ré-, giment de Choiseul et qui avoit commission de mestre de camp. Le maréchal de Villars Favoit fort recommandé au roi.
Lundi 20, à Trianon, — Le roi travailla l'après-dlnée avec M. Pelletier, et à six heures il alla se promener dans les jardins. — Il arriva un courrier du duc de Noailles, qui, ayant appris que les miquelets, commandés par un révolté du royaume d'Aragon, s'assembloient sur la Fluvia, a marché à eux; ils ont d'abord pris la fuite; quelques-uns ont demandé l'amnistie pour retourner chez eux. Nous avons fait quelques prisonniers , dont il y en a qui ont déjà pris parti dans nos troupes. M. de Noailles a emmené quelques baillis des lieux les plus considérables de ce pays-là. Il a été attaqué dans sa retraite par le régiment de Zizendorf, qui est des troupes de Tarchiduc ; il en a tué quelques-uns, a pris une vingtaine de cavaliers et est venu à Figuières sans avoir quasi rien perdu de son détachement. Le duc d'Ossone, après avoir pris Serpa et Mouraon sur la Guadiana, s'est joint aux troupes que commande le marquis de Bay . Ils ont pris quelques redoutes auprès d'Olivenza^ et l'on croit qu'ils vont faire le siège de cette place, où il n'y a point de dehors, mais qui est bien revêtue et bien bastionnée ; ils comptent qu'il y a une très-foible garnison dedans.
Mardi 21, à Trianon. — Le roi, avant que d'entrer au conseil de finance , apprit par M. de Chamillart que le maréchal de Villars s'étoit rendu maître de Schorndorf, qui n'a duré que vingt-quatre heures. Ils auroient pu
tenir plus longtemps, car la place est revêtue et il y a un bon fossé. On y a trouvé plus de trente pièces de canon et des munitions de guerre et de bouche en abondance. L'épouvante est grande en ce pays-là. Les magistrats d'Ulm ont renvoyé d'Argelos et le peu de prisonniers qu'ils avoient encore à nous, et ont écrit une lettre très-soumise au maréchal de Villars, disant qu'ils n'avoient retenu nos prisonniers que par ordre exprès de l'empereur, et tâchant de se justifier de leur mauvais procédé. Il arrive tous les jours au camp et à Strasbourg même de l'argent des contributions qu'il a établies. Il fait observer une grande discipline dans son armée pour empêcher la maraude. Le bruit de son armée est qu'il va marcher encore plus avant. — M. de Villiers le Morbier, maréchal de camp, qui avoit été pris à Turin et qui est échangé , va servir de maréchal de camp en Flandre ; M. de Vendôme l'a demandé.
Mercredi 22, à Versailles. — Le roi ne sortit qu'à une heure du conseil d'État, et l'après-dlnée il travailla fort longtemps avec M, de Chamillart ; il ne revint de Trianon qu'à huit heures et ramena madame la duchesse de Bourgogne avec lui dans sa calèche. M. de Yaudemont prit congé de lui avant qu'il partit de Trianon. Il s'en va à Commercy avec madame de Lislebonne, mademoiselle de Lislebonne etlaprincessed'Épinoy; il compte d'en revenir pour le premier voyage de Marly. — M. de Vaillac, ancien lieutenant général, qui devoit servir cette année sous le maréchal de Chamilly, est mort à Paris, où ses affaires domestiques l'avoient retenu. — On eut des nouvelles du duc de Berwick ; voici la copie de sa lettre :
ACaspé, ce M juin.
L'armée de H. le duc d'Orléans marchera demain de Saragosse pour s'avancer sur la Cinca, où je me rendrai pour le rejoindre. La cavalerie ennemie est aux environs de Lérida , à l'exception de quinze cents ou deux mille
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chevaux qu'a le comte de la Piiebla, de l'autre côté de la Cinca^ pour obserVer noâ mouvements. La ville d'Alcira s'est rendue faute de vivi^eâ ; il y avpit six cents hommes de garnison. C'est la clef et la citadelle du royaume de
Valenefe.
Jeudi 23 j /bttr dB Id fêtt de Dihi, à Verséillesi *— Le roi et toute la famille royale partirent du dhfttéaii d neuf heures fet demie et allêrelnt à la paroisse, d'où ils accompagiièrent à pied Vd SGlitit sacrement jusqu'à la chapelle du château, et le reconduisirent de même, malgré la grande chaleur, jusqu'à la pai^oissCj où ils etitendireilt la ^ande messe. L'après-dlnée ils entendirent vêpres fet le salut dans la chapelle, et puis le roi alla se promener à la Ménagerie, où madame la dùchessC de Bourg^ogne et monseigneur le duc de Berry étoient allés l'attendre j le roi eh revint à huit heiites. Madame la duchesse de Bourgogne et monseignem* le duc de Berry y soupèrent avec beaucoup de damei^. Ils y firent les feut de laSriint-Jean, étmonseigHeur le due de BërJby s'y brûla un peu le visage d'un pétard qu'il avoit fait lui-même i Ils en revinrent avant que le roi fût ëouché. Monseigneur, après le sdlut^ allaà Heudbn^ où il demeurera queltjues jours. — La flotte ennemie est mouillée à la rade de Gônes; — Il y a quelques jours qu'on fit un petit remplacement des officiels de la marine : du Quesnel a été fait capitaine en la place de Martel^ qui est mort.
Vendredi 24, à Versailles. — Le roi travailla assez longtemps le matin avfec le P. de la Chaise^ et l'après-dlnée il entra chez madame de Maintenons qui a eu depuis deux jours le, fièvre assee violente ; il y detfaeura jusqu 'à six heures, alla ensuite au salut et puis se promena à Trianon. Au retour il ti*availla chez madame de Maintenon avec M. de Chamillart. Monëeigheur le due de Bourgogne se promena dans les jardihs avec madame la princesse de Gonty. Madame la duchesse de Bourgogne alla sfe promener à Clagny, à Glatigny et à une petite maison de
(JHafil^ëiiMiH^ tlil aë seë iUftlItds d'hôtel | m etp^ë§ te cemcher du tbi tilb««êfigiiëtif 18 dttfe dfe Bourgogne et ëllfe se {Itotaènèl'ellt èfièctt* dans lés jftt*tlin« jUst[tl'à liilë llëilt^. -^ M. dé ChamillâiHi,- lé flll^ j SèÈst Wmm de i^ë^ tbtrf iéi. Il dlla,- il y ë. qùdqtieS jdUi*8) a Ltiflévillë j tbii» M: de Lol^aihe, où il d mé t^ëii â inèHëillë dti dtl(^j de Itt dtibliëëèë et de tmi§ lëtl^§ eéii^fiéâils. ^ Le i'cd fsllt HtU gfidier d'infâiitèrie M.- d'Af^ëld^j t^dlbiiél dû fëgltilëHt de Lttn^ëdbb^ ^lil vieh* de àbrtir dëà pHSofls d'Ultli;
)^afM8rït Sd, 6 Vêriaiileêi ^ Le l'oi pëfmit à l(. de Châ^ dlliljlrt de ti'êtpë ptilnt àà ëëHsëll dé finattcë^ pài^ë qtl'U ^ bëél^iiëmip à tMtalllël*^ mais 11 fiât àlA ûtï dU cdtlSell ajftidttëf dm déflêehëft itil Fëii Le M, Aptë^ Àbû âimtf alla à Marly, d'où il ne i^ViUi Qu'à la Huit/ MdiiMi^lieiir eiift â Hèliddli,^ dà ^6 bâtiments av&lhoëtlt iùti ) il ë0}père qU'ilàt 6ëiH:rHt (îdttvëriif à là fin de isë^tëtnbl>e. Monséi^netil* le dtic de Bëi'l'y alla pàsiiei* Taprès^Uilée aree lui. -^ Ott a libdtëllë qilè la flotte ëûiiemie est â \A rade de Gêiieë; dd dit mkmë qu'ils -^ ¥etilent embaf qtièr rieuf tfaillè hdmihëÈ pdur lëS lâirë pa^er en Espagne ) mais dn en ddute fdH ici. — Lé dëtadhement des ti^dupes dtt pt^iMce Butène pdtll* le rdyrtUnlé de Nttplës coiitifltie à mareher par rilàt ecclëiMastiqtie ; oïl mmi^é i^ii'il n'est pas de dii mille hdihilièb. Il ttl*iva uil cdliftiei- du niài*échal de ïessé. Les trbupëè etinéinièss'asSemblëUtdatislâplâîiié d'0rbassdu> le prlhcë Bti^ênë U'y esfpàêi eticore; M: de Sfttoie n'es» jttJiùt î^értidë Tnriti^ dU hê ëftoit ptts tfiêiUfe (Jti'il ëtt ^artë sitOti ptttëë qtt'ôti dit qu'il bracbë du fetttig.
iHltUnime 96 i 8 VëHalllès: — Le m tt<avâlllft l'ap^s^ dliiéë ateë M; de OMinillaH jusqit'âu Sfidtit, et en sdl'tailt dtlMlUtilèLllâ âë ^l^dtiieilëF d(lbii§ lë^ jhMlnSi Mdn§ëi^ëui> vint ici pour le edUSëil et émittetitt tnadâilio là duchesaë de Ëdtirgo^ne dtttiS set berline, apl^S Ift lUesse» Ik dlttèrëllt à Métiddti; môfasëigneUt» le due de Berrjr y vint dlttët aluëài. A six heures ils allêretit ëîlteUdre le sdlut atix Caj[lUcins; monseigneur le duc de Bdurgognei après
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ravoir entendu ici, alla àMeudon. Ils y soupèrent tous, et ne revinrent ici qu'à deux heures après minuit. — L'abbé de Saint-Gilles, frère aîné de feu Calvisson, est mort dans son abbaye près Montpellier. Il avoit cédé son droit d^alnesse à son frère quand il épousa sa nièce; par la mort de ce frère tout le bien lui étoit revenu; il en laissoit jouir la veuve, mais comme la plupart de ces biens sont substitués, ils vont présentement passer dans une autre branche de cette maison, et madame de Calvisson se trouvera fort pauvre. L'abbaye de Saint-Gilles est fort considérable, il y a de grandes collations, et elle vaut 20,000 livres de rentes. — On mande d'Espagne que Monçon et Balbastro, deux villes d'Aragon, sont rentrées dans l'obéissance du roi Philippe.
Lundi 27, à Versailles, — Le roi tint conseil de dépêches et dispensa M. de Chamillart, qui n'avoit point d'affaire à rapporter, d'être au conseil; mais après le conseil il vint chez le roi lui apporter des lettres. Monseigneur le duc de Bourgogne, madame la duchesse de Bourgogne et monseigneur le duc de Berry allèrent souper à la Ménagerie d'assez bonne heure pour pouvoir revenir au souper du roi. — M. le duc du Maine donna à Bedrieu son régiment d'infanterie vacant par la mort de Courville dès qu'il eut su la mort de Courville ; Bedrieu en étoit lieutenant-colonel, et c'est un ancien officier de réputation. — Il arriva un courrier de M. de Vendôme parti du camp de Gemblours hier au soir. Les armées sont toujours dans la même situation. Saint-Paul et Séraucoiu*t , capitaines aux gardes , se sont battus à la tête du camp , allant tous deux dîner à pied chez le duc de Guiche. Saint-Paul a été tué , et Séraucourt s'est retiré dans le quartier de l'électeur de Bavière.
Mardi 28, à Versailles. — Le roi, avant que d'entrer au conseil de finance, apprit par un courrier du maréchal de Villars qu'ayant su que les ennemis avoient laissé un assez gros détachement dans Lorch , où ils se
retranchoient, marcha à eux le mardi 21 avec quatre brigades d'infanterie et quatre de cavalerie. Il les fit attaquer en arrivant ; ils firent une assez foible résistance. On y prit vingt-huit officiers , parmi lesquels est un lieutenant général nommé Janus. Le 23 le maréchal marcha à Suabiche Gemund, où étoit le gros de l'armée, qui décampa à minuit ; il fit attaquer leur arrière-garde ; on leur a tué beaucoup de monde et pris encore quelques prisonniers. M. de Villars se loue fort de tous les officiers qui ont été à ces deux actions^ et surtout du chevalier de Pezeux. Les détachements de MM. d'Imécourt et de Broglio sont revenus au camp et ont rapporté beaucoup d'argent, et ramènent des otages pour les contributions qu'ils n'ont pu payer. Imécourt avoit passé le Danube avec le marquis de la VaUière, et Broglio étoit entré assez avant dans la Franconie. — Monseigneur revint le soir de Meudon.
Mercredi 29, à Versailles. — Le roi ne sortit du conseil d'État que fort tard, et l'après-dlnée il travailla avec M. de Chamillart jusqu'au salut; et après avoir entendu le salut il se promena dans les jardins. — On eut des nouvelles de M. le duc d'Orléans du 18 , par Tordinaire. Voici une copie de la lettre du duc de Berwick.
Aa camp de Ballouar, ce 18 juin.
Les troupes venues avec S. A. R. et celles que j'ai amenées de Valence se joignirent avant hier à Caudanos^ et aujourd'hui toute l'armée est venue camper ici sur les bords de la Cinca afin de la passer dès que les eaux qui rendent les gués impraticables se seront écoulées. La ca- Valérie des ennemis est campée de l'autre côté de la rivière, vis-à-vis de nous. Le château de Xativa s'est rendu le 11 de ce mois. Cette prise et celle d'Âlcir a assurent tout le pays de Valence qui est de l'autre côté du Xucar, où il ne reste aux ennemis que les villes d' Alicante et de Dénia.
Jeudi 30, à Trianon. — Le roi, avant dix heures.
406 J0URlN4|i i)E P4NGKAU.
qp'ii^ fiQft^^fSirfint à pie4 JH^a»'* HP repolir q^l toucfeç
g^iut ^j; pais vint ipi-, pft i| ^ propiqn^ j»pqu'A b^if
Jî,§HF^ ^t ()i^ i^l i^pienreyft 4ijc jpijf §, )^pn^eigpeuf et f«i^§»jg^PF? les ^^(,^ 4e §Q}jrjg|[j^ft9 sl^ d^ B^pry partf- F^»t l>prièp-4iBée pofip g^Hep pPWîlipr 4 P^tit-^ofjrg, fjjî t)^iFP9tft» SftlHt; jii fiR F^yiendFPPt jcj g^mpfji, n- fl 3f rivi^ tjj^f l|B /çpwri?j^r 4u Wftrpçfeal 4^ J§i^^ j sp§ ^ttrii^ gflfttdtt ?*. Il ïPW4p qy§ l/?^^ftpefflti§, quj »',ét9ippt ^'
JfttyQffï"^ m'm yPQt §« Pfoyenc/^^ ^t pV est }4 le p}ipmin. M. le duc de Savoie est demeuré à Tufj^, r-?? Ifi fQÏ ft PW iW' 4e SéF^fifipurt , t^^RJ, i} yeut pupjp spvpre- WP* j»?a»V^ ^.QJW^Fe^ ftpppEenceg 4p 4iiel, m, de ^- F*.W?flHF^ 1'^ TOUrf/ 4#3 FeQH^tpg, }«} pArJ* i| y ^ deijjc JW^P pow? justiftpp §9P If^rp^ ej; Jjç fpf jyi rjépQp4^t ; « Il s'§St p^ji4^iîjpé ltfi-i)#«}fi êR Sl»%Rt Vappjie. J'ep §iji§ fâché. »
fendredi V juillet y à Tnanon, — Le roi travailla le matin i^vee le P. dâ U Chaise , et alla tirer Taprès-dinée. :m- I^e§ tf Qi§ hftteiWQ»s #t les cinq pgfiftdmiï^ 4^ l^p^pes 4jtî g^tièp^ qui vpftt 4 l'ftrp^ 4jj[ pi^épfeal 4e \l\\]^\^
^ni p^aBtie 4^ fi^jpbto^pe. Ils m\ 4publm p%ip?^, 4 m\ m ^mm 4e« PQ«îmi^|î^ en pgpfeiB ppuy forf^ej? 4ps
mvm ^ A*v^Pifi ^t 4'iQ&nl#?w teot 4^ c# qu^ i^jji»
paijf?r§. v^RJr 4|j g^vi^Fe q»^ 4es 4^pJpBi?^ 4f r^R^éP
^Bfti^ii^, ï^ b§pp» 4^ ft^wjblipf g , m^^ 4^ c^^ip ,
fiOi»i»ftft4« pp 4éfeLgb§H;^§iît, §(. a ^))« I14 }(pj?gi, l)Hg9r
4i^ 4'iftfe8t«rie, §i Pott , l)pig^QF ^« 9M^m> ¥ilor4
Hfoplfepçpugll ft'/i point çp^^wen[^^t fi^it p^ip aupHp 4l^pbpiï)ô»t pi ppur ]^ Portugal i^i pour l'ille^fl^pe.
IIl^Jgf*é les iftstfinc^s fpjlévé^ 4^§ Ç^FPlps pt pjrinces cjo
iflWKÎer 4^ ^ecoHï^ç.. ttt M.a4amç U .^^fil^e^sp 4® ^ouvr, gognp petipfjt; |iOuç Ipg sq^rs quelques 4^iQPS pour soupej:- ^yecle VQh ^^ ®11® ^'P1^ r»j;iepj point 4e celjegf qui n'oi^t point m rhoRifjEiur d'y iQapge» ^^^ sjavpip s'il }'appro^vp. pile y a retenu ^^jp^pd'bui ïpodaïqe et m^àe^^ mpiseUede Villefrapchq;, qwfi p'y f|.voient jamais xpaiigé. ^qm&ii 2, ^ J'riafhqn- -r Le yo^ tipt conseil de lipancq cpmmj^ ^ l'ordinaire, mais M, dp ChafpjJilarJ; n'y fut poipt, p^rçe qu'il p^voit beaucpup à travailler j M. d'Arraeponville rapporta popr l^i. )Lp rpi alla T^près-dln^e à Jfarly, d'où il ne revint qu'i U nuit. Moni^eigneup ^t |i)j^s^igpeurs ^s enfants, qui allèrent jeudi à Pptit-Bourg che? U. 4^Aptiu , y coururent hier le loup ; i|s l'ont epcprp CQ^ru aiqpurd'huf et sopt revejius pe ppip, t-t L^e ^ruit s'^st répandu ^ Paris, p^r les flaipii^tres} étrangers, qpiD \e rpi Stp.U}slas ^-voit laissé Je rpi le fljaitre de gpt T|omiijatipn ap c^pdinalat, con^me Ijbs rois de Pologjap pnt toujp^rç eu Q5 droitrlà ; et que \e roi |ui ayoit f^it savoir, il y a qijelqftpS fjf^QJs, qu'il }ui ferpjit plaisir ào dpmfer ^ nomjp^r tipn àl'archeyjèque de Bourges^ ^ère 4u duc de Tresipes;
mais c^e i^'pst pncprp qn'^P J^^^Ht; ^1^ 1® ^^î B'^'ï a point parler Le pape ft'a poiftt e^cppe reppnnu Je rpj Stamslas^ jpf^^s 1^ i^ofliunatio^ 4^ rapchjevê^^e dp Bourges lui ser^ fort ftgréiatble , parcp qu'il é\Qit dp pes an^s avant que 4'ftltre pape^ et même je prois ayant qup d'être cj^rdin^l. — J^e roi a epvoyé îl. dp Saiut-Pater, liputenant général, 4 Toulon , où l'on fait inarcher 4cs trpupei^ qui étoiept en Languedoc et en Guyenne.
Diffi^c^nche 3, à THanon. t— Le roi sortit assez tard du conseil d'État, et travailla longtemps Taprès-dlnée avec 1^. 4e Chamillart et puis se promena jusqu'à huit heures 4wis ses jardins. Au retpur de sa prpmepade il déclara qu'il iroit mardi ^ Jlarly pour y faire un long séjour; il trouvp qu'il u'^ ^ pas s^^ d'air dans pe£f jar4in5-ci« —
Le roi d'Espagne donne 10,000 écus de pension, sur les confiscations, au duc de Saint-Pierre, qui a perdu beaucoup de bien dans le Milanois. — On doute que M. le duc d'Orléans puisse faire le siège de Lérida^ parce qu'il n'a point assez de gros canon et de poudre ; on croit qu'il se contentera de prendre Mequinenza, et qu'il ira ensuite à Madrid pour prendre les mesures nécessaires pour entrer en Portugal dans le mois de septembre. — Il n'y a rien de nouveau sur les armées de Flandre. M. de Vendôme croit pouvoir demeurer dans le camp de Gemblours jusqu'à la fin du mois , et Marlborough assure que nous serons obligés de décamper plus tôt que lui.
Lundi 4, à Trianon. — Le roi travailla l'après-dînée avec M. Pelletier, et puis se promena dans ses jardins. Madame la duchesse de Bourgogne alla l'après-dlnée à Chaillot voir la reine d'Angleterre , et puis elle se promena au Cours. Elle vouloit aller aux Tuileries , mais 'il n'y avoit personne à cause du vilain temps ; elle fit un tour dans les rues de Paris et puis revint ici. Messeigneurs les ducs de Bourgogne et de Berry allèrent voir M. le comte de Toulouse à Rambouillet, où ils coucheront deux nuits. — Le roi donna le matin, après la messe, une assez longue audience à M. Rouillé, qui revient de Flandre, où il est envoyé du roi auprès de l'électeur de Bavière. Il a eu permission de revenir en France pour quelques jours. — Les troupes de M. de Savoie et du prince Eugène étoient encore, le 26, partagées en trois corps, dont l'un est demeuré auprès d'Ivrée, l'autre à Orbassan, qui est proprement l'endroit où fut donnée la bataille que nous appelons de la Marsaille ; le troisième corps s'est avancé à Busca le 24 du mois , et y étoit encore le 26.
Mardi 5, à Marly. — Le roi, après son dîner, partit de Trianon pour venir ici ; il avoit tenu le matin conseil de finance à son ordinaire. Monseigneur partit dès le matin pour aller dîner à Meudon, où il n'a mené per-
sonne ; il y couchera, et reviendra demain au soir ici. — Il arriva le matin, à Trianon , un courrier de M. de Villars; ses lettres sont du 30. Il s'est un peu rapproché du Necker, et étoit campé à Winada, qui est entre Canstatt et Heilbronn. Les ennemis, qui sont à Elwangen, près Norlingen , ont fait un gros détachement de cavalerie et de dragons qui ont fait quarante-cinq lieues en cinq jours, et sont venus à Philisbourg. M. de Thungeri, qui a rassemblé les garnisons de Philisbourg et de Landau, et fortifié de ce gros détachement qui Ta joint , prétendoit, dit-on, faire quelques courses en Alsace et raser nos lignes de la Lauter. M. de Villars a détaché , de son côté, le marquis de Sesanne, maréchal de camp, avec douze escadrons et quatre bataillons et a fait ensuite marcher le comte du Bourg, lieutenant général, avec douze escadrons et quatre bataillons qui se joindront aux troupes que M. de Villars avoit laissées aux lignes sous les ordres du marquis de Vivans; ainsi nous serons encore plus forts qu'eux de ce côté-là. — La nouvelle que les ministres étrangers avoient répandue, il y a quelques jours, dans Paris de la nomination de l'archevêque de Bourges au cardinalat par le roi Stanislas, à la recommandation du roi, s'est trouvée véritable *. Le roi en avoit gardé le secret; il n'y avoit que l'archevêque, le duc de Tresmes, son frère, et M. de Torcy qui le sussent. Ce n'est plus un mystère présentement ; le roi a trouvé bon qu'ils le déclarassent actuellement, et ils en reçoivent les compliments. Le roi Stanislas avoit fait mander à l'abbé de Polignac, qui est chargé de ses affaires à Rome , qu'il avoit intention de lui donner sa nomination ; mais le roi Stanislas a déféré aux intentions du roi , qui lui avoit nommé M. de Bourges sans savoir ce qu'il vouloit faire pour l'abbé de Polignac, à qui le pape avoit déjà fait des compliments.
* Cet archevêque de Bourges , frère du duc de Tresmes , a usé sa vie à courre après un chapeau, et a été bien des fois au moment de
4iQ J0URJ^4L De D4WfiKAU.
l'obtci^jr. M ne l'a eu qu'ap^èp la roprt 4u roi î^ûuip XIV en |7|7, cijKi an^ apjrès Fabbé de Polignac, qui ne |p cpurut pas avec moins d^ sueurs. Le rare est qu'après que le cardinal de Gesvres fut arrivé à ce comble de ses désirs , et auquel il avolt sacrifié toutes les actions de sa vie, il n'en lit aucun usage, ot édur, ip cérémonies, ni assemiblées d'^u/BUfte spftp , ni pomel^y^ ; nGf\ p^ifip ^p quplqu^ §p)p|^ gu^ ce spif;. l\ s'enfernia chez Ipi, oft jl p^sa le resti? d^ ;p^ jo^rs à f§j§pi^,r ^ivep )p très-peu de gens qui le visitoient , v^itoit lui-même çncpjre moins \ passa longtemps ses matinées aux Tuileries à prendre l'air, et vivoit d'un grand régime sans donner à manger à personne. Ce qu'il fit de mieux fut de se défaire de son archfivôché, oq il n'avoit jamais résidé, et d^ se retirer tpvit ^ fait ^ ftffplipeç dp |^ GppstjtMtjpR qn^ il yif; 1§ foreur où elles tournpiej^t.
Mercredi p, à Marlv- 7— Le roi p^ pqptit (Jh PP^sei^ qu'A une heupe^ et J'^p^ès-dlnée il tr^yq-m^. cljpz Juj n,Y^ ^, d(B Ch3.mill9.rt Jij^q^'à 4x heures, je^\ puis ^^^3. chez madame de Jl^^intenon^ d'où jl ^e resi^prtit qije ppjfp Ip ^Qwppr, à paH?e dp Ifi pluie. 11 y fit une pptji^ lotew pQUr }es daiueg qui y éjioieïjj;} ppslotQpe^ ^opt 1pujoijf§ gratis. Hfpn^igneur revint de J|(Bu4Qn sur Ip^huitlieupf^, Mp^eigneurs les dups .de Bourgpgup pt 4fl Bprry rpyjft^T rpift dp Rftu^fjpufllet. aïojispjgueur li^ (lue /de Berry, qui étpit p^rti ayec ufte grandp fl^riPP sur Ift jpue, spr^^ obligé de sp faipe dpnaer ^fiU^diin quelque cpups 4§ fil" seau^. — On apprit par Tordiiff^ire .4'J5;$pftgflp qup nqui^ avQUs pri§, Fépée à la maiii^ l'puyr^gp ^ 9Wpe giii éfqj^ 4pyAi)t le pont ^e Tortp^e. Jl y ^ypi); dp^aJii^ Qent pijjquaute homiup:^, qui put été tués. )«. le 4uc 4'Prlé,9:U^ a détaché d'Areunep , avec quelques troupeg , ppur f^pi^ le siège de Mpquiuen^a , pt le cbpyalier d'iVsfe)4 Y^ att^-gu^r Dénia et puis Alicante, appèç qupi }\ pe pestera plu$ rien à Tarchiduc daps le rpy^ume 4^ Y^'I^UP^, îf. Iç} 4up d'Qrléaus pst|;pujours sur lep f)prds dp la Çinça, îft'ou ne peut passer parce qu'elle est débprdép pap la fontp d^^ neiges. — Jl arriva uu courrier de M. 4^ Ven4ôuie parti d'hier. Il mande que nous avQU3 4u fourrj^gp ju?3^'^ ]^ fin du mois, et que Marlborough a été obligé de faire 4puner 4u sec pt de l'avoine à sa ç^^yalerie.
j^i 7^ À M^rk- — h^ m 9 ^w^^ son ^w^Vy 413-
ftyep lui àw^ ^ pa.îècbje } J^fon^eigneuç iç^ me^s^igi^js^jr^ s§§ enfante étoi^pt à la, /tf^asçe^ k^ ^ejtouy ils §fi prpfp^er
B^FWt 49'iH5 IflS >pdiR^ iïl*au'^ huit apures. M^daif^e s'est trouvée fort incommodée d*un rhume, pljjç Q'eçt ppint enpppp y|e^)^ içj. ^ M; le m^^qj^^ c^e JÉleyfjl i pheyialier 4p TPr^r^ ^^ gouv^rnfisjjp /(Jije Coqdé ^ léppu/^e rp^-jd^r flftoisellfî d)e Wftfeji^il, sfpyr ^^ 4hq 4^ Trepme^j qp \^} 9, tfoi^yé asçez (ie Hen ppiu? fts^epir le dQlwre. ]L^ àWftPÎr ^^e 9. §|,OpÛ épus â^ B^RiljqA d^ foi p\ a^OpO €p|j^ dp ^^nte 4'^Ule^f?^ , d^oçi^ |a pl^^ gfancfe p^rt^e yjuept 4ie S?^ i^argneiç. rrrr ]^ flaq-^qui^ 4? Sajviati, fiîivoyé ^^ M, Ip ffr§B4^4ij9, e§lt fftprt 4 p^r^s. ]\ y ^ypjt tf^^f^ m flWtow ^^ qs'i} étoilj eu Fr^ii^ ^n çptte quftlitp, ^\ il ^'y é\mt feit fopj ^ifO^E §|| esl^flaep, Jl étoit d'up^ 4jep ppipcip^-lpe roa|§pi|g 4^ FJppeppQ, r— Qft u'p^); pag 3*ps ipqij}étu4l^ ipf §yp l|i, Pypyppicp, Qp orQiij toujours qufi le 4ps^ein 4^ % ^ gftvoie Q,^\ 4'y péo^tFftp qt 4'^lleF drpft à Tpulpp , pù l^q^i IfM^le k f^Ffi WP pl^ejftjp cfipv^f» ij. Qn y a. /ççyoyé
^0,ÛOP fPW^«^. tt ^Wlt 4 ?o»lw^t^? W'PW y ?n WS pliy9ypr 4^yamt§^|fl.
Vm^Tfidi 8, à i^flfr^y. — I^e fpi pe proiuepa, le i][^^tiû 4au?^ps j^pd|fl?j \] tfayftill^. l'^^ppèg-^lpée iOivec le p, de 1^ Cb»i/sp jjif^qH'^ piqq hpurfiS. ttt Tqu^^ }fi§ ftpuyfilfies d'All§w»gOe pprliept ft^p }P Wi de Suèd^ ne dqjt §prtif de S^^x^ q|i'4 1^ fin à^ mqif , et qp^ J-on ppfle fpf j, de la pftjj^ eii^p^ Ijiji et h ^^^^ ^ qi*i les méçDi^tent^ 4e flongi^ie
ïppt ^u^id/es prpppsitjpif^ que ^'exnp^eur opajnt fprtque
le .çjçaF u Vpppte. -r Itfpnspigueur le duc 4*3 Çerry a toji^ji:>ui^ pxi la jpue toFjt enfljée 4epi|j? le pét^4 4e h veille 4e la g^)uMfi4« ; qui lui wuta /^u yisage ; il ne s'e^t p^ mèn^^ depuis, et pp ser^ Ql^lig^ de lui percer ^u dedans 4^ 1^ bouph^. Qjff. qmnt u^ème qu'd n'en sqlt p^s quitte pftur cel^. T- mt. de NejifcJj^H opt pepquvelé up sef- ^^flt Wt«ç «as de ue ppff^l; repeyplF d'argeut 4ç tp}|^
les prétendants à leur souveraineté, et se sont même promis de n'aller point manger chez eux. Les quatre cantons leurs alliés leur ont offert de leur envoyer des députés pour leur aider à juger cette affaire; ils les ont remerciés, disant que les trois États de Neufchàtel en étoient les seuls juges.
Samedi 9, à Marly. — Le roi courut le cerf Taprèsdlnée ; madame la duchesse de Bourgogne étoit en calèche avec lui; Monseigneur étoit à lâchasse. — M. de Vaudemont arriva ici de Commercy, d'où il a ramené madame de Vaudemont, qu'il a laissée à Paris. Mademoiselle de Lislebonne et madame d'Épinoy sont venues ici avec lui. — U arriva, le matin, un courrier de M. de Villars. Ses lettres sont du 5. Il étoit campé àKretzingen auprès de Dourlach ; il a un pont sur le Rhin à Lauterbourg. Le détachement qu'il avoit fait, sous MM. du Bourg et de Sesanne, étoit arrivé dans nos lignes; ainsi on ne craignoit point que les ennemis, qui dévoient passer le 5 à Philisbourg pour les venir attaquer, soient en état de rien entreprendre qui nous embarrasse. L'empereur, a offert le commandement de l'armée d'Allemagne au duc de Hanovre, et les dernières nouvelles qu'on a d'Allemagne disent que le prince a accepté ce commandement. — Les armées de Flandre sont toujours dans la même situation ; il y a beaucoup de désertion dans l'armée des ennemis , et il y en a un peu dans la nôtre aussi.
Dimanche 10, à Marly, — Le roi tint conseil d^État à son ordinaire. L'après-dlnée il travailla jusqu'à cinq heures avec M. de Chamillart, et M. de Chamillart revint le soir chez madame de Maintenon , où il amena le marquis de Chamillart, son fils, qui revient de visiter les troupes et les places de Flandre et d'Alsace ; il a été trois mois et demi dans son voyage. — Le duc de Béthune, qui est de ce voyage-ci , revint le soir de Paris, et dit au roi que le mariage du duc d'Estrées, dont il est un des tuteurs, étoit entièrement réglé avec mademoiselle de
Nevers, et qu'on apporteroit ces jours-ci le contrat à signer à S. M., si elle le vouloit bien permettre. — Les troupes que commande le prince Eugène marchent dans le comté de Nice ; nous en avons retiré le peu de troupes que nous y avions. M. de Sailly, lieutenant général , qui les commande , s'est mis en deçà du Var, qui est débordé et qui pourroit retarder la marche des ennemis s'ils veulent entrer en Provence, comme toutes les apparences y sont; et Paratte , maréchal de camp^ qui commandoit cet hiver à Nice, est entré dans Antibes pour le défendre en cas de siège.
Lundi 11, à Marly, — Le roi fut purgé, etl'aprèsdlnée il travailla avec M. Pelletier. Le mal de Monseigneur le duc de Berry augmente considérablement. Il cominence à sentir assez de douleur et il a la fièvre. Quoiqu'on lui ait représenté la conséquence de son mal, il n'a point voulu se ménager. — M. de Bellegarde, second fils de H. d'Antin, qui étoit dans les mousquetaires, est mort ce matin à Paris. — Madame de Vaudeînont ira mercredi à Saint-Cyr voir madame de Maintenon, qui ira dès le matin et qui l'amènera ici le soir , où elle demeurera quelques jours. Madame, qui se porte beaucoup mieux , revint hier ici de Versailles. — On mande de plusieurs endroits d'Italie que le duc d'Escalone, vice-roi de Naples, a pris de bonnes mesures pour empêcher l'invasion du royaume par les troupes de l'empereur, et que les seigneurs paroissent fort affectionnés au roi d'Espagne. Il y en a même plusieurs qui, à l'exemple du vice-roi , ont vendu leurs pierreries et leur vaisselle d'argent pour entretenir mieux les troupes.
Mardi 12, à Marly. — Le roi tint conseil de dépêches, dans lequel l'archevêque d'Aix perdit son procès contre les rehgieuses, sœurs de M. de Bérulle. Le roi, ensuite, tint le conseil de finance. L'après-dlnée il alla courre le cerf; madame la duchesse de Bourgogne étoit avec lui dans sa calèche ; Monseigneur et monseigneur le duc de
4 i 4 JOURf< Al 0E i)Ai!ïOE au .
miti-^ô^ë éloiëht â là bh^b. Hbttftël^néui* le dit(^ âë Bëi^ty ftlt èàigàé le inàtlli et le Sttii* J bli èéiiéré t(ùè sd jdié percera. — Otl tititifeilàdtfëctîori; bh iièTt atdit jdmMâ tëHUë, ëtk tbi dbnna, pdtir k tèiiir, raj^pttïtémfent M^ dÛ pi^ëtniérpkVilldn, qili est lé Ibgemetlt qu'bcdipe M. lé duc d'Orîéàtis «Jùând il est iëi; -^ M. de Pdiitehâftfaîa iriat dire kù M, qui se prdtîlèlioit au retbtir de W cM^ie , cjti'il étoit arrivé à Pon-Lbtiis tlH tëiëâëàii màtchatld renâiit de le. faiëi* dtlStid, blièucgédcî 4d0,0d0 piastres. Le r*bi, defpuife troi^ mois, à défendit tjil'àuëtili vài^sëail dé febil royaume n'allât dans ces mers-là ; on n'y avoit jamais été (jUe depuis sejrt âfis jJàr përihissibn ^ et 11 efet dri Tiïltél'èt de là t'rance et de TEspâgne que le Obtntnëï'ce de la mé? dû Sud aë se fasfeë que psil* ëelle dli Nbi*d.
]Hhircredi 13, d Mdr^. — Le i*bi ^ ftpfès îë corifeëil d'Étttt^ tt^avàillà quelque tëili^S ftVèc M: de Tôi^cy ^ ' et l'àptés^ ditlëë il travailla jUsiJU'à cinq hëilt'ë^ ttVët M. de CHtt^ itiillart. Moii^igiiëùl^, aJJtéfe le cbillfeëil, ttiohtâ flans M bëriinë aVeë madiltoë k dtlfchesse de Botirgogtië , la dti-^ chëssë de Durfts et tnàdame de Mâilly, qu'il tnëna dîner â Mëtldbll ; ellè^ en i^ëVitirëtlt le ëoir; Monsei^ëur y est de^ mëuré ; il s'^ fël»a putgër dëlliàiii et li'ëtt rernèhdra que vendredi ; il n'a inerië aliëurti^ ëblittisâns â ce petit Voyagei — Il arriva un côui^l'iël' de M. de Vendôme parti du 12. Les armées de Flandtë îsont tbUjoUi*s daii§ leurà inêthctt càmjis. — » On eUt, pai» l'ordiilëire, dëfe riouvèlles de Tatinée dé M. le dub d'Orléans; voici une copie de la lettré de te. de Berwlbk i
Du eaiii0 de BdUouar, ee 2 juillet.
Hier M. de Lëgall fit attaquer le gUé d'Estttëhëi La gàMe ennemie y fût siitprîsë et battue^ de tnànièrè que deux régiments de dragons kngloife qUi ^ étbiëUt CAmpés prii^étit là fuite , lais^êïetit plusieurs de Ifedrs tentes tendues, plusieuris ëhëvàùi et mulets aU piquet. On s'est saisi ce matlti de iPia^à, où l'on va facbomMbder le pont
JUILLET ITOT. 415
que lels etméttite ont brûlé. On cf oit la dfevaletië feiitieiilie retirée auprès de Lérida. Notre canon n'est pas eiieore en batterie à Mequinenza à cause des dhemins difficiles dû il a passé;. «-»• L'abcès de monseigneur le duc de Berry a percé cette après-dlnée en^ dedans , et il est beailèbttp mieux ce soiri
/etedî 1*., à Matl^, '— Le Mtmvailla raj)rèSHilnée ttVêc Mt de Poûtchartrain > il n'y travaille d'ordinaire que les mardis. Il avoit été le thatin ; après la messe^ chez itiotl-^ beigneur le dub de Berty, à qtii où perça la joiie l'aprèSdinée. Il souffrit beaucoup dé douleut*^ et il m voulut jamais pei*nlettre que Ton achevât l'opératioil. Madame là duëhessë de Bourgogne alla jouer chez lui le sôii" ^6ùr l'amuser. Oe qui èonsole de son malj c'est que Maréchal assure que l'os d'est point carié. Madame la dtichesâe de Bourgogne^ avec beaucoup de dames , devoit aller l'aprèsdinée à la rotdette, mais le grand vent les en fempêchk. -^ Il est arrivé à Port-Louis un vaisseau qui tient de la Vera-Gruz et qui est plus richement chargé que celtil qtli y étoit arrivé) il y a quelques jours, de la mer du Sud. ^-^ Madame l'àbbesse de Ohelles est morte ; elle étoit de la ihaisbndé Brissac et sœtir de la maréchale de laMeillërayë.
Vendredi 15, àiUfar/j/.-^Leroi allacourre lefcetf l'aprèsdlûée ; madame la duchesse de Bourgogne ëtoit avefc lui dans sa calèche. Monseigneur revint de MeudoU; On fit encore des incisions à la joue de monseigneur le duc de Beiryj qui furent aussi douloureuses que celleé dé hier; mais on espère qu'il n'y aura plus à y toucher. Madame la princesse de Vaudemont arriva ici le soirj elle avoit été trouver madame de MaintenoU à SAint-Cyr, qui la ramena ici; — Il arriva le niatin un courrier de M. de Villats; ses lettres sont du 11. Il s'est saisi de Heidëlberg, dont les ennemis avoient retiré leurs troupes. Ils ont aussi abandonné Manheim. Nbus avons déjà établi des contri-* butions depuis le Nëcker jusqu'au Mein dont on titrera beaucoup d'argent. Nous sommes icampés présentement
à Bruchsal près Philisbourg , ce qui embarrassera fort les ennemis qui sont campés sous cette place et qui seront obligés de passer le Rhin pour aller au fourrage. Ils sont dans un camp fort marécageux, où ils auront beaucoup à souffrir.
Samedi 16, à Marly. — Le roi se promena le matin dans ses jardins , et Taprès-dinée il vit aller madame la duchesse de Bourgogne à la roulette avec beaucoup de * dames. Madame la princesse de Yaudemont étoit avec le roi. Il y eut ensuite grande collation au haut du grand mail. Monseigneur le duc de Berry passa fort bien la nuit.
— L'ordinaire d'Espagne arriva. On mande de Madrid que la reine se porte à merveille; elle doit accoucher dans le mois qui vient. Le marquis de Bay s'est contenté de rompre le pont d'Ohvenza, et va mettre ses troupes en quartier de rafraîchissement. Le duc d'Ossone est retourné en Andalousie. On espère encore que M. le duc d'Orléans pourra faire le siège de Lérida quand il aura pris Mequir nenza. — 11 est encore arrivé un troisième vaisseau au Port-Louis, chargé de piastres comme les deux autres; il vient de la Vera-Cruz. — Les deux compagnies vacantes dans les gardes ont été données à duFay et à d'Audiffred, les deux plus anciens lieutenants.
Dimanche 17, à Marly. — Le roi, après le conseil, travailla une demi-heure avec M. de Chamillaii;, et après son dîner il travailla encore avec lui jusqu'à cinq heures, et puis alla se promener dans les jardins, qu'il prit plaisir à faire voir à madame de Vaudemont. Monseigneur se promena de son côté avec des dames , et fit voir la cascade à la maréchale de Villars, qui neTavoit point encore vue. Monseigneur le duc de Bourgogne alla à Versailles entendre vêpres et le salut. Madame la duchesse de Bourgogne, après avoir joué chez monseigneur le duc de Berry, qui se porte beaucoup mieux, alla au salut à la paroisse.
— On a appris, par un courrier de M. de Tessé qui arriva avant-hier et par un de M. de Vauvré qui est arrivé au-
jourd'hiii, que M. de Savoie étoit arrivé à Nice le 10 au matin. Il n'y a encore que sept ou huit mille hommes de ses troupes qui soient arrivés. La Hotte ennemie qui est sur cette côte a débarqué quelque canon , qui fait croire qu'ils auroient quelque intention d'attaquer Villefranche , où nous n'avons laissé que deux bataillons. Le maréchal de Tessé alla le 10 de Sisteron à Toulon en poste. On travaille fort à cette place, et il seroit à souhaiter que nous eussions encore plus de temps à y travailler. M. de Tessé est revenu à Sisteron^, où il assemble ses troupes, mais les plus éloignées n'y arriveront qu'à la fin du mois.
Lundi 18, à Marly. — Le roi courut le cerf l'aprèsdlnée; madame la duchesse de Bourgogne étoit avec lui dans sa calèche. Le roi a dit à M. d'Antin qu'en allant à Fontainebleau il iroit coucher chez lui à Petit-Bourg. Monseigneur et monseigneur le duc de Bourgogne y vont coucher mercredi, et n'en reviendront que vendredi. — Le roi signa le contrat de mariage du duc d'Estrées avec n^ademoiselle de Nevers, à qui M. de Donzy, son frère, assure les 4*00,000 francs que M. de Nevers, son père, avoit promis de lui donner en mariage. — Les armées de Flandre sont toujours dans leurs mêmes camps. Marlborough dit qu'il attendra pour agir offensivement que Tentreprise de M. de Savoie sur Toulon ait réussi , et ils en parlent comme d'une chose qui ne sauroit manquer par les mesures qu'ils ont prises; mais, Dieu merci, nous pensons bien différemment ici. Il y aura assez de troupes dans Toulon pour ôter aux ennemis l'envie de Fattaquer. Les habitants de Marseille ont donné 100,000 piastres pour aider à payer ceux qui travaillent aux fortifications, et le roi a promis de- leur rendre cette somme dans six mois.
Mardi 19, à Marly. — Le roi , avant que d'entrer au conseil de finance, signa le contrat de mariage de M. de Revel avec mademoiselle de Mareuil , sœur du duc de Tresmes. L'après-dlnée le roi travailla avec M. de Pont-
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chartrain. Il ne put se promener que syr les sept heures à cause de la furieuse chaleur. Quatorze ou quinze personnes de Téquipage de S{. le duc du Maine et da e9lui de M. le courte de Toulouse, qui étoient à la chasse, s'y trouvèrent fort mal. Le roi, qui est Thomme du monde le moins inoommodé de la chaleur, fut obligé de changer plusieurs fois de chemise. Ifonseigueur a différé la voyage qu'il vouloit faire demain à Petit-Bourg, t-r^ Il arriva un courrier du maréchal da Tessé, qui est à Sisterou ; ses lettres sont du li*. Il maude que M» da Savoie n'a voit point encore passé la Var, at qu'il le faisoit souder pour Ixouver des gués. Il mande qu'il espère arriver à Toulon avant que les ennemis y soient. Quelques officiers de la flotte qui opt débarqué pour aller voir M. de Savoie à. Nice en ont été reçus avec uue manière de reproche ; il leur dit ; (c Je suis fort aise da vous voir, mais il y a qua^p torze ans que je vous atteudois ici, »
Mercredi 20, à JUarly, r^ he roi na sortit qu'à une heure du conseil d'État ; l'après-^inée il travailla avec M. de Cbamillart jusqu'à six heures. Il aUa ensuite se promener, at au retour de la promeuade M. de Cbamillart vint encore trava<iller ^vec lui cha« madame de Maintenons et lui apporta des lettres de HL da Yaudôme, qui youdroit bieu qu'on lui permit d'entreprendre quelque chose sur les ennemis, — Madame de Vaudemont p'en retourna hier au soir à Paris; sa santé est fort attaquée. — L'ordinaire d'Espagne arriva. Voici la lettre qu'écrit le duc de Berwick :
9PF caqap (|e Fraga, le 8 juillet.
L'on a été obligé de rester ici par la raison que le pont de cette ville ne sera en état qua Pe soir. Demain les troupes passeront la rivière, et S. A- R. compte d'aller camper sur la. rivière de Noguera, entre Balaguer et Lérida. Le 3 au matin notre cauon, qu'on avait eu mille difficultés à conduire , commença à tirer contre le château de Méquinenza, et hier la garnison , composée d'environ
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trois 06nto hommas, s^est pendua ppisonnière de guepre. On va établir un pont de bateaux sur la Sègre auprès de eette place
Jeudi 21, à Marly. rrr- Le roi vouloit courre le cerf l'appôshdlnée , mais il fit une chaleur si grande qu'elle l'en empêcha. A huit heures le roi et la reine d'Angleterre arrivèrent; le roi les alla recevpir dans les jardins et les fit promener jusqu'à neuf heures , et après la promenade il mena la rqine ches madame de Haintenon. Monseigneur et madame la duchesse de Bourgogne m&c nàrent le roi et la princesse de Galles à la musique. Toute cette COUP soupa ici, et après souper retourna à Saint-» Germain. rr^ M. de Valsemé, lieutenant général, quiavoit été pris à la bataille d'Hoahstett et qui a été longtemps incertain sur son échange , a enfin eu sou acte dq liberté, et le poi renvoie servir à la Rochelle sous le maréchal de Gbamilly» ^r- Les nouvelles de Provenee sont fort inoerf taines, et il y a plusieurs lettres de Marseille et de Toulon qui assurent que les enpemi» ont passé le Var,
Vendredi 22, à Marly. t— Le roi travailla le matin avec le P' de la Chaise, et, comme le temps est fort adouci , i\ courut le cerf Vaprès-dînée. Monseigneur alla dîner à Meudon , d'où il ne reviendra que demain au soir et où il n'a mené personne, ttt II arriva un courrier du maréchal de yiUara ; ses lettres sont du 18 , du camp de Waltorf î en voici une copiq :
« Ma dernière lettre you« aura appris qu'on s'est rendu maître du çhft.teau de Heidalbepg , très-bon et trôs^fort, et que la terreur des epuemift et la orainte de voir ruinep le Palatinat et la villp de Qeidelbergf les a forcés de nous la remettre. Dès que nous avons été assurés d'y trouver des farines , on a marché sur las ennemis, qui s'étoient d'abord retirés sous Manheim. Us sont ensuite venus se pjettre dans un camp inaccessible près de Philisbourg, voyant bien qu'on ne pouvoit les y attaquer. On a cherché à les faire sortir de ce poste en s'emparant de Manheim,
OÙ les ennemis renvoyoient des troupes de l'autre côté du Rhin. Pendant que les nôtres s'en emparoient, et craignaut qu'on ne leur dérobât un pont au-dessous de Philisbourg, ils ont repassé le Rhin très-diligemment et sesont retirés vers Worms. Ainsi l'armée ennemie^ chassée au delà du Rhin , laisse celle du roi maltresse de l'empire. On n'oubliera rien pour rendre cette situation aussi utile et glorieuse pour les armes du roi que celle des ennemis est honteuse à l'empire et lui apportera de dommage. Les députés du pays , qui sont entre le Mein et le Neckre , sont venus traiter des contributions. On a envoyé un corps de cavalerie bien avant dans la Franconie avec ordre de pousser des partis jusqu'à Nuremberg et à Wirtsbourg, et nos houssards font de grandes exécutions dans le pays d'Ulm, qui n'a pas encore envoyé ses contributions.
Samedi 23, à Marly. — Le roi alla tirer l'après-dlnée. Monseigneur revint le soir de Meudon. — Un courrier du cabinet qu'on avoit envoyé à Toulon et qui en revenoit, étant tombé malade à Roanne, adonné ses paquets à porter au maître de la poste. On apprend par ces lettres que M. de Savoie , avec son armée, de voit arriver le 18 à Fréjus, où il a commandé qu'on lui tint cent mille rations de pain*. Le maréchal de Tessé a vingt-neuf bataillons rassemblés , dont sept doivent arriver à Toulon le 21 , neuf autres le 22 et les treize derniers le 25. Outre cela, il lui vient trente-trois bataillons qu'il prétend faire camper sur le Verdon à la fin du .mois. M. de Sailly étoit avec cinq bataillons auMuy près de Fréjus, qui se jettera dans Toulon, si les ennemis avancent plus avant, comme on n'en doute point. 11 y a dans Toulon deux bataillons en garnison , quatre bataillons des troupes de la marine et huit mille hommes de milice bien armés.
* M. révêque de Fréjus étoit à Fréjus quand M. de Savoie y arriva, qui le combla de caresses et de marques de considération. Il les paya cher, puisqu'il entonna le Te Deum dans sa cathédrale pour Toceupatiou de Fréjus. Le roi lui en sut tellement mauvais gré que Torcy, son
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ami intime , eut toutes les peines du monde à l'empêcher d'éclater ; et le prélat à son tour sut le même mauvais gré à Torcy de n'avoir pas caché au roi une démarche si publique et qui lui revenoit de toutes parts. Ce qu'il lui pardonna moins fut sa propre faute , dont il avoit été témoin plus que nul autre , et de lui en avoir parlé franchement ; ce n'étoit guère le chemin, avec la peine que le roi avoit eue à le placer d'être nommé par lui précepteur de Louis XV. Quand il fut premier ministre, il se piqua d'attachement pour M. de Savoie, avec lequl il avoit conservé des liaisons qui né durèrent pas jusqu'au bout, et de compter pour rien toutes celles qu'il avoit eues avec Torcy si longues et si étroites, et de l'éloigner bien soigneusement de tout.
Dimanche 2k, à Marly. — ^Le roi sortit du conseil d'État à midi^ et alla faire un tour dans le jardin avant dîner; il travailla chez lui, Taprès-dlnée, avec M. de Chamillart. Monseigneur le duc de Bourgogne entendit vêpres à la paroisse, et madame la duchesse de Bourgogne y alla entendre le salut. Monseigneur le duc de Berry se porte de mieux en mieux, et on espère que dans quinze jours il pourra sortir. — On mande de plusieurs endroits d'Allemagne que M. d'Hanovre a accepté le commandement de Tarmée de Tempire, que l'empereur lui offre depuis deux mois. — M. le duc d'Orléans espère, dans le 15 août, être en état de faire le siège de Lérida; il lui vient pour cela de France trente pièces de canon de batterie et beaucoup de munitions de guerre. — M. le maréchal deTessé doit être arrivé à Riez le 19; M. de Bezons doit l'avoir joint. — Madame de Nevers, étant dans sa chambre, marcha sur un noyau d'abricot qui la fit tomber, et elle s'est cassé la jambe. Cela retarde le mariage de sa fille, qui ne se fera que de mercredi en huit jours.
Lundi 25, à Marly. — Le roi alla tirer l'après-dlnée, et travailla le soir avec M. Pelletier. Monseigneur le duc de Bourgogne et madame la princesse de Conty, avec plusieurs dames, allèrent souper à la Bretèche, chez M. le comte de Toulouse. — L'arméQ impériale qui marche à Naples est déjà entrée sur les frontières de ce royaume.
»*- M* de Teseu, secrétaire des oommandements de M. le duc d'Oriéails, fut trouvé mOi*t dans son lit, à Paris, il y a deux jôUrS. il aVoltSOUpé Ife sol^ auparavant chez madame la duchesse de Sfôrce, au Louvre, et étoit en trèsbonne santéé -^ Toutes les nouvelles d^ Allemagne disent que les quatre mille Saxoils qui doivent joindre Tarnlée ennemie sur le Rhin sotit fârrivés ktiptè^ dé Francfort, et qu'il vient encore beaucoup de ti*6Upès dèfe pf triCes de l*empire, et qu^après celte jonction Us seront du moins aussi forts que l'armée de M. le maréchal de Villars.
Mûrdi 26, à Mûrly. — Le roi> après le conseil de finance> travailla encore aveo H . de Ghamillart; Taprèsh dinée il alla courre le cerf { madame la dUchestfe de Bourgogne étoit aveo lui dans sa petite calèohei Le soir le roi travailla avec M. de Pontchartrain chea madarile de Maintenon. — On eut des lettres de Toulon du 19^ et de Marseille du 20 i Elles sont venues par Fordinaire, et il ne parolt pas qu'on sache bien précisément la mai*ohe des troupes de M. de Savoie; On espère toujours que les vingt-neuf bataillinis que M* de Tessé y envoie y arriveront à temps* -=— M» l'évêque ancien de Condomi frère aine de M. de Matignon^ a envoyé à NeufchÂtel demander pour lui l'investiture de oette principauté^ et on croit que cette démarche pourra nuire aux affeûres de M* de Matignon en ce pays-là, parce qu'ils sont tous protestants à Neufcbàt<^l, qu'ils craindroient d'être sigets d'un évêque, et que, si l'on juge les prétentions de la maison de Matignon bonnes > l'évêque de Condom, étant l'ainé de M. de Matignon, seroit en droit d'y prétendrei
Mercredi 27, àMarly. — Le roi demeura jusqu'à ttne heure au conseil d'État^ l'après-dinée il travailla jusqu'à six heures avec Mi de Ghamillart ; il s'alla promener ensuite^ et le soir^ chez madame de Maintenon j M. de Ghamillart revint encore travailler avec lui. ^ — Il n'arrive point de courrier de Provence, quoiqu'on en at-
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tende tous les jours avec beaucoup d'impatience, dans rincertitude où Ton eàt que nos vingt-neuf bataillons ne puissent fti*river â Toulon avant l'armée de M. de Savoie. M. de Saint^Pater a line Oomtnifision pour commander dans la ville avec les deux bataillons qili y sont en garnison et les qiiatre des troupes de la marine. M. de Goôsbriant commandera danà le détachement qu'on fait, où l'on ooiUpte qu'il aura les cinq bataillons qui étôient avec M. de Sailly et les vingi*neuf bataillons que M. de Tessé y envoie. • — Les ministres des princes d'Italie qui sont à Paris disent tous qu'ils ont reçu nouvelle que les troupes de l'empereur sont entrées dans la ville de Naples, et que les habitants ont brisé la statue du roi d'Espagne et reconnu l'archiduc ; que le-vice roi s'est retiré à Gaëte avec trois mille hommes.
Jeudi 28, àMarly. — Le roi alla tifer l'après-dinée. Monseigneur et monseigneur le duo de Bourgogne allèrent coucher à Petit-Bourg pour courre le loup demain dans la forêt de Sénart. Monseigneur en partira Samedi pour venir dîner à Meudon, où il demeurera quelques jours, et monseigneur le duo de Bourgogne reviendra à VerBailles, oùle roi sera samedi au soir. — Madame de Vaudemont est revenue ici depuis quelques jours, et à la fih du voyage elle s'en ira à Commercy . — ^ M. le duo d'Orléans mande que les chaleurs sont si excessives cette année en Catalogne qu'il a été obligé de mettre ses troupes en quartier de rafraîchissement. — Les lettres de Hambourg portent qUe le roi de Suède entrera en action le !•' du mois d'août, et qu'il veut faire plusieurs demandes à l'empereur, dont il y en a -une partie trèsdifficile à accorder ; cependant l'empereur auroit grande envie de le contenter, et les ministres d'Angleterre et de Hollande travaillent fort à empêcher qu'il n'y ait une rupture.
Vendredi 29, à Marly. — Le roi courut le cerf l'aprèsdlnée; madame la duchesse de Bourgogne étoit dans sa
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calèche. Monseigneur le duc de Berry commence à descendre de son appartement, et il s^est mis dans celui de Monseigneur, qui est à Petit-Bourg, pour épargner à madame la duchesse de Bourgogne la peine de monter si souvent chez lui. — On eut par l'ordinaire des lettres de Toulon du 21 qui nous font craindre que les troupes de M. de Savoie n'arrivent devant cette place avant les nôtres ; on croit qu'elles sont arrivées au Luc. Il y a même quelques lettres qui disent qu'elles sont à Cuers, qui n'est qu'à quatre petites lieues de Toulon, et qu'on ne sait rien de la marche de nos troupes. On est fort surpris ici de ne voir point arriver de courrier du maréchal de Tessé, et l'on craint qu'il ne soit obligé de faire prendre un chemin extraordinaire aux bataillons qu'il veut jeter dans Toulon.
Samedi 30, à Versailles. — Le roi, avant que de partir de Marly, travailla l'après-dlnée avec le P. de la Chaise, et vint ici à cheval par les parcs en tirant. Monseigneur revint de Petit-Bourg dîner à Heudon. Monseigneur le duc de Bourgogne revint ici. Madame la duchesse de Bourgogne alla de Marly à Saint-Germain voir la reine d'Angleterre et revint ici à la nuit. — M. de Pontchartrain vint chez le roi à son retour de Marly, et lui apprit qu'il étoit arrivé à Saint-Malo deux vaisseaux venant de la mer du Sud , chargés de Six millions de livres en piastres. — Pendant que M. de Chamillart travailloit avec le roi chez madame de Maintenon, on lui vint dire que Marignane étoit arrivé. Il apporte au roi la nouvelle que les vingt et un bataillons que M. de Tessé vouloit jeter dans Toulon y sont entrés; les neuf premiers y entrèrent le 23, sept y entrèrent le 24 et les treize derniers le 25. M. le maréchal de Tessé y est entré lui-même; et, après avoir donné les ordres nécessaires dans laplace, il est allé à Aix, d'où il a fait partir Marignane*. Nous avons présentement quarante bataillons dans Toulon, dont il y en a trente-quatre ^campés dans
le retranchement; ainsi on ne craint rien ni [pour Toulon ni pour la province. On a appris par Marignane que le chevalier de Sebbeville, chef d'escadre^ en voulant montrer un chemin très-difficile, étoit tombé dans un précipice et s'étoit tué.
* Le maréchal^ de Tessé, valet de tous les ministres et de toute faveur, entretenoit de partout commerce avec tous, et plus soigneusement encore de Provence avec Pontchartraiu, à cause du mélange de marine. C'étoit le coté foible qui donnoit une inquiétude mortelle, dont on peut juger par renvoi subit des deux fils de France qui y fut résolu elle dépouillement, autant qu'on le put, de toutes les armées. Ce qui est incroyable , c'est que Tessé , qui étoit chargé de toute la défense et qui n'étoit pas plus rassuré qu'on l'étoit à la cour, écrivoit longuement les nouvelles, ses inquiétudes, ses mesures, ses détresses tous les ordinaires à Pontchârtrain , et encore par les courriers qu'il «ivoyoit, et toujours en style de Don Quichotte. Il étoit le triste écuyer, adaptait tous les noms et toutes les aventures du roman aux choses dont il rendoit compte ; et ce qui est encore plus surprenant , c'est que Pontchârtrain en mouroit tantôt de rire et tantôt d'admiration, montroit ses lettres et exigeoit des autres ce que lui-même en sentoit : on ne vit jamais telle impertinence.
Dimanche 31, à Versailles. — Le roi, après le conseil, travailla avec M. de Chamillart jusqu'à une heure, et Faprès-dlnée il y travailla jusquà cinq. Monseigneur vint ici de Meudon pour le conseil et s'y en retourna diner. Monseigneur le duc de Bourgogne et madame la duchesse de Bourgogne allèrent à la Ménagerie, où madame la duchesse de Bourgogne monta à cheval avec beaucoup de dames. — Il arriva un courrier du maréchal de Tessé parti d'Aix la nuit du 27 au 28. Il vient pour recevoir de§ ordres et rendre compte des partis qu'il prendra en attendant les ordres. On a fait partir un courrier d'ici pour faire marcher en Provence les troupes qui étoient demeurées avec M. de Chamarande à Suze, où on ne laissera qu'une foible garnison, et celles
qui étoient demeurées à Fenestrelles sous M. — M. de
Savoie, qui apparemment veut soutenir son entreprise,
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fait venir de Piémont toutes les troupes qu'il y avoit laissées. Ce prittce a permis à M. de Fréjus de se retirer à Aix. Il lui a donné une esoorte> lui a fait beaucoup d'honnêtetés^ mais la ville de tréjus n*ôn a pas été moins pillée. On n'est pas content ici de la conduite dd la ville de Grasse.
Lundi V aoûl, à Versailles. — Le roi travailla Taprèsdinée avec M. Pelletier, et puis alla tirer. — Les Hongrois, qui s'étoient assemblés à Onoth, ont fini leurs as* semblées^ et ont déclaré le trône de Hongrie vacant; ainsi toute espérance d'accommodement entre l'empereur et eux est entièrement finie. — Le roi d^Espagne a établi dans les royaumes d'Aragon et de Valence les lois de Castille, suivant ce qui se pratique dans tous les tribunaux de Castille, tant pour le gouvernement que pour Tadministration delà justice. Il a supprimé le conseil d'Aragon*. — Madame la duchesse de Bourgogne alla à Saint-Germain, et monta à cheval dans la forêt avec l)eaucoup de dames» Le roi et la reine d'Angleterre allèrent en carrosse dans la forêt pour voir cette cavalcade, et trouvèrent madame la duchésse de Bourgogne qui en revenoit. Au^i-etotir de cette promenade, èUe aUa souper dans la maison de la maréchale de NoaiUes. Monseigneur le duc de Bourgogne étoit de la cavalcade et du souper, d'où ils revinrent fort tard.
* Rien n'étoit plus différent que la Castille et TAragon ^ et conséquemment leurs annexes. Tout est, de longue main^ despotique en Castille, et le conseil de Castille , qui est tout à la fois le parlement universel et le conseil privé, ne rend que des sentencesqui ne deviennent arrêts que par Tapprobatioti du roi, à qui ce conseil ou corps les va rapporter au palaift une {oîA la sétnaitie. Là s'ébfègtétre tout ce qu'il plaît tiu roi, sans auoube forme ni délai , et ce conseil n'est que rînstniment de ses volontés. £n Aragon tout le contraire : la loi du pays ne peut être contrariée ; le conseil suprême en est le conservateur, jaloux contre le roi^ qui ne peut passer outre à ses représentations , et duquel il n'a aucune solide dépendance. Celui qui y préside, sous le nom de justioe, et noD de Justicier, comme étant lui^-même la àouvmdne justice.
ne peut étire nisiispéiidu, ni déposé , ni écorné en aucun de ses droite et privilèges. Il n'y porte que ce qu'il lui plaît des volontés du roi , et il ne s*y en enregistre aucune pour peu qu'elle touche à quelque privilège du pây«. Oti né laisse pas ignorer aux rois le jour de leur installation de laquelle ils tie {leUvent se dispense!*, et siir lès lieux à leuir avènement à la côurontlé, le ju6til;e cotiveft lui dit toîlt haut : <• Nous qui valons autant que voUs , vous acceptons pour liotre roi , à condition du maintien de tous nos droits , lois et prérogatives , sinon , non. » Us ont toujours tenu parole tant qu'ils ont pu. Philippe V, les'ayant soumis , aprèfe cette dernière révolte , eh profita pour abroger tous leurs droits 4 lois et pritlléges, les réduisit à la fbfitte et au* lois de Càfetille, et fit en cela un grand coup pour sa couronné et pouf fia tranquillité; L' Aragon et depuis la Catalogne ont fait l'impossible pour alléger ce joug ; Philippe Y est demeuré inébranlable avec grande raison, et les choses en sont restées en ces termes où il les a mises.
Mardi 2^ à Versuillei. ■*-»• Le roi, après le conseil de finance, travailla avec M. de Ghamillart ; TaprèsT-dlnée il travailla avec M» de Pontohartrain et puis alla Se pro-mener à Trianoni -- On a eu par l'ordinaire des lettres de Toulon du 27. M. de Savoie étoit arrivé à là Valett6> qui n'en est qu'à une lieue. Le vent étoit contraire à la flotte; il n'y avoit point encore de canon de débarqué. M. de Vâuvré mande que les retranchements seront dans leui* perfection le 29. Il y a abondance de munitions de guerre et de boudhe dans la ville ^ On mande que M. de Savoie, depuis qu'il est entré en Provence^ a déjà perdu cinq mille hommes> ou .de déserteurs ou de maraudeurs qui odt été tués par les paysans. — La maladie continue sur la flotte, et le vioe^emiiral de Hollande, Vander^Gœz, qu'on avoit mis à terre à Nice^ est mort. -^ Monseigneur le duc de Bourgogne alla tirer l'après-dinée, et soupa à Meudon avec Monseigneur.
Mertredi 3, à Versailles. — Le roi demeura au con^ seil d'État jusqu'à Une heure. Monseigneur y vint de Meudon, et en sortit à midi> et emmena madame la du*chesse de Bourgogne dans sa berline diner avec lui à Meudon. Le roi travailla Taprès-dinée jusqu'à cinq heures aVeo Ml de Ghamillart et puis alla se promener dans
les jardins. — On eut des lettres de Toulon du 30 au soir. Les ennemis avoient attaqué un petit poste assez éloigné des retranchements. Le comte de Tessé, qui y commandoit, s'y étoit défendu deux jours et leur avoit tué trois ou quatre cents hommes. Il fut relevé de ce poste par M. de Guerchois^ qui abandonna le poste ; il a été mis aux arrêts ; mais, comme c'est un officier de mérite et de réputation, on ne sauroit le croire coupable ; on attend Téclaircissement de cette affaire. — Les affaires de Neufchàtel se brouillent; ils ont remis la décision du jugement à la fin de ce mois. L'ambassadeur de M. de Brandebourg, que MM. de Neufchàtel ont reconnu depuis longtemps pour roi de Prusse , prétend avoir le pas devant M, le prince de Conty ; et ce prince, comme de raison, ne veut pas seulement que ce ministre entre en compétence avec lui sur le cérémonial.
Jeudi 4, à Versailles. — Le roi alla tirer l'après-dlnée. Monseigneur le duc de Bourgogne et madame la duchesse de Bourgogne allèrent souper au Désert chez madame la Duchesse. Monseigneur le duc de Berry garde encore la chambre. — Par les dernières lettres qu'on a eues d'Espagne on apprend que le chevalier d'Asfeld a été obligé de lever le siège de Dénia. Il manquoit beaucoup de choses pour cette entreprise, qui étoit plus considérable qu'on ne l'avoit cru. Les troupes de M. le duc d'Orléans sont en quartier de rafraîchissement, et Tartillerie qu'on lui fait venir de France ne sauroit arriver au plus tôt qu'au commencement de septembre. — Le roi a envoyé ordre à M. de Vendôme de détacher de son armée douze ou treize bataillons et deux régiments de dragons pour les envoyer en Provence ; ils se doivent mettre en marche aujourd'hui ou demain, mais il leur faut quarante-cinq ou cinquante jours pour y arriver.
Vendredi 5, à Versailles, — Le roi mena madame la duchesse de Bourgogne dîner à Marly; monseigneur le duc de Bourgogne y alla de son côté. L'après-dlnée le
roi alla chez madame de Maintenons qui ^y étoit arrivée avant le roi, ayant avec elle mesdames d'O et de Dangeau. Sur les six heures madame la duchesse de Bourgogne monta à cheval avec mesdames de Lauzun, de Lorges, de la Feuillade, de Listenois et de Beaumanoir. Le roi les fit marcher devant lui et^ les suivit dans sa calèche; M. le duc du Maine couroit le cerf dans le parc pour leur donner le plaisir de la chasse. Elles allèrent ensuite souper à la Bretèche chez M. le comte de Toulouse. Le roi revint ici après les avoir vues mettre à table. Monseigneur le duc de Bourgogne et madame la duchesse de Bourgogne, quoiqu'il y eût un grand jeu à la Bretèche après le souper, revinrent ici d'assez bonne heure, pour voir le roi avant son coucher. — On mande d'Allemagne que, le dernier jour du mois passé, l'armée de Fempire avoit passé le Rhin à Philisbourg et étoit venue camper sous cette place; que le maréchal de Villars étoit à Bruchsal, et qu'il n'étoit séparé d'eux que par un grand bois. L'armée des ennemis est considérablement fortifiée, et notre général, pour n'être pas plus foible qu'eux, s'est fait joindre par une partie des troupes que nous avions dans les retranchements de la Lauter. Le détachement de cavalerie qu'il avoit envoyé sous M. de Sesanne, en Franconie, est revenu avec beaucoup d'otages et quelque argent comptant. Us ont pris et pillé la petite ville de Marienthal, quine vouloit pas se soumettre à la contribution ; la ville d'Ulm s'y est soumise pour son territoire.
Samedi 6, à Versailles. — Le roi, après le conseil de finance, travailla encore avec M. de Chamillart. Il y avoit eu, avant le conseil de finance, le matin, un petit conseil de marine, où étoient M. le comte de Toulouse et M. de Pontchartrain. L'après-dinée le roi alla se promener à Marly, d'où il ne revint qu'à la nuit. — Un courrier que M. de Pontchartrain avoit envoyé à Toulon arriva ici le matin; il éloit parti le 2 de Toulon. On mande au roi que le vent est toujours-contraire et que
4aa JOURJNAl, DE DANGEAU.
lasi aqnemis n'ont ençp)?a rian pu débarquer. La désertion e^t grande dans leur armée ; on ne donne aux soldats qu'une demiipration ; la livre de pain coûte vingt sols, mais tout aat en abondance dans la ville, et tout parolt dQ la iqeiUeure yolonté du monde. La confiance se réta^blit dans la ville et même dans toute la Provence ; ainsi il y a tout lieu d'espérer que M. de Savoie ne réussira point dans cette entreprise, qu'il veutjpourtant continuer. M. da Tessé a^sembl^ des troupes et sera bientôt joint par M. de Médavy, qui lui amène treize bataillons.
Dimanche 7, à Versailh^, -* Le roi demeura au conseil d'État jusqu'à une heure; Taprès-dlnée il travailla jus* qu'4cinq heures avec M, de (JbamiUart et puis alla tirer. Monseigneur et monseigneur Je duc de Bourgogne parr tirent Vaprès-dlnée pour aller à, Rambouillet chez M. le comte dp Toulouse, où ils demeureront jusqu^à jeudj (1).
(1) a Monseigneur, 1^. le duc de Bourgogne , madame la Duchesse, madame la princesse de Coifty» M* le Pue, mesdames les pvîQcessM d'Épinoy et de Lillebonne et toutes les dames de la cour de ces prinpesses , tOH& ceux qi)j qon^ posent la cour de Monseigneur et celles des princes que je viens de nompaer arrivèrent le dimanche? de ce mois à Rambouillet, qui appartient à M. leoomte de Toulouse, où ce pppcel^^att^^oit. lies officiers du m qui servent préaeatement auprès de Monseigneur s'y étoienf r^nilps la veille, p^rceque depuis un assez grand nombre d'années le roi voulant épargner la dépense excessive que faisqient les maîtres des lieux où Sa Majesté alloit se promener et qu'il lui étoit iippossjble d'empêcher, elle résolut que dai|s |a sui^ç ^lle seroit traitée, partout oïl elleiroit, par ses officiers et à ses propres dépens. Ce n'es( pas.que ceux è qifi appartiennent les lieux où elle va ne fassent toujours beaucoup de dépense, que l'on ne sauroitempécher que sa suite ne soit régalée, que les rafraîchissements np s'y trouvent en abopdance, ainsi que plusi^ups diyertiss^mepts qui peuTent conv^pirau lieu et à la saison, et que les oreiUes n'aiep|; tovuours gratifie f^f\ à ces divertissements. M. le comte de Toulouse tint plusieurs tables magnifiquement servies, où mangèrent tous les seigneurs. Tous ceux qui étoient de ce voyage adn^irèrent la i^agnifiçeneç des appartements. ^\s \\\ où ||oi}^gn0iir coucha parut d'une extrême beauté. L'or, qui fait la principale ip^ti^re de Tétoffe, est la moindre partie de ce lit. La finesse de l'ouvrage, le dessin et les portraits qui s'y trouvent , ainsi que dans la tapisserie, qui est du même goût, charipen^ les yeux de tous ceux qui les vojent. Tous )es appartements ^ cette délicieuse maison étoient superbement meublés ; messeigneurs les princes et toutes les princesses logèrent dans le corps du château , et tous ceux qui les accoinpagnoient dans i'aile noufellement «oostniite, dont tous les appartements
Sfodame. la duchesse de Bourgogne y devoit aller mercredi ; mais la partie est rompue, parce que la cour d'Angleterre doit aller ce jour-là souper à la Ménagerie, — Tous les officiers françois prisonniers en Angleterre et qui ayoient m permission de venir en France pour quelque tampsy leur congé étant expiré^ sont retournés à Tarmée deg ennemis en Flandre pour repasser de l^Len Apçleterre, et milord Marlborougb, voyant qu'ils tenoieut ejçactemept leur parole ^ a envoyé MM. de Montpeiroux et de Silly en prorogeant leur congé jusqu'au mois de noven^bre. Il leur a demandé des nouvelles des affaires de Provence et ne vouloit poiut croire que nous eussions quarante bataillons dans Toulon, Il leur parlait de l'euiTi^prise de M. de Savoie comme d'une affaire dont le succès étoit sûr.
léUndi 8, à Versq>illeSf •»— Le roi prit médecine et frayailla l'après-dlnée avep M. Pelletier. Il y eut une grande fête à Châlenay auprès de Sceaux, pomme il y en a tous les ans. Il y eut une comédie nouvelle faite par M. de Malezieu, qui est une traduction, d'une comédie de plante qu'pn appelle Mostellaria^ avec des intermèdes des meilleurs musiciens du roi et des meilleurs danseurs et danseuses de. l'Opéra. Madame la duchesse du Maine ne joupit point à cette pomédie; mais quand elle la fera jouer cet hiver à Versailles elle y fera un personnage, parce qu'elle sera accouchée. — Les Polonois assemblés h Lublin ont déclaré l'interrègne , et cela obligera peutêtre le roi de Suède à retourner en Pologne ; il ept pour-r t^ut encore en Saxe^ et a demandé d§s contributions et des vivres pour tout le paois d'apût. — Nos galères qui
flont Hmbrissés, et il se trouva dans oes apparteroeots tout ce que l'on peut imaginer 4Vtile et de nécessaire à ceux qui y étoient logés. On vit en arrivai|t toos les appartements, dans lesquels on se promena longtemps. La musique s'y ta entendre , et l'on chanta pendant le repas plusieurs chansons qui divertirent beapcoap* wiMercwe d'août, pages 150 à 154.)|
étoient à Toulon, sous le commandement du chevalier de la Pailletrie, sont retournées à Marseille. — M. le maréchal de Villars a retiré ses troupes de Heidelberg et de Manheim, qui ne sont pas en état de défense.
Mardi 9, à Versailles. — Le roi, après le conseil de finance, travailla encore avec M. de Chamillart; Taprèsdlnée il alla tirer, et le soir travailla avec M. de Pontchartrain. — Il arriva le soir un courrier de Toulon ; les lettres sont du 2 et portent que les ennemis n'ont point encore débarqué de canon ; que le vent est toujours contraire ; que le pain coûte vingt sols la livre dans le camp des ennemis ; on ne donne plus qu'une demi-ration aux soldats, ce qui fait fort augmenter la désertion; qu'on a pris une barque dans laquelle il y avoit trente boulangers et beaucoup de médicaments pour l'armée ennemie ; que la garnison d'Antibes avoit brûlé le pont que M. de Savoie avoit fait faire sur le Var, et Ton mande d'Antibes qu'on y a des nouvelles sûres que le duc de Turci, qui est demeuré fidèle au roi d'Espagne, après avoir mené le vice-roi de Naples à Gaëte, avoit ramené les galères de son escadre et celles de l'escadre de Naples à Livourne. Il en a brûlé deux qui étoient en trop mauvais état pour le suivre.
Mercredi 10, à Versailles, — Le roi tint le conseil d'État à son ordinaire et travailla l'après-dlnée avec M. de Chamillart jusqu'à cinq heures. La cour d'Angleterre arriva ici avant six heures ; ils allèrent d'abord chez monseigneur le duc de Bretagne, et ensuite le roi monta en carrosse avec le roi d'Angleterre , la reine sa mère et la princesse sa sœur; c'étoit un carrosse à deux bancs. Le roi d'Angleterre et la princesse sa sœur étoient sur le banc le plus proche des chevaux ; le roi étoit sur le ^)anc de derrière avec la reine d'Angleterre à qui il donne toujours la droite, même en carrosse, quoique cela ne s'observe ordinairement pas en France, Madame la duchesse de Bourgogne et monseigneur le duc de Berry étoient allés de-
vant à la Ménagerie, que la reine d'Angleterre n'avoit pas encore vue depuis qu'elle est en France. Le roi la mena danstous les appartements pendant la pluie, et dans toutes les cours quand la pluie fut finie. A huit heures le roi d'Angleterre, la princesse sa sœur, madame la duchesse de Bourgogne et monseigneur le duc de Berry se mirent à table avec beaucoup de dames, tant angloises que françoises. La reine d'Angleterre et le roi , après les avoir vus mettre à table, revinrent chez madame de Haintenon, et à dix heures elle retourna à la Ménagerie prendre le poi son fils et la princesse sa fille pour les remener à Saint- Germain. — On fait un nouveau détachement de Tarmée de M. de Villars pour envoyer en Provence ; on dit qu'il est de six bataillons et un régiment de dragons. Par les lettres du 5 , de Toulon , il ne paroit pas que M. de Savoie songe à se retirer. C'est M. d'Imécourt, heutenant général , qui commande le détachement qui vient d'Allemagne. — Les états de Languedoc haranguèrent le roi après son lever; l'évêque d'Agde portoit la parole et parla fort bien ; il est frère du marquis de Feuquières. M. le duc du Maine leur donna à diner magnifiquement, comme il fait toutes les années, et après dîner on leur ' fit voir les eaux de Versailles.
Jeudi 11, à Versailles. — Le roi alla tirer l'après-dinée. Monseigneur revint le soir de Rambouillet. Monseigneur le duc de Bourgogne en revint le matin, et alla diner avec madame la duchesse de Bourgogne à la Ménagerie; monseigneur le duc de Berry y étoit aussi. Après le dîner madame la duchesse de Bourgogne avec plusieurs dames, monta à cheval; monseigneur le duc de Bourgogne les conduisoit ; ils allèrent joindre le roi et le virent tirer tout le reste de la chasse. — Madame la duchesse de la Trémoille mourut à Paris ; elle étoit fille unique du feu duc de Créquy , premier gentilhomme de la chambre j et en l'épousant M. de la Trémoille eut la survivance de cette charge. Madame la duchesse de Créquy, sa mère, T. XI. 28
434 JOURNiW- DE DAiVGEAU.
est encore en vie et a été dame d'bon^eu^ de la reine d'Angleterre. Madame de la Trémoille n'a laissé d'enfants que le prince de Tarente et la duchesse d' Albret. — Le bruit court que le roi fait revenir d'Espagne M. le maréchal ^e Berwick et qu^il Tenvoie en Provence.
Vendredi J2, à Ver^mlles. — Le roi, après 8Qa dîner , alla à Marly pour s'y promener, mais il fit une pluie si violente qu'il ne put sortir du qhàteau ; il revint ici à cinq heures. Monseigneur le duc de Bourgogne^ madame la duchesse de Bourgogne et monseigneur le duc de Berry allèrent faire collation à h^ Ménagerie. Le roi a envoyé un gentilhomme ordinaire faire compliment àM< da la Trémoille*. — Il arriva le matin un courrier du maréchal de Tessé parti du 8 au matin de Toulon. Outre les quarante bataillons qui étoient déjà dans Toulon, ce ma^ réchal en a encore amené vingt, qui camperont à la porte et y entreront quand on voudra, et il se tiendra luimême dans la place en cas que M* de Savoie l'attaque, ce qu'on ne c^oit pas faisable , y ayant spixante bataillons dedans qui ne manquent de rien. Cependant M. de Savoie, les vents n'étant plus contraires, fait débarquer beaucoup de gros i^anon et de mortiers.
* Cet envoi d'un gentilhomme ordinaire dé la part du rôi aux ducs et aux princes étrangers et à leurs femmes , et d'un écuyer ou maître d'hôtel de quartier de la reine , s'est de tout temps observé , mime lorsque Leurs Majestés visitoient encore, et toiyours d^puisi- On las fait asseoir dans un fauteuil, on les presse de se couvrir ; les dames sortent un peu la porte de leur chambre pour les conduire , et les hommes les mènent à leur carrosse.
Sarnedi ^3, à Versailles. — Le roi tint le matin conseil de finance à l'ordinaire , et l'après-dlnée alla ti^er. Madame la duchesse de Bourgogne i^onta à cheval à la Ménagerie et se promena autour du canal ; monseigneur le duc de Bourgogne étoit avec elle. Le soir, après souper, le roi, étant dans son cabinet avec la famille royale, comme il y est tous les jours, déclara que messeigneurs
le» ducs de Bourgogne et de Berry alloient en Provence pour en chasser le duo de Savoie^ s'il «'opiniâtre à y vouloir demeurer. Monseigneur le duc de Bourgogne pommandera Tarmée qui s'y doit assembler pour cela, et monseigneur le duc de Berry y sera sans emploi \ monseigneur le Dauphin avoit demandé au roi d'y aller. L'armée de monseigneur le duc de Bourgogne sera composée des troupes qui viennent de Flandre, d'Allemagne, d'Aragon> de RouBsillon et de quelques provinces du dedans du Royaume. On compte qu'elle sera aussi forte que celle de M* de Savoie, sans comprendre les troupes qui sont déjà dans Toulon. Ces princes doivent partir de jeudi en huit jours, qui sera le S5 du mois. Il y aura un maréchal de France sous monseigneur le duc de Bourgogne , mais il n'est pas encore déclaré. — Il arriva l'après-dlnée un courrier de M. de Vendôme par qui on apprend que milord duc de Marlborough avoit marché le 10; il a été obligé de dépamper le premier.^ M. de Vendôme décampa le il . On croit qu'il pourroit bien y avoir une affaire dans la marche. M* de Vendôme^ pour prévenir les ennemis et faire plus de diligence , a laissé tous ses bagages ; il marche du côté de Seneff. — M. de Savoie a fait une batterie, et canonne le fort Saint-Louis. Nous avons un gros vaisseau appelé le Tonnant, qu'on a fait approcher fort près de la terre, sur lequel nous avons quatre-vingts pièces de canon et qui défend le fort que les ennemis attaquent. Il ne paroit pas que les ennemis aient pncore mis beaucoup de gros canon à terre, et ils n'ont pas encore jeté une bombe. Personne dans Toulon ne croit que M. de Savoie ose en entreprendre le siège. Le général Visconti et le comte de Nous lui amènent les troupes qui lui étoient reitées en Piémont.
Dimanche 14, à Versailles. — Le roi, après le conseil d'État, retint quelque temps monseigneur le duc de Bourgogne dans son cabinet. Ce prince ne mènera avec lui en Provence que les marquis de Gamaches et d'O, et monsei-
gneur le duc de Berry mènera MM. de DénonviUe le père et de Razilly . Ces princes n'auront que six chevaux de main chacun, que Ton fait partir dès mercredi. Le roi a trouvé à propos que M. de Chamillart le fils les suivit. L'aprèsdinée le roi et toute la maison royale entendirent vêpres dans la tribune. Les états de Languedoc haranguèrent madame la duchesse de Bourgogne avant qu'elle allât à la messe. — On sut le soir que le maréchal de Berwick commanderoit l'armée sous monseigneur le duc de Bourgogne ; il y a déjà quelques jours qu'on a fait partir le courrier qui lui en porte Tordre. On lui mande de laisser son équipage en Espagne, où l'on compte de le renvoyer quand les affaires de Provence seront finies. Il attendra messeignemrs les princes à Avignon, où il arrivera avant eux. Il ne vient aucun officier général avec lui. Lundi 15, à Versailles, — Le roi fit ses dévotions dans la chapelle , et M. le Duc lui tint la nappe sans qu'il y eût de duc de l'autre côté; quelques ducs prétendirent pouvoir avoir l'honneur de tenir la nappe avec les princes du sang, et le duc de la Force assure qu'il la tint , il y a quelques années , avec M. le prince de Conty *. L'aprèsdlnée le roi et toute la maison royale entendirent vêpres en bas dans la chapelle et allèrent à la procession dans la cour, suivant le vœu du feu roi, qui, à pareil jour, en Tannée [ 1638], mit la France sous la protection de la sainte Vierge. En sortant de la chapelle, le roi s'enferma avec le P. de la Chaise, et fit la distribution des bénéfices. Il donna [Tabbaye de Saint-Gilles à l'archevêque de Narbonne ; celle du Palais à Tabbé de France ; le prieuré d'Essone à Tabbé de Boisfranc ; Tabbaye de Cantinpré à dom Cardon; celle de Chelles à la dame de Villars; celle de la Sauve à la dame de Gresolles] (1). — Madame la duchesse de Bourgogne fit ses dévotions aux
(1) La liste des bénéfices n*est pas transcrite dans le manuscrit origmal; nous la rétablissons d'après la fiazette de Franc<\
Récollets dans la chapelle en haut , et après vêpres elle alla à la Ménagerie^ où elle monta à cheval avec plusieurs dames.
* Ce que le duc de la Force disoit lui être arrivé étoit arrivé à tous les autres. Le dernier duc de Lesdiguières, le duc de la Trémoille trèssouvent , le duc de Saint-Simon , quantité d'autres avoient servi à la communion du roi avec des princes du sang, et notanmient ceux-là avec ce même M. le Duc. Il fut blessé de n'avoir pas été admis à y servir avec M. le duc d'Orléans peu avant que ce dernier commandât une armée. Il en demanda le dédommagement sur les ducs , il l'obtint. Ils grommelèrent; pas un ne se plaignit au roi, et à leur ordinaire ils forent battus sans oser dire un mot. Ce service leur a toujours appartenu privativement aux charges et aux princes étrangers^ et c'est un monument du service qu'ils avoient autrefois partout sur les charges et qui n'est demeuré qu'aux princes du sang.
Mardi 16, à Versailles. — Le roi tint le conseil de finance à son ordinaire; l'après-dinée il travailla ave.c H. de Pontchartrain jusqu^à cinq heures, ensuite alla tirer et puis se promena à Trianon jusqu'à la nuit. Monseigneur, qui est depuis hier au soir, à Heudon, où il n'a mené aucun courtisan, y donna à dîner à madame la Duchesse et à quelques dames, qui revinrent ici le soir. — Il arriva un courrier de M. de Vendôme, parti hier, à midi, du camp de Chièvres, où il étoit venu camper le 14. 11 avoit appris le 12, étant à Seneff , que les ennemis, qui étoient à Nivelles, dévoient marchera lui le lendemain; comme son camp de Seneff n'étoit pas bon , il ne jugea pas à propos de les y attendre. Il marcha à minuit, il fit faire l'arrière-garde à Albergotti avec douze bataiUons , vingt compagnies de grenadiers, deux régiments de dragons et cent chevaux de la maison du roi. A peine l'armée fut-elle sur les hauteurs de Marimont, Albergotti n^étant encore qu'à Seneff, que les ennemis parurent pour attaquer cette arrière-garde ; ils avoient avec eux un escadron de chacun de leurs régiments, deux régiments de dragons, six bataillons anglois et tous les grenadiers de leur armée. Ce corps étoit commandé par
M. d^Aibemarle, qui avoil sous lui le pritice d'Auvergne. Dèg que M. de Vendôme en eut avis, il fit mattre son ar^ niée en bataille dans la plaine de Rœux, jugeant que les ennemis viendroient l'attaquer dang sa marche. Us s'ap-
prochèr^ot 4e l's^rrière-gardi^, que cooimandoit Aïbergotti, qui «e présenta devant eux €fn bon orclrQ ; ils n'oèèrent l'attaquer et lui laissèrent rejoindre l'armée. M. de Vendôme fut averti ehsuite par les déserteurs que le gvos de leur armée étoit encore à Nivelles; aussitôt il fit remflriîher et alla camper ce jonr-là, qui étoit le J3, à l'abbaye de Sainfc-Denis, la droite à Tbieusieg et la gaucbe au Castiau. Le lendemain 14 , il marcha avant le jour et Vîht prendre^le camp dé Chièvres, ayant sa droite à Lens. 11 apprit, en arrivant dans lé camp, qlie les ennemis étoient en deçà de Soigniâs, disant toujours qu'ils marchent pour nous attoqUer^ M. de Vendôme est résolu de les attendre dans sbn camp. Il ne sauroit trouver d'eQ^ drpit plus propre pour faire agir sa eavalerje. U parolt dans nos troiipeii beaucoup d'audaee et une bonne volonté, et M. de Vendôme, dans la fin de sa lettre , mande au roi qu'il He croit pas que les ennemis osent venir l'attaquer dans le cajnp où il est. r-^ M, le duc de Chartres eut hier une asse^ grosse fièvre ; il y parut même des fougeups au visage , et comme i^n appartement est fort prè^ de celui de monseigneur Je duc de Bretagne, on représenta au roi qu'il failoit le tran^portep ailleurs, l^ roi y consentit ftvec peine ? ^entant bien que madame la duchesse d'Orléans en seroit fort affligée ; mm il ^ rendit à l'avis dm médeçifts. il p, envoyé ce matin :, à huit beui^s, Blouin ehe^ rnadame h duchesse d'Orléans, qui, dès que Plouiu lui a porté l'ordre ^ a pri^ une jupe, ^t spinfii fi^e
donner le temps de se chausser ^t venue ehe^ le roi, et
8. M. lui sj. parlé avee tant de bon^ et tant d'anûtié qu'elle en est sortie fort contente, be roi lui a dit : a Si je ne regardois que moi, il ne seroit pas question de transporter votre fils ; mais je dois compte à l'État, qui me
reprocheroit d'avoir hasardé ie duc de Bretagne pour trop ménagei- le duc de Chartres. Oepèndant , si la petite Vérole avoit paru /tout ce qu'on m'aurdit pu dire ne m'auroit jamais fait consentir à exposer la vie de votre fils. Heureusement il a bien passé la nuit ; prenons ce temps-là pour le faire transporter. Il est de votre intérêt, comme du mien , d'éviter les reproches du public. Faisons porter votre fils dans Tappartement de M. de Marsan, qui est de Fautre côté de la chapelle. » Et dans le moment on y a porté le prince. Cet appartement est vide parce que ML. de Marsan a la goutte à Paris, et M. le duc de Chartres a bien pa^sé la journée, et on compte que ce ne sera rien.
Mercredi 17, à Marly: — Le roi travailla l'aprèsdlnée jusqu'à cinq heures avec M. de Chamillart. Avant que de s'enfermer avec lui, le prévôt des marchands et toute la maison de ville étoient venus lui apporter le scrutin. Le fils de M. d'Armenonville , avocat du roi du Chàtelet, le harangua ; ces harangues-là se font à genoux. Le roi partit de Versailles à six heures pour venir ici, où il demeurera jusqu'à la fin de la semaine qui vient. Monseigneur le duc de Bourgogne sortit du conseil d'État à midi et vint joindre madame la duchesse de Bourgogne, qui sortoit de la messe. Us montèrent ensemble en carrosse avec monseigneur le duc de Berry et six dames, et allèrent diner à Meudon avec Monseigneur. Après le dîner monseigneur le duc de Bourgogne re^ vint à Versailles recevoir les compliments de la ville, qui ne harangue que le roi, et c'est ie prévôt des marchands qui fait le compliment. Monseigneur et messeigneurs ses enfants les reçoivent debout et couverts. Monseigneur partit à six heures de Meudon et amena ici madame la duchesse de Bourgogne dans sa berline. Monseigneur le duc de Bourgogne partit à huit heures de Versailles pour venir ici. — On eut par l'ordinaire de Lyon des lettres de Toulon, du 11 au matin. On
440 JOURNAL DE DAMGËAU.
mande que le vaisseau le Saint-Philippe y qu'on a afourché sur des amarres et qu^on a mis auprès du Tùnnumi^ avoit renversé la batterie de douze pièces que les ennemis avoient établie devant le fort Saint-Louis ; ce vaisseau est afourché de manière sur ces amarres que dès qu'une bordée a tiré) on le tourne et il tire son autre bordée pendant qu'on recharge. On mande aussi que la désertion et la maladie augmentent fort dans l'armée des ennemis, qu'on est fort surpris à Toulon de ce que M. de Savoie ne se retire point encore, et qu'on n'imagine pas ce qui le peut faire demeurer là , n'y ayant pas la moindre apparence qu'il puisse réussir à rien. M. de Tessé étoit entré dans Toulon le 10. Il a vingt bataillons à Hissisi qui n'est qu'à un quart de lieue de la ville. H. de Médavy est à Saint-Maximin avec toute la cavalerie et quelques bataillons. M. de Savoie n'a point encore jeté de bombes et n'avance en rien. Hesseigneurs les ducs de Bourgogne et de Berry dévoient partir de demain en huit jours, mais leur voyage est retardé jusqu'au lundi d'après, qui sera le 29.
Jeudi 18, d Marly. — Le roi courut le cerf l'aprèsdinée; madame la duchesse de Bourgogne étoit avec lui dans sa calèche. Monseigneur et messeigneurs ses enfants étoient à la chasse, qui fut fort belle malgré la grande pluie. — Le duc d'Estrées épousa hier, à Paris, mademoiselle de Nevers ; la noce se fit chez le cardinal d'Estrées, à l'abbaye de Saint-Germain. Il y loge les mariés. — Le roi a amené à ce voyage-ci M. de Saumery le fils , qui n'y étoit jamais venu, et M. de Bonrepaux, qui n'y étoit pas venu depuis quelques années. — On mande de Flandre du 16 que les ennemis sont campés à Soignies, et ils ont étendu leur droite jusqu'à Louvigny ; on dit qu'ils dévoient marcher le 17 à Lessines. — Le roi de Suède a quatre mille hommes de ses troupes en Silésie , qui vivent aux dépens du pays. Le roi de Suède dit qu'il diminuera pour cela quelque chose sur ce que lui
doit l'empereur. Il a obligé ceux qui lui menoient le comte de Zobor, de la part de l'empereur, de le conduire jusqu'à Stettin, où il le retiendra en prison. S. M. Suédoise se plaint toujours de ce que l'empereur ne lui donne pas satisfaction sur ses autres griefs.
Vendredi 19, à Marly, — Le roi travailla le matin avec le P. de la Chaise , et l'après-dlnée alla tirer. — On eut Faprès-dlnée, par Tordinaire, des lettres de Toulon du 11 au soir, du 12 et du 13 au matin. Le canon des ennemis, qui battent depuis plusieurs jours le fort Saint- Louis, en a rasé une partie. L'officier qui y commande ne s'est point rendu pour cela. 11 y a un fossé où entre l'eau de la mer, qui empêche qu'on ne puisse l'emporter. Le prince Eugène est parti de l'armée avec trois mille chevaux et deux mille hommes de pied ; quelques lettres augmentent le nombre de ce détachement et quelques lettres le diminuent. 11 est venu des déserteurs qui ont dit qu'il marchoit pour attaquer M. de Médavy, qui est à Saint-Haximin ; M. (de Tessé l'en a fait avertir, et Médavy lui a mandé qu'on ne fût point en peine de lui et qu'il étoit en état de les bien recevoir. Le comte de SaUes, frère naturel de M. de Savoie, a été tué d'un coup de canon. Malgré toutes les lettres qu'on a eues, qu'on avoit mis à Toulon une partie de nos vaisseaux sous l'eau , Langeron et Vauvré mandent tous deux à M. de Pontchartrain qu'on n'en a pas enfoncé un seul. — Le soir, au souper, le roi trouva mauvais qu'une dame (1) fût au souper à côté de Madame et au-dessus des duchesses *.
* Madame de Torcy fut cette femme qui , arrivant tard , se fourra entre Madame et la duchesse de Duras. Elle en fut bien embarrassée, mais elle y demeura. Le roi se lavoit les mains. Dès qu'il eut déployé sa
(1) C*étoit madame de Torcy. Le roi en témoigna du dépit , et dit sur cela des choses assez fâcheuses. Cependant il estyrai que madame de Torcy n'ayoit pas tout à fait tort. Elle arriva comme on se mettoit à table, cette place se trouva vide, et elle la prit sans y trop réfléchir. (Note du duc de Luynes,)
442 JOURNAL DE DAMGEAU.
servieUti et qu'il eut jeté les yeux de part et d'autre sur la compagnie, il demeura fort surpris , et iixa un regard sur madame de Torcy, qui la démonta. Elle fit alors de grandes excuses à la duchesse de Duras , et le roi dit demi- bas à Madame , mais assez haut pour être entendu du voisinage : « Voiià qui est bien impertinent; je ne sais à quoi il tient que je ne la fasse sortir. » On peut juger que le repas parut long à ma-^ dame de Torcy, qui essuya encore diveni regurds du roi et t49us ceux de la compagnie. Le lendemain il en parla si vertement à Torcy que cela devint une vraie affaire et qui fit grand bruit à.MarJy. On peut juger qu'avant le règne du roi les ducs et les princes étoient bien éloignés de compétence avec ce qui ne Tétoit pas ; et qui voudroit rapporter des faits constants de la continuelle et très* grande différence en tout de ce qui l'étoit d'avec oe qui ne l'étoit [pas étonneroit et offenseroit bien des sortes de gens. Tant que le roi a vécu, les états n'ont fait que se rapprocher sans cesse , mais toujours à distance qui n'a pas été enfreinte jusqu'à la confusion. Monsieur arrêta le roi à une musique, qui en alloit faire sortir mademoiselle de Melun pour pareille entreprise , et comme c'en ûit une de sa part , le roi alla plus loin que pour madame de Torcy, et il fallut les derniers efforts pour l'empêcher d'être chassée et mandée auparavant au souper qu'elle étoit, à cause du tabouret qu'elle vouloit prétendre , parce que prétendre est toujours fondement de quelque chose. Depuis cette aventure , qui fut la première en ce genre , personne ne s'y étoit hasardé , et celle-ci en corrigea pour longtemps,
Samedi 20, à Marly, — Le roi se promena le matin dans ses jardins et alla courre le cerf l'après-dlnée ; madame la duchesse de Bourgogne étoit avec lui dans sa calèche. Madame, à ces chasses-là, est toujours dans une calèche particulière qui suit celle du roi. — U arriva le matin un courrier du maréchal de Villars; ses lettres sont du 16. Il mande qu^ayant su que les ennemis se vouloient rendre maîtres de Dourlach il les avoit prévenus par sa diligence. Il avoit fait marcher ses dragons, qui ne furent pas plus tôt entrés que les troupes ennemies y parurent. Nangis, qui suivoit de près nos dragons, y entra avec l'infanterie qu'il y avoit menée, qui étoit presque toute de grenadiers , et y est demeuré poiu? y commander. Le roi même, en contant cela, a fort loué Nangis, qui se charge toujours avec plaisir des commis-
AOUT i70T. 443
sions difflcilBS. Les ennemis sont venus camper leur droite à Wingardott et leur gauche à Kretzingen. Le m^éebal de Villars a sa droite près de Dourlaoh et sa gauche à Gottsbausen. Les armées^ qui ne sont séparées que par le ruisseau de Dourlach, se canonnent, et comme notre oaQon ast à hauteur , il a obligé les ennemis de reculer leur première ligne.
Dimanche 21, à Marly.^^ Lé roi tint conseil ^son ordinaire et alla tirer Taprès-'dinée. Pendant qu'il étoit à la chasse, M . de ChamiUart le vint trouver. Le roi l'aperçut de loin et ne douta pas qu'il ne vint lui apporter quelques bonnes nouvelles, C'étoit l'arrivée d'un courrier de H. de Tessé parti de Toulon du 16. Ce maréchal mande au roi que la 15 < 41a pointe du jour, il attaqua les retrancbementsqueleaennomiis avoient sur la hauteur de Sainte- Catherine, qui furent emportés en moins de trois quarts d'heure. jDillon eommandoit la gauche derattaque,(k)es«briant étoit au centre, etle maréchal étoità la droite. Nous n'avons pas perdu quatrC'^vingts hommes à cette affaire, et oit en a tué quatorze cents des ennemis^ parmi lesquels «ont le prince de Saxe-Gotha et le prince de Wurtemberg. On a pris un ou deiu colonels, soixante officiers et plus de trois cents soldats. On a encloué le canon qu'ils ftvoient là; on a rasé les retranchements, où on a demeuré quatorze heures, sans que les ennemis se soient mis en devoir de les rattaquer. Le fort Saint-Louis se défend toujours très-bien ; on a employé toute la journée du 1 5 , de ce côté-là, à boucher les brèches avec du f aacinage, et il faut qu'ils recommencent à le cannoner. Le courrier dit qu'il y a tant de malades dans l'armée des ennemis, tant de gens blessés de notre canon qu'ils ont eu tant de gens tués par les paysans et tant de déserteurs que^ si cela était exactement vrai, l'armée de M. de Savoie seroit diminuée de plus de la moitié, ce qu'on a peine à croire. •»— 11 arriva le matin un courrier de M. le duc d'Orléans, qui mande que la ville et le château de Honçon se sont
pendus ; il n'y avoit que deux cents hommes dedans^ qui se sont rendus à discrétion. C'est H. de Legall qui en faisoit le siège. On avoit déjà dit il y a quelques mois que Monçon s'étoit rendu, mais cela ne s'étoit pas trouvé vrai.
Lundi 22, à Marly. — Le roi ne sortit que pour recevoir la cour d'Angleterre, qui arriva ici sur les cinq heures ;^il la reçut dans les jardins, donna la main à la reine d'Angleterre, et la mena d'abwd du côté de la chapelle, où il y avoit beaucoup de calèches et des chevaux pour les dames qui montoient à cheval. Le roi se mit dans une calèche à deux bancs ; il étoit sur le premier avec la reine d'Angleterre; Madame étoit sur le second banc avec la duchesse de Perth, dame d'honneur de la reine. Monseigneur étoit dans une autre calèche avec madame la princesse de Conty et des dames, et plusieurs autres calèches étoient remplies de dames françoises et angloises. Le roi d'Angleterre étoit à cheval avec la princesse sa sœur, madame la duchesse de Bourgogne , six dames françoises et deux angloises, qui étoient la duchesse de Berwick, mademoiselle de Middleton. La promenade dura jusqu'à la nuit. On soupa à neuf heures et demie, et après souper la cour d'Angleterre retourna à Saint-Germain. Au retour de la promenade le roi avoit laissé la reine d'Angleterre chez madame de Mainnon et étoit allé chez lui travailler avec M. Pelletier. Le roi d'Angleterre alla se déshabiller chez monseigneur le duc de Bourgogne, et la princesse d'Angleterre chez madame la duchesse de Bourgogne. Messeigneurs les ducs de Bourgogne et de Berry n' étoient point à la cavalcade; monseigneur le duc de Bourgogne étoit allé tirer dans la plaine de Saint-Denis, et monseigneur le duc de Berry dans le parc de Versailles. Ce prince ne tire point encore du fusil, parce que sa joue est toujours enflée; mais il est si adroit qu'à coups de pistolet il tua trente-six pièces de gibier en vol€mt.
Ces deux princes allèrent souper chez M. le comte de Toulouse. — Le roi demanda le matin à Fécuyer du maréchal de Tessé si les vaisseaux de Toulon étoient sous Teau. Il lui répondit qu^il y en avoit vu dix ou douze ; il dit même aux courtisans qu'il «royoit qu'il y en avoit dix-sept /ce quia fort surpris, après les lettres qu'on avait reçues hier de MM. de Langeron et de Vauvré. — J'appris que le maréchal de Villars avoit détaché M. de Vivans avec la cavalerie de M. de Bavière qui nous étoit venue de Flandre, beaucoup d'officiers bavarois réformés et quelques escadrons françois. Ce détachement partit de l'armée le 8 pour aller passer le Danube près de sa source. Il doit laisser quelques troupes à Hornberg dans la montagne, pour assurer sa retraite, et a ordre d'aller établir ses contributions jusqu'au bout du lac de Constance. On croit que quelques Bavarois mécontents pourront joindre ce détachement , et avec les officiers réformés que nous y envoyons on en pourroit former quelque corps.
Mardi 23, à Marly. — Le roi, après le conseil de finance, travailla encore avec M. de Chamillart. L'aprèsdlnée il alla courre le cerf; madame la duchesse de Bourgogne étoit avec lui dans sa calèche. Monseigneur et messeigneurs ses enfants étoient à la chasse. Le soir le roi travailla chez madame de Maintenon avec M. de Pontchartrain. — Il arriva un courrier du maréchal de Villars parti de son camp, près de Dourlach, du 19. Ce maréchal avoit fait faire une batterie de quatre pièces de vingt-quatre et de quelques autres pièces d'une nouvelle invention. Il Tavoit fait faire dans un lieu fort couvert, et avoit fait masquer les embrasures si bien que les ennemis ne pouvoient s'en apercevoir. Il les fit tirer à midi, ce qui fit assez de désordre dans leur camp. Une partie de leur infanterie se retira sans ordre dans la montagne ; ils eurent quelques officiers tués, et cela leur a fait un peu changer leur camp. M. de Villars mande
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qu'il cpoit quUk seront obligée daÀâ quelques jours de décamper faute de fourrage ; pour nous^ rtous en avons abondamment dans le nôtr^* — On eut par l'ordinaire des lettres de Toulon ; elles sont du 17 au soir et du 18 au matin. Les ennemis continuent à bombarder la ville^ mais ils n'ont jusques ici que quatrô mortiers et n'ont brûlé que deux méchantes maisons. Ils ont enfin pris le fort Sainte-Marguerite, quiétoit derrière leur camp, qu'ils attaquoient depuis longtemps et qui ne s'est rendu que faute d'eau. Il nous vient beaucoup de déserteurs qui assurent tous que M. de Savoie se retirera bientôt. Le prince de Wurtemberg n'a pas été tué à l'affaire des retranchements ) il n'a été que blessé. Le fort Saint-Louis se défend encore quoiqu'il soit presque tout renversé. C'est un capitaine du régiment du Vexin qui y commande^ nommé d'Aillion et qui a déjà tenu dix jours plus qu'on ne l'espéroit. M. de Tessé a écrit à Marseille pour qu'on lui renvoie les galères> afin que, quand le fortSairt-Louis sera pris, elles puissent empêcher les galiotes à bombes d'approcher pour bombarder nos vaisdeaiix.
Mercredi 24, à Marly, — Le roi, après le conseil d'É tat, qui finit avant midi > travailla avec M« de Cham illart jusqu'à une heure. L'après^dlnée il alla tirer. Le soir H. deChamillart lui mena un aide de camp chez madame de Maintenon, parti de Toulon le samedi 20 à midi. M. le prince Eugène n'étoit point parti du camp, comme ou Tavoit dit. Les déserteurs, qui viennent toujours en grand nombre, assurent tous qu'on commence à rembarquer du canon ; qu'ils embarquent aussi leurs blessés et leurs mala^ des. Les troupes que M. de Savoie a voit fait venir de Piémont ne s'avancent guère depuis qu'elles ont passé le Var, mais elles ont fait beaucoup de désordre dans le peu d'endroits où elles ont passé. On ne doute pas que M. de Savoie ne se retire incessamment. M. de Tessé a envoyé les brigades d'infanterie d'Anjou et de Touraine à M. de Médavy et lui va encore envoyer celle de Bretagne, afin
que Hédavy soit plus en état d'inquiéter M. de Savoie dans sa retraite. Le gouverneur du fort Saint-Louis l'a enfin abandonné; il s'en est retiré avec le peu de gens qu'il avoit dedans. Le grand vent a empêché les galiotes d'en approcher; mais on ne doute pas qu'étant maîtres de ce fort les galiotes n'y soient venues dès la nuit du samedi au dimanche , le vent étant fort, diminué.
Jeudi 26^ à Marly* — Le roi se promena le matin dans le jardin et prit plaisir de faire voir les nouveaux embellissements de Marly à M. d'Argenson y lieutenant de po«lioe , qui lui étoit' venu rendre compte de beaucoup de choses dont il l'avoit chargé. L'après*dinée le roi alla tirer. Monseigneur alla, à Saini-Germain voir LL. MM. BB. et y mena madame la princesse de Conty et plusieurs dames. Monseigneur le duc de Bourgogne , qui avoit communié le matin à la chapelle^ alla à la paroisse^ où il entendit vêpres et le salut. Madame la duchesse de Bour^ gogne alla sur les quatre heures à Saint-Gyr ; elle y entendit le salut ^ et en revint avec madame de Maintencfti^ qui y étoit allée dès le matin. — Il arriva hier un courrier de M. de Vendôme parti du 24. Ce prince a ordre d'envoyer des courriers tous les mardis pour arriver ici les mercredis^ quand même il n'y aùroit rien de considérable à mander. Les armées sont toujours dans leurs mêmes camps . Harlborough fait accommoder des chemins , et M. de Vendôme a envojf é ses gros bagages à Condé pour marcher plus légèrement en cas que les ennemis s'avancent vers l'Escaut, où on croit qu'ils veulent s'approcher.
Vendredi 26, à Marly, — Le roi courut le cerf l'aprèsdlnée; madame la duchesse de Bourgogne étoit avec lui dans sa calèche. — On eut dès le matin , au lever du roi , la nouvelle que M. de Savoie s' étoit retiré de devant Toulon la nuit du lundi au mardi. Ce fut M. de Pontchartrain qui l'apporta au roi. M. de Langeron la lui mandoit par un capitaine de vaisseau nommé Beaucaire, qui est tombé rudement en chemin et qui a donné ses paquets à apporter
au maître de poste de Lambesc. Apparemment Langeron a envoyé ce courrier à Finsu, du maréchal de Tessé , car ce maréchal envoie son fils au roi pour porter cette bonne nouvelle. Pendant que le roi étoit à souper, H. de Chamillart vint de TÉtang, où il étoit ^ et lui mena dans son cabinet le comte de Tessé, qui étoit parti de Toulon huit heures après le capitaine de vaisseau. M. de Savoie se retire par le même chemin qu'il est venu , et il parolt même qu'il marche fort vite, car on ne voit plus la queue de ses troupes. 11 a fait rembarquer presque tout son canon ; il a laissé beaucoup de bombes. Ses galiotes ont bombardé durant vingt-quatre heures le port, et ont brûlé deux vaisseaux de cinquante pièces de canon. La nuit qu'il se retira il vint à Toulon cinq à six cents déserteurs ; on compte que depuis qu'il a passé le Var il lui en a déserté plus de dix mille. Le comte de Tessé dit que les prisonniers et les déserteurs conviennent tous qu'il a déjà perdu plus du tiers de son armée et que tous les officiers des ennemis croient qu il en perdra encore autant dans sa retraite. Le capitaine qui commandoit pour nous dans le fort de Saini^Louis y avoit laissé beaucoup de poudre avec une mèche pour le faire sauter. La mèche étoit apparemment trop longue. Il dit à un de nos bombardiers de tirer dans ce fort, et il y tomba une bombe qui le fit sauter avec quatre-vingts ou cent hommes qui étoient dedans. M. le maréchal de Tessé alla dès le mardi au soir camper à la Valette et a fait avancer deux régiments de dragons pour suivre de plus près les ennemis et a envoyé donner avis de leur retraite à H. de Médavy pour marcher après avec; quarante-cinq escadrons qu'il a et vingt-deux bataillons. 11 lui a marqué un endroit où ils se pourroient joindre, et M. de Savoie aura peine à faire sa retraite tranquillement. Ce prince , avant que de se retirer, a fait embarquer sur la flotte quelques bataillons ; on croit que c'est pour les envoyer à Barcelone, d'où l'archiduc écrit des lettres très-pressantes pour avoir du
secours. — Messeigneurs les ducs de Bourgogne et de Berpy ne partiront plus; on envoie des courriers pour faire revenir les équipages, et on en fait partir aussi pour les armées de Flandre et d'Allemagne, à qui on est bien aise de faire savoir plus diligemment ces nouvelles. — M. d'Alègre a permission de venir en France pour quelque temps; il a des prétentions sur Neufchàtel, et leTiombre des prétendants augmente tous les jours.
Lundi 27, à Versailles. — Le roi travailla le matin à Marly avec le P. de la Chaise. Il se promena l'après-dlnée dans ses jardins et en repartit avant sept heures pour venir ici, où M. de Chamillart travailla avec lui, le soir, chez madame deMaintenon. Madame la duchesse de Bourgogne partit de Marly à trois heures et alla à Saint-Germain. Monseigneur en étoit reparti avant elle et avoit ramené madame la princesse de Conty. — On mande de Rome que le pape a fait deux cardinaux, dont Tun est M. Vallemanni, archevêque d* Athènes, et qui est celui que le pape avoit fait in petto à la dernière promotion ; l'autre est M. de Tournon, Piémontois, qui est visiteur général apostolique à la Chine *. — Le roi de Suède a déclaré au roi Auguste qu'enfin il alloit quitter la Saxe, mais on ne sait point encore de quel côté il tournera. Le roi Stanislas le presse fort de retourner en Pologne. Les Polonois ont déclaré l'interrègne , et les Moscovites saccagent toutes les terres du roi Stanislas et de ceux de son parti.
* Ce cardinal est le dernier martyr que nous connoissions , et vrai martyr d'une espèce bien nouvelle et bien terrible ; c'est à son occasion et a celles qu'elle a produites qu'il faudroit des in-folios. Les anecdotes de la Chine et d'autres ouvrages suppléeront au silence que l'abondance des matières impose ici ; elle pourroit déjà tenir bien des places dans les bibliothèques, et y en tient sûrement de distinguées.
Dimanche 28, à Versailles. — Le roi ne sortit du conseil d'État qu'à une heure; il travailla Taprès-dlnée avec M. de Chamillart et alla tirer. Monseigneur le duc de Bourgogne et madame la duchesse de Bourgogne allèrent à la
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Ménagerie, où il y eut grànd.e cavalcade de daines qu essayèrent de monter à cheval, jambe deçà, jambe delà, pour se tenir mieux. — Le t*oi a fait le comte de Tessé maréchal de camp; il n'étoit brigadier que du commencement de la campagne. — Un officier venu du Port*Royal dans l'Acadîe apporta il y ,a quelques jours la nouvelle que les Anglois de la Nouvelle- Angleterre et de la Nouvelle-York étoient venus attaquer cette colonie au mois de juin, et qu'après l'avoir attaquée durant douze jours et avoir toujours été repousses avec grande perte ils avoient été obligés d'abandonner leur entreprise. — Nos armées de Flandre et d'Allemagne et celles des ennemis sont toujours dans leurs mômes camps.
Lundi 29, à Versailles, — Le roi alla l'après-dlnée se promener àTrianon, et le soir il travailla avec M. Pelletier chez madame de Maintenon. Il y eut une grande cavalcade de dames à la Ménagerie, et quand madame la duchesse de Bourgogne fut à cheval ', elle apprit que Monseigneur donnoit une, grande collation à Chaville à madame la Duchesse et à madame la princesse de Conty, qui dévoient y monter à cheval, quoiqu'elles n'y eussent pas monté depuis longtemps. Madame la duchesse de Bourgogne passa à toute bride avec toutes les dames qui la suivoient, arriva à Chaville, et, sachant que Monseigneur et les princesses étoient dans le parc de Meudon , elle les y alla joindre et revint avec eux à Chaville. Elle n'y voulut pas faire collation. Monseigneur le duc de Berry, qui étoit venu avec elle , demeura avec Monseigneur. Elle ayoit commandé son souper à la Ménagerie; elle le contremanda et vint souper avec le roi. — 11 arriva un courrier du maréchal de Tessé parti d'auprès de Pignan le 25. Il suit toujours M. de Savoie, qui a trois lieues d'avance devant lui. Il ramasse beaucoup de déserteurs et de tralneurs. M. de Savoie fait en un jour plus de chemin qu'il n'en faisoit en deux en venant. Médavy devoit joindre M. de Tessé le lendemain 26, et le chevalier
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de Miftnne a dix mille paysans armés y du côté de Grasse , qui incommoderont encore fort les ennemis dans leur retraite. M. de Tessé n*a avec lui que deux régiments de dragons et six cents grenadiers ; le reste de Tarmée suit de loin.
Mardi 30, à Versailles, — Le roi , après le conseil de finances^ travailla encore avec M. de Chamillart. L'seprèsdlnée il ise promena dans ses jardins', et le soir il travailla chez madame de Maintenon avec M. de Pontchartrain. Monseigneur emmena madame la duchesse de Bourgogne dîner à Meudon; elle n'avoit de dames avec elle que mesdames de Mallly et de Nogaret. Messeigneurs les ducs de Bourgogne et de Berry allèrent tirer dans la plaine de Saint-Denis. On avoit regardé comme Un prodige que monseigneur le dttc de Berry eût tué, il y a quelques jours , trente-six pièces de gibier en volant , à coup de pistolet ; il en a tué aujourdTiui soixante et douze. Monseigneur demeurera à Meudon jusqu'à lundi et en partira ce jour-là pour Fontainebleau. Madame la duchesse de Bourgogne revint souper avec le roi. — Le courrier qui avoit porté à M. de Vendôme la nouvelle de la retraite de M. de Savoie eu est revenu; il partit hier du camp de Chièvres. L'armée des ennemis et la nôtre sont toujours dans leurs mêmes camps; mais nous serons bientôt obligés de décamper, parce que les fourrages commencent à nous manquer.
Uerertdi 31, à Vtsrsailles^. — Le roi ne sortit du conseil d'État qu'un peu avant une heure ; il alla tirer l'après dinée et travailla le *Oir avec M. de Chamillart chez madame de Maintenon. Madame la duchesse de Bourgogne alla l'aprês-dhiée à Saint-Cyr, où la reine d'Angleterre étoit venue voir madame de Maintenon; elle n'y mena que la duchesse du Lude et madame de Caylus; ensuite elle revint faire collation à la Ménagerie et soupa ici avec le roi. — L'affaire de Neufchàtel, qui avoit été remise jusqu'au 26 du mois , a été remise encore jusqu'au 6 de
septembre ; mais on croit qu'elle sera décidée en ce tempslà ^ quand on aura ouï tous les avocats des prétendants^ qui sont en grand nombre. — On eut nouvelle, il y a deux jours, que le chevalier de Forbin avoit attaqué une flotte marchande sur les côtes de Norwége ; il leur a pris seize vaisseaux assez richement chargés, qu'il a envoyés à Gottembourg , et il poursuit encore une autre flotte marchande qui va du côté d'Arkangel. — Les troupes d'Aragon qu'on avoit détachées pour venir en Provence ont reçu ordre de remarcher en Aragon.
Jeudi 1" septembre, à Versa{lle$. — Le roi monta dans sa calèche à midi avec madame la duchesse de Bourgogne et alla dîner à Meudon. Il alla tirer l'après-dlnée dans le parc. Madame la duchesse de Bourgogne et toutes les dames qu'elle avoit menées le suivirent à cheval et le virent tirer. Après la chasse le roi revint ici. Madame la duchesse de Bourgogne demeura à souper avec Monseigneur, et ne revint ici qu'à deux heures. — Au retour de Meudon, le roi étant chez madame de Maintenon, le duc d'Albe lui porta l'agréable nouvelle de l'heureux accouchement de la reine d'Espagne, qui nous a donné un prince des Asturies; elle accoucha le jour de la Saint-Louis, entre dix et onze heures du matin. Jamais le peuple de Madrid n'a témoigné tant de joie. Le roi d'Espagne parut sur le balcon du palais pour lui apprendre, lui-même , la naissance du prince, et ils remarquent comme un présage bien heureux qu'il soit né le jour de la Saini-Louis. Dès que le duc d'Albe eut appris la nouvelle au roi, il remonta en carrosse pour l'aller apprendre à Monseigneur, à Meudon. 11 rencontra en chemin monseigneur le duc de Bourgogne, et ce prince le fit arrêter, se doutant bien qu'il portoit la nouvelle de l'accouchement de la reine d'Espagne. Le duc d'Albe trouva encore madame la duchesse de Boiu*gogne à Meudon; Monseigneur fut fort touché de cette bonne nouvelle. On en chantera dimanche le Te Deum ici. — M. de Vivans est revenu de la course
qu'il avoit faite vers le lac de Constance; il a rapporté beaucoup d'argent et des otages pour les contributions de ces pays-là.
Vendredi 2, à Versailles. — Le roi travailla le matin avec le P. delà Chaise^ et alla tirer l'après-dlnée. — Il arriva un courrier de Flandre, parti de hier au matin. M. de Vendôme commençant à manquer de fourrages au camp de Chièvres , il s'est approché de l'Escaut, et est venu camper sa droite à Ântoing, et sa gauche vers Tournay. Les ennemis marchèrent le même jour que lui et sont venus camper auprès d'AtJi. — On mande de Pampelune que le canon et les munitions de guerre qu'on envoie à M. le duc d'Orléans y ont passé et qu'ils arriveront à Tarmée de ce prince au plus tard le 8 de ce mois. — Le roi a choisi le marquis de Brancas , qui est en Espagne, pour faire compliment àLL. MM. CC. sur la naissance du prince des Asturies. — Le roi donna , il y a environ un mois, le prieuré d'Essonne, qui est fort joliment bâti , à l'abbé de Boisfranc , qui , comme abbé de Coulon, nommoit aux cures de Saint-Germain et de Marly ; il a renoncé à ce droiirlà, et on a eu de Rome tout ce qui étoit nécessaire là-dessus.
• Samedi 3, à Versailles. — Le roi, après le conseil de finances, travailla encore avec M. de ChamlUart, et l'après-dlnée il se promena dans les jardins. Monseigneur le duc de Bourgogne et madame la duchesse de Bourgogne allèrent, le soir, à l'hôtel de Conty, et virent les bâtiments que madame la princesse de Conty a fait faire tout auprès pour y établir des petites filles qu'elle fait élever à ses dépens. Monseigneur le duc de Berry alla coucher à Meudon , d'où il partira pour Fontainebleau lundi avec Monseigneur. — Il arriva un courrier de M. de Yillars, qui, n'ayant plus de fourrages auprès de • Dourlach, en est décampé sans que les ennemis aient songé à le suivre ; il est venu camper à Rastadt , où il est dans l'abondance des fourrages. Les ennemis, qui ont reçu
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plusieurs renforts^ sont campéa à EtUiugw. — U arriva un edurriçr de M. de Vendôme qui ne vient que pour recevoir des ordres ; il a sept ponts sur FEsçaut, quatre dans Tournay et trois aurdessous^ et pensera rEsc9.ut sans embarras quand il le jugera à propos^ — te roi a donné le gouvernement de la citadelle de Strasbourg à Bergeret, qui en étoit lieutenant de roi et que le nxaréchal de Villars avoit recommandé.
Dimanche 4, à Yenailles^ — • Le roi fit chanter le Te Deum à la messe. Monseigneiu* et monseigneur le duc de Berry y viiirent de Meudon, et après le conseil , où Monseigneur demeura, ils retournèrent dîner à Heudon. L'après-dlnée le roi travailla avec M. de Cbamillart jusqu'à cinq heures et puis s'alla promener à Triauon. Monseigneur le duc de Bourgogne et madame \a, duchesse de Boiu*gogne allèrent 4 vêpres^, et monseigneur le duc de Bourgogne retourna encore au salut. — M. de la Fare, qu'on appeloit d'ordinaire le Borgne pour le distinguer des autres la Fare;i est mort âgé de quatre-vingtsix ans. Il étoit gouverneur de Brescou; ce gouvernement vaut 6 ou 7,000 livres de rente, et est demandé par beaucoup de gens. — On eut des lettres du maréchal de Tessé du 27, par l'ordinaire. Il étoit à Lorgnes auprès de Draguignan, où il sera joint par M. de Médavy ; on suit toujours les ennemis^ qui se retirent assez vite. Montgeorges est entré dans Antibes avec un régiment de dragons. M. de Savoie n'a pas encore passé le défilé de FEstrelle. Les paysans assomment tout ce qui s'écarte de leur marche.
Lundi hy à Versailles. — Le roi alla Faprès-dlnée se promener à Marly , d'où il ne revint qu'à la nuit, et le soir il travailla avec M. Pelletier che» madame de Main* tenon. Monseigneur et monseigneur le duc de Berry partirent de Meudon avec madame la princesse de Gouty, allèrent dîner à Petit-Bourg et coucher à Fontainebleau. Monseigneur le duc de Bourgogne et madame la duohesse
de Bourgogne allèrent se promener Taprès-dlnée au bois de Boulogne, à cheval, avec beaucoup de danses. Il y vint un nombre iAfini de carrosses de Paris pour voir la cavalcade. Dès que la nuit fut venue, ils entrèrent à la Meute chez M. d'Armenonville, où il y eut un souper magnifique^ pendant lequel madame d'Armenonville servit toujours madame la duchesse de Bourgogne*. Il y eut des hautbois , on dansa fort. Il y eut une illumination dans la cour et dans les jardins [et beaucoup de belles fusées ; la fête fut fort agréable, et ils ne revinrent ici qu'à deux heures du matin (1). — Le roi, à son
(1) « M. d'Armenonville ayant fait de grands embettissemento an boit de Boalo^^ depuis qu'il en est capitaine et ayant aussi rendu le château de la Meute , qui 'lui sert de logement en cette qualité , une des plus agréables mai* sons des environs de Paris, et monseigneur le duc et madame la duchesse de Bourgogne, en ayant ouï parler comme d'un lieu qui méritoit d*être vu , résolurent d'y aller sans en avertir M. d'Armenonville,. qui, de son côté, se doutoit qu'il auroit un jour l'honneur de recevoir cette auguste compagnie dans cette agréable maison. Il ne se trompoit pas, et ayant su qu'elle étoit en chemin 4^ur s'y rendre , il alla la recevoir à la porte du parc , appelée la porte verte. Madame la duchesse de Bourgogne se promena longtemps dans ce parc en habit d'amazone, accompagnée d'une vingtaine de dames, dont les plus jeunes étoient aussi vêtues en amazones , et l'on se rendit ensuite au château de la Meute, d^assez bonne heure pour en voir les appartements. M. et madame d'Armenonville, pour répondre à l'honneur qu'ils recevoient, trouvèrent le moyen, malgré la brièveté du temps, de faire préparer qn magnifique ambigu, dont la délicatesse des mets et la beauté des fruits répondoient à leurs soins et à l'ardent désir quMls avoient que cç repas pût être digne des augustes personnes pour lesquelles ils l'avoient fait préparer. Commelf s n'avoient pas prévu que la compagnie dût être si nombreu/fte, la table n'étoit que de quinze couverts, n y avoit une seconde table pour les seigneurs qui accompagnoient monseigneur le duc de Bourgogne, et comme toutes les dames ne purent trouver place à la première table , il y en eut plusieurs qui se placèrent à la seconde, ce qui fut cause que beaucoup d'ofliciers n'y purept avoir place ^ et M. d'Armenonville s'en étant aperçu, il en fit servh: une troisième dans son cabinet Commeil fallut employer un peu de temps à préparer ces tables, les hautbois jouèrent pendant cet intervalle, durant lequel madame la duchesse de BourgQ0ie dansa avec les jeunes dames de sa suite. On se mit à table ^ huit heures. Monse^eur le duc et madame la duchesse de Bourgogne furent servis par M. et par madame d'Armenonville. Pendant le souper on illumina la cour avec beaucoup de lamperons , afin que la compagnie en fût éclairée lorsqu'elle sortiroit. Le repas fini , madame la duchesse de Bourgogne reprit la danse, afin
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diner, se fit conter, par le maréchal de Boufflers, le détail de la fête du duc d'Albe à Paris, qui fut superbe; il y aura trois jours durant toujours divertissements nouveaux. L'ordre y est fort grand; on y a jeté de l'argent au peuple (1).
* On a vu, au repas que la ville de Paris donna au roi à l'hôtel de ville, que madame deFourcy, femme du prévôt des marchands et conseiller d'État et fille du chancelier Boucherat, servit à table madame la dauphine de Bavière, tandis que des dames non-seulement titrées, mais de qualité sacs titre étoient à table avec le roi et cette princesse. Ce fut ici la même chose. Armenonville étoit conseiller d'État et directeur des finances; il devint garde des sceaux dans la régence; mais à quoi on ne se seroit pu attendre , Morville, son fils , qui de procureur général du grand conseil devint ambassadeur en Hollande et au congrès de Cambray, puis ministre et secrétaire d'État des affaires étrangères, fut chevalier de la Toison d'or sous M. le Duc , avec M. lé duc d'Orléans et lui en même temps ; ce qui fut payé comptant, deux mois après, par le renvoi de l'mfante.^
de donner un air de fête à la réception qui lui avoit été faite , et M. d'Armenonville, voulantmarquerla joie qu'il ressentoitde ce que cette réception avoit été agréable aux augustes personnes qui lui avoient fait l'honneur de venir chez lui, attirer de très-belles fusées volantes dont il avoit fait provision dans la pensée qu'il pourroit un jour recevoir l'honneur qu'il reçut ce jour-là. La danse finit à une heure après minuit, et toute la compagnie retourna à Versailles, éclairée par^un.grand nombre de flambeaux.» (Mercure de septembre, pages 190 à 196.)
<i La maison ou cette fête s'est donnée s'appelle le château de la Muette; le mot de meute n'est que pour un grand nombre de chiens de chasse qui sont ensemble, et le lieu où on les tient s'appelle le Cheni ; mais le nom de Muete que porte ce château est un vieux mot françois dérivé de a mutando, parce que dans toutes les forêts, bois ou rendez-vous de chasse dans les plaisirs du roi, iJ y avoit toujours un endroit où l'on mettoit pendant la chasse la vieille meute , ou relais de vieux chiens, autrement dits chiens de rechange , et cela est si véritable que dans les forêts de Saint-Germain en Laye et de Fontainebleau on voit encore de vieilles masures qui portent ce nom de Muete , et si l'on en veut être plus assuré, l'on peut voir les provisions de capitaine des chasses que M. de Catelan avoit, et celles qu'a présentement M. d'Arroenoii* ville ; on y trouvera le nom de Château de la Muete, et non de la Meute. » ( Mercure d'octobre , pages 322 et 323. )
(1) Voir la relation des fêtes données par M. le duc d'Albe , ambassadeur d'Espagne, dans le Mercure de septembre , page 252 à 302.
Mardi 6, à Versailles. — Le roi, après le conseil de linances^ travailla encore avec M. de Chamillart. Après dîner il travailla avec M. de Pontchartrain jusqu'à cinq heures , et puis il alla se promener à l'Étoile, qui est ime petite maison que madame la duchesse d'Orléans fait bâtir dans le parc de Versailles et dont le roi fait la principale dépense. Monseigneur a mandé au roi que madame la princesse de Conty eut hier au soir, à Fontainebleau, un violent choléra- morbus qui lui a duré dix heures; elle étoitun peu soulagée ce matin. — U y a eu une petite affaire en Espagne sur la Segra à un fourrage. Quoique les ennemis fussent plus forts que nous en cet endroit-là, on leur a pris ou tué trois ou quatre cents cavaliers, et on a ramené beaucoup de chevaux. C'est Cilly qui commandoit à cette action; nous n'y avons perdu que deux dragons; Chazel, qui fait le détail de la cavalerie, y a eu le poignet cassé. — Madame la duchesse de Bourgogne , qui est un peu enrhumée et un peu fatiguée aussi de sa cavalcade de hier, s'est reposée toute là journée. — Le roi a donné au fils de M. Desgranges, qui est capitaine de cavalerie, l'agrément pour acheter le régiment de dragons du maréchal de Mon^ trevel.
Mercredi 7, à Versailles. — Le roi prit médecine et travailla, dès qu'il l'eut prise, avec M. le cardinal de Noailles, comme il fait tous les mercredis, et ensuite M. de Chamillart vint lui apporter des nouvelles venues par un courrier du maréchal de Tessé. L'après-dinée le roi tint le conseil d'État qu'il auroit tenu le matin sans sa médecine. Le roi, au souper, fit mettre à sa table Mademoiselle, et après souper la fit entrer dans le cabinet; il ne fait point manger avec lui les princesses du sang que dans les grandes cérémonies : ainsi voilà une distinction qu'il donne à Mademoiselle comme petitefille de France, car les petites filles de France y mangent. U la gracieusa fort même durant tout le souper *.
458 JOURJNAL DE DAJNGEAU.
— Les nouvelles qu'a apportées le courrier du maréchal de Tessé sont que les ennemis avoient repassé le Var, M. de Savoie faisant F arrière-garde de tout. Ils ont mar^ ché fort serré dans leur retraite. Les paysans leur ont tué trois ou quatre cents hommes dans le bois de l'Estrelle. Le courrier qui est venu est M. Berthelot, colonel du régiment d'infanterie de Bretagne, frèrede Pleneuf. Dès que M. de Savoie eut passé le Var, il fit rompre tous les ponts et se mit en bataille derrière la rivière. — Le roi a donné l'agrément au comte de Tallard pour acheté^ le régiment du comte de Tessé, qui est u» petit vieux corps.
* Ce souper de la fille de M. le duc d'Orléans au grand couvert à Versailles, où les princesses du sang ne sont point admises, fut une grâce qui s^est faite quelquefois à Fontainebleau aux princesses du sang, même avec la cour, d'Angleterre; mais une grâce p^sagère ne tourne pas en droit, et cette rare faveur n'eut pa$ plusi de suite pour cette jeune pripcesse qu'elle en avoit eu pour les autres, et ne lui donna aucune distinction sur elles, ni de droit , ni de fait.
Jeudi 8, à Versailles. — Le roi alla se promener à Trianon l'après-dinée ; il reçut des lettres de Monseigneur que madame la princesse de Conty se portait mieux. Madame la duchesse de Bourgogne entendit le salut, et puis alla à l'Étoile, qui est la nouvelle maison de madame la duchesse d'Orléans dans le parc. — l\ arriva ua courrier de M. de Tessé, qui étoit à Nice le 3. M. de Sfivoie se retire fort diligemment du côté de Coni, et M. de Tessé remet garnison dans Nice, et y laisse Montgeorges pour y commander, et il s'en va faire un tour à. Villefranche pour voir l'état de la place. On avoit cru que M. de Savoie, pour se dépiquer , en voudroit peut-être faire le siège ou celui de Monaco, mais il n'y a plus rien à craindre ni pour l'un ni pour l'autre, — Le roi a donné à Deseuille, lieutenant des gardes du corps, la lieutenanoe de roi de Champagne , qu'avoit M. de Praslin et qui n'a^ voit point été remplie depuis sa mort. — Le roi a donné
SëPTEMBI^Ë 1707. 4â9
à Gilly^ lieutenant général dans Tarmée de M. le duc d'Orléan$y la lieutenance da rai du pays de la M^^cbe, qui vaque depuis quelques mois parla mort de H. de Lostanges.
Vendredi 9, à Versailles. — Le roi, après dîner, alla à Marly, d'où il ne revint qu'à la nuit. Monseigneur le duc de Bourgogne partit d'ici pour aller à Fontainebleau. — Il arriva un courrier de M. de Vendôme, qui Qk pas^ TEscaut et qui est campé sa droite à Pont*à*Tresin , et sa gauche sous la contrescarpe de Tournay : toute son infanterie en première ligne, et toute sa cavalerie eq seconde ligne. Les ennemis ont passé FEscaut à Oudenarde et ont leur droite vers Menin et leur gauche à Helchin. M. de Vendôme a détaché M. de Gassion avec vingt escadron^; qui demeurera dans Tournay ; il a pour maréchal de camp, sous lui, M. de Conflans. M. de Vandôme a aussi envoyé quinze escadrons à M. de la Moihe^ qui est à Ypres. — Il arriva, à Paris, un courrier de M. le prince de Conty, qui est parti de Neufchàtel le 6 ; ce prince doit arriver demain à Fontainebleau et n'a point voulu attendre à Neufchàtel la décision de Taffaire. Les bruits de ce pays sont que madame la duchesse de Les* diguières y a bonne part, mais cela est pourtant encore incertain.
Samedi 10, à Versailles. — Le roi, après le conseil de hnances, travailla encore avec M. de Chamillart. Il alla tirer Taprès-dlnée. M. le prince de Conty arriva à Fontainebleau. — Les Hongrois se doivent assembler à la fin du mois pour faire l'élection d'un nouveau roi ; on en propose trois, qui sont :' l'électeur de Bavière, M. le prince de Conty et le prince Ragotzki. — Mardi dernier, dans la plaine de Saint-Denis-, le fils aîné du feu comte de TonneiTe tua d'un coup de fusil le second fils de M. Âmelot, notre ambassadeur en Espagne. Madame de Tonnerre, mère du comte de Clermont, se jeta aux pieds du roi mercredi pour demander la grâce de son fils , as*
surant S. M. que le fusil de son fils s'étoit lâché sans qu'il eût intention de blesser M. Amelot^ qui étoit son ami et avec qui il étoit venu à la chasse. Madame de Vaubecourt, sœur de M. Amelot l'ambassadeur, est venue se jeter aux pieds du roi aujourd'hui pour lui demander de ne point faire de grâce à l'assassin de son neveu, assurant qu'il l'avoit tué après Tavoir couché en joue. Le roi répondit comme il avoit fait à madame de Tonnerre, qu'il les plaignoit fort, mais qu'en cette occasion-là il falloit voir les informations et suivre le cours de la justice. M. de Clermont est en fuite.
Dimanche 11 , à Versailles. — Le roi tint conseil d'État comme à l'ordinaire et travailla Taprès-dlnée avec M. de Chamillart jusqu'à cinq heures, et puis s'alla promener à Trianon. — L'empereur a accordé au roi de Suède le rétablissement des églises protestantes dans toute la Silésie et plusieurs autres choses concernant la religion, suivant les traités de Westphalie. Il espère que cela apaisera le roi de Suède, qui ne laisse pas de faire marcher en ce pays-là un gros corps de trqifpes qui y subsisteront aux dépens du pays ; il veut, dit-il , avoir l'exécution des promesses de l'empereur. — On a découvert une grande conspiration à Genève, où Ton devoit tuer tous les magistrats. On a pendu un des principaux coupables, qui n'a voulu nommer aucun de ses complices, et même, étant sur l'échafaud, il a crié au peuple qu'ils n'avoient qu'à continuer dans leur entreprise et qu'ils n'avoient rien à craindre, puisqu'il n'avoit nommé personne. Les magistrats de cette ville sont dans une grande épouvante et soupçonnent un prince leur voisin d'avoir fomenté cette conspiration. Les Suisses, leurs alliés, leur ont envoyé quelques troupes pour garder leur ville. — Mademoiselle eut encore l'honneur de souper avec le roi.
Lundi 12, à Petit-Bourg. — Le roi, avant que d'aller à la messe, à Versailles, donna audience à M. le cardinal
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de NoailleS; et ensuite à M. le procureur général. Il dina à onze heures et puis monta en carrosse avec madame la duchesse de Bourgogne^ Madame, madame la duchesse du Lude et madame de Mailly . Il arriva ici à trois heures et se promena dans les jardins jusqu'à la nuit. Il loua fort M. d'Antin de tous les embellissements qu'il avoit faits à sa maison et du bon ordre qu'il avoit apporté pour que tout le monde y fût à son aise. Il entra ensuite chez madame de Maintenons où il fit entrer M, d'Antin avec un plan général de la maison et des jardins; il condamna un plant de marronniers et approuva fort tout le reste. — Par les dernières lettres de M. de Villars que l'ordinaire a apportées^ ce maréchal étoit encore à Rastadt et les ennemis à Ettlingen. Le détachement de Flandre et celui d'Allemagne, qui marchoient en Provence, joindront M. de Villars lé 24 de ce mois. Il parolt qu'il ne songe pas à repasser le Rhin. Son dessein, à ce qu'on croit, est de faire hiverner l'armée du roi en Allemagne, et l'on dit même qu'il finira la campagne par im siège considérable, ce qui sera pourtant difficile, parce que les ennemis se fortifient tous les jours.
Mardi 13, à Fontainebleau. — Le roi, après son lever, regardant à la fenêtre, vit que M. d'Antin avoit fait abattre la nuit tous les arbres qu'il avoit condamnés. Il entendit la messe à dix heures, où l'on chanta un motet en musique qui fut remarqué, parce qu'il convenoit à un bon courtisan. Le roi dîna après la messe, s'alla encore promener dans les jardins malgré la pluie, et puis monta en carrosse pour venir ici, où il arriva avant quatre heures. Madame de Maintenon, dès les sept heures du matin, se promena en chaise et fit tout le tour des jardins de Petit-Bourg, dont M. d'Antin lui fit les honneurs. — On a reçu des lettres de M. le duc d'Orléans du 3 de ce mois. Il attend son canon et ses poudres pour faire le siège de Lérida; Il eut ce jour-là un accès de fièvre qui lui prit par frisson, mais la fièvre étoit presque passée quand
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rordiliaiï*e partit, et les médecins cî^iètit qtie cêlft, n'aura point de suite. Il avdit marché, il y a quelques jours, pour attaquer la cavalerie ennemie , qui fut avertie par deux dragons qui désertèrent de la marclie de S. A. R. Ils se retirèrent fort précipitamment jusqu es à Tarragone; ils laissèrent quelques bagages, et on leur prit quelques prisonniers, parmi lesquels est le major de Lérida.
Mercredi 14., à Fontainebleau, — Le roi tint conseil d'État à son ordinaire; il alla tirer l'après-dinée , et le soir il travailla avec M. de Chamillart chez madame de Maintenon. — Le maréchal de Tessé mande au roi qu'il a laissé dans Nice trois bataillons, qu'il en laisse en Pro* vence vingt-trois ; il fait remarcher le reste de Tinfanterie en Dauphiné et en Savoie ; il envoie une partie de sa cavsLlerie à Arles et le reste au camp des Sablons. Ses lettres sont du 8. Il est revenu par les mêmes endroits où avoit passé M. de Savoie, et a trouvé partout une Si grande infection de corps morts qu'il a ordonné aux communautés de faire enterrer , de peur que cela n'empestât Tair. Les ennemis ont fait beaucoup moins de désordre en Provence qu'on ne l'avoit dit et n'en ont pas emporté 100,000 francs d'argent; ils ont fait pour le moins autant de désordre dans le comté de Nice qu'en Provence. — Le vieux Bartet est mort chez le maréchal de Villeroy auprès de Lyon. Il avoit cent cinq ans; il avoit été secrétaire du cabinet, et le cardinal Hazarin l'avoit employé souvent dans des intrigues de cour. Il est mort dans la dernière pauvreté*. *
* Bartet avoit été fort dans le grand monde, dans les intrigues et dans beaucoup de manèges avec le cardinal Mazarin.'ll avoit behucotip d'esprit , et il avoit été fort gâté , comme le sont ces sortts de gens , qui peuvent servir çt nuire; il en étoit devenu fort insolent, ets^étoit rendu redoutable. Des impertinences qui lui échappèrent souvent sur M. de Caudale lui attirèrent de sa part une rudebâtonnade, et qui fut avouée. L'aveu outra Bariet plus que les coups, et ce qui l'outra de désespoir c'est qu'il eut beau crier, il n'en fut autre chose ; ce fut le commencement de son déôUn. Il n'étoit point marié. Gomme cm le oraî-
gnoit plus qu^on ne Taimoit, et que son insolence avoit révolté tout le monde, chacun fut ravi de son aventure , et quand la faveur se lassa de le soutenir, chacun le laissa tomber avec plaisir , et les ministres et les courtisans du haut parage se gardèrent bien de Tappuyer ; et quand de dépit il se fut retiré, ils se gardèrent tout autant de le faire revenir.
Jeudi 15, à Fontainebleau. — Le roi courut le cerf Tappès-dlnée; madame la duchesse de Bourgogne étoit dans sa calèohe avec lui. Monseigneur et messeigneurs ses enfants étoientà la chasse. — M. le ducd'O rléans doit avoir commencé le siège de Lérida le 10. Les ennemis ont trois mille hommes de leur meilleure infanterie dans la place, et ils y ont mis le prince de Darmstadt pour y commander. Le marquis de Bay devoit assembler l'armée d'Estramadure le 15 et faire le siège de Ciudad-Rodrigo, qui est une fort mauvaise place. — Le roi de Suède est parti de Saxe le 1" de ce mois; il est entré en Silésie et marche fort lentement. L'empereur lui a accordé tout ce qu'il demandoit. Le roi Stanislas a marché quelques jours avant lui et est au bout de la Silésie sur la frontière de Pologne ; mais il ne veut point entrer en ce royaume que le roi de Suède ne soit fort près de lui. — On mande de Grenoble, au roi, que le cardinal le Camus est à l'extrémité.
Vendredi 16, à Fontainebleau. — Le roi travailla le matin avec le P. de la Chaise et alla tirer Taprès-dlnée. Le soir il y eut comédie pour la première fois (1) . — On eut des lettres de M. de Vendôme du 14 au soir. Il est toujours dans son même camp et les ennemis dans le leur, et il n'y a point d'apparence qu'il se passe rien de considérable le reste de la campagne de ce côté-là ; on
(l) «t On représenta le Tartuffe. » ( Mercure de septembre , page 363. ) Voir tome VII, pa^e 382, tome IX, pages 13 et 302. Le Mercure ne donne pas de journal détaillé du séjour de la cour à Fontainebleau pour les années 1704, 1705 et 1706; mais il est évident que le Tartuffe faisait, à chaque voyage, ptrUe du répeitoirp.
commence même ici à travailler aux quartiers d^hiver pour notre armée de Flandre. — On a reçu des lettres du duc de Berwick, de Pampelune, où il arriva le 8. Il devoit rejoindre M. le duc d'Orléans devant Lérida le 12.
— On a nouvelle par la Hollande que le chevalier de Forbin avoit trouvé auprès de l'embouchure de la Dwina une flotte marchande hoUandoise^ qui alloit en Moscovie, dont il avoit pris dit-sept bâtiments richement chargés. Les lettres qu'on a reçues de Hollande portent que le chevalier de Forbin vouloit emmener cette prise-là et celle qu'il a déjà faite il y a déjà quelque temps sur les Anglois à Brest, et qu'il passera par le nord d'Ecosse.
Samedi 1*1, à Fontainebleau. — Le roi apprit à son lever la mort du cardinal le Camus; il n'avoitde bénéfices que Tévêché de Grenoble ; mais il avoit près de 100,000 écus de légitime , qui reviennent à sa famille*.
— Le roi, après la messe, tint le conseil de finances à son ordinaire, et l'après-dlnée il alla courre le cerf. Madame la duchesse de Bourgogne étoit avec lui dans sa calèche; Monseigneur et messeigneurs ses enfants étoient à la chasse. — Par la mort du cardinal le Camus il vaque une sixième place dans le Sacré CoUége , outre les deux que le pape vient de remplir depuis un mois. — On reçut des lettres du maréchal de Tessé du 11, d'Aix. Il en repartoit le lendemain pour aller à Briançon ; il compte que M. de Savoie arriva le 6 à Coni, mais comme nous avons envoyé beaucoup de bataillons dans la vaUée de Barcelonnette, il y a grande apparence que M. de Savoie ne pourra rien entreprendre dans ces vallées-là. — Le roi a fait heutenant général le baron Sparre , qui arrive depuis quelques jours de notre armée de Flandre.
* On a vu, lors du passage des princes à Grenoble, en 1 701 , en revenant d'accompagner le roi d'Espagne à Saint-Jèan de Luz. quel étoit le cardinal le Camus, sa fortune, sa disgrâce et la cause de Tune et de l'autre et jusqu'à quel excès il poussoit la folie du cardinalat; sa mort ou plutôt ses suites ne furent pas édifiantes. Son testament fut immense, et sa
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succession prodigieuse. On eut peine à comprendre comment, avec un seul évêché, qui n'est pas riche, et 100,000 écus de patrimoine, il avoit pu amasser tant de biens, et le mot salé « pietas ad omnia utilis » revint beaucoup dans lesprit de tout le monde quand on vit ses légumes et sa frugalité, qui Tavoient^ait cardinal , l'avoir encore enrichi par ses épargnes si démesurément.
Dimanche 18, à Fontainebleau. — Le roi, après son lever, trouva bon que M.-Tévêque de Langres et M. le Camus, premier président de la cour des aides, lui parlassent dans son cabinet pour tâcher à justifier le comte de Clermont, leur neveu ou petit neveu, sur la mort du fils de M. Amelot. Le roi tint conseil d'État à son ordinaire, alla tirer Taprès-dlnée , et travailla le soir avec H. de Chamillart chez madame de Maintenon. Monseigneur se promena en carrosse autour du canal avec madame la princesse de Conty; monseigneur le duc deBour- ,sfogne s'y promena aussi avec madame la duchesse de Bourgogne et revinrent à pied du bout du canal. — D'Avéjan, qui commandoit pour le roi à Nancy, y est mort. Il touchoit 48,000 francs du roi, savoir: 4,000 livres d'une ancienne pension qu'on lui donna quand il quitta la lieutenance-colonelle du régiment des gardes, 6,000 livres de grand- croix de l'ordre de Saint-Louis, 20,000 livres qu'il avoit conservées du commandement de Furnes, qu'il avoit eu, et 12,000 livres pour le commandement de Nancy.
Lundi 19, à Fontainebleau. — Le roi, après la messe, alla chez madame de Maintenon, où M. de Chamillart vint travailler avec lui jusqu'à son dîner. L'après-dlnée il alla courre le cerf. Madame la duchesse de Bourgogne étoit avec lui dans sa calèche; Monseigneur et messeigneurs ses enfants étoient à la chasse (1) . Après qu'on en
(1) « Sa Msyesté avoit très-expresséroent défenda qu'on entràtdansles vignes pendant aucunes chasses, de crainte qu'on ne fit tort à la vendanf^e des particuliers. » ( Mercure de septembre, page 365. )
fut revenu, le roi travailla avec M. Pelletier chez madame de Maintenon. Au retour de la chasse monseigneur le duc de Bourgogne et madame la duchesse de Bourgogne montèrent à cheval dans Fallëe royale avec plusieurs dames, et après le coucher du roi ils allè^nt encore se promener sur les terrasses du Tibre. — Le roi a donné la grande croix de Saint-Louis à M. de Lauttiont qui commande à Dunkerque ;' il avoit le cordon rouge dans cet ordre, que le roi a donné au chevalier d'Asfeld, lieutenant général en Espagne. Le commandeinent de Nancy est donné à H. de Valeilles, qui en étoit lieutenant de roi. Le commandement de Furnes est donné aU chevalier de Bauyn, capitaine aux gardes, qui vendra sa compagnie, et l'on croit qu'elle sera achetée par le fils de d'Avéjan, qui est lieutenant dans ce régiment et à qui le roi donne 1,000 écusde pension.
mardi 20, à Fontainebleau. — Le roi, après le conseil de finances, demeura à travailler avec H. de Chamillart ; il alla tirer Taprès-dlnée , et le soir il travailla avec M. de Pontchartrain chez madame de Maintenon. — M. le duc de Rohan a prié le roi de trouver bon qu'il n'allât point cette année tenir les états de Bretagne, et de vouloir bien que le prince de Léon, son fils, les allât tenir en sa place. — Los troupes de Tempereur qui étoient avec M. de Savoie sont retournées dans le Milanois , et il paroit même qu'il y a quelque mésintelligence entre le duc de Savoie et le prince Eugène. — • On a intercepté une letti*e de l'archiduc à l'empereur, dans laquelle il se plaint qu'on ait donné la vice-royauté de Naples, sans sa participation ; à un Allemand; la lettre même, & ce qu'on dit, est assez aigre et assez haute. On prétend aussi que Tarchiduc a écrit à l'impératrice douairière, sa mère, pour la prier de ne point aller à Naples, lui mandant que ce voyage étoit contraire à leurs intérêts, à lui et à elle. Il paroltroit par là que l'empereur et l'archiduc n'ont pas sujet d'être contents les uns des autres.
Uercrtdi 21, à Fentaineblmu , — Le roi tint conseil d^État le matin à son ordinedfe; Monseigneur et monseigneur le duc de Bourgogne sont toujours à ces conseilslà. L'après-dlnée le roi travailla avec Mi de Chamillart et puis alla se promener en calèche à l'entoUr du canal. Madame la duchesse de Bourgogne étoit seule avec lui dans sa calèche; Monseigneur et messeigneurs ses enfants étoient à la promenade. — La flotte ennemie qui étoit devant Toulon, après avoir reporté à Oneglia et à Final lès malades et les blessés, a fait voile vers la Catalogne, où l'on dit qu'elle porte quatre ou cinq bataillons à l'archiduc, qui demande du secours de tous côtés et qui se plaint d'être abandonné. — Le roi de Suède marche fort lentement dans la Silésie, et on ne eroit pas qu'il veuille entrer en Pologne avant la fin du mois. — M. d'Hanovre est arrivé à Tarmée des ennemis, en Allemagne, qu'il va commander ; le marquis de Bareith en étoit parti avant qu'il y arrivât. Ils ont détaché une partie de la gar^ nison qu'ils avoient dans Philisbourg pour l'envoyer à Landau, croyant que le maréchal de Villars en vouloit faire le siège; mais il ne parolt pas que ce maréchal songe encore à repasser le Rhin. 11 fait donner de l'avoine à sa cavalerie, qui trouve du foin en abondance dans les quartiers où elle est.
Jeudi 22, à Fontainebleau. — Le roi courut le cerf Taprès-dlnée. Madame la duchesse de Bourgogne étoit avec lui dans sa calèche. Monseigneur et messeigneurs ses enfants étoient à la chasse. — Riber ville, notre envoyé à Gênes, mande que, par une felouque arrivée en quatre jours de Gaàte,' on avoit appris que les troupes qui sont dans le royaume de Naples, pour rarchiduc, avoient voulu faire le siège de cette place, et que par bonheur les galères de Sicile et trois de l'escadre du duc de Turci, qui étoient dans le port, avoient tiré si à propos sur les troupes qui étoient le plus près de la mer qu'on les avoit mises en grand désordre, et que le duc d'Esca-
lone, qui s'y est retiré avec trois mille Espagnols, avoit fait une sortie, dans laquelle il avoit tué mille ou douze cents Allemands , et que le reste de cette petite armée, loin de continuer le siège, s'étoit retiré à Naples. Il y a eu aussi à Reggio un petit soulèvement qui marque que Tautorité de Tarchiduc n'est pas encore bien établie en ce pays-là. — On mande de Namur qu'un neveu du baron de Sparre, qui portoit son nom et qui y éloit venu avec l'équipage de son oncle, s'étoit tué d'un coup de pistolet dans la tète; il y avoit quelques jours qu'on s'apercevoit qu'il étoit fort chagrin et ne vouloit point manger.
Vendredi 23, à Fontainebleau. — Le roi alla tirer l'après-dlnée. Monseigneur - et messeigneurs ses enfants coururent le Joup. Madame la duchesse de Bourgogne alla aux Loges , où elle demeura assez longtemps dans Téglise, ensuite elle alla à Avon et puis à l'hôpital, où elle visita les malades et où elle donna bien des charités. A six heures et demie la cour d'Angleterre arriva; la reine avoit couché à Corbeil, où le roi son fils, qui étoit demeuré à Saint-Germain, la viat joindre. Le roi et toute la maison royale les reçurent sur le perron de la cour en ovale, et puis conduisirent la reine chez elle et soupèrent tous en public dans l'endroit où le roi mange les soirs. Le roi fait toujours mettre la reine entre le roi d'Angleterre et lui, et donne toujours la droite au roi d'Angleterre (1). Madame la duchesse de Bourgogne donna aussi toujours la droite à la princesse d'Angleterre; elle n'étoit
(1) « Quoique plusieurs des seigneurs anglois qui ont Thonneur de suivre Leurs Majestés fussent venus plusieurs fois à Fontainebleau , cette magnificence leur parut toujours nouvelle, et ils ne purent s*enipècher de se récrier que, si Leurs Majestés Britanniques partoient de LoBdres dans Téclat de leurs plus grandes prospérités pour venir voir le roi, il ne seroit pas possible qu'on les reçût avec plus de majesté et de grandeur, et que ce qui les surprenait encore davantage étoit que, depuis qu'elles étoient en France, cela ne s'étoit jamais démenti un seul moment, et qu'il leur paroissoit au contraire que la générosité du roi ausmentoit tous les jours à leur égard. » {Mercure de septembre, pago 37fi. )
encore jamais venue à Fontainebleau. La reine d'Angleterre est logée,, comme le dernier voyage, dans notre appartement, le roi d'Angleterre dans l'appartement de la duchesse de Guiche et la princesse sa sœur dans celui de la duchesse de Noailles. — Les dernières lettres qu'on a de M. le duc d'Orléans sont du 8. Il avoit eu trois accès de fièvre tierce, que le quinquina lui a ôtée. Il doit être le 12 devant Lérida, où la tranchée ne sera ouverte que le 17 au plus tôt.
Samedi 24-, à Fontainebleau. — Le roi tint conseil de finances comme à Tordinaire , et Faprès-dlnée il alla courre le cerf. Il partit d'ici dans un grand carrosse avec le roi d'Angleterre , la princesse d'Angleterre, madame la duchesse de Bourgogne, la duchesse du Lude et une dame de la reine d'Angleterre ; et en arrivant au rendezvous de la chasse le roi entra dans sa calèche , le roi d'Angleterre monta à cheval, madame la duchesse de Bourgogne et la princesse d* Angleterre, la duchesse du Lude et la dame de la reine d'Angleterre montèrent dans une calèche à quatre et découverte. Le soir il y eut comédie (1). — Les lettres de Madrid du 12, qu'on a reçues par l'ordinaire, nous apprennent que le roi d'Espagne ayant donné ordre d'expédier les patentes pour la grandesse qu'il a accordée au maréchal de Bei*wick, avec la faculté de faire passer cette dignité à tel de ses fils qu'il
(1) « On joua Cinna, Le cercle y fut fort magnifique, et toutes les princesses et beaucoup de dames y étoient brillantes de pierreries. Il y avoit sept ^ fauteuils de rang oii étoient le roi d'Angleterre, et à sa droite madame la princesse sa sœur, madame la duchesse de Bourgogne , Madame et madame la duchesse d'Orléans ; et Sa Majesté Britannique avoit à sa gauche Monseigneur et monseigneur le duc de Berry. Madame la Duchesse, madame la princesse deConty et toutes les autres princesses et dames formoient le cercle jusqu'à l'orchestre. Le souper suivit ce divertissement, et les rangs y furent observés comme le jour précédent. 11 est impossible de voir plus de pierreries ensemble que celles qui servoient de parure à cette auguste compagnie, qui reconduisit , à l'issue du souper. Leurs Majestés Britanniques dans leurs appartements. » (Mercure de . septembre , pages 378 et 379 . )
470 JOURJSAL DE DAJNGEAU.
voudrpit^ S. M. C. a jugé à propos d'y atto^chep 1^ villes de Lérida et de Xerica dans le royaume de Yaleiice, avec 12^000 livres de rente qui en dépendent et le titre de duché*. On a à Madrid des lettres de la frontière de Fortifiai qui portent qu'il se commettoit da graQds désor4re8 dans ïâsbonne, que beaucoup de gens y avoient été assassinés la nuit dans les rues, qu'on attribuait cçs meurtres à l'infant don Francisco, et que le roi de Portugal a été obligé de faire publier des défenses de sortir dans les rues passé neuf heures du soir. ^^ Jlçsseigneurs les ducs de Bourgogne et de Berry allèrent tirer des sangliers, et monseigneur le duc de Berry eut le malheur de blesser considérablement un des veneurs.
* La bataille d'Almaasa et les autres services du duc de Berwick en Espagne lui valurent cette grâce oopplète et sans exemple de pouvoir &ii*6 passer de soi| vivant à celui de ^es Qls qu'il voudroit sa grandesse. Ou a déjà vu que le père et le 61s ne sont jamais grands à la fois , à moins que le fits ne le devienne par une grandesse distincte de celle de son père , ou faîte pour ce fils, ou héritée d'ailleurs que du ooté de sim père vivant, et le choix de la succession de la grandsaiiB dppnée au père ne le fut jamais qu'à oelui-ei, et passe toujours de droit et de pécessité à l'aîné. Voilà les deux choses $ausi exemple. La troisième, qui n'en a guère, est le don des terres qui composent la grandesse. M. de Berwick n'avoit qu'un flis unique du premier Ht ; il en avoit d'autres du second; il se flattoit toujours de son rétablissement en Angleterre à la paix, ^t il destinoit ce fils du premier lit à y recueillir ses biens et sa 4ignité, 0t à l'y envoyer s'é^hKr; (S'est ce q^i lui fît demander ce choix pour pouvoir donner sa grandesse à Tatné du second lit. On verra dans la suite comment tout se passa dans sa famille.
IHtnanche 25, à Fontainebleau. — Le roi tint conseil d^Ëtat; matia depuis que la cour d'Angleterre e»t ici il tient ses conseils avant la messe^ où il ne va qu'après midi, et va toujours prendre la reine 4â.ns son appartement, et lui donne la main jusqu'à U chapelle, et tou* jours à couvert. On entre de la galerie de Diane dans le cabinet de Clorinde, et Ton traverse les appartements de monseigneur le duc de Bourgogne, de madame la duchesse de Bourgogne et du roi. L'après-dlnée le roi
travailla avec U. de Cbamillart jusqu'à quatre b^ures^ et ' puis on s'alla promener en c^rosse autour du canal. Le roi étoit dans le fond du carros3e avec la reine d'Angleterre , à qui il donne toujours la droite. Le roi d'Angle^ terre et la princesse sa sœur se mirent dans les portières; madame la duchesse de Bourgogne et Madame étoient au devant. Monseigneur étoit dans son carrosse avec ma* dama la princesse de Conty^ M. le prince de Conty et plusieurs dames. Il y avoit grand nombre de carrosses des dames de la cour et des courtisans. — Il arriva un courrier du maréchal de Tessé, qui mande que le prince Eugène, qui avoit fait comre le bruit qu'il retourpoit da»s le duché de Milan avec les troupes de Tempereur, avoit marché à Suze, avoit pris les retranchements qu'on avoit faits sur la hauteur et la ville où nous n'avions que quatre bataillons, qui se sont retirés dans le château. Le maréchal de Tessé étoit àExilles^ où il assemblera des troup^js pour tâcher de secourir Suze.
Lundi 26, à Fontainebleau.-^ Le roi courut le eerf s^ul dans sa calèche l'après-^inée. Le roi d'Angleterre étoit à cheval; madame la duchesse de Bourgogne, la princesse d'Angleterre et les dames qui les suivoient étoient en calèche et furent fort mouillées et ne revinrent qu'à la nuit. Il y eut un retour de chasse chez madame da Maintenons que madame la duchesse de Bourgogne donna au roi d'Angleterre et à la princesse sa sœur et plusieurs dames, pendant que le roi travailloit avec M. Pelletier dans son cabinet. — Le marquis de Sourdis est mort en Guyenne, où il étoit retiré ; il avoit longtemps commandé dans cette province-là. A étoit fort ancien lieutenant général; il étoit gouverneur de l'Orléanois, et avoit, outre cela, le gouvernement d'Amboise;il étoit chevalier de rOrdre. Il n'avoit d'enfants que madame de Chabannois*. — On mande de Flandre que, les ennemis ayant envoyé un parti de six cents chevaux dans le Cambrésis pour étendre leurs contributions, H. de Vendôme avoit dé-
472 JOURWAL DE DAINGEAU.
taché Tournefort avec six escadrons et six cents gTenadiers, qui avoient joint le parti auprès de Càteau-Cambrésis ; les grenadiers n'avoient pas pu suivre Tournefort. Dès que les ennemis aperçurent nos troupes, ils se mirent en bataille et vinrent à nous de bonne grâce jusqu'à la portée de la carabine, et puis prirent la fuite sans tirer un coup et se séparèrent en petites troupes. On leur a tué trente cavaliers ; on leur en a pris soixante et plus de six-vingts chevaux. Trente ou quarante cavaliers se sont venus rendre outre cela à Landrecies, craignant d'être assommés par les paysans. On croit qu'il en rentrera très-peu dans leur armée, parce qu'ils sont au milieu de nos places, dont M. de Vendôme a fait avertir les gouverneurs.
* M. de Sourdis étoit Escoubleau , dont il n'y a plus, et la perte eu est légère. Celui-ci n'avoit de mérite que la protection ouverte de Louvois , dont il étoit le valet à tout faire. La débauche Tavoît lié intimement à S.aint-Pouanges, qui lui avoit valu cette protection qui lui fit sa fortune. Sa triste aventure de Nuys (1) à l'ouverture de la guerre de 1688 ne put être palliée par ses protecteurs, qui l'en tirèrent par le commandement de Guyenae, où ils le soutinrent, quelque misérablement qu'il s'y conduisit, et où une maîtresse de bas lieu régnoit sous son nom ouvertement avec empire. Louvois mort , il fie put se soutenir longtemps. Sa tête et son corps étoient affoiblis par ses débauches. Le commandement de Guyenne lui fut ôté, et il eut la bassesse de demeurer dans cette province sans emploi et sans aucune considération. 11 y vécut nombre d'années de la sorte et jusqu'à sa mort sans en être sorti. Il donna sa fille, unique héritière, au fils de Saint-Pouanges ; la disproportion y étoit, mais non pas infinie ; foiblesse et reconnoissance , peut-être intérêt, firent ce grand mariage.
Mardi^l , à Fontainebleau, — Le roi, après le conseil de finances, travailla encore avec M. de Chamillart. L'aprèsdlnée il alla tirer et mena le roi d'Angleterre avec lui. Le soir (2) il travailla avec M. le comte de Toulouse et
(1) Voir le Journal de Dangeau, des 17 et 18 mars 1689,' et l'addition de Saint-Simon, tome U, page 354.
(2) « Ce même soir le Bourgeois Gentilhomme fut représenté avec tous set»
M. de Pontchartrain au remplacement des officiers de la marine. Il y a voit deux places de chef d'escadre vacantes^ Tune par la mort du chevalier de Sebbeville et Tautre parce que d'ïnfreville, qui étoit le plus ancien, a quitté. Le roi a donné à d'Infreville 2,000 écus de pension et a choisi pour remplir ces deux charges Chabert et Desfrancs, deux des plus anciens capitaines de vaisseau, et les deux places de capitaine ont été remplies par de Brene et Gremonville. Le roi a fait avancer les deux fils du maréchal de Château-Renaud, qui sont encore fort jeunes; l'alné, qui étoit enseigne, a été fait lieutenant, et le cadet, qui étoit garde-marine, a été fait enseigne. Il a fait aussi enseigne le fiLs de madame de Villes-Franche, quiestfortjeune. — Le roi a donné à M. d'Antin le gouvernement d'Orléans et celui d'Âmboise, qu'avoit le marquis de Sourdis; cela vaut 15 ou 16,000 livres de rente; le gouvernement d'Orléanois est un des douze grands gouvernements du royaume *.
* lia mort de madame de Montespan ouvrit à d*Antin la porte de la fortune et de la récompense de ses longues sueurs et de ses infatigables travaux de cour. Jusqu'alors il avoit trouvé le roi de fer pour lui, quelques souplesses, quelques soins, quelques intrigues qu'il eût employés. Madame de Maintenon ne se pouvbit résoudre à rien en sa faveur. Dès qu'il eut perdu sa trop fameuse mère , tout changea de face ; madame de Maintenon lui sourit. Le passage du roi par Petit- Bourg fut un signe éclatant de ce grand changement. Cette grâce du gouvernement d'Orléanois ne tarda pas ensuite : « Me voilà donc dégelé, s'écria d'Antin , transporté à cette nouvelle ; puisque le roi commence à me donner, je ne suis plus en peine de ma fortune. » On
ornements, et l'on avoit fait exprès venir à Fontainebleau tous les anciens danseurs qui étoient autrefois des divertissements du roi , et dont la plupart ont dansé à cette pièce la première fois qu'elle fut représentée devant Sa Majesté à Saint-Germain en Laye. Le ballet qui avoit été remis par le sieur Pécourt fut trouvé très-beau et très-bien exécuté. Les voix plurent beaucoup , et ce divertissement, dont les habits convenables au sujet étoient très-propres, parut complet. L'on prit beaucoup de plaisir à entendre les airs espagnols qui furent chantés. » ( Mercure de septembre , pages 413 et 4 14.)
474 JOURNAL DE DAMGEAU.
verra bientôt qu'il ne se trompa pas, et qu'il la su porter jusqu'où un habile courtisan la pût porter en tout genre.
Mercredi 28^ à Fontainebleau. -^ Le roi tint le matin conseil d'État à son ordinaire. L'après-dinée il mena la reine d'Angleterre se promener à Franchard, où il y eut grande collation (1). Le roi d'Angleterre, la princesse sa soeur, madame la duchesse de Bourgogne et beaucoup de dames étoient à cheval. Le soir le roi travailla avee M. de Chamillart chpz madame de Maintenon. — Il arriva le soir un courrier de M. de Vlllars. Un de nos partis de cavalerie, que commandoit M. de Vivans, qui étoit à ce qu'on dit de huit cents chevaux, a été battu par troiâ mille chevaux des ennemis. Nous n'en savons pas encore le détail. — On eut par l'ordinaire des lettres de M. le duc d'Orléans; elles sontda 17. Il mande quelaSègre s'étoit tellement enflée par les pluies que les ponts que nous avions faits sur cette rivière avoient été emportés^ ce qui retardera de quelques jours le siège de Lérida. On travailloit à les raccommoder, et heureusement les ennemis, qui en sont assez éloignés, n'ont pu profiter de cet accident; car notre armée , étant séparée par la rivière, leur auroit donné moyen de nous attaquer avan-
(1) « On alla raprè«-dinée promener à Franchart, madame la piriiice»6e d'AB^erre ayant dée^iré de voir le désert de cet herinitag0y qui eat un àBê pins solitaires qu'il y ait au monde et d'une beauté qui fait soubaiter ^ tous les curieux de le voir. La promenade fut des plus galantes. Le roi , la reine d'Angleterre y madame la duchesse d'Orléans douairière et leurs dames d'honneur étoient dans le même carrosse. Le roi d'Angleterre, Monseigneur, messeigneurs les princes , madame la princesse d'Angleterre, madame la duchesse de Bourgogne et toutes les jeunes dames de la cour étoient en habit d'amazones avec des plumets et des cocardes au chapeau ; leurs habits étoient magnifiques. Toute cette troupe accompagnoit le carrosse de S. M. avec on grand nombre de seigneurs et de cavaliers. Après qu'on se fut promené aux environs de Franchart, on trouva dans le salon que la reine a tait bâtir sur le hautd'uneespècede précipice dont la vue est très-agréable une collation servie en ambigu qui y avoit été préparée par les officiers de S. M. Cette galante troupe ne revint qu'à l'entrée de la nuit. » ( Mercure de septembre, pages 416 et 417.)
SEPTEMBRE i7Q7. 476
tag^^usemeQt. On a appris par ces mêmes lettres que le comte d'Egmont^ général de la cavalerie espagnol^^ étoit mort de maladie ; il ne reste plus d'homme de cette maison-là*.
* Le eomte d'£gtnont, dernier de cette première maison des Pays- Bas et qui a été un instant souveraine de Gueldre , n eut point d'en« fants de mademoiselle de Cosnac, nièce de l'arcbevéque d'Aiij^ et élevée chez madame des Ursins^ lors duchesse de Bracciano, à Paris, où il l'épousa avant que cette illustre femme retournât en Italie, etquV étant devenue veuve elle allât régner en Espagne. Il n'avoit qu'une sœur unique, qui avoit épousé un Pignatelli, duo de Bisacîa et grand seigneur à Naples : il y avoit un fils unique et une fille unique de œ mariage ; la fille épousa le duc d'Aremb^rg-'J^iglie, |;rand d'Espagne, qui, par la révolution de la bataille de Ramillie^ et des Pay^•Bas , s'attacha à l'empereur et au prince Eugène, qui Téleva rapidement aux premiers grades de la guerre et au gouvernement de Mons et du Hahiault. Il eut aussi la Toison et les hallebardierg de la garde de l'empereur quand le marquis de Vesterlo, qui les avoit, fut chassé pour la magique aventure de M. de Richelieu à Vienne et de l'abbé de Zizendorf , nommé au cardinalat, et que son père sauva avec M, de Richelieu pour sauver le cardinalat que cet abbé obtint peu de mois après avec des évécbés cpQsidérables. Le fils de M. de Bisacia prit le npin de comte d'Ego^^nt , en put les biens et la graodess^, et son père, qui fut toujours fidèle s Philippe V et qui se retira à Paris, où il mourut, \é maria à une fille du < feu duc de Duras.
Jeudi 29, à Fontainebleau. — Le roi courut le cerf TaprèfiHiinée. La reine d^ Angleterre étoit avec lui dans la petite calèche; le roi d'Angleterre, Monseigneur et messeigneurs ses enfants étoient à cheval. Madame la duchesse de Bourgogne et la prinoesse d'Angleterre étoient dans une calèche à quatre avec madame de Maiily et une dame angloise (1). Le soir il y eut comédie. Monseigneur le duc de Bourgogne n'y a point été de ce
(i) (t II y eut ensuite un retour <le ehasse qui ftit donné par madame la dudiCMe de Bourgogne, où se trouvèrent le roi d'Angleterre, madame la princesse sa soeur, messeigneurs les dues de Bourgogne et de Berry et les dames. La même compagnie alla le soir voir une représentation de la tragédie de Mi^ thridate. Tonte eette angnste troupe seupa le soir au grand eonvert de 8a Mi^fsté. » ( âiereure de septembre , page 419. )
voyage ; l'année passée il y alla quelquefois par pure complaisance poui* le roi d'Angleterre. — Le comte d'Illiers arriva le matin de Brest, d'où le chevalier deForbin Ta envoyé ici pour rendre compte de ce qu'il a fait celte campagne. Il a pris ou coulé à fond cinquante -trois vaisseaux marchands et deux vaisseaux de guerre de soixante-dix pièces de canon ; il a ramené à Brest sur six flûtes tout ce qu'il avoit pris sur les vaisseaux marchands, qu'il a fait brûler, et croit que ces prises ne vaudront pas plus de deux millions; il y a fort peu d'argent comptant. Il est revenu à. Brest par le nord d'Ecosse.
Vendredi 30, à Fontainebleau. — Le roi travailla le matin avec le P. de la Chaise, et Taprès-dlnée il mena la cour d'Angleterre à la chasse du sanglier dans les toiles (1). Monseigneur, messeigneurs ses enfants, madame
(1) (( Les toiles étoient tendues dans les ventes de Bombon. U y avoit dans Tenceinte un grand nombre de sangliers et d'autres bêtes fauves , savoir ; des cerfs, des biches, des chevreuils et des renards. La cour s'y rendit et le roi, la reine d'Angleterre, le roi son fils , la princesse sa sœur, madame la duchesse de Bourgogne et Madame étoient dans le même carrosse , et toutes les prin- ' cesses et les dames suivoient dans les carrosses et dans les calèches du roi«t de madame la duchesse de Bourgogne, et un grand cortège de seigneurs à cheval suivis d'un grand nombre de carrosses. 11 y avoit plusieurs chariots préparés dans l'enceinte en manière de plate-forme, garnis de sièges couverts de tapis pour les dames , et des dards. U y avoit aussi un grand nombre de chevaux de main, prêts pour les seigneurs qui voudroient aller à coups d'épée sur ces animaux. Le roi d'Angleterre et monseigneur le duc de Berry en dardèrent plusieurs. On en tua seize des plus considérables et quelques renards. Cette chasse donna beaucoup de plaisir à Leurs Majestés Britanniques, aussi bien que le spectacle qui accompagne toujours ces chasses , à cause de la multitude de gens qui environnent les toiles et de la grande quantité de peuple que la curiosité fait monter sur les arbres et qui forme une tapisserie admirable par sa diversité, partout où la vue peut s'étendre. Madame la duchesse de Bourgogne donna au retour un grand concert de musique au roi et à madame la princesse d'Angleterre, qui dura jusqu'à l'heure du souper. Vous ne douterez point de la beauté des voix et de celle de la symphonie lorsque vous saurez que ce concert fut exécuté par les demoiselles pensionnaires de Sa Majesté, par les musiciens de sa chambre et par les instruments ; le tout étoit conduit par M. de la Lande. Toutes les dames assistèrent à ce divertissement, où le prologue de l'opéra de Phaëton et plusieurs actes furent chantés. Les familles royales soupèrent au grand couvert du roi, où la cour est toujours fort grosse, puisqu'outre
OCTOBRE i707. 477
la duchesse de Bourgogne, Madame^ toutes les princesses et toutes les dames angloises et françoises y étoient. — Un courrier de M. de Chamillart revint d'Allemagne. M. de Yillars a mandé par lui le détail de Taffaire de M. de Vivans. Il étoit campé avec quinze escadrons auprès d'Offembourg. Les ennemis détachèrent le général Mercy avec trois mille chevaux, qui firent plus de trente lieues en quatre jours en prenant le derrière des montar gnes. Ils tombèrent, à la pointe du jour et par un grand brouillard, sur M. de Vivans, qui n'avoit eu nul avis de leur marche, quoiqu'il eût quatre partis dehors. M. de Vivansmo nta à cheval, eut bien de la peine à rassembler huit cents chevaux, passa la rivière , se mit en bataille de l'autre côté. Les ennemis ne le vinrent point attaquer, ils piDèrent le camp et prirent quelques cavaliers qui n'avoient pas eu le temps de monter à cheval et des chevaux de ceux qui s'étpient sauvés à pied. Nous avons perdu près de trois cents hommes à cette affaire^là et encore plus de chevaux. Le lieutenant-colonel de Choiseul V a été fort blessé. M. de Vivans, les huit cents chevaux qui avoient passé la rivière et ceux qui purent le rejoindre se retirèrent sous le fort de Kehl.
Samedi 1" octobre j à Fontainebleau. — Le roi tint conseil de finance à Tordinaire. L'après-dlnée il se promena en carrosse autour du canal. La reine d'Angleterre étoit à côté de lui à. la di*oite ; Madame étoit au devant avec une dame de la reine ; madame la duchesse d'Orléans et madame la Duchesse étoient aux portières. Le roid'An-
Ic cercle de duchesses qui environne Leurs Majestés le cercle des daines q ui n'ont pas de tabouret nVst pas moins brillant. Les seigneurs forment un troisième cercle autour du second , et il est toujours fort grand, parce que les tables du grand maître et du chambellan , où mangent les seigneurs , sont toujours levées avant le souper du roi, ainsi que celle que Sa Ma\jesté fait servir pour les seigneurs et dames angloises qui ont l'honneur de suivre Leurs Majestés Britanniques, Vattention de ce monarque allant jusqu'à avoir ordonné des tables dans les appartements des dames angloises pour la suite do ces dames. « (Af^cwrf d'octobre, pages 221 à 226.)
gteterre, Honsm^ùeUP, meSseignâul^ ses MfMièy madame la duchesse de Boui^ôgne, k princesse d*Atigletepre et beaucoup de datoes étoient à (cheval. Là promenade et la cavalcade fuirent fort belles (1). Le soit il y eut comédie. — Par les dewiières lettres (jii'on a de Su2e, ToMcler qui y commande écrit que la place e^ investie. C'est le prince Eugène qui fait le siège , et ils travaillent aux batteries. La comtesse de Soissons, femttie du dernier mort, qui étoit dans un couvent à Turin, en a été chassée par M. de Savoie pour quelques discours imprudents. Elle est venue à Grenoble^ d'où elle avoit écrit à madame de M aintenon pour la prier de la recevoir à SainlrCyr. Le roi lui avoit fait mander, par M. de Chamillart, de n'entrer pas plus avant dans le royaume ; elle a continué sa marche et est venue jusqu'en deçà de Nemours* On Ta renvoyée dans un couvent à Lyon.
Dimanche 2, à Fontainebleau. — Le roi tint le conseil d'État à son ordinaire. L'après-dlnée îl alla tirer et mena le roi d'Angleterre avec lui à la chasse. Le soir îl travailla chez madame de Maintenon avec M. de Chamillart. Il y eut le &oir> à sept heures, chez Monseigneur, appartement, où il y eut musique et grand jeu qui dura jusqu'au souper. — On a par l'ordinaire des lettres de M. le duc d'Orléans du 19. Les ponts de la Sègre étoient
(1) « U y eut à cette promenade environ cent cin(}uaûte dames vétueâ en amazones et dont les habits étoient très-magnifl()aes , et l'on y oompta quatt«vingt-quatorze carrosses. On doit remarquer que ceux de la maison royale étoient attelés de tiuit chevaux et que tous les autres enavoient six. Après que l'on eut fait plusieurs fois le tour du canal, et que l'on en eut fait aussi plusieurs dans Fallée royale , cette galante troupe ftnit sa promenade par quelques tours qu'elle fit autour du parterre du Tibre , et après être rentrée au galop dans la cour de l'Ovale , les dames se remûrenten grand habit pour se rendre ensuite à la comédie de Pourceaugnac, Il y eut avant l'ouverture de la pièoe des airs chantés par des demoiselles pensionnaires de la musique du roi. La pièce fut accompagnée des danses qui entrent dans son si]^^^ > ^ ^^^ ^^ suivie d'un ballet dansé par les danseurs pensionnaires de Sa Migesté. » {Mercure d'octobre, pages 228 à 2âd. )
raceommedés ; mais cela n'a pas laissé de retardât le siège de LéridA de quelques jours, et ou ne compte pas d'ouvrir la tranchée avant le 24-. On mande de Madbirid que le marquis de Bay fait le siège de Ciudad-Rodrigo. On a de mauvaises nouvelles d'Oran. Les Mores, qui Tatr taquent depuis quelque temps, ont pris un fort qui incommodera fort la place et qui en étoit une des principales défenses. On cherche en Espagne les moyens d'y envoyer du secours, mais cela est bien difficile.
Lundi 3, à Fontainebleau. — Le roi, après son lever, entra chez madame de Maintenon , où il demeura tout le matin, et à midi un quart il alla chez la reine d'Angleterre, comme il va tous les jours, et la mena à la messe. Tous les princes et toutes les princesses vont tous les matins à la toilette de la reine, et cela fait une fort grosse cour. L'après-dinée le roi courut le cerf. La reine d'Angleterre étoit avec lui dans sa petite calèche. Le roi d'Angleterre, Monseigneur, messeigneurs ses enfants ètoient à cheval. Madame la duchesse de Bourgogne et la princesse d'Angleterre étoient dans une calèche à quatre, où elles avoient derrière elles une dame angloise et une dame françoise (1). — On a des nouvelles sûres des ports d'Angleterre que la flotte destinée à mener des troupes et des munitions de guerre et de bouche en Portugal avoit désarmé, qu'on avoit désembarqué les U*oupes et renvoyé tous les bâtiments de transport, et que la reine Anne avoit déclaré à l'ambassadeur de Portugal qu'elle ne pouvoit, cette année, envoyer du secours au roi, son maître.
*Mb
(1) « Les daines au retour se remirent eo grand habit pour aller à une seconde représentation du Bourgeois gentilhomme que ma<laine la princesse d*Angleterrre avoit souhaitée. Les ornements de cette pièce furent augmentés de plusieurs belles voix , et les musiciens parurent avec des habits nouveaux. Il y eut après le ballet qui finit cette pièce plusieurs scènes jouées par MM. Âllard et Dumoulin , accompagnées de plusieurs danses d'Arlequins et de Scarainouches, qui dansèrent avec une légèreté surprenante. » ( Mercure d'octobre, pages 233 et 234. )
Mardi 4 , à Fontainebleau, — Le roi tint le matin conseil de finances à l'ordinaire , et l'après-dlnée il travailla avec M. de Pontchartrain jusqu'à cinq heures. Il fit un si vilain temps tout le jour qu'il ne put sortir. Monseigneur donna à diner au roi d'Angleterre, à la princesse sa sœur, à madame la duchesse de Bourgogne et à plusieurs dames , et le soir, chez lui, il y eut appartement, où il y eut musique et puis grand jeu jusqu^au souper. La reine d'Angleterre se trouva un peu incommodée, et cela fait douter qu'elle puisse partir jeudi; cependant elle vint souper avec le roi , comme elle y soupe tous les soirs. — M. de Chamillart va jeudi matin à Paris, où il fait assembler tous les gros fermiers, les receveurs généraux des provinces et tous les gens d'affaires, à qui il donnera de bonnes assignations, moyennant lesquelles il prétend qu'ils avanceront au roi une grosse somnie d'argent.
Mercredi 5, à Fontainebleau. — Le roi tint le matin conseil d'État à son ordinaire. L'après-dlnée il travailla avec M. de Chamillart et puis alla chez la reine d'Angleterre, où il demeura assez longtemps. Monseigneur et madame la duchesse de Bourgogne ne sortirent point. Il y devoit avoir une cavalcade avec le roi d'Angleterre et la princesse sa sœur, mais la pluie, qui dura tout le jour, en empêcha. Le soir, chez Monseigneur, il y eut appartement, où il y eut musique et grand jeu. Le roi ne va point à ces appartements ; la reine d'Angleterre n'y va pas non plus (1). — On eut par l'ordinaire des lettres de M. le duc d'Orléans du 24. Il a présentement un pont de bateaux sous Lérida, mais il lui manque encore quelque chose pour ouvrir la tranchée. Il compte pourtant de l'ouvrir le 26 ou le 27. — On eut des lettres de Neufchâteldu 30. Il parolt que les affaires y vont mal
(1) «< On re|)ré$;enta le soir la tragédie des Horaces; on joua ensuite une petite comédie nommée ies Fol/es Amours. » ( IHfeirure dVtobre, page 237. )
pour tous les prétendants françois. On ne doute plus qu'ils ne choisissent pour leur souverain Télecteur de Brandebourg en faisant revivre les droits de la maison de ChâlonS; et condamnant tout ce qu'ils ont fait par le passé pour la maison de Longueville.
Jeudi 6, à Fontainebleau. — Le roi alla à midi et demi chez la reine d'Angleterre, comme il y a été tous les jours. Elle avoit dîné avant la messe avec le roi son fils ef la princesse sa fille; en sortant de la messe elle monta en carrosse au pied du fer à cheval. Le roi l'alla conduire jusqu'à son carrosse. Elle va coucher à Corbeil. Le roi son fils, qui demeure encore ici aujourd'hui, ira demain dîner avec elle à. Corbeil. Madame la duchesse de Bourgogne, après que le roi eut dit adieu à la reine, monta un moment dans le carrosse de la reine , et ses adieux avec la reine et la princesse furent fort tendres. L'après-dlnée le roi courut le cerf; madame la duchesse de Bourgogne étoit en calèche avec lui. Le roi d'Angleterre étoit à cheval. Monseigneur se trouva un peu mal durant la messe; il fut obligé d'en sortir. Il s' étoit retenu trop longtemps, mais il revint avant la fin de la messe. Il n'alla point à la chasse et soupa fort légèrement. — - On a des lettres du roi de Suède du 18. Il étoit à Luben, qui est à trois lieues des frontières de Pologne. Il assembloit ses troupes pour marcher, et on ne croit pas que le czar ose l'attendre surla Vistule.
Vendredi 7, à Fontainebleau. — Le roi travailla le matin avec le P. de la Chaise et alla tirer Taprès-dlnée. Madame la duchesse de Bourgogne et plusieurs dames, à cheval, allèrent le joindre à sa chasse. Le soir il y eut une petite musique chez madame de Maintenon, où le roi fut toujours. Le mal de Monseigneur n'a eu aucune suite, et il auroit même couru le loup ce matin si le temps eût été plus beau. Il passa la journée chez madame la princesse de Conty et soupa avec le roi à l'ordinaire. Le roi d'Angleterre partit d'ici avant huit heures. Il fit, hier
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au $oir, tous ses adieux, et le roi a oomMé kmte cette )BouNià d'honnêtetés durant le séjour qvHih ont fait ixîi. ^^ On mande de Vienne <]u'il y a de grands chaHj^ments dans la isour de Tempereur. Le prince de Salm^ qui étoit premier ministre et t}ui avoit les pnacipaux tMnplois de sa maisoh> les a locfô quittés et se rétine^ Beaucoup de gens de c^tte cour4À en ont usé de même. Les mécontents de Hongrie continuent à faire des ravagés en Styrie, en Autriche et en Moravie; mais le traité, que Tempereur a fait avec le roi de Suède le console de tout le reste.
Samedi 8> à FontcdmMeau. ^^ Le roi tint conseil de finances à son ordinaire. L'af^rès-dinée il courut le cerf avec les chiens de M. le comte de Toulouse ; Monseigneur et messèigneurs ses enfants étoient à la chasse. Le soir il y eut comédie (1). M« de Chamillart, qui étoit parti de n.îis à quatre heures du matin, arriva aaset à temps pour être au conseil; et le soir^ à huit heures^ U travailla avec le roi chet madame de Mainlenon. Le voyage qu'il a fait à Paris a eu tout le succès qu'il en attendoit : les receveurs généraux des provinces s'engagent à donner tous les dix joiu*s un million d'argent comptant durant toute Tannée ITiW, à commencer au 1" janvier, et outre cela ils payeront argent comptant toutes les troupes qui seront dans le plat pays, à commencer du jour qu'elles arriveront dans leur quartiw d'hiver. — On a fait partit ce matin un courtier qui porte à M. de Vendôme les / quartiers d'hiver pour son armée ; mais il ne la séparera que quand les ennemis auront séparé la leur, ce qui sera apparemment bientôt, car milord Harlborough en est déjà parti pour retourner àla Haye, d'où il reviendra à Bruxelles pour être au mariage du prince d'Auvergne, qui épouse mademoiselle d'Aremberg.
(1) « L'oD joua l'Homme à bonne fortune.» {Mercure (foetobre, p^e 246.)
Dimanche 9, à f^n^nM^em. -^ Le roi tiiat conseil d'État à son (H^iàAk^; Il ne sortit pontde toute iajourné<& à cause du vilain tem]^^ et travailla flva de trois hcHres avec M. de Ghamillart. — • Il arriva hi«OT un ooorrier de Mf de Tessé qui a été arrêté deux jours à la Palisse par le débordement des eaux; ainsi les lettres ne sont pas bien fraîches; elles ne 9&Di que du â. Ce maréchal assemble des tmipes. Marcelin, officier de mérite, brigadier d'infaa4eri« H qui commande dans Suée, fait espérer qii'il tiendra vingt-ckiq jours ; mais cela paroit bien difficile, car la place est mauvaise et malaisée à secourti*. -^ Le grand débordement des >èaux a fait tompre la levée de la rivière de Loire, entre Orléans i&t Sain1r*Mesmin , et la rivière croissoit enoere (1). — D'AwdreÎBel, qui faisoit la charge d'intendafit de l'armée d'Italie, avoi^ traité, ri y a deux ans, de la dfiarg^ de secrétaire du cabinet; mais, comme il avoit toujours demeuré en ce pays-là, l'affaire n'avoit point été consominèB. C*est un homme dont on a été très-^^mitent. 11 est arrivé. On ^ facilité son affaire, et d a ses provisions, qui n'empècfeôront pas qu'on ne remploie ailleurs.
Lundi 10, à Font€dmbhan. — Le roi prit médecine et travailla Taprès-dlnée avec M. Pelletier. Monseigneur vit le roi le matin et puis alla courre le loup. Madame la duchesse de Bourgogne alla voir un hôpital de petites filles que madame de Montespan a établi. -— Le duc de Villeroy et M. de Matignon sont partis de Neufchâtel après avoir fait leurs protestations ensemble, et sont à Pontarlier. Les cantoins oaliioliqUes alliés de Neufchàtel avoient déjà fait leurs protestartions. — ■ Le maréchal de Villars a fait repassa le Rhin à trente de nos escadrons
(1) <c Le roi en fut fort touché, et, comme père de ses sujets, il ordonna qu'on examinât les dommages causés par cet accident, afin de soulager ceux qui ont souffert. On doit remarquer la tendresse du roi pour ses peuples en de pareilles occasions , et que Sa Majesté n'attend pas les demandes qu'on lui pourroit faire. » ( Meicwre d'octobre, page 2!iO. )
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commandés par Péry , lieutenant général, qui sont campés au delà de nos lignes, où ils subsisteront commodément et sur le pays ennemi. La maréchale sa femme est partie d'ici pour aller passer Fhiver àStrasbourg. — M. dePlancy, fils de feu M. de Guénégaud, secrétaire d'État il y a environ cinquante ans (1), a épousé à Paris mademoiselle de Mérode, qui vient de gagner un procès dont elle espère tirer beaucoup ; elle est sœur, par sa mère, du marquis dé Vervins. M. de Plancy est fort vieux; on le croit fort riche. La noce s'est faite chez madame la maréchale d'Harcourt, cousine germaine de la mariée.
Mardi 11, à Fontainebleau. — Le roi, après le conseil de finances, travailla encore avec M. de Chamillart. L'après-dînée il courut le cerf. Madame la duchesse de Bourgogne étoit avec lui dans sa calèche. Monseigneur et messeigneurs ses enfants étoient à la chasse. Le soir il y eut comédie (2). Le roi travailla le soir chez madame de Maintenon avec M. de Pontchartrain. — Le roi donna à M. de Saint-Hérem, gouverneur et capitaine de Fontainebleau, 100,000 francs de brevet de retenue sur sa charge; il en avoit déjà 100,000 autres. — On eut des mauvaises nouvelles de Suze qui sont venues par différents endroits. On dit que la place s'est rendue et même que la garnison est prisonnière de guerre. Cette nouvelle n'est pas toutà fait sûre et ne sedit pas encore publiquement. — Milord Marlborough arriva le 6 au matin à la Haye, et en repartit le 7 pour Bruxelles, d'où Ton dit qu'il reviendra à Tarmée pour la séparer. — On a envoyé ordre à M. de Puysieux de demander à MM. de Neufchàtel un délai de six semaines ou deux mois au moins pour le jugement de l'affaire de leur souveraineté dont ils avoien t réglé la décision au 17 , et on a mandé aux ducs d^ Villeroy et à Matignon
(1) Il avait été nommé secrétaire d'État en 1646, et mourut en 1676. Son fils avait soixante-six ans lors de son mariage avec mademoiselle de Mérode. . (2) On joua Andromnque. {Mercure dVtobre, {>age 9M . )
de demeurer à Pontarlier jusqu'à ce qu'ils sachent ce qu'on aura répondu à M. de Puysieux.
Mercredi 12, à Fontainebleau. — Le roi tint le conseil d'État à son ordinaire. L'après-dlnée il alla tirer, et le soir il travailla avec H. de Chamillart chez madame de Maintenon. — On a reçu, par l'ordinaire, des lettres de M. le duc d'Orléans du 1*' de ce mois. Il espéroit pouvoir ouvrir la tranchée devant Lérida trois jours après, et il attendoit des troupes qui dévoient arriver le 2. On a la confirmation de la reddition de Suze, qui capitula le 3 ; la garnison est prisonnière de guerre. On mande d'Italie que la forteresse de Pescaire, qui étoit demeurée fidèle au roi Philippe , n'espérant plus de secours , s' étoit soumise à l'archiduc , et que le duc d'Atri, qui commandoit dedans, avoit demandé un terme de six mois pour délibérer sur le parti qu'il auroit à prendre. — Le roi de Suède, qui est entré en Pologne, étoit déjà àKalish, par les dernières nouvelles qu'on en a eues , et les Moscovites ne songeoient plus à défendre la Vistule. On assure que le czar retournoit en Moscovie et que le prince Menzikoff, son favori, se préparoit à le suivre,, et laissoit le commandement de l'armée au général Szeremet.
Jeudi 13, à Fontainebleau. — Le roi courut le cerf l'après-dlnée avec les chiens de M. le comte de Toulouse ; madame la duchesse de Bourgogne étoit avec lui dans sa calèche. Monseigneur et messeigneurs ses enfants étoient à la chasse , et Monseigneur donna un retour de chasse à madame la duchesse de Bourgogne et aux dames qui l'y avoient suivie. — On a des nouvelles des désordres qu'a faits la rivière de Loire en rompant les levées, qui sont encore plus grands qu'on ne l'avoit dit d'abord. Plus de cinq cents hommes, femmes et enfants y ont péri. Il y a eu beaucoup de bétail noyé, et l'on estime le dommage plus de sept à huit millions*. — Marlborough est revenu le 9 à son armée et l'a fait marcher le 10, le 11 et le 12 du côté d'Alost, où il la va séparer. M. de Vendôme songe
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aussi à séparer la tienne et a déjà ren^ayé }es troapes^ de la maison du roi. Oh compte qu^avant que le pcâ parle d'ici^ qui sera le 25i^ ik)us y veprons arrlTi^er quelquesuns des officiera généraux. — Le parlement d^Angleterre &'assen^^lara les premiera jour» du moi» qui TfORt , et or dit qu'il y auxa uu parti considérable oontre milord llarl-^ borougb.
* On connut trop tard la cause de ces débordements , sans qu'on y sût pu remédier, et qui ont continué à faire de cruels ravages ; il y avoit des rocher» dans la Loire qui en einpéohoientla navigation au-dessus de Ro^ne» qui étoit au duc 4^ \^ FeuiUade. Son père avcÂI tenté de les faire sauter pour avoir lé profit de cette uayi^aUcn^ çt il y e^ av^it été empêché par les oppositions d'Orléans , de Blois , de Tours et de toyt le cours delà Loire. Son fils eut plus de crédit, et Chamillart, sans écouter personne, fit sauter ces rochers, qui ont été depuis irréparables, et la ruine immense, et pour les particuliers et pMir le roi, par te« inondation^ que la sage n^^e avoit s^vrét^esk et à l«quelW rian q'« pu suppléer depuis.
Vendredi \k, à Fontainebleau. — Le roi travailla le matin avec le P. de la Chaise, L'après-dlnée il courut le eerf ; madame la duchesse de Bourgogne étoit avec lui dans sa calèche (1). — Le roi de Portugal envoie un ambassadeur à Vienne, pour demander en mariage une des archiduchesses, et la princesse de Wolfenbuttel se prépare à partir de Vienne pour aller trouver Farchiduc à Barcelone, où son mariage se consommeraf. Elle sera mariée avant que de partir de Vienne. — Une flotte marchande, partie du Texel, a été battue d^xine furieuse tempête à Pentrée de la Tamise^ et plusieurs de ses vaisseaux sont venus échouer à Calais^ à Nîeuport et dans toute la côte. Cette flotte étoit composée de quarante bâtiments, dont la plus grande partie a péri. Tous ceux qui ont échoué à nos côtes sont fort richement chargés ,
(1) « Les dames se remirent ensuite en grand habit pour aller à la coqiédie du Mentexir. Il y eut ensuite plusieurs scènes entre un Scaramouche et un Arlequin qui divertirent beaucoup. » ( M&reitre d'octobre , p«^ 3d9. )
OCTOWK liai. 4»7
et pas le& lettres qu'ooa a de Calais ^i de Niewport cm assure qu'il y a pour pkia de Ixoid QÛUtôosr dfi in%rcbaadises. Les letfa^es^ cte BoUande Aiaent <{uct la papki qu'ils ent &ite par œ naufragerlà etl fort grande.
Samedi 15^ à FontaineblêaH. t^^ Le roi tint eoofieil é» finance i son ordinaire^ ei rappèsrdinée il alla tirer. Is soir ohez madame de Maintencxi, depuis deux ou tr€Mâ jours y il s'est amusé à jouer au trente et quarante fort petit jeu avec madasde la duahafise d^ Boturgogoa» madame de Maintenons la diiebesse de NoaiUes, la aiarédotalQ d'Estrées^ mesdamea d'Heudioourt et de Dangeau ; mais il ne joue que les soirs où il ne travaille point av«c quelqu^î ministre. Le soir il y eut comédie. -^ Les eiiBemis en Flandre ont séparé leur armée y et M. de Yendôme wslbÀn vera le l&de séparer la sienne. Une partie de noa tpoicipes aura sas quartiers d^biver dan& le dedans du royaume ei auront eneore un meilleur traitement que les asuiéea passées, ^--r M. de Tessé mande que M. de Savoie^ depuiala prise de Suze > a laissé presque toute son infanterie smr k& hauteurs qui couvrent eette place du eètéi de Turin> ei qui s'appellent (ce me semble) les hauteurs de JaiHen^ où il fait faire des redoutes. 11 en fait faire aiissi dans la plaine qui est au-dessus du mont Genis> pour en rendre le passage plus difficile.
Dimimehe 16^ d FanèaiÊMiblem^ -rr^ Lo roi tint le conseil d'État à son ordinaire. L'apvè»^née il alla tirer^ et le spir^ che^t madame de Mainteimn^ il travailla avee M. de ChamiUart. Monseigneur^ messeignenrs ses enfants et madame la duchesse de Bourgogne dinèreot ohea la du* chesse du Lude^ et après le diner il y eut grand jeu; miais Monseigneur ne joue presque plus du tout. HonseiFgneur le duc de Bourgogne alla à vêpres^ et madame la duchesse de Bourgogne quitta le jeu pour aller au salut Le soir, à sept heures , il y eut appartement chez Monseigneur, qui commença d. l'ordinaire par la musique et finit par le jeu. Le roi ni monseigneur le duc de Bourgogne
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ne vont point àrappartement non plus qu'à la comédie.
— H. de Yillars est toujours campé à Rastadt. Il a envoyé trente escadrons et quelque infanterie sous Péry, lieutenant général^ àHagenbach^ où ils subsistent commodément et aux dépens des ennemis, qui ont renforcé la garnison de Landau. On a renvoyé en France quelques-uns des régiments ^ui avoient le plus souffert à Taffaire de M. de Vivans.
Lundi il y à Fontainebleau. — Le roi courut le cerf Taprès-dlnée; madame la duchesse de Bourgogne étoit avec lui dans sa calèche. Le soir^ chez madame de Maintenon, il travailla avec M. Pelletier. Il y eut comédie (1).
— On a des lettres de Madi*id du 7 et du 9. Celles du 7 portent que, le soir auparavant, don Antonio de Leyva, colonel de cavalerie espagnole, dépêché de Ciudad-Rodrigo parle marquis de Bay, avoit apporté à LL. MM. CC. la nouvelle que la place avoit été emportée d'assaut le k de ce mois. La garnison s'est rendue à discrétion. On a trouvé dans la place treize pièces de canon , trois mortiers, des vivres et des munitions de guerre pour un an. Le 8 au soir il arriva à Madrid un autre officier, dépêché par le marquis de Bay, qui apporta cinquante drapeaux des régiments portugais. Le marquis de Bay mande ^ue, y ayant brèche à la place, il avoit fait monter les troupes à l'assaut, que les ennemis, étonnés de leur résolution , avoient abandonné la brèche , que l'action n'a voit duré qu'un quart d'heure, quoique d'abord les Portugais eussent fait un grand feu. On a pris six-vingts officiers et dixhuit cents soldats sans compter six cents malades ou blessés qu'on a trouvés dans la ville ; en sorte qu'avec ^les gens tués durant le siège on compte que les Portugais ont perdu trois mille hommes de leurs meilleures troupes. Le 6 au matin ils abandonnèrent San-Félix; ainsi voilà
(I) On joua V Astrale , trag^e de feu M. Quinault, et la comédie des Plai' deurs. (Jfercur^ d'octobre, page 316.)
la Castille entièrement recouvrée. Le même jour le marquis de Bay marcha vers TEstramadure avec six régi- ' ments de cavalerie ; il se fait suivre par onze bataillons. Nous n'avons eu à Tassautde Ciudad-Rodrigo que trente hommes tués et soixante blessés. La reine d'Espagne mande à madame la duchesse de Bourgogne que Ton ne croit pas que M. le duc d'Orléans puisse faire présentement le siège de Lérida.
Mardi 18, à Fontainebleau. — Le roi, après le conseil de finances, travailla encore avec M. de Chamillart. L'aprèsdînée il courut encore le cerf; madame la duchesse de Bourgogne étoit dans sa calèche avec lui. Monseigneur et messeigneurs ses enfants étoient à la chasse. Le soir le roi travailla chez madame de Maintenon avec M. de Pontchartrain, et monseigneur le duc de Bourgogne donna un retour de chasse chez lui à madame la duchesse de Bourgogne et aux dames qui Tavoient suivie. — On eut des lettres du camp devant Lérida du 8 ; voici la copie de la lettre du duc de Berwick : « La nuit du 2 au 3, Ton ouvrit la tranchée devant la ville de Lérida sans autre perte que d'un seul homme tué et quatre ou cinq blessés. L'on a continué le travail avec le même succès malgré le feu continuel des assiégés, et demain nos batteries seront entièrement achevées et en état de tirer contre la ville, que Ton attaque par le côté de la haute Sègre- Nous ne sommes plus qu'à cinquante toises des murailles de la ville, dont on voit le pied. »
Mercredi 19, à Fontainebleau, -r- Le roi tint conseil d'État à son ordinaire. L'après-dlnée il alla tirer, et le soir il travailla chez madame de Maintenon avec M. de Chamillart. Madame la duchesse de Bourgogne monta à cheval et alla se promener dans la forêt avec beaucoup de dames; et à sept heures du soir il y eut appartement chez Monseigneur, où il y eut musique et grand jeu. — Le roi a donné à M. de Cavoie, grand maréchal des logis de sa maison, un brevet de retenue, sur sa charge, de
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1(M),000 écus; savoir : 50^000 écus pour madame de Cavoie , et 50,00^ écus dont il disposera comme il le jugera à propos . Il n'a point d^enfants ni d'hépitiers proches. Outre cela , le roi a donné à Cavoie une prolong«ition pour quarante ans du don qui lui avoit été fait, il y a long^ temps , sur les chaises à porteurs de Paris. -^ Le [H>ince Ragotzki a envoyé ici des offieiers hongrois, qip sont arri^ vés il y a déjà quelques jours, pour apprendrel* discipline qu'il y a dans nos troupes et la manière dont on fait la guerre en France. Ces officiers feront la campagne prochaine dans une de nos armées.
Jeudi 20, à Fontainebleau, — Le roi courut le cerf Taprès-dlnée. Madame la duchesse de Bourgognô était avec lui dans sa calèche ; Monseigneur étoit à la chasse. Messeigneurs les duos de Bourgogne et de Iterry étoient allés dès le matin tirer des sangliers dansla lorèt. Le soir ils firent un retour de chasse aveo madame la duchesse de Bourgogne chez madame de Maintenon (t). — * Le duc de Marlborough s'en va à Mayence pour s'aboucher avec le duc d'Hanovre et prendre leurs mesures pour les opé-r rations de la campagne prochaine. -** La flotte ennemie a passé devant Barcelone et n'y a débarqué aucun es troupes ; elle s'est arrêtée quelques jours devant Cadix et puis a fait voile vers le Portugal. L'archiduc, qui attendoit à Barcelone un secours considérable par cette flotte, s^ plaint de ses alliés , et les Catalaos murmurent fort de ee qu'on les abandonne. Ils eroyoient que l'archiduo les vouloit quitter , et, voyant qu'il n'y a¥oit point de troupes sur la flotte , ils s'imaginoient quHl s'y emharqueroit paur retourner en Portugal , et faisoient des plaintes fort ioso* lentes; mais ils se sont apaisés^ voyant que la flotte étoit partie sans l'emmener.
Vendredi 2i, à Fantainêbieau. -^ Le roi travailla le
(1) « Après le repas les dames se mirent en grand habit pour accompagner Monseigneur à la comédie de. V Avare. » (Mercure d'octobre, page 319. )
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matin avec le P. de la Chaise^ et Taprès-dinée il alla tir«p. Madame la duchesse d^ Bourgogne^ à cheval avec beau^ coup de dames ^ alla le voir tirer. Parmi les dames qui la suivirent étoit madame Towienska, dame polonoise. Le soir^ ehes madame de Maintenon, le roi joua au ti'ente et quarante avec madame la duohesae de Bourgogne et les dames qui ont accoutumé d'êtee de ce petit jeu-là. — » M. de Puysieux, notre ambassadeur en Suisse, est arrivé à Neufchàtel. Il a présenté deux mémoires de la part du roi, dont le dernier est du IT, pour demander un délai sur le jugement de la souveraineté ; el MM. des trois Etats ne laissent pas de vouloir juger Faffaire, et ont pris jour pour cela au â^ qui sera lundi. — M. l'archevêque de RoucB, qui a été fort malade à Gaillon depuis quelque temps y est arrivé à Paris, et, se sentant encore assez ma), il a cédé à son neveu, l'abbé de Seignelay, le prieuré de la Charité, qui esta la nomination du cardinal de Bouillon eomme abbé de Cluny. Ge prieuré est un des plus nobles et des plus riches qui soient dans le royaume.
Samedi â2, à FsHkmêbtecm. — Le roi tint conseil de finances à son ordinaire , et Taprès-dinée il courut le cerf. Madame la duchesse de Bourgogne étoit avec lui dans sa calèche; Monseigneur et messeigneurs ses enfants étoient à la chasse. Le soir le roi joua chez madame de Maintenon au trente et quarante avec les dames. Le soir il y eut comédie, où le roi voulut que madame la duchesse de Bourgogne allât , quoiqu'elle eût envie de demeurer à jouer avec lui. C'est la dernière eomédie qu'il y aura de ce Yoyage-oi (1). -^ Il est arrivé ici beaucoup d'officiers de Tarmée de Flandre, et M. de Vendôme reviendra pour le premier voyage de Marly.-^ On a des nouvelles du siège de Lérida du 11. Nos batteries font tout l'effet que Pon en deyoii attendre; il y a déjà des bràdies à la première
(1) On joua Venceslas de Rotrou et Georges Dandin, (Mercure d'octobre, pag« J93.)
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enceinte , et on espère qu'on emportera toute la ville en même temps et en peu de jours. H. le duc d'Orléans est souvent dans la tranchée^ où il répand beaucoup d'argent^ ce qui hâte fort le travail. Les bourgeois paroissent fort animés et nous font autant de mal que les troupes qui sont dans la place; cependant^ jusques ici^ nous avons perdu fort peu de monde à ce siège , et nous n'avons point d^ennemis au dehors qui nous tourmentent.
Dimanche 23^ à Fontainebleau. — Le roi tint conseil d'État à son ordinaire. L'après-dlnée il alla tirer, et le soir il travailla chez madame de Maintenon avec H. de Chamillart. — Le bruit se répand, par des avis qu'on a eas d'Italie, que les Impériaux se sont rendus maîtres de Gaëte; mais cela mérite confirmation. — On va publier un arrêt pour faire passer les billets de monnoie dans les provinces comme à Paris, et ils n'entreront dans les payements que pour un quart, et les trois autres quarts en argent; et cela commencera au 1" décembre. — On travaille aux quartiers d'hiver pour l'armée d'Allemagne , et on croit que H. de Yillars repassera le Rhin dans le mois de novembre , et une partie de ses troupes sera dalis le plat pays en France. Le maréchal passera Thiver à Strasbourg, où la maréchale sa femme ira le trouver. Voici la liste des officiers généraux qui demeurent cet hiver en Flandre :
Lieutenants généraux. — MH. de Saillant à Namur, Sousternon à Maubeuge , du Rozel à Tournay , Gacé à Lille, la Hothe à Ypres, Hagnac à Béthune.
Maréchaux de camp. — MM. Dutot à Namur, Conflans à Mons , Balivière à Càteau-Cambrésis , de Lille à Tournay, Ruffey à Ypres, d'Estrades à Saint-Omer, Honroux à Lille.
Le comte de Yillars est arrivé ici de Provence. Le maréchal son frère a prié le roi de le lui envoyer, et il servira cet hiver de maréchal de camp. 11 est chef d'escadre.
Lundi 24, à Fontainebleau. — Le roi courut le cerf
l'après-dinée Madame la duchesse de Bourgogne étoit avec lui dans sa calèche; Monseigneur et messeigneurs ses enfants étoient àla chasse. A sept heures Monseigneur donna le retour de chasse chez lui à madame la duchesse de Bourgogne et aux dames qui ravoient suivie à la chasse; ensuite on y joua au brelan, et madame la duchesse de Bourgogne se trouva fort incommodée, en jouant, d'une fluxion dans la tète^ qui l'obligea à se coucher de fort bonne heure. — On eut la confirmation de la prise de Gaete par les Allemands. Un ingénieur trahit le duc d'Escalone ouvrit une porte aux Impériaux qui égorgèrent la garnison espagnole. Le duc d'Escalone se sauva à peine dans un petit réduit au bout de la ville, où il fut forcé, dès le même jour, à capituler et de se rendre prisonnier de guerre lui et tout ce qui restoit de sa garnison. Les galères n'étoient point dans le port; elles étoient allées en Sicile pour chercher des vivres pour porter à Gaête.
Mardi 25, à Petit-Bourg. — Le roi partit à onze heures de Fontainebleau, et avoit dans son carrosse madame la duchesse de Bourgogne auprès de lui, et au devant étoient la duchesse du Lude , la duchesse de Duras et la maréchale d'Estrées , à la portière du côté de madame la duchesse de Bourgogne madame de Mailly. On laisse presque toujours la portière du côté du roi vide, afin qu'il soit plus à son aise. Madame , qui a été accoutumée, aux voyages, d'être dans le carrosse du roi, se trouva fort enrhumée et alla tout droit à Versailles. Monseigneur, messeigneurs ses enfanfis et madame la princesse de Conty partirent de bon matin et allèrent dîner à Meudon. Madame la duchesse d'Orléans s'en alla tout droit dans son carrosse à Versailles. Madame la Duchesse partit dès le lundi pour s'en aller àSaint-Maur, où elle demeurera quelques jours. Madame de Maintenon partit un peu avant le roi pour venir ici avec mesdames d'Heudicourt et de Dangeau. — M. le marquis de Revel, ancien lieutenant gé-
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néral^ ehevatior 4e Tdi^dré et ^cm^wlteiâr de i^Xk^y mourut à Paris. U est dé|à mort cette aanée sept éhev^ liers de l'Ordre*
Mercredi 26, à Ver milles. ^ Le roi pM*tit «te ]^tît4o«d^ après diner et est«n?ivéici de benne hettïe. UeMiT'â hier à Petit-Bourg de boane heure aussi , et eu. arrivanl il y fit planter des arbres que M, d'Autifi avoit (ait 'tenir tout prêts pour cfela(l), et te soir il joua att trente et quarante avec les dames , et madame la duchesse de Bourgt>gne joua au brelan,— Aujourd'hui, en arrivant ici , le roi a appris que M. le duc d'Orléans aTolt pris pàf* assaut la ville de Lérida le 13 de ce mois. Il Ta donnée au pillage à ses soldats durant vingt-quatre heures. Tous les lieux circonvoîsins y avoient fait porter leurs meilleurs effets. On n'a pas épargné les moines, qui animoient fort lés habitants contre nous. S. A. R* va faire attaquer le château > où non-seulement la garnison s'est retirée, mais même tous les bourgeois, ce qui fait espéter que le château en sera plus tôt pris^ parce qu'il n'y a qu'une dierne dedans, qui ne pourra pas suffire à tant de monde. Le gouverneuravoit envoyé demander à S» A. R. qu'il voulût permettre aux habitants de renfa*er dans la ville , ce qui lui a été refusé.
Jeudi 27, à Versailles, — Le roi dîna de bonne heure et alla se promener à Marly> où il fit beau<^u^ planter ; il n'en revint qu'à la nuit. — Le matin, en sortant de la messe , le roi dit au maréchal de Catinat qu'il aVoit été
(1) « Ce marquis, sachant que le roi devoit se promener en arrivant, avolt fait disposer daiH sonjarditt uneaHée qae Sa Majtestê aToH marquée parce qu^lte étoit nécessaire pour rerabellissement de ce jardin. Les terres en étoient égalées, les trous faits pour planter les ormes qu'il avoit fait porter sur le lieu, afîn que Sa Majesté put avoir à Petit-Bourg le plaisir qu'elle prend souvent d»ns ses jardHis en firisAnt planter devant ette deft avenues et dèti bosquets sf grands qu'il parolt quand 4'ouvrage est adievé que ce soit un ouvrage de vlagt années fait par la nature; et la chose réussit comme M. d'Antin se l'étoit imaginé, Sa Majesté ayant fail planter devant elle aussi longtemps que le jour le put permettre. » (iMiercMf^ d'octobre, page 399. )
octobre; 1707. 4»:>
Irès-oooleDt da mémoiie qu'il lui avoil donné cet été sur lesafiaires de Provence et qu'il le suivit dans son cabinet^ où il vouloit Tentrelenir. — Monseigneur est demeuré à Meudon, d'où il ne reviendra que dimanche ; messei^neurs les ducs de Bourgogne et de Berry et madame la princesse de Cont)' en revinrent hier au soir ici. . — Le roi a donné à Puységur^ lieutenant général et qui a servi cette campagne en Flandre très-utilement > le gouvernement de Condéy quavoit M. de Revel; ce gouvernement vaut 22,000 livres de rente. — Madame la duchesse de Bourgogne, hier en arrivant , alla chez monseigneur le duc de Bretagne. Elle y est retournée encore aujourd'hui et puis elle s^est allée promener à Meudon voir Monseigneur. Elle ne se sent [dus de sa migraine et de sa tluxion dans la tête.
Vendredi 28, « Versailles. — Le roi alla tirer Tapi^èsdinée. Monseigneur le duc de Bourgogne et madame la duchesse de Bourgogne allèrent se promener à la Ménagerie. — On mande de Brest que Ducasse a mis à la voile pour aller quérir les galions dans F Amérique, et les escorter en Espagne ou en France. Le chevalier de Forbin a mis à la voile aussi avec son escadre, et sera joint par Duguay-Trouin, qui a armé quelques vaisseaux du roi à ses dépens. On croit que leur dessein est d'aller attaquer la flotte angloise qui va en Portugal porter un secours de quatre ou cinq mille hommes , de l'argent et des munitions de guerre et de bouche. Cette flotte doit être convoyée par cinq gros vaisseaux de guerre. — Le roi a donné au chevalier de Rotheiin , enseigne dans la gendarmerie, la commission demestre de camp. — L'électeur palatin a consenti que le corps de troupes qu'il avoit en Italie passât à Barcelone , pour renforcer l'aiMuée de l'archiduc, quiesttrès-foible, et ces troupes s'embaitjueut en Italie. On dit de plus qu'une partie des troupes de Hesse s'embarquera avec les troupes palatines, et (jue ces deux corps feront six mille hommes.
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Samedi 29, à Versailles, — Le roi tint conseil de finance conune à son ordinaire , et Taprès-dinée il alla se promener à Harly . Monseigneur le duc de Bourgogne et madame la duchesse de Bourgogne allèrent à la Ménagerie, où les dames montèrent à cheval quoiqu'elles fussent dans leurs habits ordinaires. — On eut des lettres de M. le duc d'Orléans du 21, et le roi, à sa promenade à Marly, dit que ce prince lui mandoit qu'il avoit établi deux batteries de canon et une de bombes devant le château de Lérida; qu'il y avoit beaucoup de concert entre les officiers de Tartillerie et les ingénieurs. Use loue fort des uns et des autres. Il n'y avoit point de terre pour asseoir les batteries; on y en a beaucoup porté; elles sont présentement dans leur perfection. Ces lettres sont venues par un courrier de M. de Chamillart qui en est reparti le 22 au matin. Jusques ici nous perdons fort peu de monde à ce siège, et S. A. R. espère que le siège du château ne durera guère plus que celui de la ville. Il y a encore un autre château de Tautre côté de la ville que l'on compte pour rien.
Dimanche 30, à Versailles, — Le roi tint conseil d'État à son ordinaire. L'après-dlnée il alla se promener à Trianon, et le soir il travailla avec M. de Chamillart chez madame de Maintenon, qui a la fièvre depuis quelques jours avec un fort gros rhume. Monseigneur revint le soir de Meudon . — Le courrier est parti pour aller à Pontarlier faire revenir MM. de Villeroy et de Matignon. M. de Puysieux est parti de Neufchàtel. Les ministres d'Angleterre et de Hollande, qui sont là, ont fait imprimer une réponse très-violente au dernier mémoire que cet ambassadeur avoit présenté aux trois États. — Le roi envoie M. de Valsemé, lieutenant général, commander sous M. de Grignan les troupes qui sont en Provence. — Il se fait plusieurs armements à Toulon de particuliers à qui le roi donne des vaisseaux, le canon et la poudre; le reste de Tarmement est à leurs dépens.
Lundi 31, à Versailles, — ^ Le poi ne sortit point de tout le jour. Il alla à vêpres avec toute la maison royale, et après vêpres il s'enferma avec le P. de la Chaise, comme il fait toujours la veille des jours qu'il doit communier. Madame la duchesse de Bourgogne fit ses dévotions aux Récollets. — M. de Pontchartrain eut le matin des lettres de Brest qui portoient qu'on avoit vu passer deux vaisseaux anglois démâtés, et qu'apparemment, comme il n'y avoit point eu de tempête , il falloit qu'ils eussent été dé^ matés dans un combat; et ce qui achevoit de le faire croire, étoit que le chevalier de Forbin et Duguay- Trouin, avec leurs escadres, étoient sortis de Brest pour aller attaquer cinq gros vaisseaux de guerre anglois qui convoy oient plusieurs bâtiments de transport, chargés de troupes et de munitions de guerre et de bouche pour le Portugal. Cette nouvelle vient d'être éclaircie , par l'arrivée du chevalier de Tourouvre , qui a rapporté que le chevalier de Forbin a pris trois gros vaisseaux de guerre dont il y en a déjà deux arrivés à Brest, que le chevalier de Tourouvre y a menés. Le troisième en étoit fort proche. Outre ces trois vaisseaux, on en a coulé un à fond qui étoit à trois ponts et percé pour cent pièces de canon , et le chevalier de Forbin donnoit la chasse au cinquième qui a pris la fuite de bonne heure. Il a lâché nos armateurs après les vaisseaux de transport. On dit que sur le vaisseau qui a coulé à fond étoient les principaux officiers des troupes qu'on envoyôit en Portugal.