ARTILLERIE
Le sieur Le Mercier, commandant.
ORCIOPS Lessons véresomeenpe ess esssensr ve Canonniers, bombardiers, ouvriers ..
M. Desandrouins, ingénieur ;
Le sieur de Lotbinière, ingénieur.
[Le
Récapitulation de l'armée :
Troupes de terre ...... uses 2,570 De la colonie et milices... 3,470 Canonniers...... ses 180 SAUVALES,..... 400 0000 voor 13799
Total de l’armée... 8,019 hommes.
Le chevalier de Lévis, qui commande la division destinée à marcher par terre, s'est mis ce soir en mouvement avec son corps. Il s’est campé au bivouac au
camp Brûlé, environ une demi-lieue en avant du Portage sur la rive gauche du lac Saint-Sacrement ; il en partira demain à la pointe du jour et arrivera le 1* août à la baie de Ganaouské, lieu marqué pour sa réunion avec la division qui va en bateaux. Celle-ci n'ayant besoin que de vingt-quatre heures pour faire cette route par eau, s'embarquera le 1* août après-midi pour arriver le 2 à la pointe du jour.
Détachement aux ordres de M. le chevalier de Léris
M. le chevalier de Lévis, brigadier ; M. de Senezergues, lieutenant-colonel ; M. de Lapause, aide-major général.
Six compagnies de grenadiers...... ..... 300 hommes Six piquets de troupes de terre... 300 Deux piquets de la marine... 100 « Volontaires &e Villiers... ...., ...... 800 “
LL de la brigade de Vassan..……. 311 " x fe “de Repentigny. 332 $ SAUVAGES, ENVITON ses esesoe sovsonsee vovsosose DOÛ F
Total... 2,143 fe
Ce détachement marche sans tentes ni équipages ; c'est ainsi que se font dans ce pays les marches par terre,
Cinq cents hommes commandés pour travailler au Portage toute la nuit,
Le 30 juillet 1757. — M. le chevalier de Lévis est parti ce matin, les volontaires de Villiers et des sauvages
faisant l'avant-garde, d'autres sauvages marchant sur les flancs et les troupes dans le centre sur trois colonnes, c’est-à-dire, files.
La brigade de Royal-Roussillon, composée de ce bataillon et de celui de Béarn, est venue de Carillon avec M. de Bourlamaque camper à la tête du Portage. La Reine, la Sarre, Languedoc et Guyenne sont venus de la Chute se camper au camp Brûlé, qu'a quitté ce matin le chevalier de Lévis.
Les sauvages s’ennuyoient, avoient du chagrin, trouvoient la nourriture mauvaise, vouloient de la chair
fraîche. En conséquence, les jeunes gens ont tué hier quatorze bœufs et aujourd’hui quatre. Les chefs sont venus témoigner à ce sujet le chagrin qu’ils en ressentoient, que ce n’étoit que leur jeunesse et qu'ils leur en feroient des réprimandes. Les Népissings, Algonquins et Poutéotamis sont les seules nations qui n’aient pas eu part à cette Saint-Barthélemy de bœufs, qu'ils appellent une insulte faite à leur père. On leur a dit qu'on le leur pardonnoït. C’est bien le cas de faire de nécessité vertu.
Mille travailleurs commandés pour le Portage cette nuit.
Le 31 juillet 1757. — Aujourd'hui deux brigades et quatre piquets, aux ordres de M. de Bourlamaque, colonel, de Xi, de Bernetz, lieutenant-colonel, et de M. de Montredon, commandant le bataillon de Béarn, ont été commandés pour 2chever le Portage qui a enfin été terminé à six heures du soir. On ne conçoit pas quelle peine il faut pour voiturer une artillerie considérable, deux cent cinquante bateaux, des vivres pour six
semaines pour dix mille hommes, le tout sans chevaux ni bœufs, à bras d'hommes. Aussi ne pourra-t-on pas apprécier en Europe le mérite des opérations faites en Amérique ; la fatigue ne s’en conçoit pas, et il est impossible d’en donner une idée juste.
Les sauvages qui, depuis plusieurs jours, supportoient impatiemment leur oisiveté, dans un camp où il n’y a ni vin, ni eau-de-vie, dans lequel par conséquent ils ne peuvent s'enivrer, sont partis à trois heures pour se porter trois lieues en avant sur le lac Saint-Sacrement où ils nous attendront, ils ont avec eux trois cents Canadiens, restes des trois brigades qui ont été par terre.
En partant ils ont laissé à leur camp un capot, un brayet et une paire de mitasses, suspendus à un arbre en sacrifice au manitou. Deux Sulpiciens et un Jésuite missionnaires dans cette armée ont demandé s’il leur étoit permis de dire la messe dans un lieu où l’on sacrifioit au diable ; répondu par le général de l’armée,
casuiste militaire, qu’il valoit mieux la dire là que de ne pas la dire du tout,
On a aujourd’hui distribué les vivres aux bataillons et aux milices et fait le chargement des bateaux de vivres.
Ci-joint l’état de l’embarquement :
Etat de l'embarquement
Artillerie avec Royal-Roussillon et Béarn, cent quinze bateaux, mille trois cent trente hommes.
Vivres avec la brigade de Gaspé, trente-deux bateaux, quatre cent quarante hommes.
Hôpital ambulant, trois bateaux, quarante - cinq hommes,
Quartier général, état- major sept bateaux, cent hommes,
Brigade de la Reine, composée de la Reine, de Languedoc et du bataillon de la marine, quarante-deux bateaux, huit cent soixante-dix hommes.
Brigade de la Sarre, composée de la Sarre et de Guyenne, trente bateaux, six cent cinquante - sept hommes.
Brigade de Courtemanche, seize bateaux, quatre cents hommes.
Total des bateaux: deux cent quarante-cinq, plus partis avec les sauvages, deux; en tout deux cent quarante-sept.
Total des hommes embarqués : trois mille huit cent quarante-deux,.
Hommes embarqués dans les canots des sauvages, trois cents ; en tout, quatre mille cent quarante-deux,
Dans ce nombre des bateaux de l'artillerie sont trente et un pontons faits de deux bateaux accouplés avec une plate-form. ar-dessus. Ces pontons portent les canons et mortiers montés sur leurs affûts; ils sont très bien imaginés, pour un lac encaissé comme le lac Saint- Sacrement. Il y a äussi un bateau qui porte un canon de onze, et deux petits pierriers que M. Jacquot, lieutenant d'artillerie, a fait construire. J’en joins le plan à ce journal *,
* Ce plan ne se trouve pas dans le volume,
M. Wolff, officier réformé, est arrivé à cinq heures du soir, envové par le chevalier de Lévis pour rendre compte au marquis de Montcalm du premier jour de la marche, Le détachement avoit passé hier au soir la Montagne-Pelée, qui est le pas le plus difficile. Kanectagon fameux chasseur iroquois qui guide la route, assure qu'ils arriveront au rendez-vous au jour convenu,
Le marquis de Montcalm à laissé à Carillon une garnison de cent hommes avec cent travailleurs armés, aux ordres de M. d’Alquier, capitaine de grenadiers au régiment de Béarn, commandant le dit régiment depuis la mort de M. de l'Hôpital; un capitaine et cinquante hommes à la Chute, occupant une redoute à la Chute même ; un capitaine et cent cinquante hommes au Portage où est une partie de notre dépôt de vivres.
Le 1° août 1757. — L'armée s'est embarquée à deux heures après-midi dans l'ordre suivant: La brigade de la Reine, celle de la Sarre, celle de Courtemanche, milices, l'artillerie, l'hôpital ambulant, les vivres, un piquet de Royal-Roussillon, Le bateau de M. Jacquot étoit à la tête de la flotte composée de deux cent cinquante voiles.
Halte à cinq heures, à quatre lieues de Carillon, au-dessus de l’île à la Barque, où les sauvages partis la veille et qui nous attendoient, ont pris la tête dans cent cinquante canots d’écorce. Le coup d'œil étoit curieux, même pour un militaire accoutumé à voir les armées européennes, mais qui ne peut se représenter le spectacle de quinze cents sauvages nus dans leurs canots.
Le lac Saint-Sacrement peut avoir douze lieues, depuis le fort George où il commence jusqu’à la Chute ;
il n’a pas plus d’une lieue dans sa plus grande largeur et d’une demi-lieue dans les autres endroits, Il est semé d'une très grande quantité d'îles, une chaîne de montagnes le bordant à l’est et à l’ouest, et j'ai eu occasion de remarquer en le parcourant, combien est juste l'observation de M. Buffon sur la correspondance des angles, les saillants opposés aux rentrants. C'est que la nature par ses grandes opérations, est la même ici que dans l’ancien monde,
Le 2 août 1757, — A deux heures du matin, le marquis de Montcalm est arrivé à la baie de Ganaouské, rendez-vous donné à la division de terre pour la rejoindre, Trois feux allumés sur le rivage qui ctoient le signal convenu, nous ont assurés que le chevalier de Lévis avoit pris poste. Il étoit arrivé hier à deux heures après-midi, aprè; une marche que les chaleurs aussi fortes ici, depuis six semaines, qu’en Italie, les montagnes continuelles, les arbres renversés, la nécessité de porter tout sur soi, avoient rendue extrêmement pénible.
On a envoyé quelques sauvages à la découverte ; l’armée a fait halte; on a distribué les vivres aux troupes venues par terre, pour les égaliser aux autres.
Comme nous. : ‘ons à portée des découvreurs ennemis, on avoit défendu de tirer et de faire du feu, ni battre la caisse, dans la crainte d’être découverts. Le Francois qui ne doute de rien, a tiré, fait du feu, et même sonné du cor comme pour une partie de chasse; ce sont, je crois, les premiers cors qui aient encore retenti dans les bois de l'Amérique.
Le chevalier de Lévis à la tête de son détachement s'est remis en marche par le bois à midi, et s’est porté à une anse éloignée de la baie d'environ trois lieues, pour y favoriser le débarquement de l'armée de mer, Elle s’est embarquée à midi et est arrivée, après plusieurs haltes, à deux lieues du fort, où l’on s’est mis au bivouac, Sur-le-champ on a envoyé découvrir les environs du fort, sa position, celle des ennemis, et une anse propre à débarquer l'artillerie, A dix heures du soir, deux berges ennemies, qui venoient à la découverte, se sont approchées de la côte où les canots sauvages étoient rangés; ceux qui étoient à portée ont fait le cri accoutumé et poursuivi les Anglois qui se sont sauvés à la côte du Sud où ils ont abandonné leurs berges et gagné le buis, Les sauvages ont perdu deux hommes et fuit trois prisonniers.
Suivant leur déposition, les ennemis venoient de recevoir un renfort de douze cents hommes ; ils savoient de la veille que nous étions en marche pour les attaquer. Ces prisonniers ont été massacrés la nuit même par les sauvages parents des morts. Reçu à minuit des nouvelles de Montréal par M. de Bellestre, lieutenant des troupes de la marine, qui revient des Miamis et qui nous ainène dix-sept sauvages ouiltas et miamis.
Au milieu de la nuit, le marquis de Montcalm donna l'ordre pour approcher du fort George à la pointe du jour. Un des prisonniers dit qu’au signal d’un coup de canon, toutes les troupes du camp devoient prendre les armes. Le coup de canon venoit de se tirer, et des découvreurs abénaquis nous avertissoient dans le même moment que les ennemis faisoient des mouvements.
Conséquemment, l’ordre de la marche fut doublé pour recevoir l'ennemi en cas qu’il vint à nous, ou pour faire l'investissement de la place, en cas qu'il ne vint pas, On laissa pour la garde des bateaux deux hommes par bateau, aux ordres du sieur Privas, lieutenant-colonel, L'armée se mit en mouvement, Le chevalier de Lévis faisoit l'avant-garde avec son détachement et tous les sauvages ; les brigades marchoient ensuite en colonne par bataillon, le marquis de Montcalm à leur tête, Cette marche de plus de trois lieues s’est faite à travers les montagnes et les bois presque inaccessibles,
Le chevalier de Lévis étant arrivé prit poste sur le chemin de Lydius, investissant le fort George dans toute cette partie, Le corps de l’armée forma le reste de l'investissement, Le marquis de Montcalm s’étant de sa personne porté à l'avant-garde, reconnut qu’on ne pourroit attaquer le retranchement des ennemis sans compromettre toutes les forces de la colonie,
En même temps, comme le poste qu’occupoit l’avantgarde, quoique le meilleur possible pour couper la communication, n’étoit pas une position de guerre et se trouvoit trop éloigné du siège, des bateaux, des vivres et des autres munitions, le marquis de Montcalm envoya ordre au sieur de Bovrlamaque de choisir un terrain pour camper l’armée, la gauche appuyée au lac, la droite à des ravins inabordables, et d’y conduire sur-le-champ les deux brigades de la Sarre et de Royal-Roussillon, Ces brigades furent y camper dans l'après-midi et travaillèrent aussitôt à faire des fascines et gabions. Le marquis de Montcalm avec la brigade de la Reine et celles de Gaspé et de Saint-Ours,
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milices, resta au bivouac, à portée de soutenir le corps du chevalier de Lévis.
Toute la journée, les sauvages firent le coup de fusil dans le désert du fort à l'abri des troncs d’arbres. On leur répondoit par quelques décharges de mousqueterie et de canon; il y en eut sept tués ou blessés, trois bles-és,
Ils ont tué dans cette journée plus de cent cinquante bœufs ; ils en ont amené vingt-cinq au marquis de Montcalm, en lui disant que c’étoit pour tirer son canon, en place de ceux qu'ils lui avoient tués à Carillon et au Portage.
À trois heures après-midi le marquis de Montcalm a fait dire au commandant du fort, que l’humanité l'obligeoit à l’avertir, qu’une fois nos batterics établies et le canon tiré, peut-être ne seroit-il plus en notre pouvoir d'arrêter la cruauté d’une fuule de sauvages de tant de nations différentes, Il a répondu comme il le devoit, que ses troupes étoient déterminées à se défendre jusqu’à l'extrémité, P:udant le pourparler, les sauvages se montrèrent en foule dans le désert du fort, et un Abénaquis parlant mauvais françois, quoique très clair, à l'otage anglois: “ Ah! toi, ne p:8 te rendre, Ini dit-il, “ Eh bien! tire le premier; mon père tirera ensuite ses “gros fusils ; alors, toi te bien défendre ; car, si je te “ prends, point de quartier à toi ” !
Je ne veux pas omettre un trait du fameux Kisensik, dont j'ai déjà eu plusieurs fois occasion de parler *,
* Bougainville, qui a redigé cette partie du Journal de Montcalm, parle ici en son nom. — NOTE DE L'ÉDITEUR,
Chargé d'aller, du chemin de Lydius, rendre compte au marquis de Montcalm que l'avant-garde avoit prix poste, j'étois fort embarrassé pour le trouver, attendu qu'il étoit en marche dans des montagnes fourrées de bois, où tout est chemin, parce qu’il n’y en a aucun de tracé. Je rencontre Kisensik à qui je conte la peine que j'avois à trouver le général, dans des bois qui m’étoient inconnus. “Je vais, me dit-il, chercher mon fils qui a “été blessé; sans cela, volontiers, je te servirois de “guide”. ‘“ Le chirurgien qui l’a pansé, lui répondis-je, “ m'a assuré que sa blessure étoit légère ”. “Tu m'en “réponds, Eh bien! je vais te conduire; le service “ d'Ononthio l'exige; je verrai ensuite mon fils”. Au reste qu'on ne s’y méprenne pas, ce sauvage pensant et agissant ainsi est presque l’unique de son espèce, rara avis in terris.
Te 4 août 1757. — A la pointe du jour les troupes * vancées sur le chemin de Lydius se rapprochèrent du lac ; le anarquis de Montcalm ramena la brigade de la Reine, et prit sa place dans le camp marqué par le sieur de Bourlamaque. Les camps des grenadiers et les piquets du détachement du chevalier de Lévis rentrèrent dans leurs bataillons, et l’armée du siège fut composée des sept bataillons et des brigades de Saint-Ours et de Gaspé. Le chevalier de Lévis avec les brigades de La Corne, de Vassar, de Repentigny et de Courtemanche, les volontaires de Villiers et tous les sauvages, fut chargé de couvrir la droite de l’armée, d'envoyer les découvertes sur le chemin de Lydius, d'observer les ennemis de ce côté, et de leur faire croire par des mouvements continuels dans cette partie que nous occu-
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pions encore cette communication ; car il étoit de toute impossibilité d'investir entièrement la place.
A onze heures du matin, l’armée fut entièrement établie, et le marquis de Montcalm ayant résolu d’ouvrir la tranchée cette n'1it mme, alla reconnottre avec les ingenieurs et les officiers d'artillerie, le côté de l'attaque et l'emplacement des batteries. Il fut décidé que l'attaque embrasseroit le front du nord et qu’on établiroit deux batteries, l’une pour battre directement le bastion du nord et l’autre pour croiser sur ce même front, toutes les deux en même temps ricochant sur le retranchement, A l'égard du débarquement de l’artillerie, ce qui fut jugé le plus facile et de la plus prompte expélivion fut d'amener la nuit, à une petite anse à laquelle aboutit le dépôt de la tranchée, les pontons et de les décharger à mesure, Le marquis de Montcalm . Chargea le sieur de Bourlamaque de la direction du siège.
Dans la journée, fusillade autour du fort de la part des sauvages. Les Anglois l'ont employée à faire un second retranchement dans le premier, à voiturer de l'eau dans la place, à découvrir les toits de leurs casernes et hangars, à jeter dans le lac tout leur bois de chauffage et les planches inutiles. Les sauvages qui, de loin, croyoient qu’ils jetoient des effets plus précieux, sont venus se plaindre au marquis de Montcalm de ce procédé des ennemis et lui demander des troupes pour l'empêcher. ;
Cette après-midi, un grand rombre de travailleurs ont été employés à établir le dépôt de la tranchée, à rendre praticable le chemin du camp à ce dépôt de la
tranchée; et huit cents autres, protégés par six piquets, à l'ouvrir, à commencer à trois cent cinquante toises du fort une parallèle, les deux batteries projetées, et la continuation de cette parallèle aux batteries. On a profité de tout ce que le terrain offroit d'avantageux, et vaincu les difficultés que présentoient les abattis et les souches d’abres qui le couvroient. L'ouvrage a fort avancé, et au point du jour, on étoit enterré partout, excepté à la batterie de la droite, où le travail avoit été plus lent, parce qu'il étoit plus difficile. On a aussi débarqué au dépôt douze pièces de canons, quelques mortiers, et les munitions nécessaires pour le service. Le feu des ennemis n’a pas été vif cette première nuit.
Le 5 août 1757. — A quatre heures du matin, les travailleurs de jour ant relevé ceux de la nuit, perfectionné la tranchée et travaillé fortement à la batterie de la gauche. Celle de la droite, le boyau de communication n'étant que commencé, a été remise à la nuit suivante ; seulement, on a perfectionné ce qui étoit commencé de ce boyau.
Comme la garnison est de deux mille hommes, par conséquent fort en état de faire des sorties, que les chemins dans ces bois sont très difficiles, on s’étoit campé assez près de la tranchée pour être à portée de la soutenir. Cependant, les troupes dans cette position étant trop incommodées par le feu des ennemis dont les boulets et les bombes ont tué du monde dans les tentes, le marquis de Montcalm a fait reculer le camp de la brigade de la Sarre, et porté celle de Royal-Roussillon en poterce, derrière la brigade de la Reine qui est restée dans son premier terrain.
Kanectagon, parti le 3 pour faire un prisonnier sur le chemin de Lydius, est revenu aujourd'hui. 1l y a rencontré hier trois hommes, dont un a été pris, un autre tué, et le troisième s’est échappé. Il a amené ici le prisonnier et la veste de l’homme tué; dans la doublure de cette veste nous avons trouvé une lettre, en date du q''atre, à minuit, que le général Webb, qui est au fort Lydius, écrit au lieutenant -colonel Monro, comme à tout autre officier commandant au fort George. 11 mande qu'il ne pourra secourir la place jusqu’à ce qu'il ait été joint par les milices des colonies, auxquelles il a envoyé ordre de se mettre en marche sur-le-champ ; qu'un Canadien pris le 4 par un de ses partisans lui a dit que l’armée françoise étoit de onze mille hommes, qu'elle avoit un train considérable d'artillerie, et qu’elle investissoit tous les environs du fort, jusqu’à l’étendue de cinq milles; qu'il lui fait part de ces détail:, afin que si les milices commandées arrivent trop tard pour qu’il puisse marcher au secours de la place, le commandant voie à obtenir les meilleures conditions qu'il pourra.
Cette lettre tombée aussi heureusement entre nos mains, a déterminé le marquis de Montcalm de pousser encore plus la construction des batteries. Le nombre des travailleurs a été augmenté, et l’on compte être en état de faire tirer deinain la batterie de la gauche, qui est de six pièces de canon et de un mortier,
Les sauvages, au lieu de rester campés avec le chevalier de Lévis et de faire des découvertes continuelles, passoient toute la journée au camp, témoignant une vive impatience de voir tirer les gros fusils et allant fusiiler
dans les jardins qui sont autour du fort ; quelques-uns même, à l’imitation de nos tranchées, qu'ils viennent voir avec la plus grande curiosité, s’étoient approchés des jardins en remuant de la terre et se couvrant. Ces fusillades sans doute incommodent les ennemis, gênent leurs travailleurs et artilleurs, leur tuent même quelque monde ; mais ce n’est pas l’objet essentiel, La grande utilité dont les sauvages nous doivent être, c'est d’inonder de petits partis le chemin de Lydius et les bois voisins, d’intercepter tout courrier ou convoi peu considérable et de nous avertir des grands mouvements qui pourroient se faire au fort Lydius, assez à temps pour nous mettre en état de prendre un parti sans être surpris. Le marquis de Montcalm a fait convoquer un conseil général qui s’est tenu à cinq heures du soir. Dans ce conseil, il s’est plaint de ce que les sauvages ne restoient point au camp de M. le chevalier de Lévis, de ce que les découvertes ne se faisoient pas ; qu'il paroissoit que ses enfants avoient perdu l'esprit, qu'il ne régnoit plus de concert entre eux ; qu’ils négligeoïent de faire sa volonté ; qu’au lieu de suivre sa parole, ils alloient dans le désert du fort s'exposer sans nécessité ; que la perte de plusieurs sauvages tués dans ces fusillades lui avoit été extrêmement sensible, le moindre d'entre eux lui étant précieux ; qu’il étoit avantageux sans doute d’incommoder l’Anglois par le feu de la mousqueterie, mais que ce n’étoit pas leur objet principal ; que leur grande occupation devoit être de l'instruire de toutes les démarches de l'ennemi et d’entretenir sur la communication des partis continuels, concertés, et pour leur nombre, et pour leur marche,
entre toutes les natiovs ; que, dans cette vue, ils devoient tous se réunir au camp du chevalier de Lévis ; qu'ils y trouveroient tous leurs besoins, les munitions de guerre et de bouche ; que même, les missionnaires alloient s’y établir et que c’étoit là où les enfants de la prière les trouveroient ; que le chevalier de Lévis leur y expliqueroit'la volonté de leur père, et que, lui-même seroit toujours prêt à écouter les avis et les représentations de leurs chefs ; qu'enfin, pour leur remettre l'esprit, les faire rentrer dans la bonne voie, effacer le passé et répandre sur l'avenir la lumière des bonnes affaires, il leur donnoit deux collierset dix branches de porcelaine, Le marquis de Montcalm ajouta qu’il avoit reçu avec plaisir les bœufs dont ils lui avoient fait présent, mais que, comme fort différent en cela d’eux qui ne s’occupent que du moment présent, il songeoit à l'avenir et \ savoit le prévoir, il les avoit réservés pour leurs besoins futurs et surtout pour donner du bouillon à leurs malades et blessés. Ensuite, il leur a fait part des nouvelles du contenu de la lettre du général Webb et des mesures qu'il comptoit prendre en conséquence. Les sauvages ont reçu les colliers et branches, promis de mieux observer à l'avenir la volonté de leur père, d'agir suivant sa parole et de concert entre eux, de ne plus se séparer, de demeurer tous au camp du chevalier de Lévis et de s'occuper continuellement des découvertes. Ils ont ensuite ajouté que, de leur côté, ils avoient quelque chose sur le cœur; qu'on ne leur disoit plus rien; qu'on ne rendoit à leurs chefs aucun compte des mouvements qui se faisoient; que non seulement on ne suivoit pas leurs avis, mais qu'on ne leur
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exposoit pas même les raisons pour lesquelles on ne les suivoit pas; qu'on ne les consultoit plus sur les découvertes; mais que, comme s'ils étoient des esclaves, on prétendoit les faire marcher sans avoir délibéré avec leurs chefs et s'être concertés avec eux. ‘“ Mon père, “ dirent-ils, tu as apporté dans ces lieux l’art de la “ guerre, de ce moude qui est au delà du grand lac, “ Nous savons que, dans cet art, tu es un grand maître ; “ mais pour la science et la ruse des découvertes, pour “ la connoissance de ces bois et la façon d'y faire la “ guerre, nous l'emportons sur toi, Consulte-nous, et tu “ t'en trouveras bien ”.
Le marquis de Montcalm a répondu que ce dont ils se plaignoient, ne pouvoit être arrivé que par quelquesunes des méprises inévitables dans le tumulte d’affaires aussi considérables que celles dont il étoit accablé ; que par sa façon d’agir avec eux, et dans cette campagne et dans la précédente, ils devoient sentir combien il connoissoit leurs talents, quel cas il faisoit de leurs avis pour les découvertes et qu'il aimoit à les suivre et à consulter leurs chefs ; qu’il alloit prendre les meilleures mesures pour qu’à l’avenir, il n’y eût plus de méprises pareilles et que rien n’arrêtât le cours des bonnes affaires. Ila fini en leur disant que le lendemain le canon commenceroit à tirer, Cette nouvelle a répandu une grande joie dans l'assemblée qui s’est séparée fort . contente,
Comme on avoit observé que les Anglois faisoient beaucoup de mouvements sur leurs barques, on a pour cette nuit, renforcé la garde des bateaux, de trois compagnies de grenadiers, Mille travailleurs employés cette
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nuit à la tranchée, ont fini la batterie de la gauche, y ont charrié les pièces, ont achevé la communication avec la batterie de la droite et fort avancé cette batterie,
Le 6 août 1757.— A six heures du matin, la batterie de la gauche, qui est de huit pièces de canon, dont trois de dix-huit, et de un mortier de neuf pouces, a commencé à tirer, Cette batterie bet, soit parallèlement, soit en écharpant, les défenses du front de l’ouest et la rade où sont les barques.
Les travailleurs de jour ont été employés à finir la batterie de la droite et à perfectionner le boyau de communication qui mène à cette batterie, Il nous est arrivé aujourd'hui des bateaux de Carillon.
Ces jours passés dix Agniers ont paru au Portage et n’y ont fait d'autre mal que de tuer un cheval et un bœuf, M. …, cadet s’est mis à leur poursuite. Pendant la nuit, cinq cents travailleurs ont achevé la batterie de la droite et conduit un boyau en avant, sur la capitale du bastion de l’ouest, Ils ont fait cent cinquante toises d'ouvrage. On a aussi rétabli ce que le feu de la place avoit endommagé à la batterie de la gauche.
Le 7 août 1757,— À six heures du matin la batterie de la droite, qui est de deux pièces de dix-huit, cinq de de douze, une de huit, deux obusiers de sept pouces et d’un mortier de six, a commencé à tirer; elle bat un peu obliquement le front d'attaque, et à ricochet le camp retranché,.
Deux cents travailleurs de jour ont perfectionné le boyau ouvert la nuit, A neuf heures du matin, après une double salve des batteries de la droite et de la gauche,
le marquis de Montcalm m'a envoyé * porter au commandant du fort la lettre du général Webb interceptée le 28, J'ai débouché de la tranchée, laissant porter devant moi un pavillon rouge accompagné d’un tambour qui rappeloit, et d'une escorte de dix-huit grenadiers, Les Anglois m'ont crié de faire halte au pied du glacis ; un officier et quinze grenadiers sont venus à moi et m'ont demandé ce que je voulois, Sur ce que j'ai dit, que j'avois une lettre de mon général à remettre au commandant anglois, deux autres officiers sont sortis de la place, dont l’un est resté à la garde de mes grenadiers, et l'autre m'ayant bandé les yeux, m'a conduit d’abord au fort, ensuite au camp retranché, où j'ai remis au commandant la lettre du marquis de Montcalm et celle du général Webb,
Grands remerciements de la politesse françoise, protestations de joie d’avoir affaire à un ennemi aussi généreux, tel est le contenu de la réponse du lieutenant colonel Monro au marquis de Montcalm.
L'on m'a ramené, les yeux toujours bandés, où l'on m'avoit pris, et nos batteries ont commencé à tirer quand on a jugé que les grenadiers anglois avoient eu le temps de rentrer dans le fort.
Je souhaite que la lecture de la lettre du général Webb, dont j'ai donné plus haut le précis, engage les Anglois à se rendre plus tôt.
Depuis le commencement du siège, les ennemis vont sans cesse cacher dans le bois à la rive du sud, diffé-
* Bougainville parle ici en son nom.
rents effets et observer de là nos mouvements différents, Plusieurs sauvages ont tombé sur une de ces troupes, ont tué et blessé quelques-uns et fait deux prisonniers qui ne nous ont rien appris,
Le sieur de Villiers, avec ses volontaires et des sauvages, est allé fusiller sous le retranchen.ent les ennemis, Ils ont fait une sortie, ont été repoussés, et la fusillade a duré fort longtemps. Nous avons eu dans cette affaire inutile vingt et un sauvages ou Canadiens tués ou blessés, Les Anglois en ont, dit-on, perdu un plus grand nombre, Aujourd’hui l'officier que le marquis de Montcalm avoit envoyé de Carillon, conduire à Montréal les Anglois pris dans la dernière affaire du lac en est revenu, et nous a apporté ici des nouvelles de France, de Louisbourg, de Québec, de Niagara et de la Belle-Rivière. Je remets à un autre temps le détail de la partie de ces nouvelles qui regarde ce continent ; ce sont les seules qui doivent avoir place dans un journal fait pour les Européens.
Cette nuit, les travailleurs ont cheminé sur la place, en continuant le boyau commencé la veille, qu’ils ont conduit jusqu’à cent toises environ du fort, Ils ont aussi ouvert à l’extrémité de ce boyau, un crochet pour établir une batterie et y loger de la mousqueterie qui tirera sur les parapets du front de l'attaque.
Les sauvages et les Canadiens ont été placés cette nuit dans les jardins du fort, ventre à terre, en avant des travailleurs. La garde de la tranchée étoit de sept piquets et de trois compagnies de grenadiers, Ainsi, nous étions prêts à recevoir l'ennemi, s’il eut voulu faire une sortie, Sur les onze heures, deux soldats anglois qui
venoient, vnt-ils dit, pour déserter, inais plutôt, je crois, pour reconnoître ce que nous faisions, ont donné dans l'embuscade de sauvages qui les ont pris tous deux, l'un ayant eu l'épaule cassée de plusieurs coups de fusils. Après cette décharge, toutes les montagnes qui environnent le fort ont retenti du cri des sauvages, dont les chefs s'appeloient et se répondoient, Cette petite aventure a peut-être dégoûté les ennemis d’une sortie qu'ils étoient bien à portée de faire.
Le froid est aussi vif la nuit que la chaleur est extrême le jour ; les bois et la proximité du lac occasionnent sans doute cette incommode température.
Le 8 août 1757. — Cette nuit on toit parvenu à un marais d'environ cinquante toises de passage à cause des contours à faire pour éviter les mauvais pas. Pour y déboucher, il falloit cheminer huit ou dix toises de longueur entièrement à découvert, Quoique en plein jour, afin d'accélérer l'ouvrage, on se détermina à faire ce passage comme celui d’un fossé de place rempli d’eau, Les travailleurs s’y portèrent avec tant d’ardeur qu'il fut exécuté dans la matinée même, malgré le feu très vif du canon et de la mousqueterie des ennemis ; ce qui nous donne la facilité de pratiquer dans le marais à force de fascines et de rondins, une chaussée capable de supporter l'artillerie.
Sur les quatre heures, des sauvages découvreurs rapportèrent qu’il venoit un corps considérable d’ennemis par le chemin de Lydius. Le chevalier de Lévis s’y porta sur-le-champ avec la plus grande partie des Canadiens et les sauvages ; le marquis de Montcalm le suivit avec la brigade de la Reine et trois compagnies
de grenadiers; les trois autres et les brigades de la Sarre et de Royal-Roussillon restèrent aux ordres de M. de Bourlamaque pour couvrir nos tranchées et le camp.
La brigade de Saint-Ours fut aussi envoyée à la garde. A cinq heures et demie, le marquis de Montcalin étoit rendu sur le chemin de Lydius, où il se joignit au chevalier de Lévis. Malheureusement, la nouvelle de la marche des ennemis étoit fausse. Un sauvage avoit eu peur et cru voir, La promptitude de notre mouvement a du moins servi à montrer aux sauvages, qu'avec raison, ils comptoient autant sur la vigilance que sur la valeur des troupes françoises. A la fin du jour, toutes les troupes étoient rentrées dans leur camp et le travail du siège ne fut en rien dérangé.
Cette nuit, on a débouché du marais par un boyau servant de communication à une parallèle qui fut ouverte sur la crête d’un coteau qui borde ce marais, C’est de cette parallèle, d'environ cent cinquante toises de longueur, qu’on devoit partir pour établir les batteries de brêche. Ce travail fut fort avancé dans la nuit même, malgré le feu de la place qui u’avoit pas encore été aussi vif,
La garde de la tranchée étoit de sept piquets de trois compagnies de grenadiers ; trente Iroquois avoient aussi demandé à se mêler aux grenadiers, afin de servir de découvreurs pour avertir en cas que l'ennemi voulût tenter une sortie,
Le 9 août 1757. — Deux cents travailleurs furent commandés pour perfectionner l'ouvrage de la nuit, A
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sept heures du matin, le fort arbora le drapeau blanc et demauda à capituler.
Le lieutenant-colonel Young vint proposer au marquis de Montcalm les articles de la capitulation. Je * fus envoyé pour la rédiger et ordonner les premières mesures à prendre en conséquence,
La capitulation porte en substance que les troupes, tant du fort que du camp retranché, au nombre de deux mille hommes, sortiront avec les honneurs de la guerre, le bagage des officiers et celui des soldats; qu’ils seront conduits au fort Lydius, escortés par un détachement de nos troupes et par les principaux officiers et interprètes attachés aux sauvages ; que, jusqu’au retour de cette escorte, un officier restera en otage entre mes mains; que ces troupes ne pourront servir de dix-huit mois, ni contre Sa Majesté Très Chrétienne, ni contre ses alliés; que dans l’espace de trois mois, tous les prisonniers françois, canadiens et sauvages, faits par terre dans l’Amérique septentrionale, depuis le commencement de la guerre, seront ramenés aux forts françois ; que l'artillerie, les barques et toutes les munitions de guerre et de bouche appartiendront à Sa Majesté Très Chrétienne, à l'exception d’une pièce de canon de calibre de six livres de balles, que le marquis de Montcalm a accordée au colonel Monro et à la garnison, pour leur témoigner son estime au sujet de la belle défense qu'ils ont faite,
* Bougainville,
Je pense qu'on eût pu avoir ces troupes prisonnières de guerre et peut-être à discrétion. Mais dans le premier cas, c’eût été deux mille hommes de plus à nourrir, et la colonie manque de vivres; dans le second, on n'eût pu retenir la barbarie des sauvages, et il n’est jamais permis de sacrifier l'humanité à ce qui n’est que l'ombre de la gloire.
Avant de signer la capitulation, le marquis de Montcalm a assemblé un conseil où ont été appelés les chefs de toutes les nations. Il leur a fait part des articles qu’il accordoit aux assiégés, des motifs qui le déterminoient à les leur accorder. Il leur a demandé leur consentement et leur parole que leurs jeunes gens ne commettroient aucun désordre ; les chefs ont consenti à tout et promis de contenir leurs jeunes gens.
L'on voit par cette démarche du marquis de Montcalm, à quel point on est, dans ce pays, esclave des sauvages, ils sont un mal nécessaire,
A midi le fort fut livré aux troupes de la tranchée, et la garnison en étant sortie avec les bagages, il fallut y laisser entrer les sauvages et les Canadiens pour piller tous les effets restant. A grand'peine on a conservé les vivres et munitions de guerre.
Les troupes angloises doivent rester dans le camp retranché jusqu’à demain. Malgré une garde de nos troupes que nous y avons mise, on n’a pu empêcher les sauvages d'y pénétrer et de piller, Tout a été employé pour les arrêter: conseils avec les chefs, caresses de notre part, autorité qu'ont sur eux les officiers et interprêtes qui leur sont attachés. Nous serons trop heureux si nous obtenons qu’il n’y ait point de massacre ; détes.
table situation dont on ne peut donner une idée à ceux qui ne s’y sont pas trouvés, et qui rend la victoire même douloureuse aux vainqueurs.
Le marquis de Montcalm s’est de sa personne porté au retranchement ; il y a fait les plus grands efforts pour empêcher que l’avidité des sauvages, et je le dirai ici, de quelques gens qui leur sont attachés, ne fût pas la cause de malheurs plus grands encore que le pillage.
Enfin à neuf heures du soir, il a paru que l’ordre étoit rétabli dans le retranchement. Le marquis de Montcalm a même obtenu, qu’outre l’escorte convenue par la capitulation, deux chefs par chaque nation escorteroient les Anglois jusqu’auprès du fort Edouard. J'avois eu soin en entrant dans le camp anglois de recommander aux officiers et soldats de faire jeter le vin, l’eau-de-vie et toutes les liqueurs enivrantes; euxmêmes avoient senti de quelle conséquence il étoit pour eux de prendre cette précaution.
A dix heures du soir, je suis parti par ordre du marquis de Montcalm, pour porter au marquis de Vaudreuil la nouvelle de la reddition du fort Guillaume- Henry et la capitulation *.
Ci-joint les états de la garnison angloise, de l’artillerie et des munitions de guerre et de bouche trouvées dans le fort Guillaume-Henry :
* Après le départ de Bougainville, Montcalm ne le fit pas remplacer comme secrétaire de son Journal. Bougainville fut de retour à Carillon le 25 août. — NoTE DE L'ÉDITEUR.