MARDI 26 JUILLET
Le ministre des attaires éti'angères a adressé aux agents diplomatiques de l'Empereur la dépêche suivante :
Paris, le 24 juillet 1870.
Monsieur le cabinet de Berlin a fait publier, au sujet des négociations d'Ems, divers documents au nombre desquels se trouve une dépêche de M. le baron de Werther, rendant compte d'une conversation que nous avons eue ensemble durant son dernier séjour à Paris. Ces pièces ne représentent pas, sous son véritable aspect, la marche suivie par le Gouvernement de l'Empereur dans ces circonstances, et le rapport de M. de Werther m'attribue notamment des paroles que je crois de mon devoir de rectifier sur plusieurs points.
M, l'ambassadeur de Prusse, dans notre entretien, s'est particulièremeut étendu avec moi sur cette considération que le roi, en autorisant
la candidature du prince île llolienzollern, n'a\ait jamais eu l'intention de blesser l'Empereur et n'avait jamais supposé que cette combinaison dût porter outrage à la France. J'ai l'ait observer à mon interlocuteur que, s'il en était ainsi, une pareille assurance duunée serait de nature a faciliter l'acconl que nous rediercliioiis. Mais je n'ai point demanfl»; que le roi écrivit une lettre d'excuses, coninie l'ont prétendu les journaiiv de Berlin dans leurs commentaires olticieux.
Je ne saurais non plus souscrire aux appréciations ([ue M. le baron He NN'erther me prête au sujet de la déclaration du 6 juillet. Je u'ui point admis que cette manii'estalion aurait été dctenninée par des nécessites parlementaires. J'ai expliqué notre langage par la vivacité de la blessure que nous avions reçue, et je n'ai nullement fait valoir la position personnelle des ministres comme motif déterminant de leur conduite. Ce que j'ai dit, c'est qu'aucun ministère ne pouvait conserver en Irauce la contiance des Chambres et de l'opinion eu consentant a un arrangement qui ne contint pas une garantie sérieuse pour l'avenir. Je dois ajouter, contrairement au récit de M. de Werther, que je n'ai point séparé l'Empereur de la France. Kien dans mes paroles n"a pu autoriser le représentant de la Prusse à supposer qu'une étroite solidarité d'impressions ne régnât pas entre le Souverain et la nation tout entière.
C,es réserves faites, j'arrive au reproche principal qu'élève contre nous le cabinet de Berlin. Nous aurions volontairement, a-t-on dit, |)orté la discussion auprès du roi de Prusse, au lieu de l'engager avec son gouvernement. Mais lorsque, le 4 juillet, suivant mes instructions, notre chargé d'affaires s'est présenté chez M. de Thile pour l'enlrelejiir des nouvelles qui nous étaient parvenues d'Espugne, quel a été le langage de M. le secrétaire d'Etat .' Selon ses expressions mêmes, " le gouvernement prussieu ignorait complètement cette affaire, et elle n'existait pas pour lui. » En présence de l'attitude du cabinet qui affectait de se désintéresser «le l'incident pour le considérer comme regardant uniquement la famille royale de Prusse, (jue |)uuvions-noii^ luire, sinon nous adresser au roi lui-même ".'
C'est ainsi que, contre notre volonté, nous avons dû inviter notre ambassadeur à se mettre en communication avec le souverain, au lieu de traiter avec son ministre.
J'ai assez longtemps résidé dans les cours européennes pour savoir combien ce mode de négociation est désavantageux, et tous les cabiiiet.ajouteront foi à mes paroles, quand j'affirmerai que nous avons suivi cette voie uniquement parce que toutes les autres nous étaient fermée^. Nous regrettons que M. le comte de Bismarck, aussitôt qu'il a connu la gravité du débat, ne se soit pas rendu à Fms pour reprendre sou rolr naturel d'intermédiaire eulre le roi et noln- andjassadeur ; mais l'isolement dans lequel Sa Maje.-té a sans doute vfuilu rc.-lcr. cl que le
pliancolicr u vraiscinblublcm'jnt trouvé l)on i)Our ses desseins, est-ce nous qui en sommes responsables? Et si, connue le fait remarquer le cabiiicl (le Berlin, la déclaration de guerre qui lui a été remise par notre chargé d'allaires conslitue notre preuiière communication écrite et officielle, à qui donc en est la faute? Adressc-t^on des notes aux souverains? Notre ambassadeur pouvait-il se permettre une telle dérogation aux usages, quand il traitait avec le roi, et l'absence de tout document échangé entre les deux Gouvcrnejuenls, avant la déclaration (le guerre, n'est-clle pas la conséquence nécessaire de l'obligation oii l'on nous a mis de suivre la discussion à Ems, au lieu de la laisser à Uertin, où nous l'avions d'abord portée?
Avant de clore ces rectifications, je relèverai une dernière observation du cabinet prussien. D'après un télégramme de Berlin, publié par les Journaux du 23, MM. de Bismarck et de Thile, contestant un passage de ma dépêche-circulaire du 21 juillet, déclareraient que « depuis le jour où ils ont entendu parler de la demande adressée au prince de llohenzollern, la question de la candidature du prince au trône d'Espagne n'a jamais été entre eux et M. Benedetti l'objet du moindre entretien, soit officiel, soit particulier ». Dans la forme où elle se produit, cette affirmation est ambiguë : elle semble se référer uniquement aux rapports de notre ambassadeur avec le ministère prussien, postérieurs à l'acceptation du prince Léopold. En ce sens, elle ne serait pas contraire à ce que nous avons dit nous-mêmes; mais si l'on prétend l'étendre aux communications antérieures, elle cesse d'être vraie, et pour l'établir je ne puis mieux faire que de citer ici une dépêche, en date du 31 mars 1869, adressée par notre ambassadeur, M. le comte Benedetti, à M. le marquis de la Valette, alors ministre des Affaires étrangères.
Elle est ainsi con(jue :
a Berlin, 31 mars 1869.
» Monsieur le marquis,
» Notre l'excellence m'a iuvité hier, par le télégraphe, à m'assurer si la candidature du prince de Hohenzoliern au trône d'Espagne avait un caractère sérieux. J'ai eu ce matin l'occasion de voir M. de Thile, et j'ai cru pouvoir lui demander si je devais attacher quelque importance aux bruits qui avaient circulé à ce sujet. Je ne lui ai pas caché que je tenais à être exactement informé, en lui faisant remarquer qu'une pareille éventualité intéressait trop directement le Gouvernement de l'Empereur pour qu'il ne fût pas de mon devoir d'en signaler les dangers dans le cas où il existerait des raisons de croire quelle pût se réaliser. J'ai dit à mon interlocuteur que mon intention était de vous faire part de notre entretien.
)> M. de Thile m'a donné l'assurance la plus formelle qu'il n'a, à aucun moment, eu connaissance d'une indication quelconque pouvant autoriser
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ne semblable coiijccturo, et (|ue le ministre d'Llëpagne à Vienne, penant le séjour qu'il a i'ait à Berlin, n'y aurait pas mùme fait allusion. Le sous-secrélaire d'Etat, en «'exprimant ainsi, et sans que rien dans ce que je lui disais fut de nature à provoquer une pareille manifestation, a cru devoir engager sa parole d'honneur.
» Suivant lui, M. llancès se serait borné à entretenir le comte de Bismarck, qui tenait peut-être à profiter du passage de ce diplomate pour se renseigner sur l'état des choses en Espagne, de la manière dont elles s'engageaient en ce qui concerne le choix du futur souverain.
« Voilà, en substance, ce que M. de Tliilc m'a a[)pris, eu revenant à plusieurs reprises sur sa première déclaration, qu'il n'avait été et qu'il ne saurait être question du prince de llohenzoUern pour la couronne d'Espagne.
» Veuillez agréer, etc.
» Signé : Benedbtti. »
Après cette citation, je crois superllu d'entrer dans plus de développements sur un point que nous devons considérer comme déiinitivement acquis.
Agréez, etc.
Signé : Gka.mont.