DU DESARMEMENT
Ceci ni'am6iie à dire quelques mots de celte singulière question du dcsarmemejit des puissances, question qu'on soulève de temps à autre, et dont les journaux s'occupent aujourd'hui plus que jamais. Quelle absence de sens commun dans les articles que ces journaux donnent en pâture à l'avidité publique! Quelle ignorance des institutions des pays étrangers ! On ne se demande même pas ce qui constitue pour une puissance un désarmement, et on confond ce mot avec celui de licenciement.
Il faut reconnaître qu'on a quelque peine à donner du mot désarmement une définition précise. D'abord, comme il n'y a pas deux puissances dont l'organisation militaire soit la même, il ne saurait avoir exactement le même sens pour elles. Ensuite, à ne considérer qu'une même puissance, la France, par exemple, qu'est-ce qui constitue au juste un désarmement et où commence-t-il? Est-ce un licenciement, ce qu'on regarde d'ordinaire comme équivalent à un désarmement? Encore faudra-t-il savoir ce qu'on licenciera. Sera-ce une partie de l'armée qui est sous les drapeaux, ou une partie de la réserve? Le licenciement sera-t-il provisoire ou définitif, sans rappel possible? Tout cela paraît bien vague.
En cliercbant au mot désarmement une signification précise qui s'applique à tous les pays, on ne trouve que celle-ci : diminution dans l'effectif des bommes qu'une puissance instruit et ré.;erve pour la guerre. Le désarmement sera partiel, si cette puissance diminue son etfectif dans une certaine proportion; il sera total, si elle ne forme plus aucun soldat et qu'elle se borne à n'entretenir qu'une sorte de gendarmerie pour l'intérieur. Or, ce dont nos journalistes ne se doutent même pas, c'est qu'un désarmement partiel ou total, chose concevable, c'est-àdire possible, pour la France, l'Autriche, l'Italie, l'Angleterre, en un mot pour toutes les puissances, est absolument impossible pour une seule, la Prusse.
Le mot de désarmement appliqué à la Prusse n'a eu effet aucun sens. Pourquoi cela ? A cause du principe du service obligatoire pour tous, principe fondamental des institutions militaires prussiennes, et l'on peut ajouter de l'existence sociale de la nation. 11 exige que tous les citvyms valides passent trois ans dans l'armée active, comme dans une École de guerre, vet qu'ensui le ils servent quatre ans dans la réserve et cinq ans dans la landwehr. Autrement dit, toas les jeunes gens valides de vingt ans, c'est-à-dire 93,000 hommes (le contingent de 1868 pour k Coufédération de l'Allemagne du Nord était de 92,886 hommes), eutrent chaque année dans l'aruiée ; ils y sont instruits pendant trois uns au métier des armes, et celle iustruclion reçue, ils restent pendant neuf ans à la disposition de l'État. La Conférération du Nord a de la
sorte et comme conséquence de ses institutions, 300,000 hommes de 20 à 23 ans qu'on instruit au métier de la guerre; plus 000,000 hommes de 23 à 32 ans qui ont été complètement instruits. Total 900,000 hommes.
Dans de telles conditions, que signifie, pour elle, un désarmement? Lui proposera-t-on de diminuer l'ctrectif des hommes sous les drapeaux? Elle répondra : Je ne le puis, le principe fondamental du service militaire obligatoire me force à faire entrer chaque année 93,000 jeunes gens dans l'armée, qui y restent trois ans ; or, l'effectif actuel de mon armée active et ses cadres ne répondent que tout juste à cette nécessité.
Proposera-ton à la Prusse de diminuer la durée du service? A cela elle pourrait consentir; mais encore faut-il s'entendre. Dans quel service demandera-t-ou une diminution de durée? Kst-ce dans le service sous les drapeau.\ (trois ans), ou dans la réserve (quatre ans), ou dans la landwehr (cinq ans)? Qu'on le remarque bien : tant que la Prusse ne réduira pas la durée du service total, qui est de douze ans (de 20 à 32), elle aura beau diminuer la durée du service sous les di'apeaux ou celle du service dans la réserve, la seule conséquence pour elle sera d'avoir des hommes un peu moins instruits pour la guerre, mais le total restera le même, c'est-à-dire 900,000 soldats actifs, réserves et landwehr. Ce changement constituerait-il un désarmement? Evidemment non. Tout au plus l'appellerait-on un affaiblissement dans la valeur guerrière de ces 900.000 hommes. Qu'on pousse, par exemple, les choses à l'extrême : que la Prusse accepte un an seulement de service actif, deux ans de réserve, et par conséquent, neuf ans do landwehr. Elle aura des hommes peu instruits, un grand nombre de landwehriens, mais ce seront toujours 900,000 hommes qui auront tous été exercés un an dans l'armée et deux dans la réserve.
Une diminution dans l'effectif total de 900,000 hommes, c'est-à-dire un désarmement, tel qu'on doit le comprendre, ne pourrait donc avoir lieu que si la Prusse abaissait la limite d'âge de la landwehr h 30 ou 28 ans, par exemple. Mais cette concession serait purement illusoire, car pour une guerre sérieuse, on ne ferait aucune difficulté à requérir les hommes de 29, 30, 31 et 32 ans, bien qu'il n'appartinssent plus à la landwehr.
On ne remarque pas assez que le fait capital de Porganisation militaire de la Prusse consiste dans l'instruction donnée pendant un certain nombre d'années (aujourd'hui trois ans) à toute la jeunesse valide de 20 ans. Le nombre des années passées dans la réserve ou dans la landwehr n'a relativement qu'une importance accessoire. 11 résulte de cette disposition fondamentale que tous les hommes valides de la nation sont des soldats ou eu service ou anciens. Aussi les forces armées de la Confédération du Nord (armée active, réserve, landwehr) pré-
sentent-elles, comme ensemble, une physionomie particulière, unique en Europe.
On pourrait peut-être la rendre sensible à l'œil par le dessin cidessous, formé de teintes graduelles. On admettrait que les 12 lignes droites rcprc^scntont : la P» les hommes de 20 ans, la 2*' ceux de 21 ans et la 12^ ceux de 31 ans. Les trois premières figurent l'armée active, les quatre suivantes la réserve, les cinq dernières la landwelir. Ces lignes diminuent de longueur successivement pour représenter les pertes en hommes, d'année en année. On supposerait enfin que la grosseur dos lignes est, pour les divers contingents, proportionnelle à leur aptitude pour la guerre, et que les soldats de 3' année se trouvent, avec ceux de la P» et de la 2« année de la réserve, dans les meilleures conditions sous le rapport de l'âge et de l'instruction militaire.
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42° année.
Armée sons les drapeaui, 315,000 h.
?RéserYe . 310,000 h.
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llandwcbr . . . 330,000 h.
Tolil... 955,000 h.
On peut voir, par les considérations précédentes, que le mot de désarmement appliqué à la Prusse n'a aucun sens précis, et que de toutes les puissances de l'Europe, la Prusse est la seule qui, par ses institutions mêmes rend un désarmement général impossible. 11 faudrait pour que la Prusse pût désarmer, qu'elle commançàt par changer lesdites institutions, ce que personne ne songe à lui demander.
DES FORCES MILITAIRES DE LA CONFÉDÉRATION DE l'aLLEMAGNE Dl' NORD. (Berlin, 24 juin 18GH.)
La Confédération de l'Allemagne du Nord avance de plus en plus dans l'organisation de ses forces militaires. Voilà près de deux ans que la Prusse travaille sans relâche à constituer et à compléter, jusque dans les moindres détails, les trois nouveaux corps d'armée correspondant aux trois provinces qu'elle s'est annexées en 1866, et à leur donner, ainsi qu'au corps que fournit la Saxe, l'homogénéité prussienne. 11 est bon de se rendre compte de temps à autre du degré d'avancement de ce travail.
Les écrits qui se publient en Allemagne sur l'état et la composition des forces militaires de la Confédération du Nord ne brillenc pas par la clarté, et il en est (comme la publication autrichienne de Streffleur « cahier de février ») qui donnent pour les effectifs des chill'res trèserronés. Voici, je crois, la façon la plus claire de présenter le tableau militaire de la Confédération de l'Allemagne du Nord, telles qu'elles sont constituées et réi;arties aujourd'hui, en juin 18G8. Les États qui composent cette Confédération sont : Habitants.