‹ Journal du siége de Paris. Décrets, proclamations, circulaires, rapports, notes, renseignements, documents divers officiels et autres publiésChapitre 64 sur 97 · C. La réserve d'artillerie · texte numérisé non relu

C. La réserve d'artillerie

Les dispositions que j'indique ici ne sont pas conformes à celles qu'enseignent les livres écrits sur cette matière ; mais elles sont adoptées aujourd'hui, depuis la suppression du canon de 12 lisse dans l'armée prussienne.

L'artillerie d'un corps d'armée se compose de quinze batteries (toutes portées à 6 pièces) du régiment affecté au corps d'armée en temps de paix.

Ces quinze batteries sont groupées en quatre divisions, et, quand la mobilisation a lieu :

La !'■« division d'artillerie montée (4 batteries) est attaclsée à la i""» division d'infanterie;

La 2*^ division d'artillerie montée (4 batteries) est attachée à la 2" division d'infanterie ;

Une batterie à cheval (quelquefois deux) est attachée aux deux brigades de cavalerie, et les six batteries restantes (deux à cheval, deux de 4 et deux de 6), sont laissées à la réserve d'artillerie.

Les batteries divisionnaires ne marchent chacune qu'avec seize voitures, savoir : six pièces, six caissons, un affût de rechange, une forge et deux chariots.

La réserve d'artillerie se compose :

1° Des six batteries mentionnées ci-dessus;

2" De neuf colonnes de munitions.

Un corps d'armée a donc aujourd'hui :

Huit batteries aux deux divisions d'infanterie;

Une ou deux batteries aux brigades de cavalerie;

Cinq ou six batteries à la réserve.

Total : quinze batteries ou quatre-vingt-dix pièces.

La proportion, comme on voit, n'est pas tout à fait de trois pièces par 1,000 lionimes pour un corps d'armée de 36,000 hommes.

Les Prussiens n'ont donc pas, à la guerre, une artillerie plus nombreuse que la nôtre, mais ils la répartissent autrement dans le corps d'armée, de manière à avoir une artillerie divisionnaire double de la nôtre, et, par contre, une réserve d'artillerie beaucoup plus faible. Celle faculté qu'ont ainsi les Prussiens de pouvoir entrer en action avec une artillerie divisionnaire double de la nôtre mérite d'être prise en sérieuse considération, et j'en ai fait plusieurs fois le sujet de mes entretiens à Paris. Nous devons aviser aux moyens de pouvoir lutter, dès les premières phases d'une bataille, contre une artillerie qui, indépendamment de sa portée et de sa justesse plus grandes, sera, en outre, deux fois plus nombreuse. A quoi nous servira une plus forte réserve, si, dès l'origine, ou dans les premières périodes des combats, notre artillerie de division ne peut pas soutenir la lutte?

D. Le bataillon de pionniers.

Dans l'armée de la Confédération du Nord, le corps des pionniers réunit le service du génie à celui des pontonniers. A la guerre, il est en outre chargé de la réparation et de la destruction des chemins de fer, ainsi que du service télégraphique.

Il y a par corps d'armée :

Le bataillon proprement dit; un équipage de ponts de bateau; un équipage de pont d'avant-garde; un équipage d'objets et d'outils de campement ; une compagnie de chemins de fer ; un équipage pour le service télégraphique.

J'ai fait coimaîire la composition de ces divers équipages dans mes rapports de l'année 18G6, ainsi que celles du train des subsistances, du train des ambulances et des services divers (intendance, trésorerie, postes, imprimerie, etc.).

Je donne maintenant les effectifs de la garde et de quelques autres corps d'armée sur pied de guerre.

Les régiments de cavalerie n'y sont comptés qu'à quatre escadrons, parce que le o-^ escadron y est destiné à compléter les quatre autres au pied de guerre.

Si l'on veut connaître le nombre des combattants de ces corps d'armée, il faudra additionner :

Les combattants des deux divisions d'infanterie ;

Les combattauts des deux brigades de cavalerie;

Ceux de la réserve d'artillerie ;

Ceux du bataillon de pionniers.

On a ainsi :

Pour la pardo, 950 officiers, 31,663 hommes.

Total rond, en y ajoutant les états-majors, 39,000 hommes.

Pour les pf et 2" corps, 883 officiers, 35,201 hommes.

Total rond, 30,000 hommes.

3° Passage du pied de paix au pied de guerre.

Le tableau B a fait connaître les effectifs que la Confédération du Nord entretient sous les drapeaux en temps de paix. Pour passer du pied de paix au pied de guerre, on complète les bataillons, escadrons, batteries, etc., en rappelant les hommes de la réserve.

Je reviendrai à ce sujet sur un détail que j'avais déjà signalé en 18G(), dans im travail intitulé : Note sur l'organisnlion militaire de la Prusse; c'est qu'aujourd'hui la Prusse peut porter tous ses corps d'armée au complet de guerre par le seul rappel des réserves, c'est-à-dire sans recourir à la landwehr. La réorganisation militaire de 1860 n'a pas eu d'autre but que d'exclure la landwehr de l'armée portée au pied de guerre, et on a atteint ce but en augmentant de deux ans la durée du temps de réserve. Aujourd'hui la landwehr est chargée de la défense des places de l'intérieur, elle ne serait appelée à combattre avec l'armée en deuxième ligne que dans des cas extrêmes, et hi Prusse n'y puisera que pour organiser les compagnies de chemins de fer, les compagnies de porteurs de blessés, le service télégraphique, etc.

11 est d'ailleurs facile de s'assurer que la Prusse peut porter tous les corps d'armée de la Confédération au pied de guerre par le rappel des seules réserves prussiennes. Si l'on compare en eiîet les deux tableaux H et C, on trouve que :

1° Pour compléter un bataillon d'infanterie, il faut rappeler en moyenne 490 hommes, donc pour 368 bataillons (350 de ligne -}- 18 de chasseurs), il faut 490 X 3GS = 180,320 combattants ;

2-» Pour compléter im escadron de cavalerie, il faut 43 hommes, donc pour 380 escadrons : 4,910 hommes;

3'J Pour compléter les treize régiments d'artillerie de campagne, il faut 6,123 hommes;

4° Pour compléter les treize bataillons de pionniers, il faut 1,541 combattants.

Le tolal des combattants à rappeler s'élève ainsi au chiffre rond de 195,000 hommes.

Or, quel est l'effectif des réserves dont la Confédération peut disposer? Le chiffre exact, facile à préciser pour l'ancienne Prusse, est assez difficile à déterminer pour les Etats qu'elle s'est annexés et

pour ceux qui, avec clic, constituent la Confédération ; car aucun de ces Etats n'avait, en 1866, l'organisation militaire prussienne.

Mais n'envisagcàl-on que la Prusse d'avant 1866, comme son contingent annuel était de 63,000 hommes, elle disposerait aujourd'hui de 4 fois 63,000 hommes de réserve = 252,000 hommes, qui, admît-on môme la forte déduction de 4 pour 100 pour les pertes d'une année à l'autre, donneraient plus de 200,000 hommes. — On voit donc que la Prusse pourrait compléter les corps d'armée de toute la Confédération avec ses seules réserves.

Au cas d'une guerre, la Prusse agirait, sans aucun doute, comme en 1866, où elle organisa avec soin le plus grand nombre possible de troupes de dépôt : elle lèverait par anticipation la moitié d'un contingent, et conserverait, pour l'instruire, une partie de ses réserves. — Si cette partie était insuffisante comme nombre, elle recourrait aux hommes des premières années de la landwehr.

Et, à ce sujet, je ne saurais trop insister sur ce point : c'est qu'aujourd'hui que la landwehr n'a plus à combattre en corps de troupes à part, comme avant la réorganisation de 1860, il n'est d'aucune importance de rechercher dans quelle proportion la land\Yehr entrerait pour compléter les bataillons de l'armée active. Quoi qu'il ariive, cette proportion sera plus faible qu'en 1866, où elle ne s'éleva qu'à un dixième.

Ces landwehricns, intercalés ainsi en petit nombre au milieu des hommes d'un bataillon, valent non-seulement les meilleurs soldats, mais tous les officiers m'ont dit qu'en 1866 ils s'étaient montréi généralement supérieurs aux autres.

Il est donc oiseux de se demander dans quelle proportion figureraient dans l'armée fédérale les hommes de la landwehr. Comme je l'ai dit déjà, l'ensemble des forces militaires de la Prusse présente ce caractère d'homogénéité particulier, que tous les hommes sont ou des soldats en activité ou d'anciens soldats de trois ans de service effectif, et si l'on regarde comme les meilleurs contingents ceux des hommes qui sont dans leur troisième année de service et ceux des deux premières années de la réserve (hommes de vingt-trois, vingt-quatre et vingt-cinq ans), on reconnaîtra également que les réserves de troisième et quatrième année (hommes de vingt-six et vingt-sept ansj et les landwheriens de première et deuxième année (hommes de vingt-huit et vingt-neuf ans) constituent d'aussi bons soldats que les conscrits de première et deuxième année.

Pour se représenter approximativement l'ensemble des forces que la Confédération mobiliserait pour uue grande guerre, il n'y a pas à se perdre dans des détails d'effectifs, ni dans des suppositions. L'armée fédérale peut se comparer à une immense machine dont toutes les parties se ressemblent et sont régulièrement construites d'avance, aiin de pouvoir être assemblées le plus rapidement possible. Comme composition, les

différents corps d'armée sont à peu de cliose près calqués les uns sur les autres. L'imprévu ou des cliaugcmenls opérés au moment d'entrer en action porteraient le trouble dans le fonctionnement de cette macliine. Toujours est-il que la Confédération compléterait ses corps d'armée au pied de guerre par le rappel des réserves, ou, s'il était nécessaire, par celui de la landwelir.

Si donc on ne considère que les combattants, que l'on compte l'ell'ectif des corps d'armée à 3u,000 liununes, la garde à 39,01)0 liommcs, on voit que la Confédération de l'Allemagne du Nord aura sur pied, d'abord :

La garde, à 39,000 combattants 39.0U0 h.

12 corps d'armée, à 36,000 combattants 432.000

La division hcssoise, à 12,000 combattants 12.000

Total 483.000

et en chiffre rond, les non-combattants compris, 040,001) iiommes.

Tel est l'elfcclif très-appro.\imatif de l'armée active ([ue la Confédération {tourrait présenter en première ligne dans une grande guerre.

Mais, comme je l'ai déjà indiqué dans de précédents rapports, la totalité des forces dont elle dispose, formée de 12 conlingeuls, s'élève à plus de 950,000 hommes, savoir :

3 conliiigenls sous les drapeaux 315.000 h-.

4 contingents de réserves 310.000

5 contingents de laiidwehr 3:50.000

12 contingents 955.000 h.

Il en résulte donc qu'en deliors des 540,000 hommes cités plus haut comme composant l'armée active , il resterait disponible plus de 400,000 hommes.

Une partie serait employée à former un ou plusieurs corps de réserve, comme en 18o6, et l'autre partie serait alfcctée au.K dépôts d'instruction et à la défense intérieure. Si on estime à 80,000 hommes l'effectif employé à former des corps de réserve, on arrive au chiffre suivant, qui représente assez exactement le total général des forces militaires dont pourrait disposer la Confédération de rAllemague du Nord dans une grande guerre euroiiéenne :

Armée active 540.000 h.

Corps de réserve 80. 000

Troupes de dépôt et de défense intérieure 333,000

Total 953.000 h. (1)

(I) Le lecteur trouvera le complénu'nl de ces rapports dans la grande édition publiée par .M.M. Garnier frères, en un vol. in-S".

Page 1