‹ Journal du siège de Québec du 10 mai au 18 septembre 1759Chapitre 1 sur 1 · Journal du siège de Québec du 10 mai au 18 septembre 1759 · texte numérisé non relu

Journal du siège de Québec du 10 mai au 18 septembre 1759

JOURNAL DU SIÈGE DE QUÉBEC DU 10 MAI AU 18 SEPTEMBRE 1759, ANNOTÉ PAR AEGIDIUS FAUTEUX, BIBLIOTHÉCAIRE DE SAINT- SULPICE

Le Journal inédit du siège de Québec que nous publions ciaprès n'a pas besoin d'une longue introduction. Par le seul fait qu'il se rapporte à l'événement le plus important peut-être de toute notre histoire, sa publication paraîtra amplement justifiée. C'est un témoignage de plus ajouté à ceux que nous possédions déjà sur la fin du régime français, et nous ne pouvions pas encore nous plaindre d'en posséder trop. Les historiens n'ont pas fini d'assembler la documentation complète et sûre qui leur permettra enfin de faire revivre dans toute sa réalité le drame de la Guerre de Sept ans, si singulièrement entremiêlé de gloire et de honte, et de partager équitablement entre tous ses acteurs la louange et le blâme. Sur les opérations militaires du siège de Québec les renseignements sont assez abondants, grâce aux nombreux officiers qui ont éprouvé le besoin ou cédé au penchant naturel d'écrire leurs mémoires, soit pour leur justification personnelle, soit pour l'édification de leur progéniture. Ce que nous avons besoin de mieux connaître, c'est l'état d'âme bourgeois, les vicissitudes de la vie d'assiégé. A ce point de vue, l'on nous a déjà donné les très intéressants journaux de Jean-Claude Panet et du curé Récher, mais c'est encore trop peu. Ces journaux, écrits par des non combattants, ne nous instruisent peut-être pas autant que les mémoires militaires, sur les événements principaux, leur raison d'être et leur portée, mais, en revanche, ils nous apprennent une foule de détails intérieurs, par ailleurs négligés et dont la somme totale aboutit finalement à une compréhension de la situation plus exacte et plus sûre. Dans ce genre, nous croyons que le présent Journal du siège de Québec est un des plus précieux qui aient encore été mis au jour. Il se recommande par l'abondance du détail, par l'exactitude de l'information et par la sagacité du jugement. La note personnelle y est particulièrement apparente. Parmi toutes les relations qui ont été conservées sur la même période, nous n'en connaissons pas qui soient écrites

d'un style aussi alerte et qui nous donnent aussi vivement l'impression d'assister à l'agonie du Canada français.

Malheureusement, nous n'avons pu réussir jusqu'ici à lever le voile d'anonymat qui recouvre ce Journal. Malgré plusieurs années de patientes recherches, il nous a été impossible d'en découvrir l'auteur. Le manuscrit original provient des Archives du Séminaire de Notre-Dame et appartient aujourd'hui à la Bibliothèque Saint-Sulpice. Depuis combien de temps dormaitil dans les voûtes du Séminaire, lorsqu'il en a été tiré ? Personne n'a jamais pu nous l'apprendre. Il se peut que ce soit depuis un tem^ps relativement récent. M. l'abbé Paillon qui, vers le milieu du siècle dernier, a si consciencieusement fouillé toutes nos archives, aurait difficilement laissé passer inaperçu un document de cet intérêt. Or, il ne paraît pas l'avoir connu, car nous n'y voyons de référence d'aucune sorte dans les copieuses notes encore inédites qu'il a assemblées pour la continuation de son Histoire de la colonie française, de 1673 à 1830. Il y a quelque temps, le hasard nous mettait en face d'une lettre de l'honorable Louis-Joseph Papineau, écrite vers 1857, et adressée à Mme Forbes, du village de Carillon. M. Papineau y remerciait Mme Forbes de lui avoir communiqué un manuscrit intitulé : Journal du siège de Québec. Ne serait-il pas intéressant de savoir ce qu'était ce Journal du siège de Québec, communiqué, vers 1857, à M. Papineau ? Il ne s'agit très probablement pas du Journal de Panet ni du Journal du curé Récher, qui ont été publiés depuis, mais dont la provenance est par ailleurs connue. Ne serait-ce pas tout simplement le Journal que nous publions aujourd'hui et dont le manuscrit, après avoir été rendu à sa propriétaire par le seigneur de Montebello, aurait pris le chemin de Notre-Dame ? Il était au moins permis de le supposer et nous avons fait des démarches du côté de Carillon dans l'espoir de retrouver les traces du mystérieux manuscrit et, par suite, de son auteur. Nous n'avons pu trouver aucun membre de la famille Forbes en mesure de nous renseigner et notre enquête est restée infructueuse.

Le texte même du Journal ne nous apprend que bien peu de chose sur la personnalité de l'auteur, et pas assez pour recon-

naître son identité. Ce qui apparaît certain, c'est que l'auteur était ou un écrivain de la marine ou un commis aux écritures. Il nous apprend lui-même qu'il était employé au magasin du Roi à Québec, mais sans préciser en quelle qualité. Avec deux autres petits détails, le premier sur sa famille et le second sur ses agissements pendant le siège, c'est à peu près tout ce qu'il nous a laissé comme signalement pour le dépister. A l'aide de ces faibles indices, nous avons cru pendant un assez long temps avoir reconnu notre auteur en la personne de François-Joseph De Vienne, garde-magasin du roi à Québec, mais un examen plus minutieux du contexte nous a depuis convaincu que nous faisions fausse route.

En vérité, le manuscrit original ne nous fournit plus qu'une seule autre indication, en dehors de son texte même, et nous devons avouer que cette indication est tellement problématique qu'il est presque puéril d'y faire le moindre fondement. Sur le plat intérieur de la couverture du manuscrit, nous lisons ce nom qui semble d'une écriture ancienne, contemporaine même du Journal : Berthelot. Il y a toutes les chances que ce ne soit que le nom d'un des successifs propriétaires du manuscrit, mais est-il, d'un autre côté, tout à fait impossible que ce soit le nom de l'auteur ? M. Pierre-Georges Roy, qui n'a pu se résoudre aussi facilement que l'éditeur à écarter François-Joseph De Vienne, nous assure qu'il n'y avait, en 1759, aucun Berthelot susceptible d'être l'auteur de ce Journal du siège de Québec, d'après les conditions qu'il exige. Cependant, nous constatons la présence à Québec, en 1758, d'un Berthelot employé au bureau du Domaine. Le même Berthelot ne peut-il pas avoir été transféré, l'année suivante, au magasin du roi ? Mais l'hypothèse, on le voit, s'appuie sur une base bien fragile, et nous ne la donnons que pour ce qu'elle vaut.

Quoi qu'il en soit, le Journal du siège de Québec, ci-après publié, n'en reste pas moins avec son mérite intrinsèque et, même anonyme, nous croyons qu'il est encore une contribution précieuse à notre littérature historique.

Aegidius Fauteux

1759 May 10. — Arrivée de Monsieur Bougainville (1). colonel des troupes venant de

France.

" 13. — Arrivée du navire la Chézine (2), capitaine, le Sieur Duclos Guillot (3).

" 17. — Arrivée de la frégate le Machault (A), capitaine le Sieur Canon (5).

Le navire le Maréchal de Senedère (6), capitaine le Sieur de Grand

Rivière (7).

Le navire l'Angélique (8), capitaine le Sieur Grammond. Le navire la Manon (9), capitaine le Sieur Martin Mimbielle (10) Le navire le Bienfaisant (11), capitaine le Sieur Courval (12). Le navire St. Augustin (13), capitaine De Balles (14). Le navire l'Elisabeth (15), capitaine le Sieur Brecheau (16). Le navire la Toison d'or (17), capitaine le Sieur Joseph Marchand (18) Le navire la Vénus (19), capitaine le Sieur Carbonnelle. Le navire les 4 Frères, capitaine le S. . . (20). Le navire V Amériquain capitaine le Sieur de Louche (21). Une prise angloise.

18. — Le navire le Swinton (22), capitaine le Sieur Guyon (23). *' 19. — La frégate du Roy l'Atalante (24), capitaine M. Vauclin (25), capitaine de brûlots.

La flûte (26) du Roy la Pomonne (27), capitaine M. Sauvage, lieutenant de frégate.

" 22. — La flûte du Roy, la Pye, capitaine le Sieur Duvilliers (28).

Suivant la déposition de quelques prisonniers faits du côté de Carillon, il ne nous est plus permis de douter que les Anglois n'eussent formé le dessein de nous attaquer par mer et par terre ; en conséquence de ces instructions Monsieur le Marquis de Montcalm, lieutenant général des armées du Roy s'est rendu ce jourd'huy en ville, ayant descendu de Montréal (29).

" 23. — Arrivée du navire l'Amitié (30), capitaine le Sieur Voyer (31).

Le navire le Soleil Royal (32), capitaine le Sieur Dufïis Charet (33). Le navire le duc DeFronsac (34), capitaine le Sieur le Villeurs (35). La flûte du Roy la Marie, capitaine. . . (36). Le navire le Colibry (37), capitaine. . . (38). " 24. — Un Courier expédié par M. Aubert (39) qui est en observation en bas, nous a rapporté qu'il y avoit 11 vaisseaux et frégates angloises (40) qui avoient paru le 19 du courant à St. Barnabe, et le dit courier rapporte qu'en venant icy il en avoit compté 14, dont 2 petits batteaux.

on supose que c'est quelques prises qu'ils ont faites depuis qu'il sont en rivière ; ils étoient alors à l'Isle Verte distante d'icy d'environ 35 lieues. T759 May 25.— Arrivée de M. le Marquis de Vaudreuil (41), grand-croix (42), Gouverneur Général, venant de Montréal ; il nous descend aussy 5 bataillons des troupes de terre pour servir icy. Tous les miliciens ont ordre de se rendre icy pour travailler aux fortifications. On fait quantité de projets pour s'opposer aux ennemis, sçavoir s'ils réussiront. On commence à faire un retranchement, depuis les petits moulins à venir gagner le quartier St. Roch (43), mais comme nous nous trouvons dans les grandes mers et qu'on a commencé les ouvrages un peu bas, il se trouve fort endommagé par les marées qui sont très fortes, étant poussées par un grand vent de nordet. On met plusieurs carcassières (44) en chantier, et on dispose des batteaux de planches pour y mettre une pièce de canon de 8 ; on doit aussy placer sur le devant de la petite Rivière 2 vaisseaux sur lesquels il y aura de l'artillerie pour soutenir les retranchements dans cette partie en cas d'attaque.

Nos puissances ont tenu un conseil, où tous les capitaines de vaisseaux ont été invités ; il a été question de sçavoir si on pouvoit boucher la traverse afin d'empêcher de monter les gros vaisseaux anglois (45). En conséquence de ce qui a été décidé dans ce conseil, le Sieur Pellegrin (46), capitaine de port, a été détaché pour aller sonder la traverse ; à son retour il a rapporté qu'elle étoit trop large, qu'il faudroit au moins 40 navires pour y réussir (47). La disette où nous sommes fait qu'on a abandonné ce projet.

Comme les travaux ne sont point avancés au point qu'on se promettoit qu'ils seroient à l'arrivée des ennemis au lieu d'enceindre le tour des remparts en murs comme on se l'étoit proposé, on y va faire une palissade à laquelle on va travailler incessamment. 26.— Nos ingénieurs (48) ont été visiter l'Isle d'Oriéans afin de voir s'il ne seroit pas possible d'y trouver un terrain avantageux pour y établir quelques batteries, mais comme il paroist impossible d'empêcher les ennemis d'y descendre et que cela occuperoit trop de monde ix)ur la soutenir, on a pris le party de l'abandonner. On a tenu un conseil où il a été décidé qu'il faloit armer des brûlots. En exécution de ce' projet on a commencé à en préparer 8. Ce projet peut être bon, mais difficile à exécuter, si toutefois ceux qui s'en chargent veulent faire leur devoir ; je doute que cela réussisse (49). 27.— On vient de faire sur le rampart l'épreuve des mortiers ; il se trouve qu'avec 12 1. de poudre dans la chambre, ils envoyant une bombe

par le travers de l'anse à Charest, distant de la place d'environ ^ de lieue.

Le Sieur Duclos Guillot. capitaine du navire la Chèzine, a donné le plan d'une batterie flottante (50), sur laquelle on pourra mettre 12 à 14 canons, laquelle pourra se transporter où il sera nécessaire, et cela avec facilité. Ce plan a été goûté, aprouvé et mis à exécution par l'inventeur.

Dès le 22, M. de la Naudière (51), chevalier de l'ordre royal et militaire de St. Louis est party pour aler à l'Isle aux Coudres pour l'opération des cajeux (52). Nous venons d'apprendre qu'il y en a très peu de fait ; je n'ose me flater du succès de cette expédition et je pense en vérité que cela ne fera aucun effet.

On évacue à force la coste du sud, on envoie les femmes et les bestiaux dans les profondeurs ; on évacue pareillement l'Isle d'Orléans, et on traverse tous à la coste Nord, à la réserve de quelques caches que les habitants font dans les bois. Je crains beaucoup que tout ne soit perdu (53).

On construit un pont sur la rivière du Sault de la Chaudière. C'est M. de Lotbinière (54), cy-devant ingénieur, qui le fait faire.

Dans une conférence qui a été tenue, le Sieur Courval (55) a proposé de faire des cajeux, mais d'une construction différente de ceux de M. Lanaudière. Ils doivent être en long, formant en aparence un canot de Roy ; ils seront enchaînés les ims aux autres et seront soutenus sur les ailes par 2 petits bâtimens pour les empêcher de dériver à la file. Ce projet a été aprouvé et on va travailler incessamment à en faire le plus que l'on poura ; j'ai plus de confiance à ceux-ci qu'à ceux de M. de la Naudière auxquels il n'y a pas l'ombre de sens commun.

1759 May 28. — On travaille avec vigueur aux fortifications, ainsy qu'aux autres ouvrages; il n'y a rien de nouveau.

*' 29. — Les vents continuent toujours de la part du nordet. Grand frais.

Ce qui nous dérange beaucoup aux travaux de St. Roch dont une grande partie a été emportée par la grosse mer. " 30. — 7 Acadiens (56) qui se sont sauvés des prisons de Boston le 5 du présent, rapportent que les Anglois font de grands arméniens dans la Nouvelle- Angleterre pour le Canada, qu'ils doivent avoir 50 mille hommes sur pied, sçavoir 20 mille contre Québec, 8000 à la Belle Rivière, 6000 à Niagara, 6000 à la Présentation, et 10 mille pour Carillon, que les milices qu'ils y avoient l'année dernière n'a voient point voulu prendre les armes, qu'ils font embarquer de force tout le monde

qu'ils peuvent ramasser, qu'il y a beaucoup de misère chez eux, que 2 de leurs vaisseaux de transport étoient entrés dans le port en assurant qu'ils avoient vu une flote française qui étoit sur leurs costes et que même il y a voit eu un combat naval où les Anglois avoient été battus. Voilà à peu près le précis de ce que j'ai su de leurs dépositions, ce auquel suivant moy il y a beaucoup à rabattre. C'est assez pour que l'on soit François pour tourner les choses à notre avantage.

Du même jour, nous apprenons par le Sieur Pommereau (57), détaché aux ordres de M. de la Naudière, que le 27 du présent, les vaisseaux anglois étoient venus mouiller à l'Isle aux Coudres, qu'ils y sont au nombre de 13 ou 14, mais qu'il ne sçait pas précisément s'il y a beaucoup de vaisseaux de gueiTe, qu'aussitôt que le dit M. de la Naudière les avoit vus venir à ce mouillage, il ne s'étoit occupé que de sa retraite qui s'est faite avec beaucoup de précipitation, abandonnant armes, munitions, ainsy que du monde, sur la dite Isle, se retirant en cet ordre par le travers de l'église de la Petite Rivière, environ à ^-i de lieue dans le bois où il est maintenant en observation (58).

Quelques Canadiens de son détachement, moins expers dans l'art militaire que luy, lui demandèrent à aller en découverte pour rencontrer les forces des ennemis et, s'ils mettoient du monde à terre, pour y faire quelques prisonniers ; leurs instances réitérées furent vaines et inutiles, il demeura ferme dans sa résolution, leur disant qu'il n'étoit pas de son devoir d'exposer son monde à être tué ou fait prisonnier, qu'au contraire il devoit les conserver avec grand soin. Cette conduite me paroist très louable et digne d'un homme que Sa Majesté a honoré d'une Croix de St. Louis. May 1759 31.— Le Sieur de Niverville (59), officier des troupes de la colonie et interprète des sauvages Abénakis, vient de partir d'icy à 2 heures après midy avec 95 sauvages et une quarantaine de Canadiens volontaires (60), pour aler à l'Isle aux Coudres afin d'examiner les ennemis et pour y faire quelques prisonniers, s'il luy est possible. Quelques habitans du lieu rapportent qu'il n'y a point de gros vaisseaux et que les plus forts ne sont tout au plus que de 40 à 50 canons ; ce rapport me paroist fabuleux d'autant que l'on doit présumer que cette escadre est partie à dessein d'intercepter les secours qui nous venoient ; par conséquent il doit y avoir des vaisseaux de forces, et ceux qui rapportent qu'il n'y en a point en imposent ou qu'ils ne les ont nas vues (61).

Les txaveaux avancent beaucoup quoique les tems soient des plus

fâcheux, mais la quantité de travailleurs que nous avons fait que

cela avance ; on compte que nous avons descendu icy, tant de

troupes que de Canadiens, au moins 10 mille hommes (62). Si les

temps deviennent beaux, dans un mois au plus nous serons en état

de recevoir les ennemis. Les 5 bataillons que nous attendions d'en

haut sont arrivés (63).

Par un courier de Montréal nous aprenons que M. de Lygnerie (64),

commandant au fort Machault, a avec lui 3000 hommes, dont plus

de 2500 sauvages ; on espère qu'il soutiendra dans cette partie.

1759 Juin 1. — M. de Lanaudière qui étoit chargé de l'opération des cajeux vient

d'arriver icy, sans avoir rien fait, cy ce n'est qu'en remontant il a

fait brusler tout ce qu'il pouvait y en avoir de faits, de crainte que

les ennemis ne profitassent de ces travaux pour s'en servir contre

nous ; cette conduite est des plus louables (65).

2. — Rien de nouveau, les vents régnent toujours de la part du nordet ;

beau tems ; les travaux avancent beaucoup.

" 3. — Il vient de nous ariver un courier d'en bas expédié par M. Aubert ;

voicy ce qu'il rapporte, qu'il y a 4 vaisseaux à St. Barnabe qui ont

fait le signal de reconnaissance ; malgré cette assurance on ne pense

pas qu'ils soient françois ; il ajoute qu'une de leurs frégates est partie

de risle aux Coudres, ce qui nous fait présumer qu'elle va audevant

de leur flotte (66).

Sur les 4 heures après midy un matelot a tombé à l'eau dans la rade

et s'est noyé.

A midy on a fait l'épreuve d'un des cajeux du Sieur Courval, il a été amené de l'entrée de la rivière St. Charles ; on y a mis le feu, à son commencement il jette une grande fumée et s'enflamme avec beaucoup de vivacité ; il a duré environ 5-4 d'heures. 4. — Les vents sont de la part du sud douest, beau tems. Les 5 compagnies de grenadiers passent à Beauport pour y faire des redoutes, ils commencent à la Canardière, maison des prestres (67) ; c'est M. de Bougainville qui y commande (68).

Ledit jour on a augmenté le nombre des travailleurs de 200 hommes ;

c'est pour l'opération des cajeux qu'ils vont être employés. On commence à travailler à l'enceinte du Palais (69), qui est une palissade en pieux de bout de 10 à 11 pieds de hauteur. On achève ce jourd'huy un pont sur la rivière du passage ; ce pont est construit sur des batteaux éloignés de 10 pieds en 10 pieds ; il a 16 à 17 pieds de largeur. M. Jacau (70), officier d'artillerie, en est l'inventeur et celui qui l'a fait faire.

On en a construit un autre sur la rivière du Cap Rouge, c'est de l'invention de M. de Lotbinière, ce sera sans doute un chef-d'œuvre (71). On a fait un ouvrage couronné (72) de tout un costé de la petite rivière, de l'autre costé du pont ; cet ouvrage est presque à sa perfection, le plan en a été donné par M. Pontleroy (73), ingénieur en chef, Le nommé Flamand, maître maçon (74). a été envoyé à la Pointe-aux- Trembles pour y faire des fours.

1759 Juin 5.— On fait partir d'icy tous les bâtimens de la Rade pour aller aux environs des 3 Rivières (75), plusieurs sont déjà partis pour s'y rendre, et les autres doivent partir incessamment ; il n'y a que les frégattes du Roy VAlalanie et la Pomonne qui restent. M. l'Intendant a donné ordre au Sieur Sombrun (76) d'aller en l'Isle d'Orléans pour y ramasser quelques grains ; je crains beaucoup qu'il ne préfère les cacher et que par la suite tout ne tombe en pure perte, soit pris par les ennemis ou germe dans les trous. On va -former un corps de cavalerie de 200 hommes (77) pour être en état d'en porter en peu de tems aux endroits qui pourroient être attaqués. Tous les selliers de la ville sont occupés à faire des selles. On muraille toutes les ouvertures des maisons qui sortent du costé de

la grève, de façon à pouvoir fusiller en cas d'attaque. Nous apprenons par un courier d'en bas qu'il y a 9 vaisseaux à St. Barnabe ; ils paroissent être des transports, ce qui nous fait juger que leur flotte ne doit pas être loin. Suivant toute aparence les vaisseaux qu'on a vus il y a quelques jours et qui avoient fait les signaux sont aussy anglois : Qu'importe en tout cas ; nous sommes icy avant eux, ils ne nous surprendront pas, car nous les attendons journellement et sous 15 jours nous serons en état de les recevoir s'ils tentoient de faire une descente.

On travaille vigoureusement à l'armement de 8 brûlots, et on ne néglige rien pour en accélérer la perfection.

6.— La goélette la Minerve part pour Montréal chargée d'effets pour S. M. ainsy que de plusieurs dames et demoiselles qui débarrassent beaucoup la place (78).

Le Sieur de Loumeau, oflicier marchand, part avec des matelots pour aller aux Ecureuils chercher la goélette de M. le Mercier (79) qui a hyverné au dit lieu pour l'armer en bruslot ; cette goélette sera d'autant meilleure qu'elle est extrêmement vieille, ce qui avec les artifices fera un feu bien considérable, ressource heureuse pour ceux qui ont de vieux bâtimens et un peu de protection pour les faire trouver propres.

Il vient de partir un batteau de Roy transportant des soldats restés malades aux hôpitaux, qui vont rejoindre leurs bataillons qui sont ceux de la Reine et de Berry.

1759 Juin 7.— Le détachement aux ordres de M. de Niverville qui étoit à l'Isle aux Coudres, vient d'arriver sur les 4 heures du matin (80). Les Canadiens (81) qui y étoient ont fait trois prisonniers, dont un est neveu de l'amiral Durel (82) et les 2 autres sont officiers de marine (83) ; tous les trois jeunes gens ; voicy quelle est leur déposition (84), qu'ils attendent leur flotte de jour en jour, qu'elle doit être composée de 20 vaisseaux de ligne, 30 frégattes, 3 galiottes, 3 brûlots, et 100 vaisseaux de transports ; que le nombre de leurs forces doit être de 30 milles hommes, qu'ils ne comptent pas prendre le Canada, mais que pour Carillon il sera pris d'emblée. Ils rapportent en outre qu'ils ont tué sur l'Isle aux Coudres 2 bœufs pour faire du bouillon à leur malades, que le Sieur de Vitré (85) est à la solde du Roy d'Angleterre et qu'il les pilote, et que le Sieur Raby (86) doit piloter le commandant de la flote qu'ils attendent, qu'ils ont repris une prise angloise que nous avions à Gaspé et qui n'avoit pu monter icy l'automne dernière, que le batteau qui avoit party pour le Mont-Louis (87) l'a été aussi ainsi que le Sieur Dacier (88) qui venoit de l'Amérique ; qu'ils avoient sçu l'arrivée de la flotte du Sieur Canon, ce qui leur avoit fait beaucoup de peine à la vérité. Si elle eut été interceptée nous eussions été très mal, et malgré ce secours nous ne serons pas encore très bien.

8.— Les feux de signaux ont été allumés, ce qui nous fait conjecturer que la flote ennemie a paru en bas ; nous attendons le courier demain pour nous éclaircir.

Sur les 8 heures du matin le feu a pris à bord du navire la Toison d'or armé en brûlot, en faisant chauffer du bray dans la chaloupe le long dudit navire ; il n'a pas été possible d'arrêter cet embrasement, peu s'en est falut qu'il n'ait commimiqué le feu aux 2 frégattes en dérivant ; on l'a enfin échoué et il a été consumé un peu ; nous y avons perdu 8 ou 10 hommes (89).

A midy im courier vient d'arriver ; il rapporte que les feux ont été allumés mal à propos, et que c'étoit des sauvages qui en avoient allumé, ce qui avoit occasionné cette méprise.

Les frégattes le MachaiiU et le Senederre sont parties d'hyer pour monter en hault.

Le navire Y Ambassadeur armé en brûlot, commandé par le Sieur Dubois (90), est prest à faire voile ; il ne reste que les artifices à

mettre à bord qui ne se mettront qu'au commencement du départ.

Nous avons à Samos 60 cajeux de prests, suivant le rapport du Sieur Courv^al, chargé de cette expédition.

Nous avons une redoute de faite à la Canardière, on en commence une autre à la rivière de Beauport ; 2 ou 300 Canadiens ont été détachés pour y aller travailler afin d'avancer les traveaux.

M. de St. Vincent (91), chevalier de St. Louis, qui avoit été chargé de faire évacuer l'Isle d'Orléans vient dans le moment d'arriver, bien fatigué de sa campagne et bien piqué des mouches.

Nos généreaux ont eu la complaisance de faire habiller de pied en cap aux dépens de vSa Majesté les 3 officiers anglois nouvellement prisonniers ; il est vray qu'ils avoient été pris avec leurs habits d'été, ce qui a contribué à leur en faire faire d'hyver ; cette générosité est un peu coûteuse dans le temps où nous sommes, mais elle n'est pas surprenante de la part des François (92). 1759 Juin 9. — Nous aprenons que 8 vaisseaux et frégattes vinrent dans le cours de la journée d'hyer mouiller au pied de la traverse. M. de St. Vincent avoit grande raison d'abandonner l'Isle, il ne les croyait pas si près de luy lorsqu'il a fait retraite.

Nos généraux viennent de tenir un Conseil touchant le plan de défensive à faire en cas d'attaque ; plusieurs sont d'avis qu'on rase la Basse- Ville, mais M. de Vaudreuil seul soutient pour le contraire (93). Je crains en vérité que le zèle qui le porte au bien des particuliers ne devienne funeste à l'Etat, car il me paroist impossible qu'on puisse éviter un incendie.

A 3 heures après midy, un courier nous apprend que 7 chaloupes angloises sondent et balisent la traverse ; tout leur est favorable, ils ne trouvent aucune opposition dans l'exécution de leur projet. Cependant nous avons des frégattes qui auroient suifi pour cette expédition, et si alors nous eussions été foibles, les vents qui auroient amené les ennemis nous auroient servy pour la retraite. Cependant nous sommes obligés de croire que cela ne se pouvait pas puisqu'on ne l'a pas fait (94).

Sur les 9 heures du soir de la nuit dernière, 3 sauvages abénaquis s'en furent à Samos et comme ils étoient au ^4 saouls, l'un d'eux s'avisa de vouloir forcer un factionnaire, et il en fut la dupe ; ce sauvage reçut un petit coup de fusil qui lui passa au travers du corps ; cela a fait un peu de bruit parmi les nations ; il en coûtera quelques couvertes et de l'eau de vie pour laver la playe des autres, après quoi tout ira bien (95).

1759 Juin 10. — Il vient de partir dans l'instant 2 détachemens de Canadiens et sauvages, commandés par MM. de Courtemanche (96) et Repentigny (97) capitaines des troupes de la colonie. Ces 2 détachemens ensemble sont de 600 hommes destinés pour l'Isle d'Orléans (98).

Malgré l'évacuation que M. St. Vincent a fait faire à cet Isle, il y reste encore beaucoup de bestiaux, en conséquence de quoy M. l'Intendant a fait donner des batteaux pour y traverser le reste. Mais voilà des sauvages qui y traversent ; il n'est pas douteux qu'ils y feront autant de dégâts que les ermemis pourroient y faire.

Depuis peu de jours on a formé un retranchement depuis les petits moulins jusqu'au delà du passage, dont plusieurs redoutes sont en avant qui en deffendent toutes les parties.

Je ne puis en vérité me lasser d'admirer une redoute que nous avons de l'autre costé du passage ; c'est un ouvrage achevé ; l'on peut dire que c'est le premier ingénieur que nous avons eu en Canada (99) . 11. — Le 11. nous venons d'apprendre que les vaisseaux anglois qui étoient venus mouiller au pied de la traverse se sont enretournés ; il y a aparence qu'ils auront retourné à l'Isle aux Coudres.

Le Sieur Sombrun qui étoit allé à l'Isle d'Orléans pour y ramasser des grains vient d'arriver avec 8 à 9(X) minots d'avoine et quelque peu de bled, mais pas autant qu'on se l'étoit promis (100).

Le sauvage blessé à Samos la nuit du 9, est mort ce matin de sa blessure ; le Roy habille sa famille, 200 livres en argent et un esclave sitôt qu'on pourra en trouver un ; par ce moyen tout le monde est content.

Le Sieur Chalous (lOlj est party de ce matin pour aller suivant l'ordre de M. Bigot faire faire des fours dans les profondeurs de St. Augustin.

Par des lettres de Montréal nous aprenons que le 30 may dernier, 10 sauvages anglois étoient venus à St. Frédéric, qu'il nous avoient fait 2 prisonniers, et un 3e blessé à mort ; au reste tout est encore tranquille dans ces parties.

On fait un pont sur la rivière Jacques Cartier ; c'est le Sieur Lotbinière qui en est le constructeur ; sans doute qu'il sera beau. " 12. — On a bouché la rue entre Madame Boishébert (102) et le mur de l'évêché et on y met une pièce de canon qui battra dans la grande coste ; on fait miner devant M. Cordeneau (103) pour rendre ce chemin praticable pour les voitures.

La maison du Sieur Mcirchand va être rasée, M. de Pont le Roy, ingénieur, luy a signifié cette fameuse nouvelle ce matin. On en a fait l'estimation, ce qui fait présumer que le Roy luy payera ; sy cela

est, il se trouvera peut-être plus riche que ne seront ses voisins par

la suite.

On fait un corps de garde dans la maison de Madame Boishébert, et on a fait des meurtrières dans le pignon pour pouvoir fusiller en cas de t-esoin.

Nous avons ce jourd'huy 8 batteaux armés chacun d'une pièce de F. et une carcassière armée d'une pièce de 24; les autres sont encore sur le chantier.

Par un courier venu d'en bas nous aprenons qu'il y a depuis St. Barnabe à venir à l'Isle aux Coudres 32 voiles engloises.

Un batteau du Roy, chargé d'effets et de munitions pour les chebeks en construction à St. Jean, a fait naufrage ce matin à la Pointe aux Trembles.

A 5 heures du soir nous venons de remplacer au magasin du Roy à M. de Lanaudière une tente et un prélat (104) qu'il avoit abandonné sur l'Isle aux Coudres lorsque les ennemis avoient paru pour y venir quoiqu'il n'y avoit pas d'apparence qu'ils missent à terre en si peu de tems. J'ai toujours oui dire que la prévoyance étoit la mère de la sûreté.

1759 Juin 13.— Aujourd'hui pour la première fois les hommes de la cavalerie ont entré dans la ville et ont été au château. C'est MM. de la Roche Beaucourt (105) et de St. Romme (106) qui en sont les capitaines ; leur uniforme est bleu avec paremens et collet rouge, et croise sur l'esto-

mach.

Sur les 3 heures du soir, un grenadier de la Sarre a été blessé à mort d'un coup d'épée que luy a donné le Sieur Dufïis Desauniers (107), négociant, à Montréal.

M. de Lotbinière, cy-devant ingénieur des fortifications de Carillon (108), a fait faire un pont sur la rivière du Cap Rouge, d'une construction nouvelle ; les voitures, au lieu de passer dessus comme à l'ordinaire, passent par dessous ; cet ouvrage est digne d'un tel inventeur.

Le grenadier blessé est mort à l'hôpital sur les 7 heures du soir ; il est mention qu'il avoit bu, ce qui l'avoit porté à insulter cet officier de milice, aussy a-t-on suprimé les quantines qui étoient dans les camps. C'est ordinairement l'usage en Canada, non de prévoir les évènemens, mais bien de les réprimer lorsqu'il est arrivé quelque accident fâcheux.

Le Sieur Faribault (109) employé au bureau du contrôle a eu son congé ce jourd'huy ; c'est en vérité un original dont je n'ai jamais vu de copie.

1759 Juin 14.— A 11 heures du matin, le feu a pris dans la maison de M. Bernier (110) commissaire des guerres ; heureusement qu'il a été arrêté et n'a fait aucim progrès.

Nous venons d'aprendre que 6 ou 7 vaisseaux et frégattes angloise avoient fait la traverse et sont venus mouUler le long de l'Isle St. François ; avouons à notre honte qu'ils sont à présent meilleurs pilottes de la rivière que nous et d'ailleurs favorisés par les vents. " 15. — Le vent continue toujours nordet ; grand frais. Il n'est pas ordinaire que dans la saison où nous sommes les vents soient aussi opiniâtres ; tout est pour les Anglois.

Nous équipons au magasin tout le monde, prestres, moines, picqueurs, etc., il est en vérité surprenant que dans un tems aussy critique que celuy d'à présent, on prodigue de cet façon les marchandises du Roy ; il serait impossible que les siennes pussent suffire, si on n'avoit pas quelques particuliers qui en sont bien pourvus et qui avec beaucoup de plaisir les cèdent au Roy. J'ignore les prix de vente, mais ils doivent être bien forts, d'autant que ces particuliers avoient été trompés, ayant demandé des vivres ; on a envoyé beaucoup de marchandises, tant sèches que liquides. Dieu veuille que nous n'en souffrions pas (111).

Par une lettre de M. de Courtemanche qui est à l'Isle, nous aprenons que les Anglois venoient dans des berges pour descendre à terre, et que lui avec son monde étoient sur le bord de l'eau pour les recevoir, mais que malheureusement les sauvages micmacs s'étoient montrés, qu'aussitôt ils avoient reviré de bord et étoient retournés à leurs vaisseaux.

La gabarre V Entreprenante (112) est armée de 4 pièces de canon, sçavoir 2 de 18 et 2 de 12. C'est le Sieur Blondelard (113) qui la commande.

Le Sieur Courval est party pour l'Isle d'Orléans afin de reconnaître la position des vaisseaux ennemis pour y conduire des cajeux s'il est possible.

M. Coquard (114), prestre, venant de la rivière St. Jean, repporte que les Anglois ne font aucun mouvement de ce côté, au contraire qu'ils font embarquer leurs troupes pour Boston, ce qui nous prouve que c'est pour remplacer celles qu'ils ont embarquées pour l'expédition de Québec.

16. — M. le Mercier, commandant d'artillerie, vient de partir (115) avec 4 pièces de canon de 12 et tme forge pour battre les vaisseux anglois qui sont mouillés à St. François ; je crains fort qu'il ne leur fasse pas beaucoup de mal et je pense qu'il ferait mieux de rester icy ; du moins on ne se moquerait pas de luy.

Le brulôt le Jaloux commandé par le Sieur Berthelot vient de mettre à la voile sur les 10 heures du matin ; il doit partir pour le nord de l'isle et en remontant, comme s'il feignoit de venir d'en bas, doit accrocher un vaisseau ; voUà ce qu'il projette, mais je doute fort qu'il l'exécute (116).

M. de Mombeillard (117), capitaine des canonniers, vient de partir pour établir des batteries sur des redoutes qui sont à Beauport (118).

On commence à préparer des mâts pour barrer l'entrée de la petite rivière ; on fait des chaînes aux forges pour les enchaîner les uns aux autres.

Il nous arrive journellement une grande quantité de miliciens des gouvememens de Montréal et des Trois-Rivières.

Il \àent de nous arriver de Chambly dans un bâtiment 6 à 700 bombes de 12 pouces, et plusieurs affûts de campagne de différens calibres. 1759 Juin 17.— Les sauvages abénaquis aux ordres de M. de Courtemanche, ont fait 8 prisonniers dont un officier ; les ennemis avoient eu connaissance du brulôt (119) que nous avions mouillé au nord de l'isle, ils avoient détaché 7 à 8 berges armées pour l'aller prendre, mais les sauvages ayant embarqué dans leurs canots avoient donné à la poursuite, en ont pris un et les autres se sont sauvés (120).

Voicy ce que rapportent les prisonniers, qu'ils ne sont point inquiets de leur flotte quoiqu'ils n'en ayent point de nouvelle, qu'ils ne l'attendent que dans trois semaines, qu'elle doit être composée de 29 vaisseaux de ligne, 30 frégattes et 100 navires de transports, 15 mille hommes de débarquement (121), qu'ils ne comptent pas trouver plus de monde à Québec qu'ils n'en trouvèrent l'année dernière à Louisbourg, et qu'en attendant leur flotte ils doivent monter jusqu'au bout de l'isle.

30 cajeux du Sieur Courval sont prests et seroient partis, dit-on, si les Canadiens avoient voulu s'embarquer pour aider à les conduire ; 25 seulement se sont offerts à y aller (122) ; ainsi je ne sçais quand ils partiront.

M. Dumas (123), major général des troupe ce la colonie, a fait une revue générale de tous les miliciens de cette ville ; M. le Marquis de Montcalm y étoit présent qui les a fort encouragés à se bien deffendre. que nous aurons affaire à des ennemis qui avoient été battus dans toutes les actions où ils s'étoient présentés et que nous devions espérer la même chose cette année ; on a répondu par plusieurs cris de : Vive le Roy (124).

1759 Juin 18. — M. le Mercier qui est à l'Isle d'Orléans demande 3 batteaux armés de canons ; cm les luy envoie avec chacun 50 coups à tirer ; depuis ce tems nous avons entendu quelques canonnades, mais je pense qu'il n'y a ny vaisseaux coulés ny bruslés, quoiqu'il devoit les battre à boulets rouges.

On vient de donner les vivres pour 400 hommes (125) qui y vont pour donner du renfort.

Il vient de nous arriver de Montréal 70 sauvages outaSois et sauteux qui sont venues à dessein de secourir leur père Ononthio.

Sur les 5 heures du soir, M. le Mercier vient d'arriver de l'Isle ; il rapporte que les ennemis avoient fait un grand feu sur nos batteries, et que même une de nos pièces avoit été frappée légèrement à la volée ; d'ailleurs ny morts ny blessés, ny aucun vaisseau de coulé ny bruslé, comme il se l'étoit promis ; il dit cependant qu'il les a fort endommagés, mais la preuve du contraire et qu'ils n'ont point souffert, c'est qu'ils n'ont point quité leur mouillage. Preuve incontestable de ce que ie dis, c'est qu'il pouvoient aller plus haut ou plus bas. Ces ennemis rient de cette cacade et ses amis n'en disent mot ; pour moy je plains le Canada (126) .

Nous venons d'équiper de pied en cap au magasin du Roy 35 séminaristes (127), ainsi que des armes et des munitions qu'on leurs a données ; cet armement suivant moy paroist très juste, il en faut absolument pour aller au combat, mais tout le reste me paroist assez hors de saison, d'autant que la plus grande partie de ces jeunes gens appartiennent à de bons bourgeois qui ont moyen de les habiller ; cependant personne n'est scandalisé de l'offre gracieuse ; au contraire tout le monde l'accepte volontiers non pas tant je pense par interest comme c'est à cause que cela vient du Roy notre bon maître.

Aujourd'huy pour la première fois une chaloupe carcassière et des batteaux armés ont été faire la patrouille dans le bassin, pour empêcher quelques berges qui pourroient venir rauder aux environs de la place.

" 19. — Le Sieur Bertelot commandant le brulôt le Jaloux est rentré ce matin ; il a eu un contre ordre que je croy être très à propos, car je ne pense pas qu'il réussisse, non plus que les autres qui arment (128).

A midy et demy on a lancé la batterie flottante à l'eau mais il faut encore beaucoup d'ouvrage pour la mettre à perfection ; elle a 60 pieds de long, 30 de largeur et 7 de bord, elle callera environ 2 pieds }4 quand elle aura son artillerie ; je ne croy pas qu'elle soit d'un grand secours pour le Canada ; au reste elle a bien coûté de l'argent (129).

Pendant la nuit dernière un jacobite, c'est le nom qu'on a donné aux

batteaux armés, étant amarré au quay de construction, le vent l'a tourmenté de sorte qu'il a tourné et la pièce a tombé à l'eau. Il court icy un bruit que 5 de nos canonniers que nous avons à Carillon ont sauté dans un magasin dans lequel ils chargeaient des bombes ; on ajoute aussy qu'il y a un officier ; Dieu veuille que cette nouvelle se détruise, mais je crains beaucoup que non, mais les événements fâcheux ont presque toujours des avant courriers (130). 1759 Juin 20.— Par un courier de M. Aubert, nous apprenons que le 17 du présent l'ennemi a paru à St. Barnabe ; on ne sçait pas positivement ses forces, n'ayant bien pu les distinguer (131), suivant toute aparence c'est l'avant-garde de la flotte ennemie, qui ne peut pas être fort loin, ayant toujours été bien favorisée par les vents. Le tems vient cependant de se mettre au beau ; nous en avons d'autant plus besoin que les ouvrages n'avancent point et même la pluye les dégrade beaucoup.

M. de Lotbinière a fini le pont sur la rivière Jacques Cartier et comme celui du Cap Rouge avoit été endommagé par les gens de pied, il y a fait retoucher pour le rendre parfait. Nous venons d'habiller de pied en cap un officier anglois dit-on, car il a plus l'air d'un matelot que d'autre chose. Qu'importe, on l'équipe toujours comme officier ; leurs mousses en sont chez nous, et nos officiers sont de petits garçons chez eux (132). 21.— Un courier venant d'en bas rapporte qu'il y a, compris les vaisseaux dont nous eusme nouvelle hyer, 132 voiles (133), sans y comprendre 32 qui sont depuis l'Isle aux Coudres jusqu'à l'Isle d'Orléans, ce qui fait ensemble 164 voiles, suivant le rapport du prisonnier. Nous pensons que c'est toutes leurs forces.

On fait une batterie de 2 pièces de canon entre le Château St-Louis et la maison du grand Girard, on démolit le pignon d'Aimé (134) pour découvrir la grande coste.

On a fait des batteries dans toutes les redoutes de Beauport, depuis le sault Monmorency, à venir sur le bord de la petite rivière ; on a fait beaucoup d'ouvrage depuis que nous avons nouvelles des ennemis, mais il nous en reste encore beaucoup à faire ; mais il faut du tems aux ennemis pour se préparer à la descente. Je ne puis m'imaginer malgré les grands préparatifs qu'on fait pour incendier la flotte ennemie, qu'on pourra réussir ; il y a longtems qu'il est fait mention de cajeux en Canada ; d'ailleurs une flotte en pays ennemi se tient bien sur ses gardes.

On fait beaucoup de chariots couverts pour le transport des munitions et des vivres ; on s'est servy pour cela de charettes à foin qui sont couvertes avec des toiles peintes.

L'abat de pluye qui est venu hyer a fait beaucoup de tort aux retranchemens ; on travaille à les réparer partout où il est besoin et on ne néglige rien pour se mettre en sûreté autant qu'il est possible. Nous avons 12 jacobites et 6 carcassières de préparés ; c'est tout ce qu'on veut en faire ; cela pourrait être bien bon en cas de descente et pour empêcher les berges d'approcher la nuit. Toutes les batteries de la Basse Ville, ainsy que celles des Remparts, vont être commandées par des officiers marins (135), à la réserve de la batterie royale qui est commandée par M. Parent, père, capitaine des canonniers de milice.

Les batteries de mortiers sont commandées par des officiers d'artillerie

et servies par des canonniers bombardiers. On fait faire une casemate (136) avec un blindage chez Madame Péan (137) ; je crois que c'est pour M. Daine (138) ou peut-être pour quelques autres, car je ne pense pas que M. l'intendant (139) y aille ; je croy qu'il ira plustost au camp. Les particuliers de la Basse Ville envoyent leurs effets chez ceux de la haute et ces derniers envoyent les leurs à la campagne, preuve qu'ils ne se croyent pas en sûreté chez eux.

Malgré les ordres réitérés de M. de Vaudreuil qui ordonnoit à tous les miliciens des 3 gouvernemens de faire mettre leurs armes en état et chargeoit les capitaines de prêter la main à l'exécution des dites ordonnances, malgré qes ordres qui auroient dû être suivis exactement, il s'en trouve une si grande quantité qui sont hors d'état de servir, que la salle d'armes se vuide journellement et se remplit d'un fatras d'armes inutiles ; il est impossible aux ouvriers de les radouber à mesure ; Il arrivera infailliblement que nous en manquerons.

M. l'intendant, à ce qu'on dit, tire des lettres de change à vues sur ses propres fonds à ceux qui veulent lui remettre des espèces et ces mêmes espèces sont à ce qu'on dit destinées à acheter des grains et farines dans le gouvernement de Montréal, d'autant que les habitans ne veulent point vendre en papier à quelque prix que ce soit. Dans les circonstances où nous sommes il en faut, quoique le munitionnaire aie une permission exclusive d'en faire embarquer. Ce party qu'on prend suivant moy est fort dangereux, car il vaudrait autant dire aux habitans : le papier ne vaut plus rien, ne vendez que pour des

espèces. Il faut apparemment que nos puissances fassent ce que veulent les habitans et non pas que les habitans leurs soient subordonnés comme je le croyois (140).

1759 Juin 22. — . . .Le nombre de nos forces peut être à présent de 13 à 14 mille hommes effectifs, mais si l'on compte sur les bâtimens et équipemens, l'on en trouvera bien 16,000 (141). Il n'est pas malaisé de remarquer des abus ; tous les majors tirent des billets sans qu'il y ait eu aucime revue de commissaire, ce qui cependant est d'une grande conséquence ; mais comme on est sy occupé, cela passe avec les plus gros.

" 23. — ^Nous venons d'équiper un grand nombre de miliciens, et comme on ne peut pas leur fournir le tout en nature, voici la façon dont on les paye. La cravate 8 livres, le capot 18 livres, le bonnet drapé 2 livres 10, et ainsy à proportion des autres articles. Il faut noter que les marchandises sont à plus de 200 pour 100 ; les dupes se fond payer, ceux qui ont de l'esprit gardent leurs billets, mais tost ou tard ils seront dupés, pour ne pas dire volés (142). On a barré l'entrée de la petite rivière comme on se l'étoit proposé ; à chaque mât il y a un ancre qui le retient et l'empêche de dériver au courant. Il est certain que quand bien même l'enenmy voudroit pénétrer dans cette partie, il y trouveroit beaucoup de difficulté, étant impossible que les berges puissent passer dessus. D'ailleurs nous avons sur les quais du palais au moins 40 bombes à feu qui les poivreroient bien s'ils s'y présentoient. On commence à découvrir les maisons du Sault au matelot ou du moins celles qui se trouvent sous la volée de canons. Je pense qu'il seroit très à propos de le faire à toutes les maisons de la Basse Ville, afin de prévenir par là les incendies qui me paroissent inévitables si les ennemis établissent des batteries à la Basse Ville. Cependant l'on doit avec juste raison s'en rapporter aux généraux qui doivent prévoir à tout ; je crains qu'ils se trompent. On fait une palissade dans le Cul de sac qui règne depuis la maison de

Chevalier jusqu'au quay de construction.

Il y a sur ce quay deux batteries dont une de 3 pièces de 24 qui bat dans l'entrée du bassin et dans la rade et la 2e est derrière la frégatte ; elle est de 4 pièces de 8 ; ceUe-cy bat dans la rade ou elle ne ferait pas grand mal ; suivant moy cette partie me paroit très foible ; je ne puis m'imaginer pourquoi on y travaille pas ; il faut apparemment qu'on ne le croye pas nécessaire, mais on peut se tromper, car les vaisseaux ennemis peuvent parfaitement passer avec un bon vent, et

d'ailleurs un vaisseau ne coule pas quand bien même il est touché. Enfin la fin nous aprendra le reste.

Dans le cours de la journée le feu manqua de prendre à bord du brûlot VAmeriquain qui est à l'Anse des Mères par du bray que l'on faisait chauffer ; cependant on devroit bien y prendre garde, l'accident de la Toison d'or doit encore être en mémoire (143). 1759 Juin 24. — Nous venons d'apprendre qu'un gros vaisseau anglois avoit fait la traverse (144) hyer au soir, quoy que le vent étoit contraire, il a joint les autres au bout de l'Isle qui y sont au nombre de 12. Nous apprenons aussy qu'ils font un hôpital à l'Isle au roc, où ils transportent leurs malades.

Un courrier venant de Montréal nous annonce qu'il doit nous arriver incessamment 2 ou 300 sauvages Renards et Poutouétamis. Ils ne veulent point aller à Carillon disant que leur père Ononthyo étoit sur le bord du grand lac, qu'ils vouloient se joindre à lui pour faire la grande guerre ; j'ai bien peur qu'ils ne nous fassent plus de mal qu'à nos ennemis mesmes.

M. de Lanaudière, chevalier de St. Louis, est actuellement occupé à achetter des bœufs et vaches dans les campagnes, pour le munitionnaire ; c'est un de ses premiers commis ; cette nouvelle dignité lui est plus lucrative que la première ; d'ailleurs un coup de corne n'est pas si à craindre qu'un coup de canon qui fait très souvent la récompense des bons officiers (145).

On travaille journellement à tirer des lignes d'une redoute à l'autre, depuis la Canardière jusqu'au Sault Montmorency ; je crois que cet ouvrage ne servira qu'à en imposer aux ennemis et qu'ils ne feront jamais leurs descente dans cette partie, ou du moins s'ils sont assez fous, ils y seront étrillés.

Un courrier venant de la Baye St. Paul rapporte que le 22 du présent il avoit compté 68 bâtimens à la vue de l'Isle aux Coudres, sans y comprendre ceux qui sont à l'Isle d'Orléans ; il dit aussy qu'un vaisseau avoit échoué, mais qu'il s'étoit relevé.

On vient de battre un banc et mettre des affiches aux endroits accoutumés pour prévenir tous les citoyens de la Basse Ville ainsi que des fauxbourgs, de prendre leur précautions pour se retirer à la Haute Ville ou ailleurs avec leurs effets, sitôt que les vaisseaux anglois paroitroient, étant informés que leurs projet étoit de canonner et de bombarder la place.

*' 25. — Les vents régnent de la part du sud douest, cependant il y a apparence qu'ils ont été différens en bas, d'autant que l'escadre ennemie a monté la rivière en très peu de tems.

A 7 heures du matin nous avons équipé en guerre, tel est le titre de l'ordre les 4 hoctons (146) de M. l'intendant, sçavoir de chacun un capot, 3 chemises de coton, une culotte de panne et 2 paires souliers de bœuf tannés. Avec pareilles armes on peut se défendre.

Dans le cours de la journée d'hyer, un cavalier a été tué le sabre à la main par un grenadier de Languedoc.

1759 Juin 26. — Les vents continuent toujours de la part du sud-ouest, mais cela n'empêche point l'escadre angloise d'avancer, et de faire même la traverse ; on en compte 64 mouillés à St. François.

On rapporte que le 24 du courant, 4 de leur bâtimens avoient échoué à l'Isle aux Coudres ; il n'est pas fait mention s'ils sont gros ou petits (147).

La batterie flottante est enfin sortie de la souille pour aller prendre son artillerie au quay de contruction ; il y a encore bien pour 5 ou 6 jours d'ouvrage pour la mettre à perfection. On ne sçait pas encore comme elle marchera, mais je pense que ce sera très doucement, et avec beaucoup de difficulté.

Les tourtres passent beaucoup depuis hyer ; nous aurions bien besoin d'en tuer, mais les ouvrages du magasin sont si grands qu'il est impossible d'en sortir un moment.

Il a été délivé ce matin des magasins du Roy 5 pots d'eau de vie pour Madame la mai'quise de Vaudreuii qui retraite du costé des 3 Rivières (148).

Nous venons d'équiper au magasin du Roy MM. du Chesnay (149j et de la Gorgendière (150), le premier est capitaine des gardes à M. de Vaudreuii et l'autre son aide de camp ; nous avons aussy donné en outre 12 brides à haut mords pour compléter l'équipement de la maison.

A une heure après midy, j'ai envoyé partie de mes efïets à l'Ancienne Lorette, ainsi que de la farine, du lard, et deux de mes petits enfants (151).

Nous venons d'apprendre qu'il y a 4 ou 5 vaisseaux anglois de mouillés à St. Laurent ; suivant toute apparence ils paraîtront au premier jour.

Par la multiplicité des équipemens, nos magasins se trouvent vuides de toutes marchandises ; cependant il nous reste beaucoup de décrottoires (152) ; c'est en vérité de quoi nous sommes mieux fournis, mais malheureusement personne n'en veut prendre. 27.— A 6 heures K du matin, 1 vaisseau et 2 frégattes angloises se sont avancées au bout de l'Isle où ils ont mouillé ; les vents étant de la

part du nordet et le tems très beau, ils sont restés à l'ancre environ une heure et demie, après quoi ils ont levé et se sont laissé acculer au baissant jusqu'à St. Laurent ; il n'est pas douteux que pendant ce tems les ingénieurs reconnoissoient la situation de la place ainsy que des travaux qu'on a faits à Beauport (153).

Une soixantaine de sauvages ont passé la nuit à l'Isle d'Orléans près de quelques anglois qui étoient à terre ; ils ont passé la nuit les uns et les autres sans se découvrir jusqu'au point du jour qu'ils se sont reconnus ; aussitôt la fusillade a commencé et les sauvages se sont embarqués aussitôt ; les sauvages ont tué un anglois, et suivant leur barbare coutume lui ont levé la chevelure (154).

Sur les 3 heures après midy ma femme a party pour se rendre à l'Ancienne Loretta avec 3 de nos enfants (155), elle a essuyé dans sa route un très mauvais tems causé par un orage affreux.

Hyer im canadien du camp de la Canardière a été tué accidentellement, par un coup de fusil.

Nous aurons cette nuit dans la place une garde de 7 à 800 hommes Tous les carcassières et batteaux armés doivent commencer la patrouille dans la rade, et entre la pointe de Lévy et Beauport, avec ordre de tirer sur tous les bâtimens de mer qu'ils découvriront et qui ne répondront pas le mot de guet.

A 7 heures >^ du soir ; nous apprenons par un homme de la pointe de Lévy envoyé par Baptiste Carié (156), qu'un vaisseau anglois avait échoué sur l'Isle d'Orléans à 4 heures pendant l'orage ; il ajoute qu'il pense que l'équipage aura péry, et moy je pense que non ; les vents continuent toujours de la part du nordet ; grand frais. 1759 Juin 28. — Pendant la nuit la garde que nous avions à la Basse Ville a vu passer plusieurs berges qui dérivoient au courant ; ils ont même sauvé plusieurs chaloupes ; à 6 heures on en a encore sauvé 4, ainsi que plusieurs débris de vaisseaux, des châssis, des portes d'armoires et de chambre, ainsy que des morceaux de figures jusqu'à même des chapeaux, preuve incontestable que l'escadre a beaucoup souffert soit par les abordages ou échouages (157).

Messieurs Deplaine (158) et Aubert qui arrivent d'en bas oîi ils étoient en observation rapportent qu'ils avoient vu 7 bâtimens échoués sur l'Isle d'Orléans ; cet orage se sera peut-être fait subir plus bas, la suite nous apprendra ce qui s'y est passé.

A une heure après midy nous découvrons un bâtiment échoué à l'Anse du Fort, on y distingue du monde qui le décharge avec des berges et chaloupes, et portent à terre.

Nous venons d'apprendre que les anglois avoient débarqué hyer (159) à risle d'Orléans ; on estime 3 à 4000 hommes. On dit aussy qu'il y a le long de Beaumont et St. Michel beaucoup de berges et chaloupes échouées ; le Sieur Varembouville (160) vient d'être détaché pour y aller mettre le feu.

Sur les 10 heures du matin la batterie flottante ayant pris son artillerie vient de mettre à la voile ; elle va se rendre à l'entrée de la rivière de Beauport ; à 2 heures après midi elle a soufflé ses canons (161). 1759 Juin 29. — M. le Marquis de Vaudreuil donna l'ordre hier au soir pour faire partir les brûlots (162) ; en conséquence de cet ordre, sur les minuit, ils appareillèrent de cette rade à dessein d'aller accrocher les vaisseaux anglois dont les premiers étoient en deçà du trou St. Patris (163) ; tout semblait estre favorable pour l'exécution du projet ; les vents étoient très beaux et une nuit des plus sombres, mais je ne sçais par quel hasard le commandant mit le feu à celui qu'il commandait à près d'une lieue en deçà des ennemis (164). Cette manœuvre nous fit juger qu'il devait être arrivé quelque accident à bord du brûlot, mais quelle fut notre surprise lorsqu'à l'instant nous voyons tous les autres qui s'enflamment à peu près à la même distance (165); voilà quel a été l'effet de tant de dépenses (166) occasionnées pour l'armement de ces brûlots, dont le munitiormaire (167) avait été le conducteur ; ceux qui les commandoient méritent une part dans ce journal, affin qu'en pareil cas on n'y soit plus trompé (168). Le Sieur Delouche (169), commandant,

de Loumeau (170) Dubois de la Miltière (175) péry dans

Berthelot (171) celui qu'il commandait avec 2 ou 3

Marchand ( 172) matelots.

Grammond (173)

Descamps (174) Voilà le progrès que l'on devoit attendre de cette expédition, dont un

étourdy auquel on avoit pris trop de confiance étoit à la teste. Il nous en reste encore un (176) qui suivant moy aura le même sort ; il est vray que nous en serons débarrassés. Je dis débarrassés parce qu'ils ont manqué plusieurs fois de nous faire brûler. Il y a deux jours que le Sieur Courv-al (177) avoit préparé 60 cajeux pour y aller aussy, mais les vents et les courans les ont entraînés au Sault Montmorency, où ils sont actuellement ; j'avoue que j'y avais eu confiance jusqu'à présent, mais je la perds en vérité entièrement, d'autant que la cacade des brûlots (178) les fera bien veiller.

Nous apprenons que les ennemis débarquent de l'artillerie à *Isle d'Orléans, qu'ils y ont aussy un parc dans lequel il se voit quantité de bestiaux ; il se voit d'icy un camp qu'ils commencent du costé du nord, il paroit y avoir 200 tentes; on diroità voir leur manœuvre qu'ils auroient envie de nous attaquer un peu.

Dans le cours de la journée d'hyer, Monsieur le marquis de Montcalm lieutenant général des armées du Roy, fut camper à Beauport.

A 9 heures du matin le Sieur Varembouville revient de Beaumont, il rapporte qu'il a vu 9 bâtimens d'échoués (179) et qu'il pense que plusieurs se relèveront, que plusieurs autres paroissent avoir souffert dans les abordages, qu'il peut y avoir de 140 à 150 voiles le long de l'isle d'Orléans, mais une grande quantité de petits de transport.

Il a été publié ce matin à la grande messe qu'on ne sonneroit plus pour aucun office, batêmes et enterremens, et qu'on sonneroit seulement qu'à 10 heures du soir ; je ne sçais pourquoi on fait cela ; cependant je pense que c'est en cas qu'il y eut quelques alertes à la ville, et que par le son des cloches on serait averty dans les camps ; on a fait mettre 2 pavillons dans le haut du clocher.

Je ne puis en vérité comprendre pourquoy M. Pelgrin n'est pas employé; cent et cent fois il a fait offre de ses services et de S5S lumières, il paroit qu'on n'en veut pas absolument ; c'est cependant un parfait honneste homme ; si j'osois je dirois que c'est cette qualité qui l'empêche d'avoir de l'occupation ; je pense en outre qu'il y a des personnes qui approchent du cabinet et de qui en partie les ordres sont émanés, qui sont très pernicieux au bien de l'Etat, ce qui fait que très souvent on adopt? dans les conseils le faux pour le vray; je souhaite de tout mon cœur me tromper et que la suite me dissuade de ce que je pense.

Je pense aussi qu'il se commet un abus considérable dans la délivrance des vivres ; nous avons ordre de délivrer pour ainsi dire sur toutes les signatures. Il n'y a aucune revue ny de commissaires ny d'autres; tout le monde tire à sa fantaisie ; je crains beaucoup qu'on ne soit la dupe de tant de confiance, d'autant que ces sortes de provisions devroient être de la plus grande économie, premièrement étant une chose qui coûte beaucoup au Roy, secondement nous courons risques d'avoir pour longtems les ennemis sur les bras, et troisièmement parce que je croy qu'il n'y a pas autant de vivres comme beaucoup de personnes se l'imaginent ; y aiant une grande partie des cargaisons du munitionnaire qui se sont métamorphosés en marchandises seiches et liquides (180)

Nous sommes toujours très inquiets de savoir dans quelle partie les ennemis tenteront une descente. Comme Beauport est en quelque façon le plus beau terrain et le plus propre, on pense que ce sera là où il tentera ; c'est là aussy où est le gros de notre armée, y ayant environ 11 à 12 mille hommes ; ainsi si l'ennemy y vient, ce que je ne puis me persuader, il n'y aura pas bon marché.

M. le marquis de Vaudreuil, grand Croix, abandonne le gouvernement de la place à M. de Ramezay (181) et va camper à Beauport ; je pense que l'air y sera plus tempéré que celui de la ville (182).

Sur les 7 heures du soir, un soldat de Languedoc a été tué l'épée à la main par un soldat de la cavalerie.

1759 juin 30. — Il paroist à Beaumont une grande fumée, il y a toute apparence que les e.nnemis y ont mis pied à terre (183) et qu'ils y font brusler quelques maisons ; hyer à 7 heures du soir, il nous ariva de Montréal 230 sauvages outaouais, commandés par le Sieur Langlade (184) leur interprète.

1759 Juillet 1.— Hyer dans le cours de la journée on vit des troupes angloises qui débarquoient à la pointe de Lévy et poussoient un gros d'armée d'environ 3000 hommes qui marchoient en bataille ; le Sieur Charest l'aîné ( 185) demande à y aller et demande du monde pour empêcher la descente ; M. le Général luy promet de le laisser passer mais il ne veut lui dormer personne. Cependant à midy il y traverse et il se trouve à la teste d'une 30ne de canadiens du lieu et débouche par le chemin où les ennemis venoient par terre de Beaumond ; aussitôt la fusillade commença, mais comme notre party était trop foible nos gens fusilloient en se repliant, et cela n'empêchoit pas que les ennemis ne perdoient toujours quelqu'un : les sauvages abénakis qui avoient traversé accoururent au bruit, ce qui à leur approche fit plier les ennemis, et finalement l'action se termina par une 60ne d'anglois de tués et un grenadier que les sauvages ont fait prisonnier ; M. Charest n'a perdu personne de son petit détachement, mais les sauvages y ont eu 3 blessés, dont un mortellement (186).

Voicy la déposition de ce prisonnier, que l'ordre étoit donné pour l'attaque général qui devoit se faire à Beauport de minuit à une heure et que les mouvements qu'ils avoient fait à la pointe de Lévy n'étoient à d'autre dessein que pour nous faire diviser.

La déposition du prisonnier a fait changer le projet (187) qu'on avoit fait qui étoit d'envoyer 3000 hommes à la pointe de Lévy ; au contraire toutes les troupes et milices ont passé la nuit au.\ retranchemens, mais soit que le prisonnier en ait imposé ou que le Général

n'eut fait changer l'ordre, nous avons passé la nuit fort tranquiles et nous n'avons rien vu.

A 4 heures du matin après que tout le monde a été relevé, nous avons eu une alerte causée par une fusillade au camp des Canadiens (188) ; je ne sçais au juste ce qui l'a pu occasionner, mais elle a duré au moins 20 minutes ; les troupes ont repris les armes à l'instant ; nous avons été aussi très inquiets dans la place et à la fin on s'est aperçu que ce n'étoit rien, quelqu'im rapportant que nos généraux avoient fait faire cela sous main pour voir si les Canadiens étoient prompts au feu.

Depuis 9 heures du matin jusqu'à 11 il y a eu une canonnade de 5 à 6 batteaux et une carcassière qui ont été dans le bassin pour battre le camp des Anglois qui est dans l'anse à M. Charest ; pendant ce tems deux frégattes angloises se sont laissé dériver, y ayant fîot pour tâcher d'engager nos batteaux et lorsqu'ils ont été à portée ils ont fait feu sur eux ; 3 à 4 de nos boulets ont porté à bord d'une frégatte, mais n'ont pas paru l'incommoder, ou du moins nous ne nous en sommes pas aperçus ; ce petit combat a duré environ 2 heures, et il y a eu de part et d'autre plus de 130 coups de canon de tirés, les ennemis ont eu du monde de tués dans leur camp, mais on ne sait pas combien (189).

Les sauvages StaSois au nombre de 50 étoient partis ce matin pour aller à l'Isle d'Orléans ; à 2 heures ils sont revenus ayant tué deux Anglois à la porte des tentes (190).

Quelques-uns rapportent que les ermemis débarquent de l'artillerie à la pointe de Lévy ; cette partie est bien menaçante et beaucoup à craindre pour la place, mais en vérité on n'y fait pas plus d'attention que s'il n'y avait aucun risque à courir de ce costé là (191). 1759 juillet 2. — Les ennemis font de grands mouvements à la Pointe de Lévy ; ils font défiler leurs troupes comme s'ils vouloient les faire voir, ou comme s'ils tentoient de faire une descente du costé de l'Anse des mères ou ailleurs en haut, mais on prend tout pour des feintes de ce côté là et on les attend constamment du costé de Beauport, comme s'ils ne pouvoient tenter ailleurs ; nos généraux sont expérimentés ; Dieu veuille qu'ils ne soient pas trompés, mais je le crains fort.

A une heure après midy les ennemis ont paru sur une hauteur à la Pointe de Lévy, on leur a tiré même 2 à 3 coups de canon de la place ; il paroissoit y avoir 7 à 800 hommes, qui ont fait divers mouvemens, tantôt en bataillon quarré et d'autres fois rangés sur 3 ou 4 de hauteur en haye. Sur les 6 heures du soir comme ils étoient près d'un petit

bosquet, il a parti une 30ne de coups de fusils sur eux par des habitans du lieu ; à l'instant les ennemis se sont éloignés et se sont rangés en bataille sur une hauteur ; sur les 7 heures K du soir un de ces habitans s'est détaché et est venu en ville ; il rapporte qu'ils en ont tué 14 de cette décharge.

1759 Juillet 3.— Une berge angloise est venue dans la rade à la demi-portée du canon de la place ; on lui a envoyé tm coup de canon qui l'a bien rasée ; elle s'est retirée.

Pendant toute la nuit il a fait une très grosse pluie ; il ne paroit rien de nouveau à la Pointe de Lévy quoique les ermemis y aient fait grand mouvement toute la nuit ; je crains beaucoup qu'avant qu'il soit peu nous n'y découvrions quelques batteries de leur façon et qu'ils ne nous rendent au centuple les 3 coups de canon que nous leur prêtâmes hyer (192).

Leur camp qui est à l'Isle d'Orléans a beaucoup grossy ; toutes les chaloupes ou beaucoup du moins sont le long de terre ; il sembleroit à voir leur mouvement qu'ils voudroient se décider à une descente.

Ils ont aussi un nouveau camp à la Pointe de Lévy audessus de la cabane des pères ; il paroit même qu'ils s'y rstranchant ; on ne peut pas bien voir le nombre de leur tentes, étant cachées par le bois.

M. de Lanaudière avoit demandé au médecin à se faire soigner et purger, mais malheureusement que M. de Vaudreuil a donné ses ordres pour que tous les officiers eussent à se rendre au camp ; ces ordres ont prévalu sur ceux du médecin, de façon qu'il a fallu partir aussitôt ; on espère que l'air de la campagne lui sera plus favorable que celui d'un hôpital et qu'il se portera bien en peu de tems ; on pense que cette espèce de maladie lui provient des peurs et fatigues qu'il a essuies dans son voyage de l'Isle aux Coudres. " 4. — Sur les 8 heures du matin un parlementaire de l'escadre angloise est

venu dans le bassin ; on l'a été recevoir à une distance de la place, il a remis des lettres, et aussitôt a fait route pour s'en retourner.

M. Charest avec 8 hommes a été en découverte à la Pointe de Lévy ; il rapporte que les ennemis sont retranchées près de l'église, mais qu'il ne paroist encore aucune artillerie à terre ; il persiste toujours à demander du monde pour garder cette partie mais on se moque de luy et on le refuse, et on lui dit même que s'il paroist si porté à défendre cet endroit c'est parce que son bien y est (193) ; son escorte a 4 havresacs qu'ils ont pris près du camp.

Sur les 8 heures du soir M. le Mercier (l'omnis homo) a été porter la réponse du parlementaire ; on est venu le recevoir dans le bassin

et on l'a conduit à bord d'un vaisseau ; il y a passé presque toute la nuit avec l'équipage de sa chaloupe qui étoit composé de plusieurs officiers mariniers ; il y a eu pendant ce pourparler beaucoup d'interrogations de part et d'autres qui n'ont pas donné je pense grand éclaircissement ny aux Anglois ny aux François. 1759 juillet 5.— Voici le résultat du parlementaire d'hyer, le général Hwoulf (194) écrit à tous nos généraux ainsi qu'à M. Bigot à qui il adresse 2 bouteilles de liqueurs (195), ainsi qu'une lettre d'une de ses sœurs ; il a demandé si M. de Léry (196) avoit bien eu peur à Beaumont lorsqu'il abandonna son chapeau, épée et ses papiers, et s'il n 'avoit pas oublié aussi quelqu'un de son détachement (197), on lui a répondu qu'il en avoit oublié quelqu'un, mais pas tant qu'ils avoient fait à la Pointe de Lévis ; il a demandé aussy des nouvelles de Carillon et s'il n'étoit pas pris ; on lui a répondu que non et qu'il n'y en avoit nulle apparence, et que nous y aurions du monde suffisamment pour recevoir ceux qui tenteroient d'y venir. Il a paru surpris de cette assurance, en disant qu'ils y avoient 20 mille hommes qui dévoient en avoir formé le siège en may ; Il a fait compliment sur la façon d'envoyer nos brûlots, qu'ils avoient jugé par la manœuvre qu'on avoit faite qu'il y avoit eu de la, méprise ; on lui a répondu qu'ouy mais qu'il nous en restoit encore auxquels on avoit plus de confiance ; finalement il a demandé qu'on lui envoyast le lendemain des chaloupes de l'autre costé pour y prendre une 20ne de femmes françoises qu'ils avoient à leur bord et qu'ils remettroient à terre. Tous ces discours ont été tenus à M. le Mercier qui était porteur de réponse.

Ail heures du matin, 4 de nos batteaux ont traversé de l'autre costé sous le pavillon de parlementaire ; les anglois se sont rendus aussi et ont remis 23 femmes qui avoient été prises ce printemps dans un batteau en venant de Miramichy ; Madame Pommeroy (198) et Mademoiselle de St. Vilmé (199) sont du nombre et les autres sont des acadiennes ; ces dames rapportent que la nuit qu'on envoya les brûlots cela causa une grande alerte dans l'escadre ; une quantité de vaisseaux coupèrent leur cables et se laissèrent dériver les uns sur les autres ; depuis 3 ou 4 jours l'amiral leur avoit dit qu'ils avoient nouvelles de l'escadre françoise et même que le bruit couroit que les François avoient pris Halifax et Louisbourg, ce qui effectivement avoit causé une consternation remarquable sur les équipages, mais depuis ce tems l'amiral les avoit assurés que cette nouvelle étoit fausse.

M. l'intendant a envoyé 4 à 5 pannerées d'herbes à M. Douglas (200), commandant le vaisseau de guerre VAlcide de Sa Majesté britannique, en reconnaissance de quelques bouteilles de liqueurs qu'il lui a envoyées.

3 frégattes angloises sont venues mouiller à l'entrée du bassin à portée de la batterie flottante qui est à la Pointe de Lessay ; je ne sçais pas pourquoi elle n'a pas tiré dessus (201).

A 7 heures du soir j 'ai été me promener à la Citadelle ; il se voit un retranchement que les ennemis font sur le bord du chemin du Roy à la Pointe de Lévy ; il paroist y avoir 4 à 500 hommes travailleurs ; quantité d'officiers et soldats se promènent dans les champs aux environs, entr'autres j'ai remarqué un officier habillé en bleu, des bas bleus, et deux autres habillés en écarlatte qui sont venus jusqu'au bord de la coste ; ils me paroissoient examiner un terrain propre à faire quelques batteries. 1759 juillet 6. — Toute la nuit on a entendu beaucoup de bruit à bord des vaisseaux, comme s'ils avoient débarqué quelque chose ; je pense que ce peut être de l'artillerie ; ils font jour et nuit des mouvemens continuels, soit qu'ils veulent s'y établir ou qu'ils cherchent à nous faire faire diversion, mais je ne puis m'empêcher de penser que cet endroit dont ils s'emparent ssra funeste à la ville (202).

Nous établissons de l'autre costé de la petite rivière une batterie de 5 pièces de canon pour renforcer cette partie en cas d'attaque.

Nous avons depuis le Cap Rouge 5 à 600 hommes ; on y fait mettre beaucoup de tentes afin de donner le change aux ennemis et pour les attirer dans une autre partie ; Dieu veuille qu'ils y soient trompés car autrement nous le serions beaucoup s'ils y venoient réellement ; on se fie beaucoup par la situation du terrain que la nature a pris soin de fortifier, mais enfin plusieurs places ont été prises et attaquées par les endroits les plus inaccessibles et il arrive souvent qu'on y trouve que la difficulté du terrain.

On barricade toutes les rues qui ont leurs sorties du costé de la grève ; enfin on prend toutes les mesures nécessaires pour prévenir un assault.

A midy ^^^ une berge angloise est venue au nord de l'Isle d'Orléans au devant du sault ; aussitôt quelques sauvages se sont embarqués dans 4 canots d'écorce et ont donné à la poursuite de cette berge qui aussitôt a décampé ; malgré la diligence de nos sauvages ils n'ont pu les joindre avant qu'ils aient attrapé terre ; les sauvages les ont fusillés, mais tous, à la réserve d'un officier blessé, se sont sauvés ; un abénakis l'a pris au collet pour l'amener vivant, mais cet homme

ne voulant point marcher et d'ailleurs voyant une colonne angloise qui fondoit sur eux, il a pris le party de lui casser la teste et lui a levé la chevelure. Les autres sauvages voyant que les gens couroient risques d'estre cernés se sont embarqués promptement et sont venus fusiller cette colonne, ainsi qu'un coup de canon tiré des batteries du Sault qui a tué 7 hommes ; 2 de nos sauvages n'ayant pu se rembarquer se sont jettes à la nage et ont traversé à la vue des ennemis, un desquels a reçu un coup de fusil à l'épaule ; les ennemis y ont eu 15 à 20 tués et autant de blessés (203). Sur les 6 heures du soir, il s'est livré un petit combat de canormade (204). la batterie flottante étoit à la Pointe de Lessay ; elle a commencé ; son premier coup a passé de part en part d'une frégatte ; cette frégatte et plusieurs autres lui ont riposté vivement, ainsy qu'un gros vaisseau qui a voulu estre de la feste ; ils ont au moins tiré sur elle plus de 80 coups de canon sans qu'aucun l'ait touché ; aussitôt une de nos carcassières et 4 jacobites (205) se sont avancés et ont fait un feu très vif pendant trois quarts d'heure. Ce combat n'a point cessé qu'à 7 heures K. et plusieurs boulets ont porté à bord des vaisseaux ; en vérité ces batteaux font des merveilles. 1759 juillet 7. — Un déserteur anglois s'est rendu cette nuit à la nage au camp de M. le Chevalier de Lévis ; il est parisien et avoit été pris l'année dernière à Louisbourg ; il servoit avec eux par force à ce qu'il rapporte ; il assure qu'ils n'ont que 10 à 11 mille hommes de troupes, dont 4 à 5000 sont très bonnes mais que pour le reste c'est peu de choix n'étant en partie que des milices ; qu'ils dévoient nous attaquer par trois endroits différens, 4 ou 500 Ecossais doivent venir par St. Joachim, le corps d'armée doit attaquer par Beauport, enfin le 3e doit attaquer la ville ; qu'ils ont 13 pièces d'artillerie à terre à la Pointe de Lévy, pour foudroyer la place, ainsy que deux galiottes à bombes, qu'ils espéroient un renfort de 5 à 600 hommes qui vendent de l'Amérique, qu'ils y avoient perdu 900 hommes (206) dans une descente qu'ils y avoient faite ; voilà ce que j'ai sçu de cette déposition. M. de Lotbinière, cy-devant ingénieur en ce pays, a eu quelques altercations avec M. Decaire ingénieur ordinaire, de façon que les choses sont devenues si sérieuses qu'il fallut déguainer (207) ; le premier a reçu un coup d'épée qui lui passe dans l'épaule, mais qui n'est point dangereux ; si cet accident lui est arrivé il n'y a point de sa faute d'autant qu'il avoit fait son possible pour ne pas mettre l'épée à la main ; on pense qu'il gardera l'hôpital fort tranquilement pendant quelques mois, et sur la fin de la campagne il pourra sortir.

Il vient de nous arriver de Montréal 110 sauvages poutouetamis ; ils n'ont point arête en ville ; ils sont allés droit au camp du Général. 1759 juillet 8. — Pendant la nuit les Anglois ont tiré plusieurs coups de canon sur le camp de Beauport ; le nombre de leurs vaisseaux augmente journellement dans le bassin ; ils aprochent réellement, je pense qu'ils en veulent descendre.

Ils travaillent sans relâche à la Pointe de Lévy à y établir des batteries ; depuis midy jusqu'à 3 heures on leur a tiré plusieurs coups de canon et des bombes de la place, qui toutes ont très bien porté ; cette expérience me donne une triste idée pour la pauvre ville de Québec. Après midy les Anglois voyant qu'on tiroit sur eux à la Pointe de Lévy, ils ont pris leur revanche de leurs vaisseaux ; ils ont tiré sur le camp du Sault, ils ont canonné et bombardé depuis ce tems jusqu'à 2 heures après minuit ; il n'est pas mention qu'ils nous aient fait grand mal ; plus de la moitié de leurs bombes tomboient à l'eau ou crevoient en l'air (208).

Sur les trois heures après midy d'un petit vent du sud douest avec la mer baissante ils ont fait apareiller une de leurs frégattes qui a passé par le canal du nord ; elle est allée mouiller de l'autre costé du Sault à l'Ange Gardien ; sui- les 6 heures du soir, plusieurs berges se sont rendus ensuite ; il y a toute aparence qu'ils veulent faire un débarquement dans cette partie ; si on veut si opposer le terrain nous y est fort favorable.

M. l'Intendant tient son palais au quartier général de Beauport ; ces chevaux se sellent à 9 heures du soir et passent la nuit en cet état afin de m.onter à cheval en cas d'alerte. On estime que les Anglois ont mis à terre à l'Ange Gardien au moins 1600 hommes ; j'ai bien peur qu'on ait beaucoup de peine à les en chasser quoique la nuit prochaine il doit y traverser des Canadiens et des sauvages environ 1000 hommes, aux ordres de M. de Courtemanche.

Voicy la disposition de notre armée depuis le Sault Montmorency

à venir à la petite rivière appelée St. Charles. M. le Chevalier de Lévys tient le costé du Sault avec les troupes et miliciens du gouvernement de Montréal, ainsy que plus de 500 sauvages de différentes nations ; M. de Courtemanche commande ces sauvages.

M. de Repentigny avec 800 volontaires occupe le haut du Sault. dans les endroits où les ennemis pourroient le passer à gué (209^ .

Les régimens de la Sarre, Royal Roussillon, Guyenne, Béarn et Languedoc, et plus de 1000 Canadiens attachés à ces bataillons prennent du camp de M. le chevalier de Lévy et s'étendent jusqu'à la rivière de Beauport pour estre à portée de secourir les ailes en cas d'attaque, soit d'un costé ou d'un autre. M. le Marquis de Montcalm a son campement dans cette partie.

Les troupes de la colonie, les miliciens de ce gouvernement ainsi que ceux des 3 Rivières bordent la rivière de Beauport et s'étendent jusqu'à la petite rivière ; M. de Vaudreuil et de Bougainville sont dans cette partie. La cavalerie n'a point de camp fixé ; elle est pour se porter avec diligence dans les endroits les plus exposés.

On fait nombre tous ces corps réunis de 12 à 14 mille hommes qui sont

«;* couverts par de bons retranchemens d'un bout à l'autre ainsi que

' -^ beaucoup de redoutes hérissées d'artillerie ; je ne pense pas que

/' „/■ quand les ennemis auroient 15 mille hommes à y jeter, qu'ils pussent

y réussir ; je crois aussi qu'ils connoissent bien les forces.

Du costé de l'Anse des Mères nous y avons 3 à 400 hommes et quelques

sauvages ; cet endroit est fortifié naturellement, mais je ne puis

m 'empêcher de craindre pour cette partie (210).

1759 juillet 9. — Nous apprenons qu'il y a de la fusillade au Sault ; les vaisseaux tirent

aussi sur le camp de M. de Lévy ; c'est sans doute pour amuser (211).

Voicy le résultat de cette fusillade, les sauvages 8ta8ois ont défait une 40ne d'anglois qui avançoient dans un peloton ; ils ont aussy foncé sur une colonne de 3 à 400 hommes qui aussitôt avoient plié mais qu'une seconde les ayant pris en flanc les avoient fort incommodés ; nous avons eu dans cette escarmouche 4 Canadiens tués et 3 sauvages et de blessé un canadien et 4 sauvages ; les anglois y ont eu au moins 100 hommes tués mais ils conservent la place (212), ils se campent en haut du Sault et ils y ont deux pièces de canon en batterie ; ils font bien leur mai tier ; j'espère qu'ils nous apprendront le nôtre ; nous en avons bien besoin en vérité. " 10. — Pendant la nuit on a bombardé du Sault les vaisseaux anglois qui s'étoient approchés dans le bassin ; plusieurs bombes les ont approchés de très proche, une entreautre a crevé audessus d'un vaisseau à ime petite distance ; ils n'ont pas tenu longtemps, sans doute que la peur les a pris ; ils se sont retirés au large du costé de la Pointe de Lévy, hors la portée des boulets et de la bombe.

Sur les 7 heures du matin, un déserteur anglois (2 13) a traversé dans un méchant canot au devant de la place ; aussitôt qu'on l'a aperçu on a été le chercher ; voicy ce qu'il rapporte ; ils ont 6000 hommes

de débarqués à l'Ange Gardien ; qu'ils en ont au moins 3000 à la Pointe à Lévy ; voilà le nombre de toutes leurs troupes ; qu'ils avoient mis à la Pointe de Lévy un régiment de toutes sortes de nations qui n'avoient jamais voulu travailler, qu'ils avoient été obligés de les faire embarquer et mettre leurs troupes de marins à terre pour les remplacer.

Il dit en outre qu'ils ont 5 mortiers de 13 pouces à la Pointe de Lévy, et 10 pièces de canon de 24 ou 32,qu'ils dévoient tirer la nuit prochainr ou le lendemain le plus tard, les batteries étant prestes.

D'heures en heure on leurs envoie une bombe sur leurs ouvrages de la Pointe à Lévy, mais je ne crois pas que cela leur fasse grand tort (2 14) .

Sur les 7 heures J4' du soir, un matelot a été tué à la batterie Dauphine par un éclat de bombe tirée sur le rempart qui a crevé en sortant du mortier ; voilà le premier tué dans la place. 1759 juillet 11. — Un déserteur anglois s'est jette à l'eau d'une frégatte et s'est rendu à la nage à notre camp de Beauport ; c'est un provençal dont le père est connu de plusieurs personnes d'icy pour un bon négociant ; ce garçon étant un fameux libertin, après avoir dépensé son argent, s'étoit embarqué dans un corsaire, ressource ordinaire des libertins ; il dit avoir été retenu 2 ans par les anglois ; il rapporte la même chose que celuy d'hyer et ajoute que les Anglois ont retranché leurs vivres à leurs troupes et équipages.

Nos sauvages et quelques Canadiens ayant traversé de l'autre costé du Sault ont surpris un détachement d 'Anglois desquels il en a été tué une 60ne (215), un officier de milice en a tué 11 à sa part, mais malheureusement il a reçu un coup mortel dans la poitrine ; 3 autres Canadiens y ont été tués sur la place dont le fils de Trudelle de Charlesbourg en est un (216) ; quelques blessés, Canadiens et sauvages.

Les vaisseaux anglois restent toujours dans le bassin ^ns oser approcher

du Sault ; ils craignent les bombes.

Les Anglois se fortifient toujours beaucoup à la Pointe de Lévy ainsi que pour les hauteurs de l'autre costé du Sault desquelles ils se sont emparés contre l'idée de M. de Vaudreuil, auquel on demanda du monde pour empêcher la descente, ce qu'il ne jugea pas à propos de faire.

12. — Pendant la nuit on mena une 40ne de batteaux du Roy au Cap Rouge pour traverser ce soir à la Pointe de Lévy et traverser à la rivière Détréchemins (217) ; cedétachement doitêtrede 12à 1500 hommes, tant troupes réglées que Canadiens et sauvages, qui tous sont volon-

taires. M. Dumas doit commander en chef et M. Douglas (218), capitaine en second au régiment de Languedoc, commandant en second ; on compte beaucoup sur ce détachement ; Dieu veuille qu'il réussisse ; nous en avons bon besoin (219). Sur les 9 heures du soir, les ennemis ont envoyé une fusée (220) de dessus une hauteur de la Pointe de Lévy, aussitôt après ce signal une galiotte a envoyé une bombe et une autre en même tems de leurs batteries de la Pointe de Lévy.

1759 juillet 13.— Les ennemis ont continué le bombardement toute la nuit ; on leur a riposté de la place et surtout aux galiottes qui se sont éloignées hors de la portée, mais les batteries nous en ont envoyé au moins 120 dont plusieurs maisons en ont été écrasées ; une a tombé sur la cathédrale, une autre sur l'église des Jésuites ainsy que sur plusieurs autres bâtimens ; la plus loin qui est tombé dans la place est à 50 pas de la porte St. Jean en dedans.

Quantité de femmes et enfants qui étoient restés dans la ville ont été beaucoup effrayés ; heureusement qu'il n'y a eu personne de tués ny même de blessés. Sur les 10 heures du nl^tin, les ennemis ont un peu diminué leur feu ; les galiottes sont encore revenues, elles ont jette quelques bombes, mais on leur en a envoyé de la place qui les ont obligés de décamper promptement et elles ne sont point revenues.

Voicy la réussite du détachement qui traversa à la Pointe de Lévy.— Sur les 11 heures yi du soir ils traversèrent de l'autre costé en assez mauvais ordre ; ils débarquèrent à peu près dans le même goust.

Ceux qui dévoient marcher à la teste se trouvoient à la queue ; finalement ils se mirent en marche ; voicy quelle étoit leur disposition, les sauvages marchoient devant et faisoient la découverte ; ensuite étoit M. Dumas avec la compagnie de réserve ainsy que les piquets des troupes de terre ; et la marine, séminaristes et plusieurs jeunes gens dans ce goust faisoient l'arrière garde.

Lorsqu'ils furent montés sur la coste qui est beaucoup escarpée, il y eut une espèce d'alerte ; les officiers crièrent de se tenir sur ses gardes; l'arrière garde voyant le centre qui défiloit crut que c'était les ennemis qui les approchoient ; aussitôt sans plus de réflexion ils firent feu dessus ; ceux qui étoient de l'avant se replièrent pour voir ce que c'étoit, de façon qu'une peur panique s'empara de l'arrière garde au point de se jetter dans la coste où les uns ont perdu leurs chapeaux, fusils, épées, souliers et même jusqu'à des bas ; il y a eu im Canadien de tué et 2 de blessés ; voilà en peu de mots la réussite d'un détache-

ment sur lequel on comptoit tant et qui effectivement auroit dû faire des merveilles ( (221).

Il y a eu une grande canonnade au Sault ; nous y avons eu un Canadien d'emporté par un boulet ; il n'est pas mention que nous ayons fait beaucoup de mal aux ennemis.

1759 juillet 14.— Toute la nuit a été fort tranquile et à 7 heures du matin ils ont commencé à bombarder.

Deux soldats de la colonie ont déserté aux Anglois.

Les ennemis travaillent beaucoup à augmenter leurs batteries de la Pointe à Lévy ; ils paroissent en faire une au devant de la citadelle pour apparemment bombarder la poudrière ; suivant les mouvemens du jour la nuit ne sera pas trop tranquile.

Hyer à 7 heures du soir la carcassière la Gentille a tourné à l'arrière par un grain de vent ; 3 matelots se sont noyés et le reste de l'équipage a été sauvé par des chaloupes qui étoient aux environs ; on espère sauver la pièce à marée basse, y ayant peu d'eau. " 15.— Les ennemis ont beaucoup canonné au Sault ; ils nous y ont même démonté une pièce.

Nos braves jacobites ont poursuivy et canonné des berges qui venoient de risle à leur camp du Sault ; ils en ont même coulé une à fond ; les autres ont sauvé le monde et se sont sauvés avec beaucoup de promptitude à l'Isle d'Orléans d'où ils venoient.

Sur les 8 heures du soir ils ont commencé à bombarder ; ils nous ont jette pendant la nuit 80 bombes et quelques coups de canon ; tme femme a été écrasée dans la maison de M. Gaspê (222) par une bombe qui a tombé dedans ; ils continuent toujours le même jeu et nous avons à présent plus de trente maisons ou églises d'écrasées, mais cela n'est encore rien au prix de ce qu'il nous arrivera ; il faut pour se consoler s'imaginer que la ville étoit déserte, car je ne pense pas qu'il y reste beaucoup de maisons.

Il y a eu pendant la nuit une canonnade au Sault et même quelque peu de mousquetteries ; je ne pense pourtant pas qu'il y ait eu grand chose ; c'est sans doute nos sauvages qui sont allés se divertir à tirer sur les Anglois d'un bord à l'autre da la rivière ; sitôt que cela arrive le canon roule chez eux.

Sur les 10 heures du m^tin, un boulet tiré à la Pointe de Lévy a passé par dessus la ville, est venu tomber dans la prairie de M. Hyché (223) où il s'est enterré plus de 3 pieds d'avant après avoir cassé un gros pieu ; ce boulet pèse 30 livres.

16. — Les ennemis ont bombardé toute la nuit avec grande chaleur ; le nommé Pouliot (224) habitant du Cap Rouge a été écrasé par une bombe

audevant de la cathédrale ; les Sieurs Dufour et Brassard (225) ont été blessé légèrement par une autre qui a tombé entre eux deux sur le pas d'une porte où ils étoient.

Sur les 5 heures du matin une bombe a tombé sur le coin du pignon du Sieur Robin (226) ; il en a été quitte pour quelques planches qu'elle a emportées ayant tombé en éraflant. Nous avons déserté du magasin du Roy, la plaça n'étant plus tenable, et nous avons été camper dans la (227) prairie de M. Hyché ; MM. le controlleur (228) et le trésorier (229) y sont venus aussy. A 11 heures du matin un pot à feu ayant tombé dans la maison du nommé Chevalier dans la grande coste, elle a été embrasée aussitôt, s'est communiqué à celle de Trej^voux, celle de la veuve Chenevert, celle du grand Girard, celle de Madame Boishébert, celle du Sieur Cordeneau, et enfin celle du Sieur Dacier qui a été la dernière où l'on a coupé le feu (230). Au commencement de ces embrasemens les ennemis faisoient un feu très violent, mais on a fait jouer nos batteries avec tant de vivacité que les ennemis n'ont pu tirer que 2 bombes depuis midy jusqu'à 7 heures du soir; plusieurs pièces des ennemis ont été démontées et leurs batteries toutes criblées ; nous avons au moins tiré 7 à 800 coups de canon. 1759 juillet 17. — Les ennemis nous ont chauffé pendant toute la nuit d'une borme façon ; ils se servent de 3 mortiers et 4 pièces de canon ; ils ont travaillé beaucoup toute la nuit à retenir leurs batteries ; il n'y a eu aucun embrasement ; nous ne tirons que quelques coups de canon de distance en distance.

Sur les 10 heures du matin, le Sieur Colet (231), marchand et le nommé Colas Gauvreau (232) ont été frappés par un boulet sur la batterie Royale ; ils sont morts tous les deux quelques heures après. Pendant la nuit il y a eu une grande canonnade au Sault ; ainsy que beaucoup de mousquetteries ; nous y avons des sauvages et des Canadiens qui y sont traversés ; nous ignorons encore à 8 heures du matin la réussite de cette découverte. Monsieur le marquis de Montcalm commença hyer à monter la grande

garde qui est de 1500 hommes.

Depuis 10 heures du matin les ennemis nous donnent les violons d'une bonne façon ; il y a fort à craindre pour l'embrasement, d'autant qu'ils envoyent une grande quantité de pots à feu et carcassières, et que les vents sont nordet grand frais. Voici le résultat de la canonnade du Sault, nos sauvages y ont défait 45 hommes et fait trois prisonniers ; je ne sçais point encore leur déposition ; ces sauvages sont Folle avoines et Outa8ois (233).

Dans ce moment on vient de m 'apprendre la déposition de ces prisonniers, voicy ce qu'ils rapportent que l'ordre du général avoit été donné pour traverser le Sault et venir nous attaquer, qu'ils ne sçavent pas ce qui a pu empêcher de le faire, que depuis 3 ou 4 jours leurs charpentiers et ouvriers étoient occupés à faire un pond pour jeter sur la rivière, et qu'à présent il étoit fait, que les habitans de la coste du Beaupré leurs montroient les chemins,leurs fournissoient boire et légumes, qu'ils les payoient en espèces, qu'ils appréhendoient une flotte françoise et même qu'ils avoient eu une alerte à ce sujet par un de leurs bâtimens qui disoit avoir vu des vaisseaux françois dans le bas de la rivière, qu'on le'ur avoit retranché les vivres, n'ayant plus qu'un demi-livre de biscuit par jour, qu'ils avoient envoyé 3 de leurs vaisseaux à Louisbourg pour y chercher des provisions, que le général Hwoulf faisoit toutes les nuits des revues exactes de tous ces postes avancés, qu'ils ont 700 hommes à la Pointe de Lévy qui sont des canonniers et des marins pour le service des batteries et qu'ils étoient 7500 de l'autre costé du Sault ; voilà tout ce que j'ai sçu de leur déposition.

1759 juillet 18.— Sur les 8 heures du matin un sergent, 2 soldats du Guyenne et un habitant ont été blessés à la porte St. Jean par des éclats de bombes. Il est bien fâcheux de voir écraser journellement cette pauvre ville sans même qu'on riposte de la moindre chose ; je ne sais en vérité pour quel tems on réserve les munitions ; c'est en vérité pitoyabl^i de voir les dégast qu'il y a dans cette pauvre place. Sur les 9 heures du matin, une bombe a tombé dans la maison du Sieur Rotot (234), elle a éclaté dedans et y a fait un fracas affreux ; le dit Sieur étoit dedans et n'a eu aucun mal. A 8 heures du matin après une décharge de 8 coups de canon tirés à bord d'un de leurs vaisseaux, 5 de leurs dits vaisseaux ont appareillé et sont descendus en bas, soit qu'ils aillent en découverte ou ailleurs. Quelques prisonniers rapportent que la canonnade que nos carcassières et nos jacobites firent il y a quelques jours contre leurs vaisseaux avoit tué 12 matelots et 2 officiers et crevé une de leurs frégattes. (235) Hyer au soir le Sieur Langlade, officier et interprèste des sauvages. a traversé 4 à 500 sauvages ; ce matin il a envoyé demander du renfort à M. de Lévy afin d'attaquer une garde de 10 à 1200 hommes ; il n'attaquera peut-être que la nuit prochaine ; Dieu veuille qu'il réussisse (236).

Un prisonnier fait il y a plusieurs jours du costé de Beaumont par des habitans vient d'arriver et on l'a conduit au quartier général.

De demi-heure en demi-heure les ennemis nous envoient 3 bombes qui sont assaisonnées de coups de canon, ce qui abîme les pauvres maisons de la ville.

Sur les 5 heures du matin un boulet a passé dans le toit de ma maison et en a coupé une planche ; voilà tout le mal qu'elle a eu jusqu'ici.

La direction des bombes depuis midy est aux environs de l'Hôtel-Dieu, une a tombé a razer la salle d'armes ; nous y avons au moins 300 milliers de cartouches dans un appartement qui n'est point voûté ; cependant on doit les ôter demain, pourvu qu'elles ne sautent pas aujourd'hui ; je ne puis comprendre en vérité pourquoi on est si négligent de ne pas mettre en sûreté des effets aussi précieux et en même tems aussi dangereux, si malheureusement une bombe venoit à y tomber (237).

1759 juillet 19. — Sur les 11 heures yÇ à minuit un vaisseau de 50 canons 2 frégattes légères, un senault et un batteau (238), ont passé devant la ville et ont monté jusqu'à l'Anse des Mères ; il est surprenant qu'ayant tant de chaloupes, de patrouilles et du plus beau tems du monde on ne les ait pas vues ; cela ne prouve que trop combien peu nous nous tenons sur nos gardes ; un 6e qui paroist estre de 18 à 20 canons ayant aussi voulu passer, s'est échoué (239) sur la Pointe de Lévy où il paroist à sec ce matin ; nos carcassières et jacobites tirent dessus, mais malgré leur feu il paroist des chaloupes et berges qui les déchargent.

Voicy enfin la fin de nos brûlots ; un 8e nous ras toit à l'Anse des Mères ; sitôt que les vaisseaux ennemis ont été mouillés après avoir canonné, ils ont envoyé une seule berge qui a mis le feu ; nos gens y ont pourtant fait une foible résistance mais qui n'a abouty à rien ; cette expédition s'est faite à 9 heures du matin à la barbe de 600 hommes que nous y avions ; on auroit pu cependant éviter l'incendie d'un brûlot en le mettant à terre, mais il faut croire qu'on pensoit que les ennemis n'y feroient point de mal ; je ne sçais pas s'ils l'avoient promis ou non (240).

Il nous reste encore les cajeux du Sieur Courval avec 2 petits bâtimens qui doivent servir pour les conduire quand on voudra s'en débarrasser, mais je crains beaucoup que les ennemis ne nous en débarrassent.

" 20 — Comme c'est contre toute attente que les vaisseaux aient passé devant Québec on n'avoit pas prévu à y transporter de l'artillerie ; c'est pourquoi aujourd'hui qu'on est désabusé on y fait transporter 2 pièces de canon pour mettre à Samos ; aussitôt qu'ils ont été placés

on a tiré sur les vaisseaux ennemis, même une frégatte en a été dit-on maltraitée ; mais cependant ils gardent toujours leur même mouillage. Le nommé Sanschagrin, caporal dans les troupes de la colonie, qui avoit été pris le mois de may dernier par l'escadre de l'amiral Durel, s'est échappé le 18 du bord du vaisseau le Prince d'Orange ; il a traversé à la nage et ce n'est qu'avec beaucoup de peine qu'il a attrappé terre, (c'étoit au Cap Bruslé), et de là est venu icy (241).

Pendant la nuit un déserteur anglois s'est rendu à notre camp ; il se dit estre domestique du second commandant ; il rapporte la même chose que tous les autres prisonniers ; ils s'accordent tous à dire qu'ils n'ont que 9 à 10,000 hommes de descente ; et ce dernier ajoute que le général Hwoulf étoit traversé la veille à la Pointe de Lévy, et montoit avec un corps de troupes, mais qu'on ignorait son projet.

1759 juillet 21.— Pendant toute la nuit les ennemis ont bombardé vigoureusement ; la plus grande partie de leurs bom.bes avoient leur direction sur le quartier du palais ; plusieurs ont tombé sur les casernes royalles ; plusieurs maisons dans les environs en ont été écrasées, une entre autres est venue tomber dans le quartier de M. Hyché. Cette même nuit 5 boulets et un pot à feu ont tombé, la plus loin à 40 pieds de ma maison ; j'ai eu plus de 50 planches de cassées par une dans un hangar.

Le vaisseau anglois échoué à la Pointe de Lévy a été relevé hyer de marée haute ; il ne paroist pas même avoir beaucoup fatigué dans son échouage ; les Anglois font des miracles.

On garde constamment Beauport comme s'il étoit impossible aux ennemis d'aller autre part ; voilà cependant 3 descentes qu'ils font, mais suivant le sentiment de nos généraux cela n'est rien ; on ménage aussi avec beaucoup de soin nos munitions étant expressément deffendu de tirer un seul coup de canon (242), tout le monde en murmure, mais on est obligé de garder le silence, nos généraux sont les maîtres, et sçavent sans difficulté mieux que nous ce qu'il faut faire ; aussi reposons- nous sur eux.

M. de Lanaudière, chevalier de St.Louis, est à présent le grand Bouvier du munitionnaire (243) ; cette nouvelle charge lui est plus lucrative qu'onorable ; tout le monde en rit mais il y trouve son compte et sa sûreté.

Hyer un milicien a été emporté par un boulet de canon, au Sault ; pendant la nuit nous y avons entendu beaucoup de canon ainsy que de mousquetteries ; nous ignorons encore ce que c'est.

Nous venons d'avoir un batteau armé d'une pièce de 8 de coulé à fond par un boulet des ennemis ; on sauvera la pièce à marée basse.

La conduite de nos généraux et l'inaction de nos troupes et miliciens me fait en vérité désespérer du salut de cette pauvre colonie ; les ennemis ont débarqué en premier lieu à l'Isle d'Orléans, ensuite à la Pointe de Lévy, au Sault, à la Pointe-aux-Trembles et à Deschambeaux sans que personne se soit pour ainsi dire opposé ; je ne sçais pas à présent où il ont dessein d'aller, mais en vérité je pense qu'ils yront partout où ils voudront.

Sur les 10 heures du matin les ennemis avoient un peu diminué leur feu, mais à 5 heures du soir ils recommencèrent à nous bombarder vigoureusement ; je pense que la nuit ne sera pas ttanquile. 1759 juillet 22. — . . .Les ennemis nous ont envoyé pendant la nuit environ 80 bombes, mais qui heureusement n'ont pas fait grand mal, les unes ayant crevé en l'air et les autres n'ayant point éclaté.

Dans la descente que les ennemis firent hyer à la Pointe-aux-Trembles ils nous y ont pris plus de 200 femmes et enfans ; les Sieurs Frichet, la Caze et Lainyé y ont été pris aussi ; ces Messieurs étoient aies voir leurs maîtresses qui étoient là (244).

A 2 heures après midy il y a eu cession d'armes (245 j ; les Anglois nous ont remis nos femmes à terre à Sillery , mais ils gardent les 3 hommes.

Les ennemis ne tinrent pas longtems dans cette descente ; nous y avions quelques sauvages qui tirèrent dessus et les obligèrent de se rembarquer ; ils y ont perdu 15 ou 20 hommes et plusieurs blessés ; une de nos dames a été blessée légèrement à une jambe et le nommé Micheau père a reçu une balle à la joue ; le Sieur Stobo (246) étoit le conducteur de ce détachement ; le général Hwolf y étoit aussi qui a très bien reçu nos dites dames ; il leur a fort conseillé de ne point retourner dans la ville, qu'avant peu de jours elle seroit réduite en cendres ; ils ont fait faire beaucoup de compliments à M. Bigot et de l'assurer que sitôt que nous serions pris ils auroient pour lui tous les égards possibles.

Ils ont aussi fait beaucoup d'éloges de M. de Montcalm, que c'étoit un bon général, mais que M. de Vaudreuil étoit un homme fort libre qu'il leur laissoit au contraire faire tout ce qu'ils vouloient, qu'ils espéroient en peu se rendre maîtres du Canada ainsy que des frégattes que nous avions en haut ; voilà tout ce que j'ai appris de ces prisonnières qui sont bien aises d'estre revenues quoiqu'elles fussent très bien avec eux.

Pendant la cession un petit bâtiment a passé audevant de Québec ; il porte sans doute leurs blessés à l'hôpital (247) qu'ils ont à l'Isle d'Orléans. Immédiatement à 6 heures du soir la trêve a cessé, 1759 juillet 23. — Les ennemis nous ont envoyé pendant la nuit au moins 200 bombes ainsy que quantité de pots à feu, ce qui a embrasé la cathédrale ainsy qu'une vingtaine de maisons des environs qui toutes ont été réduites en cendres (248).

Sur les 3 heures ]A du matin 2 vaisseaux anglois (249) ont appareillé dedans le bassin et se sont mis en devoir de passer devant la ville, mais le feu de nos batteries a -été si vif qu'ils ont été obligés de revirer de bord après avoir reçu plusieurs boulets sans avoir riposté que d'un seul.

Nous venons de déblayer de la prairie de M. Hyché ; les boulets et les bombes commencent à nous y chagriner, nous allons camper un peu plus loin que chez Giroux, sous la coste d'Abraham.

Un matelot a été emporté sur le rempart en chargeant une pièce. " 24. — Pendant toute la nuit les ennemis nous ont envoyé beaucoup de bombas assaisonnées de bien des boulets qui nous ont bien réveillé ; il n'est pas mention que nous ayons perdu personne ; j'estime que depuis le commencement du bombardement à venir à ce jour, les ennemis nous ont envoyé au moins 14 à 15000 bombes ; plus de 80 maisons en sont incendiées ou écrazées à fort fait.

Nous avons eu encore aujourd'hui cession d'armes. M. le Mercier est allé leur porter des vins de liqueurs (250) ; je ne comprends pas en vérité cette politiqus, d'autant que nous ne tirons aucun avantage de cette cession, qui doit durer jusqu'à 8 heures du soir. " 25. — Hyer à 8 heures du soir, les ennemis commencèrent à nous bombarder et canonner vivement depuis ce tems jusqu'à 6 heures du matin ; ils nous ont envoyé 180 bombes ou pots à feu, dont un a enflammé un hangard (251) appartenant à Madame Larche à 40 pieds de ma maison dans lequel j'avais 7 à 800 planches de madriers qui ont été réduits en cendre ainsy que le hangard.

A 8 heures du matin, nous apprenons qu'un détachement anglois avoir fait une descente à l'Anse des Mères (252) ; cette nouvelle a été portée au quartier général ; aussitôt M. de Bougainville, colonel, est party à la teste de 250 hommes de troupes régulières dont 3 compagnies de grenadiers ; quand il a été rendu sur bs lieux il s'est trouvé qu'il avoient tenté dy débarquer mais qu'ils avoient été repoussés ; ils nous y ont pris une carcassière et un jacobite. Les ennemis y ont perdu du monde mais on ne sçait pas combien ;

nous y avons eu un oflfîcier marinier qui a eu la cuisse coupée par un boulet.

A 9 heures du matin par ordre du commandant de la place, il a été battu un ban pour deffendre de tirer aux tourtres (253) ; plus de 50 hommes ont été mis en prison pour estre contrevenus à l'ordonnance.

Il vient d'arriver un courrier d'en bas qui rapporte qu'il y a vine vingtaine de vaisseaux aux environs du Bisq qu'ils prévoient estre des vaisseaux de guerre ; ce ne peut estre que des vaisseaux ennemis s'il dit vray.

Depuis une heure après midy jusqu'à 8 heures du soir il y a cession d'armes ; M. le Mercier, ambassadeur ordinaire, est retourné à bord des vaisseaux ; je ne sçais point qui est le motif de cette cession qui ne plaist pas à tout le monde.

1759 juillet 26. — Toute la nuit les ennemis nous ont bombardé et canonné vivement ; il n'y a eu aucun embrasement malgré une grande quantité de carcasses et pots à feu qu'ils ont jette ; plusieurs maisons aux environs de la porte St. Jean en ont été écrasées ; il n'est pas mention que nous ayons eu personne de tué ny même de blessé.

M. le marquis de Vaudreuil vient de rendre une ordonnance pour deffendre de tirer sur les tourtres à une lieue près de la ville ; en exécution de cette ordonnance on tire de toute part ; voilà comme toutes les ordonnances sont suivies en Canada.

Les courriers du munitionnaire qui occupoient la maison de Madame St. Simon dans le faubourg St. Jean, déblayent ce jourd'hui et viennent camper près de nous ; la boucherie va estre chez Primeau et la boulangerie chez Giroux ; on démolit la maison de M. Hyché pour avoir de la brique pour faire les fours ; en vérité on ne prévoit rien ; il n'étoit pas mal aisé de penser qu'on ne pourroit pas tenir la distribution à la porte St. Jean lorsque les Anglois bombarderoient; par conséquent il étoit inutile d'y faire des fours et autres dépenses.

Depuis qu'on a fait camper les miliciens qui sont dans la ville à la porte St. Jean, soit que les ennemis en aient eu connaissance ou que ce soit par idée, les ^4 de leurs bombes et boulets sont pour ce quartier; les maisons en soufrent beaucoup.

Il vient d'estre pendu un matelot pour vol ; Dieu veuille que l'exemple de ce misérable arreste le brigandage qui se fait de jour et de nuit dans la ville (254).

Depuis le bombardement jusqu'à ce jour nous n'avons eu que 5 personnes (255) de tuées dans la ville soit par les bombes ou boulets ; en vérité je regarde cela comme un miracle de la Providence.

On fait des retranchements à Jacques-Cartier pour en cas de retraite ; les Anglois vont et viennent avec leurs bâtimens le long de ces costes ; ils cherchent à nous inquietter de toutes parts.

Depuis 11 heures du matin jusqu'à 5 heures du soir il y a eu beaucoup de fusillade au Sault ; nous ignorons encore ce que c'est.

A 6 heures du soir le Sieur le Gris (256) vient d'arriver de la Pointe de Lévy avec 2 prisonniers qu'il a faite ; son détachement étoit de 17 hommes ; il a surpris 10 Anglois, 5 desquels ont été tués ; 2 se sont sauvés et les 5 autres prisonniers. Le dit Sieur Legris a perdu un homme et lui a été blessé légèrement au corps par une porte.

1759 juillet 27. — Voicy le résultat de la fusillade qui se fît hyer au Sault : les volontaires de M. Repentigny avec des sauvages traversèrent et cernèrent une avant-garde de 200 hommes ; les ennemis envoyèrent aussitôt un puissant renfort ; cependant nos gens s'en tirèrent assez bien ; il a resté sur la place environ 120 de leurs morts ; nos avant-garde ont vu que pendant toute la nuit les ennemis ont transporté sur des brancards des morts ou des blessés (257) .

7 blessés avoient été cachés par les ennemis qui aparemment n'avoient pu les enlever, mais les sauvages les ayant trouvés au point du jour les avoient pris ; suivant la connaissance que nous avons eue de leur défaite, on estime qu'ils y ont eu 4 à 500 hommes hors de combat, dont beaucoup d'officiers ; nous y avons eu 12 Canadiens tués ou blessés ; les sauvages y ont fait de riches dépouilles.

Depuis 8 heures du soir jusqu'à 6 heures du matin ce jourd'huy, les ennemis nous ont envoyé 230 bombes comptées, ainsy qu'une grande quantité de boulets ; c'est d'usage que quand ils souffrent à la campagne ils se vengent sur la ville.

Voilà enfin les cajeux qui vont jouer leur dernier rôle cette nuit ; les ordres sont donnés pour les envoyer ; je souhaite pour le bien de la patrie qu'ils puissent faire tout l'effet qu'on s'en est promis, mais j'avoue en vérité que je n'y ai pas de confiance, d'autant que les ennemis se tiennent sur leurs gardes étant prévenus que nous en avons.

Sur le soir une berge angloise se promenant le long de la coste du sud il y avoit 3 Anglois dedans, ils ont été découverts par 3 hommes de la Pointe de Lévy qui aussitôt se sont embarqués dans un canot d'écorce, les ont poursuivis et enfin attrapés après en avoir tué 2 et le troisième a été fait i)risonnicr.

Dans le cours de la journée, un pot à feu a tombé sur une de nos carcassières qui étoient au quai du palais ; un matelot a été tué, un autre blessé dangereusement.

1759 juillet 28. — Les cajeux ont enfin été lancés cette nuit ; ils ont été conduits au mieux par le Sieur de Courval qui en étoit chargé, mais comme il faisoit calme les ennemis ont embarqué dans leurs berges pour les éviter ; il n'est pas douteux que s'il eusse venté bon frais qu'ils auroient eu beaucoup de peine à s'en parer (258).

Il y a apparence qu'ils ont été piqués de cette manœuvre et qu'ils se sont vengés sur la place nous ayant jeté depuis minuit jusqu'à 6 heures du matim plus de 200 bombes (259) ; le nommé Grégoire a eu une jambe cassée par un éclat de bombe et son frère légèrement blessé.

M. Charest vient d'arriver de la Pointe de Lévy sans avoir rien fait ; les sauvages qu'il avoit avec lui n'ont osé attaquer les ennemis, chose assez ordinaire parmi eux surtout quand l'action paroist douteuse.

" 29.— Les ennemis nous ont canonné et bombardé de la même façon que la nuit dernière, mais cependant beaucoup plus de boulets que de bombes ; les trois quarts des maisons sont criblées ou écroulées. '* 30. — Les ennemis ont démasqué une batterie (260) qui est au nordet de l'ancienne ; elle bat en plein sur le quartier du Palais ainsy que le long du Sault au Matelot ; elle l'éprouve d'une bonne façon.

Les ennemis ont détenté et retenté leur camp du Sault en moins de 3 heures de tems ; je croi qu'ils méditent quelque chose (261).

Sur les 2 heures après midy on a essayé de la Pointe de Lévy à jetter des bombes sur leurs vaisseaux qui sont dans le bassin ; je ne vois pas que cela fasse aucun effet, étant hors de la portée (262).

M. l'Intendant vient d'envoyer demander au magasin du Roy un relevé des poudres qu'il nous reste (263), disant que les troupes murmuroient beaucoup de ce que l'on ne tiroit point ; ils ont cela de commun avec bien du monde ; mais pour moy je laisse faire les généraux, étant persuadé qu'ils doivent sçavoir ce qu'il est à propos de faire, ou du moins doivent-ils le sçavoir.

Ce matin on vient d'envoyer un détachement de 200 hommes pour convoyer des vivres qu'on envoie chercher à Batiscan. Je crains beaucoup que nous n'en manquions, quoi qu'on les a retranchées ne donnant plus qu'une livre de pain par jour.

Sur les 5 heures du soir 2 soldats de la colonie ont été pendus pour avoir volé hyer de l'eau-de-vie dans la cave du Sieur Soupirant (264).

Le dernier prisonnier rapporte que les ennemis veulent faire leurs descentes à l'Anse des Mères, qu'ils font des rats d'eau pour venir fondre sur la Basse Ville, qu'ils avoient résolu d'attaquer par Beauport mais qu'ils ont changé de sentiment. Depuis 3 heures après midy jusqu'à 5 heures du soir on a fait un feu très vif de nos batteries de la place, par ordre de Monsieur de Montcalm, ce qui a empêché pour quelques heures les ennemis de tirer un seul coup (265).

On fait une batterie pour deux mortiers en bas de la citadelle et une batterie de canon un peu au-dessus ; on pense qu'elles feroient bien tord à celle que les ennemis ont à la Pointe de Lévy, mais comme nous ne tirons point ils n'ont rien à craindre.

1759 juillet 31.— Un déserteur anglois s'est rendu à notre camp la nuit dernière ; il rapporte que le feu que nous fimes hyer sur leurs batteries leur avoit tué beaucoup de monde dont le commandant d'une batterie étoit du nombre ; je crois qu'il nous en impose (266). Voilà aujourd'hui le 19e jour que les ennemis bombardent la place ; ils nous ont envoyé au moins suivant l'estime de plusieurs personnes plus de 2800 bombes ; celles qu'ils nous envoyent à présent sont plus foibles que les premières ; apparemment que la grande espèce leur manque ou qu'ils les conservent pour achever de ruiner. Sur les 9 heures du matin, deux frégattes (267) ont appareillé du bassin ; les vents sud douest, ils ont été s'échouer au-devant de la Pointe de L'Essay ; aussitôt l'une a mis pavillon anglois sur la poupe ; aussitôt après ce signal un vaisseau de 64 pièces de canon a aussy appareillé et est allé les joindre se tenant mouillé au large d'elles pour les couvrir; tous ensembles ainsy que leurs batteries du Sault qui avoient commencé dès la pointe du jour, ont fait un feu des plus vifs sans interruption, sur nos batteries et sur notre camp ; nos batteries ont joué aussy avec beaucoup de chaleur sur les frégattes et sur le vaisseau, mais ce dernier étoit beaucoup au large ; pendant ce tems plus de 100 berges voltigeoient aux environs ainsy que leurs troupes du Sault qu'on voyait descendre sur la grève. Ce feu a duré depuis le matin jusqu'à 7 heures % du soir, qu'une des frégattes échouées a pris en feu, un moment après l'autre s'est enflammée aussy ; nous ignorons encore ce qui y a mis le feu (268).

1759 Août 1.— Voicy le résultat de la canonnade (269) qui se fit hyer au Sault. Sur les 2 heures après midy les ennemis débarquèrent à l'abry de leurs frégattes échouées, et comme ils n'avoient point assez de berges pour tout le monde, les troujîes du Sault traversèrent .' gué. se

rangèrent en bataille, et marchèrent sur 3 colonnes vers nos retranchemens. M. de Lévy qui y commandoit avoit fait poster les sauvages du costé du Sault, et les troupes volontaires et miliciens un peu plus en arrière afin de les engager et les prendre entre deux feux ; pendant ce tems nos batteries faisoient un feu très violent et qui chargé à mitrailles faisoit un grand ravage sur les ennemis ; on les voyait se jeter par terre à la décharge et après courir aux retranchemens, et malgré le feu de l'artillerie et de la mousquetterie ils forcèrent une redoute où. nous avions 2 pièces de canon que nous enclouasme. Cependant, se voyant écrasés et perdant l'espoir de pénétrer plus avant, ils prirent le party de plier et en se retirant mirent le feu à leurs frégattes qui étoient criblées de boulets et hors d'état d'estre relevées ; on estime leurs pertes de 4 à 500 hommes, et s'ils eussent été plus braves ils en auroient perdu bien davantage, mais ils n'ont pour ainsy dire eu que leurs grenadiers qui aient essuyé notre feu. Nous avons eu dans cette journée 21 hommes de tués et 46 de blessés, lesquelles l'ont été par le boulet sans qu'aucun l'ait été par le fusil.

Les ennemis étoient au nombre de 6 à 7000 hommes, mais un plus grand nombre y auroient péry tant par rapport à la situation du terrain qu'à une averse qu'il y a eue qui le rendoit impénétrable.

Un capitaine de leurs troupes légères (270) y a été fait prisonnier ayant été blessé dangereusement de 3 blessures au corps ; c'est un soldat de Guyenne qui le sauva d'entre les mains des sauvages en lui mettant son habit et son chapeau sur le corps ; on le transporta aussitôt à l'hôpital Général où on prend un grand soin de sa personne, mais la nature de ses blessures fait désespérer de sa guérison ; il dit qu'il avoit été détaché pour soutenir les grenadiers, mais il se plaint que ces mesmes grenadiers l'avoient abandonné ; il demande instamment le soldat qui l'a sauvé pour lui en marquer sa reconnaissance.

Il vient de nous arriver un convoi de 900 quarts de farine qu'on étoit allé chercher à Batiscan.

Un déserteur anglois, sergent de leurs troupes, vient de se rendre à notre camp ; je ne sçais pas encore ce qu'il rapporte au Général ; voicy seulement ce que j'en ai su, que les Anglois dévoient demain matin reprendre leur revanche ; je crains beaucoup qu'ils ne nous manquent de parole, car il seroit à souhaiter pour nous que nous eussions une action décisifve, et même le plus tôt seroit le meilleur, mais je crains beaucoup qu'ils ne tiennent en longueur d'autant qu'il n'est pas douteux qu'ils sont instruits de notre situation.

Sur les 7 heures du soir, il y a beaucoup de canonnade du costé du Sault, ainsy que du vaisseau anglois qui s'étoit enfoncé près de l'Ange Gardien ; je pense qu'il veut sortir de là, d'autant que la mer rnonte ; les vents sont nord.

1759 août 2. — Les ennemis continuent toujours de bombarder et d'écraser la place. Dieu veuille que toutes ces calamités finissent bientôt.

Depuis 2 heures après midy jusqu'à 6 heures ^ il y a cession d'armes ; je crois qu'on s'est servy du motif de porter une lettre de l'officier prisonnier pour faire quelques réparations dont nos batteries ont besoin (271).

Aussitôt le retour du parlementaire qui étoit comme à l'ordinaire M. le Mercier, ils ont canonné et bombardé de bonne grâce.

On fait de nouvelles coupures dans la place ; on craint réellement que les ennemis ne tentent de l'enlever d'assaut ; je pense cependant qu'ils n'en auroient pas bon marché, d'autant que nos batteries n'ont point souffert.

Voicy un trait de la part d'un sauvage abénakis, arrivé dans l'action du 31 juillet dernier ; après avoir fait sa décharge sur un anglois qui se sauvoit, l'ayant manqué il se mit à le poursuivre de façon qu'il l'attrappa. Comme cet homme était robuste, se voyant pris par un sauvage, prit le party de colter pour sauver sa vie, et se trouva le plus fort ; cependant soit que ce fut par agilité ou autrement, le sauvage se débarrassa de lui et prenant son fusil par le petit bout l'assomma à ses pieds, luy leva la chevelure et revint victorieux au camp. 3. — Depuis quelques jours les ennemis font un feu continuel ; ils nous tirent au moins par 24 heures 7 à 800 coups de canon et plus de 150 boulets, ce qui achève d'écraser les maisons.

Un matelot vient d'estre tué sur la batterie Dauphine par un boulet. La direction des bombes est aujourd'hui sur la Basse Ville.

Sur les une heure après-midy il y a eu une alerte au Sault ; on a battu la générale dans tous les camps et tout le monde s'est rendu aux retranchemens ; on dit que c'est l'amiral Sunder qui est venu au Sault (272) pour concerter avec le général Wolf les préparatifs à faire en cas qu'ils tentent d'y faire une seconde attaque. 4 — Depuis hyer au soir jusqu'à 8 heures du matin, les ennemis nous ont envoyé 100 et quelques bombes et plus de 8 à 900 coups de canon ; nous avons eu deux hommes de blessés par des éclats de bombes (273).

La batterie du rempart souffre beaucoup du feu des ennemis ; c'est aussy dans cet endroit que nous perdons plus de monde y étant tous 5H18— 4

tjL^x-<»<^<-^

à découvert n'y ayant qu'une barbette qui malheureusement est en pierre.

Je viens d'apprendre par des habitans de la baye St. Paul que le nommé Suisse (274) officier de milice de cette paroisse avoit party en canot avec 6 habitans du lieu pour essayer à faire quelques prisonniers à risle aux Coudres, et qu'aussitôt qu'ils furent à terre, le dit Suisse avoit déserté ; les ennemis s'embarquèrent aussitôt pour venir couper chemin à nos gens, qui heureusement se sauvèrent. Un prisonnier anglois fait avant hyer, rapporte que les ennemis pensent

avoir défait au moins 2000 hommes dans la place. Sur les 5 heures du soir il vient de nous arriver 5 déserteurs qui se sont joints dans le cours de la journée d'hyer à quelques habitans que nous avons en découverte de l'autre costé ; on vient de les conduire au quartier général ; voicy ce que je sçais de leurs déposition, qu'ils n'ont jamais eu que 500 hommes dans leurs bâtimens qui sont en haut, mais que depuis ce tems on en avoit ôté et qu'il n'en restoit actuellement que 300.

Messieurs Dumas et de Boishébert (275) reviennent de la Pointe aux Trembles et retournent au camp de Beauport avec un détachement de 200 hommes. Il reste M. de Bleau (276) capitaine au régiment de Guyenne, ainsy que M. Beaubassin (277) et un autre officier avec 4 à 500 hommes de troupes et canadiens et les sauvages abénakis, amalécites et micmaks, ce qui en tout peut faire 7 à 800 hommes ; on pense que les ennemis se tiennent toujours dans cette partie pour nous inquietter afin de nous faire faire diversion et pour tomber ailleurs ; Dieu veuille qu'ils ne nous trompent pas. Cet après midy on vient de casser la teste à un déserteur anglois qui s'étoit rendu icy il y a quelque tems et s'étoit engagé dans nos troupes; et comme il étoit fort libre il a pris le party de déserter ; il y a aparence que c'étoit un espion ; en tout cas cela ne luy arrivera pas davantage et cela fera peut-estre impression à ceux qui en voudroient faire autant. Sur les 2 heures après midy nous avons eu encore cession d'armes (278), les ennemis ayant arboré pavillon de parlementaire, on les a été recevoir dans la rade, ils ont remis la malle de l'officier blessé le 31 juillet. La cession a duré jusqu'à 5 heures du soir et aussitôt les ennemis nous ont avertis qu'elle étoit finie ; cette nouvelle nous a été signifiée par une furieuse décharge de boulets et de bombes. Pendant cette trêve on a travaillé à nos batteries de Beauport où l'on met des saucissons (279) pour mettre le monde à couvert; il est un peu tard pour commencer, mais le commandant d'artillerie ne peut pas

prévoir à tout étant la plus grande partie du tems occupé aux ambassades.

On vient de désarmer la gabarre l'Entreprenante armée de 4 pièces de canon de 12 et 18 ; on met ces mêmes pièces à une batterie qu'on fait à la Pointe à Roussel de l'autre costé de la petite rivière.

Sur les 7 heures du soir il a été délivré des magasins du Roy à M. de

Lanaudière, chevalier de St. Louis, 3 bottes légères et du bruc (280)

pour attacher les bœufs qu'il ramasse pour le munitionnaire.

1759 août 5.— Cette nuit sur les 11 heures il y a eu de la canonnade au Sault qui a

duré environ une demie heure ; je ne sçais point ce qui l'a occasionnée.

Ils nous canonnent et nous bombardent toujours à l'ordinaire de la Pointe de Lévy ; heureusement qu'il n'y a eu aucun embrasement.

Voici ce qui a occasionné la canonnade de cette nuit ; c'est un soldat du régiment de Béarn qui a déserté aux ennemis étant en faction (281) ; la cavalerie a donné après sitôt qu'on en a eu connoissance, mais leur course a été inutile et c'est ce qui a fait faire ce feu aux ennemis.

Hyer 8 à 9 habitans qui sont de l'autre costé et qui vont de la Pointe de Lévy à Beaumond, ont fait 3 prisonniers à St. Henry.

Depuis midy jusqu'à 6 heures >^ du soir nous avons eu cession d'armes (282) ; c'est toujours le même ambassadeur qui y va ; je ne sçais point le sujet ny qui a demandé cette trêve ; à la fin du tems dit nous avons été salués d'importance ; c'est la suite de la trêve, et nous ne perdons jamais rien du compte qui nous est destiné.

Nous venons d'aprendre par un courrier de Montréal que les forts Carillon et St. Frédéric avoient été faits sautés par nos gens qui ensuite se sont repliés à l'Isle aux Noix ; les nouvelles de Niagara ne sont pas beaucoup meilleures ; il est fort à craindre que les ennemis ne tentent de pénétrer à Montréal (283). " 6. — Nous avons eu cette nuit une alerte à la Basse Ville ; nos découvreurs

qui sont en canot d'écorce ont averty qu'ils voyoient des berges ; aussitôt nos batteries ont fait feu à peu près où ils pensoient qu'ils étoient, ce qui aussitôt leur a fait rebrousser chemin, à la réserve de quelqu'unes qui ont continué leur route ; sçavoir si on a bien vu (284) tout ce qui a passé car la nuit étoit fort obscure ; on a envoyé 4 à 5 piquets de troupes de terre et de la marine pour renforcer le détachement que nous avons à l'Anse des Mères, en cas que les ennemis tenteroient dy faire une descente. Les 5 déserteurs venus le 4 sont des allemands (285) qui avoient été pris l'année dernière en venant icy ; ils rapportent qu'il y en a plus de 200 dans le mesme goust et qui n'attendent que l'occasion pour

déserter ; ces déserteurs ne sçavent pas grand chose ayant toujours resté à bord des vaisseaux ; on vient de les incorporer dans le régiment de Languedoc.

Pendant la nuit ils nous ont envoyé que 45 à 50 bombes, pots à feu ou carcasses ; s'ils ne nous en ont pas plus envoyé ils se sont bien dédommagés à nous canonner ; heureusement qu'ils ne nous ont tué ou blessé personne ; mais pour les maisons elles sont criblées ou écrasées dans toutes les parties de la ville ; le château n'a encore que 2 bombes, mais en récompense il a plus de 500 boulets.

Sur les 2 heures de l'après midy une frégatte de 30 canons est allée se poster par le travers de la Pointe de Lévy mais au large ; elle a tiré une douzaine de coups de canon ; on lui a riposté de 6 bombes dont quelqu'unes l'ont approché de bien près, ce qui lui a fait prendre le parti de retourner d'où elle venoit (286).

Depuis 11 heures du matin les batteries du Sault canonnent notre camp ; je ne sçais point ce qu'ils tentent de ce costé là ne voyant aucune berge ny même apparence de rien ; ils nous amusent et la suite nous apprendra leurs feintes ; Dieu veuille que nous puissions nous en garder.

Voicy un milicien qui m'apprend ce qui a occasionné la canonnade de ce matin ; c'est un épaulement (287) qu'on fait à nos retranchemens, on a été obligé d'abandonner l'ouvrage, le canon nous incommodant trop.

Un soldat du régiment de la Sarre a été emporté par un boulet. Messieurs les Anglois se sont fâchés de ce que nos gens ont travaillé hyer à nos batteries pendant la cession ; il semble en vérité qu'ils veulent déjà nous imposer des lois et qu'il n'y a qu'eux qui puissent faire ce qu'ils veulent ; il est vray aussi qu'on leur permet tout.

Voicy le rapport d'un prisonnier fait 3e à la Pointe de Lévy, qu'un de leurs vaisseaux venant de Louisbourg rapporte que la flotte française a été repoussée d'Irlande, qu'ils attendent incessamment la jonction du général Amers qui est à Carillon, qu'ils doivent nous attaquer sous peu de jours, que le général Wolf avoit fait une revue générale de ses troupes, qu'il les avoit fort encouragées et même assiu-és qu'ils perdroient moins de monde dans l'attaque générale qu'ils avoient à faire qu'ils n'avoient fait le 31 juillet ; qu'ils dévoient embosser 4 de leurs vaisseaux, mais qu'ils ne sçavoit pas où ; qu'ils dévoient habiller 2000 matelots en uniforme pour faire une fausse attaque et que moyennant ces précautions II étoit moralement sûr de réussir.

A midy précis il est arrivé du Sault un déserteur anglois qui confirme le rapport du prisonnier fait à la Pointe de Lévy et il ajoute qu'à l'action du 31 juillet le second commandant et même le Général Wolf avoient été blessés (288) mais légèrement et que le soldat de Béarn déserté le 5 a déposé que nous avions tant à Bea'uport qu'au Sault 14000 hommes, et que dans l'action les troupes de terre avoient été obligées de mettre la bayonnette au bout du fusil pour courir après les Canadiens qui se sauvoient (289), que nous ne manquions pas de pain mais que nous n'avions point de viande. M. de Bougainville, colonel, est party sur les 11 heures du soir pour le Cap Rouge avec un détachement composé de grenadiers, soldats et miliciens.

1759 août 7.— Il est tombé ce matin une bombe dans mon jardin qui l'a labouré d'un bout à l'autre, renversé partie de la palissade ainsy que la porte. Pendant la nuit les ennemis nous ont jette 60 et quelques bombes ; les vaisseaux ennemis qui étoient mouillés devant le Cap Rouge sont montés à la Pointe aux Trembles avec beaucoup de berges. Il y a eu cette nuit 3 hommes de tués et 11 de blessés par un boulet sur la batterie de M. Levasseur.

8.— Les ennemis nous ont jette pendant la nuit 43 bombes ; la canonnade a été excessivement vive.

Entre midy et une heure, il y a eu une canonnade au Sault de la part des ennemis qui a duré environ demie heure ; je ne sçais qui l'a occasionnée.

Il vient d'arriver un courrier d'en bas ; j'ignore ce qu'il raporte. " 9.— Les ennemis nous ont canonnés et bombardés comme ils n'ont encore jamais fait beaucoup de pots à feu et carcasses dont quelqu'unes ont embrasé la Basse Ville ; il y a eu 140 à 150 maisons (290) de réduites en cendres ; depuis la maison du Sieur Boisseau à alér chés le Sieur Voyer dans le Cul de Sac tout est consumé à net. Il y a eu aujourd'huy 6 prisonniers de faits à la Rivière Détréchemin 4 desquels ont été faits par des sauvages et les 2 autres par des habitans de la Pointe de Lévy ; 4 autres anglois ont été tués sur la place. Nous venons d'aprendre que les anglois avoient tenté une descente à la Pointe aux Trembles dans le cours de la journée d'hyer ; ils y avoient 28 berges et deux batteaux portant de l'artillerie chargée de troupes ; M. de Bougainville y étoit avec 3 à 400 hommes ; il les a laissé aprocher de terre a demy portée du fusil après quoi il a fait faire feu sur eux ; les ennemis sans débarquer ont tenu une demi heure et ensuite se sont retirés en remorquant deux grandes berges

où il ne paroissoit presque plus personne ; on estime leur perte à près de 300 hommes hors de com.bat (291) ; nous y avons eu 5 hommes de blessés dont un cavalier qui a eu un coup mortel. M. de Bougainville a vu son cheval blessé (292) entre ses jambes, ce qui l'a fait tomber à terre ; les ennemis l'ayant aperçu l'ont cru mort et ont aussytôt crié houra, mais il s'est relevé et a fait crier : vive le Roy. 1759 août 10. — Les ennemis continuent toujours de bombarder; la plus grande partie de leurs bombes tombe dans le quartier St. Roch ; plusieurs maisons en sont déjà écrasées ; cependant ils commencent à partager lexirs faveurs sur tous les quartiers de la ville ; ils ne veulent pas faire de jaloux.

M. le Mercier est party d'hyer au soir à 8 heures pour Montréal ; j'ignore le sujet de son voyage d'autant qu'il ne s'expose pas beaucoup icy (293) ; je souhaite qu'il revienne en peu car autrement il n'y aurait plus de parlementaire.

Nous venons d'aprendre que les anglois ont débarqué à Ste Croix et à St. Nicolas, qu'il s'y étoit trouvé quelques habitans qui les avoient fusillés l'espace de demy heure après quoi ils avoient été obligés de gagner le bois ; aussitôt les ennemis ont monté le cotteau, s'y sont rangés en bataille et ont battu la caisse ; on pense qu'ils ont perdu quelqu'im dans cette affaire.

" 11. — Dès la pointe du jour nous avons entendu de la mousquetterie au Sault par trois reprises ; sur les 7 heures il y en a eu une beaucoup plus considérable qui a duré près d'une heure d'un feu très vif ; nous y avons des Canadiens et des sauvages qui y traversèrent hyer ; il y a eu ensuite de la canonnade de part et d'autre.

Une goélette angloise a apareillé de l'Ange Gardien et est venue rejoindre les vaisseaux qui sont dans le bassin ; elle a reçu quelques coups de canon en passant dont un a porté à son bord.

On aperçoit d'icy une nouvelle batterie que les anglois vierment de démasquer à la Pointe de Lévy ; c'est apparemment pour tirer sur le quartier du Palais et sur St. Roch.

Pendant la nuit dernière les ennemis nous ont canonnés et bombardés à l'ordinaire ; ils ont jette 24 pots à feu et carcasses remplis de grenades et de petits canons, la plus grande partie ont tombé à la Basse Ville ; nous avons eu un soldat qui a eu la teste emportée par une bombe sur une de nos batteries.

Voicy le résultat de la fusillade de ce matin (294) ; nous y avions 300 canadiens et environ autant de sauvages ; ils ont fait leurs aproches pendant la nuit et ont attaqué environ 500 hommes dont partie

étoient des travailleurs ; nos gens ont fait une furieuse décharge

sur eux, qui en a mis beaucoup hors de combat ; les ennemis se sont

repliés aussitôt sur leur camp ; nos gens les poiirsuivoient toujours

en tirant de façon que le gros de l'armée est venu à leur secours qui

ont fait plier nos gens à leur tour ; on estime leur perte à 150 hommes

tués et beaucoup de blessés ; nous y avons eu 2 miliciens de tués

et 5 de blessés ainsy qu'un sauvage outaois pris ou tué ; tous les

sauvages n'ont point donné ; une partie ont tiré de Tarière.

On a fait ce jourd'huy un prisonnier à la pointe de Lévy ; j'ignore ce

qu'il raporte ; on vient de le conduire au quartier général.

1759 août 12— Sui- les 10 heures de la nuit dernière il y a eu une alerte dans la place ;

2 ou 3 vaisseaux ayant apareillé ont voulu passer, mais nos patrouilles

ont averty. nos batteries ont fait un feu des plus vifs ce qui a fait

qu'ils n'ont pas osé passer ; ayant le vent favorable ils ont reviré de

bord et sont allés mouiller d'où ils partoient ; un petit batteau a

poursuivy sa route en rangant la coste du sud (295). Il a échoué

devant Samos sur les batures ; notre batterie tire dessus, je croy

qu'elle n'y fait pas grand mal.

A minuit 5 bombes et un pot à feu ont tombé dans notre camp plus

loin que chés Giroux ; il est surprenant qu'elles aillent sy loin ;

à la vérité elles ne sont que de 9 pouces ; 3 autres ont aussy tombé

plus loin que la maison de Manseau de l'autre costé des Epines (296).

13 —Pendant toute la nuit les ennemis nous ont canonnés et bombardés

sans aucune relâche ; heureusement qu'il n'y a eu personne de tué

ny de blessé.

M. le Chevalier de Bernetz, (297) commandant à la Basse Ville, se

repose pour quelques jours ; ce sera des officiers des troupes de terre

qui y commanderont en son absence.

Sur les 6 heures du matin ils ont pris la direction de leurs bombes

sur les 2 vaisseaux que nous avons en batterie à l'entrée de la petite

rivière

Un enfant a été tué dans une maison à St. Roch, ainsy qu'une femme

blessée par des éclats de bombes.

Nous avons eu une pièce de canon de démontée à une batterie entre le chatteau et la maison du grand Girard par une bombe qui a tombé sur la plate forme ; les boulets qui touchent les murs de la Basse Ville font écrouler au moins une toise de maçonne. H.— M de Ramezay est aie se reposer à l'hôpital général : c'est M. de Privât (298) lieutenant colonel qui commande en sa place. L'officier anglois fait prisonnier dans l'action du 3 juillet est mort de cette nuit ; les peines et soins et remèdes des chirurgiens n'ont

pu le rappeler à la vie ny le guérir d'une blessure mortelle ; il est regretté de tout le monde en général (299) .

Nous venons d'avoir sur les batteries des ramparts deux hommes blessés à mort par un boulet ; ils recommencent à jetter des bombes sur le quartier St. Roch et sur les vaisseaux en batterie.

Nous venons d'aprendre que les ennemis ont incendié la paroisse de St. Antoine, ainsi qu'une partie de St. Nicolas ; ils ont cependant épargné les églises. 1759 août 15. — Une bombe a tombé sur la potasse et a manqué d'y communiquer le feu, par de l'étoupe qui étoit près de là.

Nous venons d'aprendre par des habitans de la baye St. Paul (300) que les ennemis avoient incendié une quarantaine de maisons au dit lieu ; nous y avons 25 ou 30 habitans qui se sont battus autant qu'ils ont pu ; il y a eu une maison appartenant au Sieur Bazin qui a été épargnée des fiâmes ; après que les ennemis ont été retirés nos gens y ont été dedans ; ils y ont trouvé des traces de sang, ainsy que 10 à 12 mouchoirs qui en étoient aussi pénétrés, ce qui fait présumer qu'ils ont quelques morts ou blessés.

Sur les 2 heures après midy un matelot a eu les deux jambes emportées par un boulet sur les batteries de M. Levasseur. " 16. — Sur les 9 heures yi du soir de la nuit dernière une carcasse a tombé sur la maison de Madame Vaucourt (301) entre les Jésuites et les Ursulines ; aussitôt elle a été embrasée et réduite en cendre ; on a arrêté le progrès du feu en abattant les maisons voisines.

Un matelot a eu la teste emportée par un éclat de bombe en travaillant à un épaulement qu'on fait pour couvrir les batteries du rampart. Sur les 5 heures K du soir de la journée d'hyer le feu se communiqua à un de nos jacobites que nous avons au Sault par une mèche alumée qui le communiqua aux poudres ; tout le monde s'est sauvé et il n'y a eu que le jacobite de perdu.

3 déserteurs anglois se sont rendus ces jours icy à quelques habitans que nous avons à St. Henry, on vient de les amener et comme il se fait tard ils ne seront point menés au quartier général que demain matin.

" 17 — Depuis 10 heures du soir jusqu'à 8 heures du matin les ennemis ont fait un feu continuel soit de bombes ou de canons ; cependant je ne sache pas qu'il nous soit arrivé aucun accident sur les batteries ny ailleurs.

Sur les 4 heures après midi, un matelot a été blessé à mort par un éclat de bombe ; plusieurs ont tombé de l'autre costé de la petite rivière ; il y a au moins ^ de lieux à bonne mesure d'où ils tirent ; il est

surprenant qu'elles aillent si loin ; si on s'en étoit raporté à quelques

artilleurs elles ne dévoient tout au plus tomber que dans la Haute

Ville, preuve certaine que ces Messieurs sçavent bien leur métier.

1759 août 18.— Les ennemis continuent toujours de nous canonner et bombarder ;

15 pots à feu et carcasses ont tombé aux environs des Récolets.

Sur les 5 heures K du soir une goélette et un batteau ont apareillé du

bassin et se sont rendus à l'Ange Gardien ; ils font toutes sortes de

manœuvre sans qu'on puisse pénétrer leurs desseins ; cependant je

pense qu'ils veuUent déblayer du Sault.

19.I1 vient de nous arriver 3 déserteurs qui ont été amenés par des habitans

de la Pointe de Lévy ; je ne sçais point encore ce qu'ils raportent.

Nous avions un détachement de 4 à 500 hommes le long de la coste

de Beaupré ; ils viennent d'ariver sans avoir rien fait. Il y a eu beaucoup de canonnade du costé de la Pointe aux Trembles ;

nous ignorons encore ce qui s'y est passé. Un 4e déserteur s'est encore rendu ici ; voicy ce qu'il raporte ; que les anglois ne doivent pas rester longtemps ici, qu'il l'a entendu dire à deux officiers qui parloient ensemble, mais qu'auparavant ils dévoient faire une attaque générale, mais qu'il ne sçavoit pas dans quelle partie elle devoit se faire.

" 20. — Nous aprenons que les ennemis avoient fait une descente hyer à Déchambeault (302), que M. de Bougainville avec 200 grenadiers et la cavalerie s'y étoit rendu en peu de tems, et qu'aussitôt les ennemis s'étoient rembarques, et avant son arrivée, ils avoient incendié trois maisons dont celle du Sieur Perault (303) en est une qui servoit de magasin pour les effets des troupes de terre ; nous y avons fait 2 prisonniers. Aussitôt qu'on a apris que les ennemis avoient fait une descente à Déchambault, Monsieur de Montcalm et de Montreuil (304) ont party pour s'y rendre avec 3 compagnies de grenadiers ; lorsqu'ils ont été à la Pointe aux Trembles ils ont appris que les ennemis étoient rembarques ; ils ont rebroussé chemin et sont revenus aussitôt.

Sur les 9 heures du matin il y a eu de la canonnade au Sault d'un costé et d'autre, mais il paroist que les ennemis n'ont plus autant d'artillerie qu'ils y en avoient ; on dit aussy qu'ils en ôtent tous les jours. On vient d'amener trois prisonniers qui ont été faits par des habitans,

je ne sçais px)int ce qu'ils raportent. Un déserteur anglois vient de se rendre à notre camp du Sault ; voicy ce qu'il raporte ; qu'il y avoit aujourd'hui conseil de guerre, que l'amiral Sunder étoit rapelé en Europe (305), que c'étoit une frégate

nouvellement arivée qui en avoit aporté les ordres, que les françois avoient fait une descente en Irlande et qu'enfin sous peu de jours il dévoient tous partir pour s'en alér ; Dieu le veuille.

Un Courier vient d'ariver d'en bas avec plusieurs lettres ; je ne sçais ce qu'elles contiennent ny même d'où ce courier vient ; le Sieur Durand Dunière (306) qui étoit à Gaspé et que l'on contait pris par les anglois est venu avec lui jusqu'à Capmouraska où il est resté; il raporte qu'il y a plus de 40 vaisseaux des ennemis qui sont descendus dont 32 sont encore mouillés du costé du dit Capmouraska, qu'ils avoient incendié plusieurs maisons le long de cette coste, qu'ils avoient été repoussés par une 30ne d'habitans dudit lieu. 1759 août 21. — Les ennemis nous ont laissé assés tranquile toute la nuit ; je ne crois pourtant pas que ce soit par amitié, mais comme il a beaucoup plu je pense que c'est ce qui les a empêchés de se divertir comme à l'ordinaire ; à 4 heures du matin ils nous ont réveillé par une double décharge de boulets et de bombes.

Sur les 4 heures du soir, un matelot a eu le ventre em.porté par un éclat de bombe sur les batteries du rempart, il est mort une demie heure après.

Un sauvage outaSois qui avoit été pris par les anglois il y a 10 jours s'est échapé du bord d'un vaisseau où il avoit été transporté ; il s'est jette à la nage, a traversé à la Pointe de Lévy, et du dit lieu a traversé de ce costé icy où il vient de se rendre ; il se plaint d'avoir été bien maltraité par les anglois ; si cela est je plains ceux qui tomberont en son pouvoir (307).

Depuis les 5 heures du soir jusqu'à 8 il y a eu beaucoup de canonnade au Sault de la part des françois et des anglois ; je ne sçais point qui a pu exiter cette canonnade.

" 22. — Pendant une partie de la nuit il a beaucoup plu ; les ennemis n'ont pas fait un grand feu ; la pluie les a sandoute empêchés de se divertir comme à l'ordinaire.

On avoit projette d'envoyer le Sieur le Gris à la Pointe de Lévy avec 100 hommes de milice ; ce projet n'a point eu lieu, j'en ignore la cause.

" 23. — Les ennemis canonnent et bombardent à l'ordinaire en aissayant de faire le plus de mal qu'ils peuvent ; il n'y a eu rien de remarquable en ce jour.

" 24. — Les ennemis incendient les campagnes au noM ainsy que sur l'Isle d'Orléans.

Detix soldats de la marine désertant du camp de Beauport ont été arrêtés par un soldat de la Sarre qui étoit en faction ; il en a tué un et arrêté l'autre.

1759 août 25.— Le Sieur Durand Dunière vient d'ariver ce jourd'huy avec un françois déserté de Louisbourg ; ce dernier raporte que les anglois ont bien peu de monde au dit lieu ; les anglois continuent toujours d'incendier nos campagnes.

3 sauvages loups et 2 officiers anglois venant aporter des lettres du général Amerst (308) au général Hwolf ont été pris par des sauvages abénakis, qui les ont amenés à bord de VAtalente commandée par M. Vauquelin qui est audessus de Richelieu. Ces lettres ont été envoyées à M. de Vaudreuil ; on dit que ce général écry à celui d'icy qu'il ne voit pas d'aparence qu'il puisse forcer l'Isle aux Noix et que par conséquent il ne devoit point compter sur la jonction des deux armées. Deux des bâtiments qui étoient en haut sont descendus ce jourd'hui à Sillery ; on les attend à passer cette nuit. 26.— Les ennemis ont tiré avec toute la vigueur possible ; à une heure après midy un canonnier bombardier a eu les jambes emportées par un boulet sur les batteries du rempart.

Voilà quelques jours qu'il ne nous jettent ny carcasses ny pots à feu ; il ne seroit pas surprenant qu'ils en manquassent eu égard à la grande quantité qu'ils nous ont envoyé.

Nous venons d'aprendre que les ennemis avoient levé le camp qu'ils avoient à St. Antoine, et qu'ils se tentoient plus haut ; nous avons entendu beaucoup de canonnade du costé de la Pointe aax Trembles ; nous ne sçavons point encore ce qu'il y a de nouveau. Monsieur de Bougainville colonel est dans cette partie avec 1400 hommes ; il fait la même manœuvre qu'il voit faire aux vaisseaux ennemis ; il a beaucoup de terrain à garder ; je crains toujours quelques surprises.

On vient de détacher 5 à 600 hommes matelots qui servoient aux batteries ; c'est M. le Munitionnaire qui les a passés en revue au quartier St. Roch ; je croi que c'est pour quelques expéditions qu'on veut faire sur les vaisseaux ennemis (309) qui sont en haut ; pour cet effet on vient de les faire embarquer dans une 50ne de batteaux à l'entrée de la petite rivière à la vue des ennemis ; aussy ils ont fait voir qu'ils voyoient ce mouvement; ils ont tiré sur les batteries pendant une heure et même plusieurs en ont été percées mais personne n'a eu aucun mal et les batteaux sont tous partis; je crains beaucoup que ce projet ne réussisse pas ; la suite nous l'aprendra.

1759 août 27. — Dans le cours de la journée d'hyer un sergent anglois (310) déserta du Sault à la vue des ennemis ; il traversa en bas et vint joindre notre camp ; les anglois lui tirèrent plusieurs coups de canon à mitraille ainsy que plus de 400 coups de fusil, mais il a été assés heureux pour n'en point être frapé.

Nous venons d'aprendre qu'une 30ne de sauvages et 3 françois avoient chassé avant hyer les anglois qui étoient à St. Antoine ; ils s'embau"quèrent avec beaucoup de précipitation à bord de leurs vaisseaux.

Une de nos carcassières s'est battue contre une frégatte angloise ; je ne sçais pas si elle aura été endommagée comme on le dit.

On raporte que les anglois n'ont point fait de mal au x grains le long de la coste du sud ; ils se sont contentés d'y brusler quelques maisons.

Voicy la déposition du déserteur qui nous arriva hyer ; il raporte qu'ils ont beaucoup de maladie ; le général Hwolf même a la fièvre (311) depuis plusieurs jours, que ces maladies provierment de beaucoup de fatigues qu'ils ont essuyée pendant le siège, étant continuellement en alerte, craignant d'estre attaqués, que les vaisseaux de guerre sont rapellés d'Europe, qu'ils comptent partir avant la moisson des grains ; ce sergent étoit un homme entendu parmy eux et qui étoit à la teste de 50 hommes pour les découvertes dont il s'étoit jusqu'alors très bien acquité, mais qu'il avoit déserté par quelques disgrâce qu'il avoit eue.

Le Sieur Courval party pour aler rejoindre son bâtiment qui est à Batiscan, en passant par Jacques Cartier, un soldat en faction l'a pris pour un anglois et lui a tiré un coup de fusil qui lui a cassé la cuisse ; on le dit en grand danger de la vie d'autant qu'on ne peut lui faire l'amputation (312).

On vient de casser la teste à un soldat de marine arrêté le 24 en désertant aux ennemis.

Nos carcassières ont eu affaire ce matin avec une frégatte angloise aux environs du Cap Rouge ; je ne sçais point le mal qu'ils y ont fait mais nous y avons eu un homme de tué et un autre le bras emporté. " 28. — Hyer sur les 9 heures du soir, cinq frégattes angloises ont appareillé de flot les vents étant de la part du nordet, ils ont passé devant la ville ; ils ont essuyé le feu de nos batteries qui ne les ont pas fort endommagées ; ils ont poursuivy leurs route jusqu'au Cap Rouge où ils ont mouillé ; il n'est pas douteux qu'ayant eu connoissance de nos mouvemens ils envoyent ce renfort à leurs vaisseaux qui sont en haut (313).

2 hommes ont été tués, un autre la cuisse cassée et 18 blessés légèrement ou bruslés par des gargousses qui ont pris feu sur la batterie Dau-

phine.

Suivant toutes les aparences le projet du munitionnaire qui devoit avec ces vaisseaux prendre ceux des ennemis qui sont en haut vat tomber de lui-même (314), de la façon dont on manœuvre et la conduite de ceux qui s'y emploient, il n'est pas surprenant qu'on ne réussisse pas, les bouchers sont fait pour tuer des bœufs et non pour commander des armées, à moins que ce ne soit des armées cornues. A 4 heures après midy le lieutenant de M. Vauquelin (315) est venu de la part de son commandant faire des représentations à M. de Vaudreuil touchant cette fameuse expédition ; ce que j'en puis penser est que si ce projet a lieu, ce que je ne pense pas, ce sera M. Vauquelin qui y commandera.

1759 août 29,-Nous aprenons que tous les bâtimens anglois sont descendus à St- Augustin où ils sont actuellement à l'ancre ; je pense qu'ils tentent une descente dans cette partie.

Nous voyons de l'autre costé du Sault 7 à 8 bateaux anglois y compris ceux qui y étoient d'ancienne datte, on y tire quelques coups de canon de part et d'autre ; j'ignore ce qu'ils ont dessein d'y faire. Il vient de nous ariver 2 déserteurs anglois qui se sont joint à quelques habitans que nous avons de l'autre costé du Sault ; ils raportent qu'avant qu'il soit peut les ennemis évacueront cette partie, qu'ensuite ils doivent entrer dans l'Isle pour la ravager, et qu'ils comptent rester encore un mois.

Sur les 6 heures du soir, M. de Lusignan (316) écry à M. de BougainviUe qui venoit d'ariver à nos tentes (317) et qui de là devoit alér au quartier généial, il marque qu'il voit à la Pointe de Lévy un corps de troupes angloises sur 3 colonnes qui montent du costé de la rivière Detréchemins, qu'il estime qu'il y a environ 3000 hommes ; M. de BougainviUe n'a pas été plus loin ; au contraire il a retourné à son poste, après avoir envoyé la lettre de M. Lusignan à M. de Vau-

dreuil.

Le projet de prendre les vaisseaux ennemis est enfin évanouy ; les matelots viennent d'ariver ; cette expédition a coûté seulement 18 hommes qui se sont noyés dans le Richelieu (318) ; nous courions risque d'en perdre davantage sy ce projet eut eu lieu. 30.— Hyer à 10 heures Yi du soir, les ennemis ont canonné à St-Augustin pendant \i d'heures après quoi il y a eu une grande fusillade qui a duré jusqu'à minuit ; nous ne sçavons point encore ce qu'il y a eu.

Hyer au soir un soldat anglois déserta du Sault à la vue des ennemis ; c'est un allemand pris dans Louisbourg l'année dernière qu'ils on incorporé dans Royal Amériquain ; voicy ce qu'il raporte, que le général Hwolf est toujours malade de la fièvre, que 8 de leurs officiers dont un capitaine en est un ont envoyé leurs maies et leurs lits à bord des vaisseaux, qu'ils attendent pour partir que les bleds soient meures pour les brusler, qu'il a aussy vu 4 déserteurs françois de différents uniformes, qu'ils ont encore au Sault 3 grosses pièces de canon et 16 petites pièces de campagne, que les autres sont rembarques ; voilà tout ce que j'ai sçu de son raport. Nous avons apris que les anglois n'avoient point débarqué à St. Augustin, qu'ils avoient fait un grand feu de canon et de mousquetteries, et qu'ensuite toutes leurs berges étoient venues à une petite distance à terre comme pour débarquer, qu'ils avoient resté 2 heures consécutifs dans cette position en faisant une grande fusillade à 2 reprises, que nos gens n'y avoient pas répondu d'un seul coup de fusil, et finalement à minuit ils avoient sonné les cloches et battu de la caisse à bord qu'aussitôt ils s'étoient embarqués, on ne sçait pas à quelle dessein ils ont fait cette feinte à moins que ce ne soit pour nous inquietter et nous faire faire diversion.

Hyer on suprima partie de la ration ; au lieu d'une livre de pain qu'on donnoit, on n'en donne plus que 12 onces, mais le Roy gratifie d'un misérable [coup] (3 19) deaudevie par ration ; le munitionnaire doit payer le pain retranché suivant l'ordre de Monsieur l'intendant, mais je pense qu'il contreviendra souvent à cette ordonnance. 1759 août 31 — Les ennemis paroissent faire quelques mouvemens du costé du Sault, il y a plus de 50 berges le long de terre, beaucoup de monde sur le rivage ainsy que dans les berges.

Les vaisseaux qu'ils avoient en haut sont descendus de ce matin au Cap Rouge; à 2 heures après midy on vient de nous dire qu'ils remontoient en hault ; on ne sçait en vérité que penser de leurs manœuvres, mais je crains fort qu'elle ne nous trompe, comme elle a déjà fait plusieurs fois.

Sur les 11 heures du soir nous avons entendu tirer 7 à 8 coups de fusil sur la rivière du costé du bassin ; un peu de tems après on a crié de prendre garde aux batteries, qui peu de tems après ont fait un feu des plus vifs de boulets et de bombes ; les batteries de la Basse Ville je dis de la Pointe de Lévy ont riposté vigoureusement ; le feu a duré plus d'une heure ; il n'est pas douteux qu'il a passé des vaisseaux (320) d'autant que peu de tems après notre batterie de Samos

a tiré plus de 20 coups de canon, mais tout cela je croy sans aucun effet.

1759 sept. 1. — Nous aprenons que pendant la canonnade de cette nuit il a passé 5 batimens anglois ; ils ont monté jusqu'à Sillery et on dit qu'un a été maltraité en passant et mesme on a entendu quelqu'un crier à bord ; on pense que c'est un blessé. Un matelot a été écrasé par une bombe qui lui a tombé sur le corps à la batterie Dauphine ; 2 autres ont été blessés légèrement par les éclats.

Nous venons d'aprendre que le navire la Manon (321) appartenant au munitionnaire s'étoit perdu audessus des Grondines en descendant pour se rallier aux frégattes VAtalante et la Pomonne. Les ennemis ont incendié toutes les maisons de l'Ange Gardien, ou plutôt depuis St. Joachim à venir au Sault ; nous pensons qu'ils veulent déblayer de cette partie.

Voilà au moins 20 ou 25 batimens montés en hault, des troupes qu'on a vues monter en corps par terre avec armes et bagages, on les voit déblayer du Sault, tout cela ne fait rien ; on garde constamment Beauport ; on croy aparemment qu'il est impossible qu'il puisse débarquer ailleurs ; je le souhaite mais je crains qu'on ne se trompe. " 2. — Les batimens que les anglois avoient à l'Ange Gardien se sont retirés

et ont été rejoindre ceux qui sont dans le bassin à la réserve cependant d'une frégatte et un brigantin qui sont restés à leurs même mouillage ; avant de déblayer, ils ont mis le feu à 2 maisons qui leurs servoient de corps de garde au Sault ; on estime le tord qu'ils ont fait dans ces campagnes à un tiers. Les batimens anglois sont redescendus à Sillerie où. ils sont mouillés. " 3. — Les ennemis ont déblayé tout à fait du Sault ; plus de 200 berges ou

chaloupes y ont été occupées pour les transports das troupes et de l'artillerie ; on leur a tiré beaucoup de coups de canon et plusieurs berges en ont été coulées.

Ce même jour les troupes angloises se sont fait voir en corps de bataille à la Pointe de Lévy derrière leurs batteries, et même ils ont fait un petit camp un peu plus éloigné.

Sur les 7 heures du soir les ennemis ont tenté de faire une descente au Cap Rouge ; ils ont envoyé 2 batteaux armés d'artillerie qui précédoicnt leurs berges, mais nos carcassières s'y sont trouvées qui les ont reçues d'une bonne façon ; ils ont aussi essuyé quelques coups de fusil tirés par nos sauvages mais hors portée, ils se sont aussitôt retirés et ont été rejoindre leurs vaisseaux.

1759 sept. 4. — Les vaisseaux ennemis restent toujovirs à l'ancre aux environs de Sillery.

Sur les 2 heures du soir le régiment de Guyenne (322) est venu camper à la redoute du passage, pour être à portée de se transporter où il sera nécessaire.

" 5. — A midy il vient de nous arivér un déserteur anglois, il raporte qu'ils

étoient deux mais que les ennemis ayant eu connoissance de leurs désertion avoient donné après, avoient tiré sur eux dont son camarade avoit été blessé à la jambe, qu'ils l'avoient pris n'ayant pu se sauver ; il dit aussi que le dessein des anglois étoit de forcer beaucoup avant leur départ et qu'ils dévoient faire défiler du monde le long de la coste du sud pour incendier le reste des campagnes.

" 6. — Un petit batteau (323) a passé devant la ville sur les 3 heures après

midy, les vents étant de la part du nord douest ; on a tiré vainement beaucoup de coups de canon sans l'avoir frapé que d'un seul boulet dans sa voile ; pendant ce tems les batteries de la Pointe de Lévy ont fait un grand feu ; ils nous ont tué un officier (324) et 2 matelots sur la batterie Dauphine par un boulet, un 4e a été blessé.

" 7. — Les ennemis continuent à nous canonner et bombarder comme à l'ordi-

naire et même avec plus de vivacité, ils font divers mouvemens avec leurs bâtimens du Cap Rouge à la Pointe aux Trembles, sans faire aucune descente quoique leurs troupes soient le plus souvent dans leurs berges et chaloupes.

" 8. — Rien de nouveau sy ce n'est le régiment de Giiyenne qui a été au Cap

Rouge craignant que les ennemis ne tentassent quelques descentes dans ces parties, M. Devergor (325) reste constamment avec environ 150 hommes aux environs du Foulon, et le fils de M. Lafontaine (326) à l'Anse des Mères avec 15 ou 20 ; voilà tout le monde que nous avons dans cet endroit qui suivant moy est exposé. 9. — Dès le matin le régiment de Guyenne est revenu prendre son poste à la redoute du passage^ ayant passé la nuit aux environs du Cap Rouge la pluie sur le corps ; les ennemis tirent toujours beaucoup de la Pointe de Lévy.

" 10. — Nous venons d'aprendre que les ennemis embarquent du bois dans leurs vaisseaux qui sont en hault ; ils vont et viennent incessamment depuis la Pointe aux Trembles jusqu'à Sillery ; on dit aussy qu'ils embarquent de leurs artilleries qu'ils ont à la Pointe de Lévy.

" 11. — Tous les vaisseaux anglois à la réserve de deux qui sont devant la Pointe aux Trembles, sont descendus à Sillerie, on pense qu'ils veulent repasser ; Dieu le veuille, mais je crains toujours quelques surprises.

1759 sept. 12. — Les vaisseaux n'ont point bougé dou ils étoient hyer, les vents sont cependant de la part du sud d'ouest bon frais et le tems très beau ; ils nous canonnent et nous bombardent toujours beaucoup de la Pointe de Lévy (327).

" 13. — A la pointe du jour les ennemis ont débarqué à l'Anse des Morts (328), le factionnaire ayant entendu nager a crié qui vive, on a répondu en bon français provisions, et on a pris cela pour argent comptant, d'autant qu'il devoit passer des batteaux chargés de vivres, et l'ordre ayant été donné pour ne pas tirer dessus (329). Les Ennemis ont donc débarqué aussitôt au nombre de 15 à 1800 hommes. M. Devergor a été pris sans coup férir ayant été blessé, je croy même encore endormy ; ils ont aussitôt monté la coste et en très peu de temps ont pénétré chez Borgias Levasseur (330), • ils se sont emparés de la maison et de la grange ainsi que des maisons de St. Joseph. M. Lenoir (331), officier de la Sarre, commandant quelques volontaires, a fusillé longtems avec les ennemis mais ayant été blessé à plusieurs endroits il a été fait prisonnier ; les canadiens y ont accouru et se sont beaucoup fusillés mais comme le nombre des ennemis augmentoit de moment en moment, nos miliciens tiroient d'un costé et d'autre sans faire un corps capable de tenir aux ennemis ; enfin sur les « ou 9 heures M. de Montcalm ayant été averty y est accouru avec quelques troupes de terre et de la marine et s'est aie poster au-dessus de la porte St. Louis, ayant disposé son monde dp façon à en imposer aux ennemis en attendant le reste des troupes et canadiens, les ennemis se sont aussi arrêtés ne doutant pas qu'il aloit leurs livrer bataille ; M. de Montcalm impatient de ce que son monde ne venoit pas, ignorant que M. de Vaudreuil les faisoit arrêter au pont de la petite rivière (332) quoi qu'il n'eust tout au plus que 2500 ou 3000 hommes il prit la résolution d'alér attaquer les ennemis ; les troupes de terre marchoient au centre et celle de la marine et les canadiens étoient sur les ailes, il fut done dans cet ordre à la demie portée du fusils des ennemis qui les attendoient de pied ferme et la plus grande partie un genoux en terre ; ce fut alors que le grand feu commença de part et d'autre, mais après deux ou trois décharges de nos troupes ils firent un demy tour à droite et plièrent. M. de Montcalm ayant été blessé au bras (333) les ennemis avancèrent aussitôt sur nos troupes et bientôt après M. de Montcalm reçut une autre blessure mortelle. C'est alors que la déroute fut complète ; les ennemis nous ont poursuivis jusqu'aux portes de la ville ; nous avons perdu dans cette funeste journée

plus de 300 hommes tués, un grand nombre de blessés et beaucoup de prisonniers ; Messieurs de Sennezergue (334) et de Fontbonne (335) l'un commandant de la Sarre et brigadier et l'autre commandant de Guyenne (336), ont été tués sur le champ de bataille, plus de 10 officiers de ce régiment ont été tués, blessés ou prisonniers dans ce jour.

Pendant l'action M. de Vaudreuil a paru sur la coste étant en calèche, sa vue n'a fait qu'augmenter la déroute, et lui-même a décampé aussitôt et a repassé le pont de la petite rivière oià il y avait au moins 3 à 4000 hommes qui y avoient été arrêtés.

Les ennemis sont venus jusqu'à l'entrée de la prairie de M. Hyché, ils ont tué le nommé Voyer (337) boulanger aJnsy que le bonhomme Clément dans la maison de Giroux ; 2 ou 3 coups de canon tirés des vaisseaux qui sont en batterie à l'entrée de la petite rivière les ont fait remonter et même un écossais en a été emporté par un boulet.

Les ennemis ont perdu dans cette action le général Hwolf, le 2e commandant M. Moncton (338) une balle dans la poitrine enfin le 3e commandant qui est M. Tonshend (339) est le commandant en chef.

Partie du régiment de Languedoc et des troupes de la marine ont rentré dans la place : le reste des troupes et canadiens ont resté à la redoute du passage, on s'attendoit qu'on aloit reprendre haleine et qu'on feroit aprocher M. de Bougainville qui avoit 2000 hommes avec lui dont tous les grenadiers en étoient, qui étoient du costé du Cap Rouge, et qu'aussitôt que tout seroit rallié on reprendroit, dès le soir ou le lendemain matin au plus tard, mais non, au contraire, lorsque M. Bougainville se fut aproché il fit dire à M. de Vaudreuil qu'il attendoit ses ordres pour attaquer les ennemis. M. de Vaudreuil luy donna ordre de se retirer avec son monde à la Suède (340) et à 9 heures du soir il donna l'ordre pour partir de Beauport, abandonnant toutes les tentes, équipages, munitions et vivres, comme s'ils eussent été poursuivis par une armée de 20 mille hommes.

Funeste journée où les armes de la France sont des plus deshonorées ; cette retraitte ou plutost cette honteuse fuite s'est faite par les hauts de Charlesbourg au travers des bois il y avait environ 3 ou 400 hommes qui escortoient ce brave général et le reste marchoient sans aucun ordre ny discipline ; la première halte que fit ce général fut à St. Augustin, elle ne fut pas longue bientôt après il décampa pour Jacques Cartier ou tout le monde se rendit comme ils purent et comme ils voulurent (341).

1759 sept. 14.— Monsieur le marquis de Montcalm lieutenant générai est mort de ses blessures et a été enterré aux Ursulines ; cette perte doit estre sensible à l'état et encore plus à tous les canadiens ; c'est de ce malheur fatal que proviennent tous nos malheurs communs ; depuis ce jour jusqu'au 18 il s'est tenu nombre de conseils à l'armée fugitive ou le munitionnaire présidoit ; ceux qui se sont tenus dans la place ont été à peu près dans le même goust ; on craignoit à chaque instant que l'ennemy n'escaladast la place quoi qu'il n'y en eut aucune aparence.

Pendant ce tems M. de Lévy est arrivé et décidément il a été résolu de réataquér les ennemis, et M. de Bougainville avec 1500 hommes s'avançoit pour entrer dans la place, il s'est rendu à une lieue de distance lorsqu'il a apris par un Courier que M. de Ramezay (342) avoit capitulé quoi que Monsieur de Lévy eut fait entrer des vivres (343) dans la place avec defence au commandant de capituler d'autant qu'il alloit estre secouru ; voilà enfin le fruit final de toutes nos mauvaises manœuvres, et la place a été rendue ou plutôt donnée sans que les ennemis ayent tiré un seul coup de canon.

A 3 heures après midy le 18 les portes de la ville ont été ouvertes et la garnison angloise est entrée ; on dit qu'avant la reddition de la place les magasins du Roy avoient été pillés d'une bonne façon par les françois ; en vérité cela fait horreur et jamais on avoit tant connu de canailles comme il y en a ; le garde magasin (344) a suivy l'armée, un des commis y étoit resté, les ennemis se sont emparés de ce qui s'y est trouvé sans en donner inventaire ; il est vrai qu'on ne leur en a point demandé.

En lisant ce journal on y verra avec honte les fautes grossières qui ont été faites dans cette campagne ; il semble que d'accord avec les ennemis on se soit étudié à leur procurer les moyens de nous prendre avec facilité ; rien ne nous le prouve mieux que l'action du 13 ainsi que la reddition de la place le 18 ; ce sera à jamais des témoins injurieux contre les armes de la France. Je ne vois plus lieu de nous rendre à nous mêmes, il n'y a qu'une bonne et heureuse paix qui peut nous procurer cette douce et agréable tranquilité ; je la souhaite de tout mon cœur pourvu que ce soit la sainte volonté de Dieu. Amen (345).

Page 1