Continuation du feu anglais
27.—I1 fut décidé que les sieurs Duel et La Garenne, commandant la batterie du Domaine et de M. Levasseur, partiraient avec les hommes d'élite pour armer les six frégates mouillées à Batiscan. M. Cadet, à la tête, fit embarquer tout le monde le même jour, qui parti. rent dans la chaloupe. M. de Bougainville devait partir avec 2000 hommes pour traverser au sud, vers St. Antoine, pour battre les ennemis.
Indiscrètement on fit partir la chaloupe, à la vue de l’ennemi, qui canonnait ces bateaux sans aucun fruit. Ils se rendirent la même nuit à la Pointe-aux-Trembles.
Le même soir les ennemis, sans doute informés de notre démarche, profitèrent à neuf heures du soir d’un petit vent de nord-est, et passè. rent avec une frégate de 28 canons, un bâtiment de 18, un de 8, un de 6 et un de 4 On s’aperçut que nos batteries étaient dégarnies, car le feu n’était point vif; ils passèrent, je crois, sans recevoir beaucoup de mal.
Les batteries des Anglais firent un feu d’enfer de la Pointe Lévi tant en bombes qu’en canons. Il ÿ eut sur les remparts un homme tué, à côté de moi, d’un boulet de canon qui passa au travers des banquettes de la batterie ; 3 hommes de tués à la batterie Dauphine de M.
Gareu, et 15 de blessés et brûlés par des gargousses qui prirent en feu à la vieille batterie.
Il est à observer que les vaisseaux anglais mouillés aux Ecureuils furent descendus vers le Cap Rouge et la Pointe-aux-Trembles.
Cette même nuit nous craignîmes une descente ; en effet, on vint nous avertir qu’on découvrait des berges à l’Anse des Mères. Nous reçûmes du camp sous Beauport un renfort composé de 4 piquets de trnupes réglées, de 50 hommes chacun, et de 50 Grenadiers. M. de Bernetz, commandant de la place, les fit poster, savoir: un piquet à la Basse-Ville, à la Construction, un à l’Anse des Mères, l’autre à Samos, et l’autre à Sillery avec les Grenadiers, pour s'opposer à la descente.
28 août.—Notre alarme n'eut aucune suite. Courval, qui commande la frégate le Brassavran, fut blessé à la cuisse, dangereusement, en revenant avec son monde, suivant les ordres, à Jacques Cartier, par un Canadien, qui était dans le bois, et, qui, ayant eu peur, tira sur lui. Il avait malheureusement un habit comme un Anglais; on craint qu’il n’en revienne point.
29.— Au matin, continuation de canonnade, et de bombardement de la Pointe-Lévy.
30— Les vaisseaux anglais qui étaient devant St. Augustin et le Cap Rouge firens une cannonnade considérable depuis une heure jusqu’à huit heures du matin. Sur les 5 heures ils tentèrent un débarquement avec des bateaux plats vers St. Augustin. 40 matelots des bateaux de M. Denet, qui s'étaient jetées à terre, ayant abandonné leurs bateaux, fusillérent dans le bois. A cette fusillade arriva du secours des premiers de cette côte, et les ennemis se rembarquèrent. Nous avons eu un homme de tué Canadien, et un de blessé. On ignore ce qu’ont perdu les ennemis, n'étant point débarqués.
31.—Toute la matinée les Anglais ont fait un feu considérable de canon de la Pointe Lévy.
Le même jour, sur les 9 heures du soir, il passa 7 bâtiments, dont uné frégate de 20 canons, et 6 bâtiments, goeletles ou bateaux, malgré le feu de nos batteries, qui en g. -cûrent plusieurs.
1 septemhre.— Les Anglais continuèrent à mettre le feu à leurs retranchements du Sault, et continuèrent à canonner la ville et la bombarder. Leur direction fut sur le quartier St. Roch.
2.—Sur les dix heures du matin, nous vimes un mouvement considérable de la part des ennemis: trois gros vaisseaux anglais ayant le cap sur la ville avec petit nord-est étaient mouillés entre la pointe de l’île et de la Pointe Lévy. Nous aperçcûmes clairement environ 40
berges chargées de monde, entre ces bâtiments et qui se tenaient au courant. Ce mouvement donna une alerte à la ville; je me rendis, après avoir bu deux coups de liqueur, chez Magnan à la porte St. Jean, et nous bûmes le troisième à l’alerte. Nous nous rendîimes à la porte St. Louis où était le commandant, lequel ayant vu la manœuvre, me détacha, volontairement, pour aller à la batterie St. Louis ; de là, je découvris que les berges reviraient à la Pointe Lévy; qu’il y en avaient 40 autres qui suivaient le chenal du nord, qui se rendaient à l'Isle d'Orléans.
3.—Les bâtiments anglais au nombre de 17, dont un gros de 60 canons, 3 frégates et autres bâtiments étaient mouillés depuis le Cap Rouge jusqu’à Sillery. Ils faisaient un C pour fermer l’entrée de la rivière du Cap Rouge. Ce mouvement augmenta l’arrivée de M. Bougainville; on détacha environ 500 hommes pour garder cette partie. Le même jour, il nous fut tué 3 hommes, dont deux à la batterie de M. Dunet, et un sur les ramparts par le feu de la Pointe Lévy.
4.—On s’aperçut au camp de Beauport que les ennemis avaient entièrement évacué le fort. Qu’il n’y restait plus que deux petits bâtiments mouillés vis-à-vis l'Eglise de l’ Ange Gardien.
Le même jour, on envoya à la découverte au Sault; on n’y découvrit aucun Anglais; les habitants trouvèrent leur bled en état, et moins endommagés que ceux qui sont près de nos soldats.
On avait donné ordre de mettre le feu à trois retranchements que les Anglais n'avaient point brûlés, ce qui fut exécuté sur le matin. 4 berges se présentèrent à Samos, lesquelles se retirèrent à la première décharge.
Nous avons appris, savoir s’il est vrai, qu’un ingénieur anglais, pris par Dufy, et 5 autres soldats et 3 sauvages, que le géneral Amherst ne comptait pas paraître plus loin; qu’il risquait le monde pour porter des nouvelles au général Wolfe.
Cet ingénieur rapporte que les nouvelles sont que, nous sommes maîtres de la meilleure partie de l'Irlande; je voudrais que cela fût.
6.—Les Anglais firent un feu considérable de la Point Lévy, et démontèrent une batterie de la po....... qu'ils firent. .....
Le même jour, étant à la batterie de M. Dunet, on vint nous avertir qu’au dessus de la côte de Begin, sur le grand chemin, il passait une colonne de troupes anglaises. Le sieur Gareau et Dunet pointèrent chacun un canon de 24, qu’ils chargèrent à charge etdemie. Le premier coup porta dans la colonne et doit en avoir incommodé quelques uns d’entr’eux plus qu’ils ne s’y attendaient, parce que le coup porta à cet endroit; le second porta au-dessus de la colonne, et leur fit faire
un mouvement qui fit conjecturer que le premier les avait incommodés.
Le même jour, sur les 8 heures, il y eut une alerte. M. de Bougainville, qui était à St. Augustin, avait vu les Anglais défiler la rivière des Etchemins; ensuite, il avait vu une contremarche. On nous envoya 5 piquets de divers régiments avec une compagnie des grenadiers. Je me rendis à la porte St. Louis, mais il n’y eut rien de nouveau.
7.—Tous les bâtiments anglais se sont réservés vers la partie de Sillery. Ils ont fait au Sud différentes marches qui nous ont inquiété.
La batterie de la Pointe Lévy fit un feu continuel qui tua l’ Enseigne de la batterie de M. Dunet, et un blessé.
Une petite goëlette d'environ 40 tonneaux passa sur les trois heures, petit air de Nord-Ouest, devant la ville. On s'imagina que c'était une gageure, car il n’y avait qu'environ 15 hommes, dont 8 paraissaient officiers, gouvernaient eux-mêmes et faisaient la manœuvre. Ils réussirent dans leur gageure, car la majeure partie des officiers se tenaient à leur pont. Il fut tiré environ 100 coups de canon qui, suivant notre estime, ne firent que percer leurs voiles.
8.—Les Anglais n’ont presque point tiré devant la ville. Les Canadiens envoyés à la côte du Nord ont rapporté que tout était brûlé, à l’exception des Eglises, et aucun tort dans les grains.
Le même jour, il vint un déserteur à la nage de l’Isle d'Orléans ; il est assez de rapport avec le premier.
(Le reste du manuscrit n'a pas été conservé.)