‹ Journal et mémoires de Mathieu Marais, avocat au Parlement de Paris, sur la régence et le règne de Louis XV, 1715-1737 (volume 4)Chapitre 12 sur 55 · SUR LE FRAGMENT QUI SUIT · texte numérisé non relu

SUR LE FRAGMENT QUI SUIT

T/épisode le plus important delà Régence, le plus caractéristique, est sans contredit cette séance du Parlement, qui inaugure , en même temps que le gouvernement, des principes destinés à lui survivre et à miner sourdement les basiie du pouvoir monarchique lui-même. Pour la première fois depuis Louis XIV, le Parlement ressaisit, à la faveur longtemps attendue d'une autre minorité, cette autorité singulière qui tend également à se transformer et à s'accroître, et enflant peu à peu les prérogatives du pouvoir judiciaire, les élève du droit de remontrance au droit de veto, et usurpe ainsi à la fois sur la nation dont elle n'a pas de mandat, et sur le Roi auquel elle doit l'exemple de l'obéissance. Pour la première fois, sortant du long silence du grand règne, nous voyons s'agiter et murmurer dans l'ombre ces conseils secrets qui nous mèneront aux assemblées publiques. Le flot tumultueux des Enquêtes ne s'arrêtera plus dans ses débordements et ne rentrera plus dans son lit. Déjà enlin, en cette heure orageuse de la Régence, nous vovons poindre et se dessiner ces symptômes d'ambition et d'empiétement qui vont taire du Parlement , jusqu'alors grave sanctuaire de la justice, l'arène des débats politiques et le premier théâtre des passions révolutionnaires. Le moment est donc unique pour l'observateur, avide de voir germer les grands effets dans les petites causes. C'est pourquoi il faut savoir gré à IMarais de lui avoir consacré un chapitre à part, écrit avec l'abondance de détails et la bonhomie qui caractérisent ces historiens inférieurs mais si utiles, que d'Argenson appelle des historiens • minutistes. >•

Le procès-verbal de la fameuse séance a paru imprimé et on peut le lire, entre autres ouvrages, dans les Mémoires de la liégence (1) et dans les .hicicnnea lois françaises (2j. Mais ce |)rocès-verl)al ne saurait donner la physionomie, l'accent, les passions diverses qui

{\\ Wit. rn:. vol.; Amstenlnm, XM\. t I, p. i^i".. ^2, Par Isamlterl, I. XXI, p. -i.

i:.! NOTICI

rrluiiinien*iil rf> reiii.irqiiabli's drb.its. Aprrs iivoir lu c»' compte iviidu , ckins sa >< ' - it sou t\.iftitiult', il faut lui coufrouter rf«i)ui$8e lt*f;rre, u. , ..a s,uis llucssc, de Marais, (|ui auiiuc, d "un prtiiiitT rt>iip (If crayon , vv dt>ssin inerlt* du n-dactour officiel, et sur rt* croquis iiironiph'l mais (|(ii cuiiuncncc à vi\rc, il faut draper la pbras^ I' ' ■ * de S;unl-Sinjon , (jui, tout entier à sa passion et a sa vene. ^ i ilgrc lui le hcleur de i"oi|;ueil et de la li.iine qui l'inspirrnMit. KlsiToii veut tout a fait pénétrer dans l'esprit du temps r' nr la coulisse avant le théâtre, il faut demander à un autre

mil 1- ji-is calme mais non moins indiscret, le secret des conciliabules du |Mrti oppose aux ducs. I)*\lii;re (1) et Saint-Simon sont les àcti\ introducteurs par eveellence dans ces deux mondes rivaux du l^rienieul vt de la Noblesse. Il y a un singulier attrait à les suivre, tous ài*u\ éiialement passionnés quoitjue inégalement éloquents, tous dm\ tntolcrants et opiniâtres, cntèles de prérogatives hostiles et d'ini*(iiinliabb>s chimcres, tous deux couAittant poui ii' privilège au Doin du droit et de la tradition , tous deux dignes représentants de maurs dégénérées, dignes champions d'une de ces luttes d'étiquette que multiphera a l'excès une épo(jue ou le mérite ne donnant plus les ranpi. la \anitc prend la place de l'émulation.

Quand on li-s a entendus l'un el l'autre, on n'ignore plus rien des mobiles s*'rreLs ««t des |)reparalifs de cette lutte soleiuielle (pii faillit ratra%er le règlement impérieux des affaires de l'Ktat, et menaça de changer en une dispute de salon ces débats consacrés aux destinées de In France. C'est dans ces tableaux instructifs (pi'on peut voir l'anilition inipatiente trafiquer, jusqu'aiq)rès du lit du roi moribond, de M-s trahisons intéressées, (l'est l.i (pi'on voit des ministres courli- Mn^ rendre, pour les faveurs du nouveau UKulre , les conddenees de raiiriro. C'est la «Mifin qu'on \oit s'agiter les com|M'liteurs cl leur parti.

4u moment où s'ouvre la sciMU-, le duc du Maine la traverse de •on pw'd l)niteu\, cherchant a réunir autour de lui ces amis douteux qu'il ne Kait ni attirer ni retenir. Kn vain stjiiffle par ses aml)itieux conunenvinx , en \ain échauffe de cette ardeur de domination (|ui detore sa friHe el intrépide fennne , il s'arrête a moitié de sou rôle. ÎM h.^tive éducation politique ne lui a donné que le goiU du pouvoir ••nslui en préti-r la dignité, et rintcntion d'être énergique sans lui en tairr trou^tT r<McaMon. I,e duc d'Urleans, au contraire, dans son acliirit^ voilép d'insouciance , arrive aisément à ce but qu'il feint d^étiler. .Sa nonchalance est pleine d'habileté, et son silefice lui-même

(I) IliattiNI de rr qui M> pMu» au l'urlrinfiit di- Pari» a la mort di' lx>uit XIV ànùi rf «rfifrint«c I7li>. tUvMr Rrlr»»i^,l^ Utiiw VI, p. f. ( 2* MTIk ,.

SUR LK FUAGMIvM QUI SUIT. lôô

est un iirt. H se laisse conseiller ce qu'il veut fiiire ; il s(jutlre en souriant qu'on le pousse où il voulait aller. Il excite ses amis de son indifférence; il les échautïe de sa tiédeur calculée. Hier seul, il est aujourd'hui entouré. On se presse autour de lui a l'étouffer, connue pour effacer a ses veu\ la place, hier encore si vide, de sa disgrâce. Dans cette trame insidieuse qu'a préparée Dubois , invisible et d'autant plus présent, tombent, l'un après l'autre, les courtisans de Louis XIV, prêts, s'il le faut, à devenir, pour se racheter, ses détracteurs. Le futur régent sourit à tous avec cette coquetterie que donne aux plus insoucieux l'attente du pouvoir, heure unique de bienveillance. Et ils se laissent tous prendre à ces promesses d'autant plus charmantes qu'elles ne précisent rien, d'autant plus prodiguées qu'elles n'engagent pas. A ce moment , JMiilippe touche au caractère par l'absence même de tout caractère. Il a tout prévu, en effet, puisqu'il a prévu même qu'on se compromettrait pour lui. Quel besoin a-til de se compromettre lui-même.'' IKn'a garde, et paraît désarmé au milieu des précautions qu'il a prises, tt c'est sous le masque de l'indifférence la plus complète, de l'incertitude la plus incurable qu'il caclie ses desseins. Qui ne s'y tromperait à le voir, et qui ne s'indignerait naïvement, comme Saint-Simon, de cette insouciance si bien jouée qui semble ne pas désirer le pouvoir, ou de cette confiance encore plus habile qui semble ne pas croire qu'il puisse échapper.

Le caractère principal de cette séance fameuse et qui en fait une si bonne comédie , c'est que tout y semble imprévu et que tout y a été calculé. Chacun se déliant de l'entraînement des circonstances y est venu avec son bout de rolet. On y improvise des discours délibérés la veille; on y propose des plans concertés d'avance, et on y prend l'avis de gens (pii ont déjà enchaîné leur liberté. .Saint-Simon attache pour les ducs le grelot dune protestation que chacun sait être inutile, et le Parlement est trop heureux d'offrir la trêve qu'il savait ne pouvoir refuser. .7 la majorité du /ioi^ s'écrie-t-on de toutes parts. VA on ajourne à cette majorité, avec la solution de ce frivole différend, toutes les questions qui pourraient troubler la quiétude d'une Régence (jui semble être l'avènement de tous, tant elle promet i\ tous. La leçon de cette comédie, je ne retire pas le mot, c'est que dans tous les événements graves, il faut profiter des occasions sans dédaigner de se les ménager, (l'est ce que Philippe d'Orléans (il a merveille et ce que ne sut pas faire le duc du ÎSLiine, qui pouvait avoir autant de partisans que lui, s'il se fdt donné la peine de les chercher, puisqu'il offrait encore plus de garanties, étant moins intelligent que son compétiteur, et aussi faible.

F.t après s'être donne le plaisir d»' l'analyse, si l'on veut voir les choses de plus haut, dans leur ensemble, il faut lire h's deux derniers

IM NOIICK Sl'R LE FBACMENT QVl SVIT.

chapitrai de lliiltoirf^des Derniers quinze ans du règnede Louis .\If\ par le r^grellablo Knu*st Mon-t, et rinliotliHtion ilc V Histoire de la Hégemcràe I^'montoy, l'un si éloquent, lautiv si (Muslii)ue , riin la niion spiriliielle. Tautre la raison émue.

ANNEE i7V6,

JOURNAL DE CE QUI s'eST PASSÉ AU PARLEMENT A LA MORT DU ROI LOUIS XIV.

Pu lundi 2 septembre 1715. — Sur l'avis reçu hier de la mort du Roi, la compagnie a été convoquée par billet, attendu la tète, et ajournée j\ ce matin, avertie que M. le duc d'Orléans se rendroit au Parlement pour y demander la ré.^ence.

A six heures du matin, MM. se sont trouvés en place dgns la Grand-Chambre, MM. les présidents dans les bas sièges (1).

M. le premier président a dit à la compagnie qu'il seroit délil)éré sur plusieurs grandes et importantes affaires, qu'il avoit prié d'assembler de bonne heure pour recevoir la lettre de cachet du jeune Uoi et en faire la lecture avant l'arrivée des princes.

Il a ajouté qu'il croyoit être bien informé que MM. les ducs feroient des incidents sur deux prétentions agitées du vivantdu feu Roi (2) et qu'ils pensoient même le faire

(I) Les hauts sii'pps ctanl réservés aux pairs.

(?.) On |>eiil lire dans 5aiiit-Siinon, qu'elles passionnent étranpemerit, el qui leur consacre pres(pit> tout le tome \l, le tlrlail <ie ces querelles d'i-lMpictU' (pii nous semblent aujourdMiui si ptirriles. Il n'en était pas de ménu' a umé|)oque ou les distinctions sociales, déjà meuacV'es par ces usurpations qui |»rfrèdent l'i'j^alilé, se dért'ndait'nt avec une sorte d*oiitrau««' d»'«;t'>.p Tfe. I,'a(faire du lionnel, par exemple, pasMonna la cour et la ville, et (adiil amener une

tô» MKMOIRK.^ |)KMATHII.Ï M VUAIS.

avec une vivacité capaMf il.' li'»>ul>loi' l;i Compaginc et crinleriiunprc des ili lilK-ralions séiieiises, (lu'il cUMiiandoil à MM. if qu'ils juneoient à propos de faire, s'ils voiiloient dissimuler au cas que MM. les ducs innovassent ou s'il convicndroit de quelque chose, qui empùchAt les ducs de se prévaloir du silence que Ton garde volontiers, de peur de rompre une séance dans laquelle des matières aussi sérieuses alliaient être Iravaillées.

l'ti «l»* MM «-••ni ;« opiné A dissimuler, attendu les circonstance^

Tous et M. de Novion, qui a digéré Tavis, demandent que si un duc innovoit lorsqu'on lui demandera son avis, M. le premier président lui diroit poliment et avec douceur: Monsieur, vous n'opinez pas. S'il insistoit, il lui diroit : Monsieui-. si vous ne vous mettez en règle, vous êtes cens*'* ne point opiner, et votre voi.v ne sera point «•omptée, et passeroit à un autre et ainsi de suite.

(^♦•tte délibération \ assistée) les gens du Koi ont été mandés, et on a porté la lettre de cachet. M. de l'ieury a fait un discours en peu de mots très-convenable. La lettre lue, on a remarciué que les mots qui avoient blessé le Parlement en HiVit en étoient j'etranchés (1).

On a ordonné qu elle seroit insérée dans les registres, ellesîrens du Koi ont été chargés d'aller prendre l'ordre du Koi pour le jour et l'heure à la(juelle il voudroit reci'voir les hommages et les obéissances de son Parlement. ♦"••'' fini, on a reçu M. de la Itoelietoucauld, pair de

ir««*lut I poiirlaiit qtioile savoir c|iii dis» pairs on «lu premier

I''^*- ' , ! T S'ill ( l(.||H*ail.

^jiMiiUr \e% ii/pn% (In Roi a|t|H)rUTc>nl la IrUn* de cachet du Hoi par laqiu>ll«'

I ' f.'.ii « Uirofnpa{{'ii*'la niorl du Icu Hoi son bis<n<>iil «•( Tinviloit a r.on-

• •'" * (oA(ti<Ni« iMMir le hien de la jnslic»' v[ de nofi .servKe. M. U' pre-

« Murr iMoiilrtil Ul rmiarqucr avec raiw^n que dans celle lellre, il n'éloil point

uiriilioa • . III! (le Ir.i.i, apn-s la mort de Louis XIII, de

■'i»ltimt\r licnl. • ( Hrlalion du T. d'AliKf j l-a m^m»' ol»-

MvfaUoc, ^iM! le f*aflm»rtil av«it a cfeur, eut /aile dans le procès- verlid un-

Pftttir- Voj.k* Mmufirt-M de In Hfgfncv m\ <•»! la Irilrr de «ach»-!.

SEPTEMBRK 1713. 159

France, quoiqu'il n'eût pas fait ses visites. Il avoit une excuse bien légitime, n'ayant quitté le feu Roi qu'à l'instant de sa mort. Quelques-uns de iMM. opinèrent de ne lui point faire cette petite grâce (1), par rapport à ce que les. ducs méditoient; mais son nom et ses excuses ont prévalu.

Ensuite, on a délibéré sur la manière de recevoir M. le duc d'Orléans, qui, avec bonté et politesse, n'avoit pas voulu exiger les mêmes honneurs que l'on avoit rendus à M. le duc de Berry, et qui se seroit contenté d'être reçu par les deux derniers présidents et deux conseillers au bout de la galerie couverte près la Sainte-Chapelle. Mais il a été arrêté qu'il seroit reçu comme M. de Berry (2).

Depuis huit heures jusqu'à neuf, tous les ducs sont arrivés; cinq ecclésiastiques et vingt-trois ou vingtquatre séculiers. Ils se sont placés à l'ordinaire coupés par un conseiller de Grand-Chambre sur le bout du banc. Sur les neuf heures et demie, MM. les princes sont arrivés ensemble. M. le duc d'Orléans, M. le Duc, M. le comte de Charolais, M. le prince de Conti , M. le duc du Maine. M. le prince de Dombes et M. le comte de Toulouse. Ces trois derniers ont traversé le barreau et pris place devant tous les pairs, comme ci-devant, sans que cela ait fait aucune difliculté ou matière de délibération.

Sitôt qu'ils ont eu pris place, M. l'archevêque de Keims s'est levé et avancé jusqu'à M. le duc d Orléans, et lui a voulu présenter une requête en forme de protestation (3;. M. le duc d'Orléans Ta prié de vouloir reprendre sa place

(1) Ce fait n'est point mentionné dans la relation du l». d'Aligre.

(9.) Voir le détail de cetle rrrcplioii dans Siinl-Siniun, édit. Haclu'll»', t. \, p. 343 et suiv. — A la date du 15 mars iTliL

(3) Selon le président d'Ali^re, le dur d'Orléans, qni savait les tôles fort échauffées ♦•! redoutait avec raison lontf discussion qui |if)u\ait être niii>ihlt' a sa propre cause, aurait |iris les devants, cl aurait, avanl tnutc prolf-talioii, exliorliles pairs à ajourner a des moments plus opportuns l'expos** de leurs griefs lcgilimes. Selon Saint-Simon, XIH, p. lie, \\:, r'e<l Saint-Simon lui-même »)ui (il la protestation et non M. de Kcnu>.

160 MKM01IU:S l)K M AlUlKn MARAIS.

el lie |MU*lt*r liant. Il a toujours adressé la parole a M. le duo irOrléftHS, vi siins penser a[)pareniinent ijiril éloit en placo et qu'il étoit pair de France, il a dit : Monseigneur, V. A. K.. (1). Son discoui-s mérite peu la peine d'être

extrait Il a conclu au nom de tous MM. les ducs (ju'il

faisoit une protestation contre tout ce (jui seroit fait contre li'Ui*s di\)its, dont ils ne se relàchoient que parce «pie .M. le duc d'Orléans l'avoit exigé d'eux pour ne |K)int troubler la séance. MM. de Saint-Simon et de la Force oiitcrié : «Acte, acte... Oui , nous étions résolus! » Sans dire de cjuoi faire. M. le duc d'Orléans a dit à M. le premier président qu'effectivement il les avoit priés de n(î |H)inl interrompre une assemblée aussi impo.sante et qu'il dt-mandoil que cela ne puisse leur nuire. M. le premier président u répondu à M. le duc d'Orléjins (jue tout ce »jur* la compagnie pourroil Taire c'étoit de l'assurer cpie <•♦' qui s<* passeroit dans la présente séance ne poni roit nuirt* ni préjudicier au droit des ducs, si aucun ils avoient. Cette altercation Unie, M. le duc d Orléans a pris la parole (2) et a tlit (3) qu'il croyoit devoir commencer \mv rendre à la Cour les dernières paroles du Kui, (pi'il lui avoit dit : a Mon neveu, je vous ai conservé l»' droit de votre naissance. Je crois avoir tout réglé après ma mort, mais comme on ne peut tout prévoir, vous •ijoulerez ou changerez ce (jue vous jugerez convenable.

ti) Au lieu tj<« Mon%irui . Le prrsiJcnl «l'Aligre Iraile durement ce lapsus ' iiiKrcillite -.

M. \f «lur cir Saint-Simon insista a flirc que co seroit «lonr pour crtlr tu** •# ii|rii„-iil l'i iMrt« le tirer a (:onH«'(|iMMiC4*. » C'est ainsi rpnt M. «J'Alii^rr piira|4ira««' IVirUnuilioii du coliTii|ue pair, arcentuée encore par Kon ^esle, U ftc Uil («•« fi»«-titto;i iiu ilialo^ue de con< iliatioii enln* le lUu- d'OrltanH et le pmnirf fHfAMtrnl

'! • ' 'i'Orl4'4n» prit la parole en H'adre«Aant a la compagnie et exi ■• ' '■ "l "«n |Mpirr, appu>c «nr son hiinau, a\rc toute la pr«'«encA J . i Mt, i [r U Mgi-tM-, loulc la (Milltcssc «'t loul»' U iiohlfss**, elr. •• SrIiHi »\' \\ .-rr, • i| driiiaiida d*atKird que le» (;rnH du Itoi fussent appelés et rAUnliiftMir r« •lu'il a«oi| 4 pro|K>»er -

SEPTEMBRE 17i;5. IG(

Je vous recommande le Dauphin et de soulaizer l'État. Il ajouta plusieurs choses si avantageuses pour moi que je ne puis vous les rendre. » Son discours fut très-éloquent : il le lisoit et son intention étoit que Ton délibérât sur le droit de sa naissance qui lui déféroit la Régence, avant d'opiner sur les différentes clauses, restrictions et modifications contenues dans le testament déposé au Parlement ou dans les codicilles, dont il étoit porteur (1). Il ajouta qu'il demanderoit volontiers à la Cour ses avis et ses remontrances dont il espéroit rétablir l'usage, etc.

Les conclusions des gens du Koi, auxquelles l'avis a été conforme, ont été à faire l'ouverture du testament et du codicille, avant de délibérer. M. de Fleury a parlé très-convenablement sur le respect du à la mémoire du feu Koi et à ses dernières volontés (2).

M. le premier président et M. le procureur général ont été faire l'ouverture de l'armoire en dressant le procèsverbal. Les cachets du testament ont été montrés à M. le

(1) Ce testament avait «té soigneiisenienl {^anlé. « Les membres du Faileiuenl " firent creuser une brèche dans la tour du Palais et renfermèrent le précieux '< A'pot sous des grilles de fer, une porte de fer et des triples clefs, conuue « pour le mettre à l'abri d'un coup de main. » On peut lire ce tt^slamenl dans Isamberl, Anciennes lois françaises, t. XX. 11 y eut deux codicilles, le premier du 23 avril 1715, selon Krnest Moret, du 13 août 1715, suivanl Isauiborl, du 25 avril, selon d'Aligre, et suivant le procès-verbal inipriux' du park-ment, du 13 avril. Il est singulier qu'il ait pu y avoir plusieurs avis sur une date autlie^itifiée par arrêt. Le second, du 23 août, siiivant le môme et li' procèsverbal imprimé. Le chancelier Voysin livra le secret de l'un et de l'autre. Cette trahison, prêtée gratuitement au duc de Noailles, lui appartient en |»ropre. — Le duc «l'Orléans ne pouvait être porteur que du secon<l codicille, que Voysin lui avait remis.

(2) Voir son discours, Méni. de la Régence, I. I, p. l.s. Il est assez singulier (pie ce fut au nom de ce respect pour les volontés du feu Koi, que contrairement aux termes exprès et très-|)révoyanls de l'édil d'aortl 171'! (|ui ordonnait de procéder, avant toutes choses, à l'uinerture et lecture du tolameut, les f;ens du roi et la cour accordèrent ce qu'on appellerait <lc nos jours la question préalable. Cette complai^ancp sauva peut-être le duc d'Orléaii-;. La tour lendrl la un de ces arrêts qui sorrl des services.

T. I. Il

I«3 MK.MOIUKS m. MATIIIKl MAUVIS.

duc il'Orlt'ans, qui au in«>nuî instant a rouiis le codicille cacheté à M. le iiiviiuer prcsiilcnt. M. de Dreux a été choJM jK)ur lire. On a coinnicncé par Tédit et sur ce «lirils'arrètiul au mot : A ces causes, etc., M. le premier présulent lui a dit : Lisez, Monsieur, c'est notre loi.

Après la lecture de ledit, on a commencé celle du li>taujent. II commeuçoit par ces mots : Ceci est notre dernière volonté ^1), tenant sept ou huit pages de la propix* main du Hoi et assez mal écrites.

Les dispositions étoienl : un conseil de Régence, com- \iOsi' de M. le duc d'Orléans, (jui en seroit le cliel', et de >L !«• Duc loi^squ'il auroit vingt-cjualre ans accomplis, de M.M. les ducs du Maine et de Toulouse, de M. le ('liancelier, chef du Conseil Koyal, des juaréchaux de Villeroy, d'Iiarcourt, d'HuxcUeset Tallard ^-2), de M. Desmarets, des quatre secrétaires d'Ltal, pour les atïaires y être délili« r«*es à la pluralité des voix, et, en cas de partage seulement, celle de M. le duc d'Orléans décideroit; que s'il m.inquoit un des membres de ce Conseil, il seroit remplaré à l.i pluralité des voix. Qu'il seroit composé un conseil de conscience du confesseur, de quelques pré-

(1/ • M. le premier président Rortilavec M. le procureur général et M. Doii-

• Km* < <\f. trois cl<*f> liii lieu où le testaiinMil a\oil «'t<* (l«>pus«'. Hevenii -ni I >1 tira le teAlaiiieiil de la liolte ou colirel ou il eloit renleruie , " ht MitT a M. le duc d'Orlean» que la suscriplioii doit de la inaiii du Uoi,

• ci que t«f ca< ' ut vains et entiers. Il te tira du pa|iier ou il etoit eiive-

• hi|ip**t coupa ' •< riM'anx <pii lui furent donnes par M. le prince de

• C<Miti le Uc» lie Mjie qui le lenoit altaclié sou^i le conlre-scel de l'édit , en

• lunne de lettre* patentes qui ordonnoit !•' dépôt, l'ouverture et la lecture

• du U«taaieDt et lil remettre successivement le tout entre les mains de

• M. Drc«» pour eu faire Uiut haut la lecture. » ( D'Aligro.)

I>«^ litre de M. Dreux à ce choix était » (pi'il liM)it liien et d'une voi\ lorte

• qui icroitbMa entendue di tou», de la place ou il etoit bur ie:» bières hauts,

• derrière le» prr%kkut», pre^ de la lanterne de la buvette. » (Saint-Simon.) I f «HWftiit per ce» iiwlii : « Ceci est noire disposidonef ordonnance de

' r mètre voloiUe et liui*»ait a la dernière page pai ces mol« : " lait a

• Hêtij le deuiirme d'ao^it 17 14. Lulih. (i'roces- verbal imprimé des Mém.

. I li.iiv • I.- cinquième était Nillar».

SKPTEMBRK 171o. 163

lats (1 / choisis par le conseil de Régence, auquel les bénéfices seroient distribués sans que le chef du conseil en pût disposer, non plus que des charges, emplois et dignités : que la garde et tutelle de M. le Dauphin seroità M. leducdu Maine, qui auroit toute autorité sur les troupes de la maison du Roi et les commanderoit sans que M. le duc d'Orléans put en disposer ni transporter le Dauphin d'un lieu à un autre sans l'avis du conseil de Régence (2).

Un long article sur les Invalides : un de même pour Fabbaye de Saint-Cyr.

Le codicille ouvert • 3j, on en a fait la lecture, il ne contenoitrien de bien essentiel; il ordonne que le jeune Roi soit mené à Vincennes, parce que Tair y étoit bon : que du moment de la mort jusqu'à l'ouverture du testament, M. le marquis de Villeroy auroit le commandement de la maison du Roi : qu'il seroit gouverneur du jeune Roi (4) : M. de Sommery et iM. de Geoffreville, sous-gouverneurs; que iM"'^ de Ventadour en auroit soin jusqu'à sept ans. M. de Fleury, ancien évè(jue de Fréjus, nommé précepteur (2° codicille du 23 août , et, par une apostille, le I\ Le Tellier, confesseur, lorsqu'il seroit en âge.

La lecture linie, M. le duc d'Orléans a dit qu'il avoit lieu d'être surpris de ces dispositions si contraires et au droit acquis par sa naissance, et à ce que le Roi avoit semblé lui désigner dans les derniers moments de sa vie (5), qu'il auroit remarqué plusieurs choses qui le bles-

(1) « Den\ t'V(îques ou arclievt^ques. » (I)'Aligre.)

(2) Ainsi que le remarquent Saiiit-Sinion, Isambert et E. Morel, la Ré;;ence dans ces conditions n'était plus qu'un vain titre. Nulle part, ce testament n'a •'lé aussi exactement analysé (ju»' ()ar Marais.

(:}) « Et ensuite les <leux co iicilles ap[)ortés, dit le Procès-verbal ^ par M. le •< duc (rOrlcans, et mis par lui entre les mains de M. le premienvrésidcnt, ont « (II* pareillement lus. Ils rloient dans une môme feuille de papier, le premier « daté du V.\ avril et le second du 2.J août dernier 1715 et ils n't'toient point « cachetés. »

(4) «' Ou .i son défaut le niaréclial d'Ilarcourt. » ( D'Alij^re. ) (ô) Saint-Simon et Dan^eau lui-même attestent ees bienveillantes paroles

161 MKMcMBb:^ nF MVIIIIH MMWIS.

soient vi qui inlôn'ssounl les pnnci's du sant;- dans la lecture ihi IcMainriit. it (lu il porsisloit à tlcmandcr (jne la cour ui*in;\l sur le ilroit de si naissance et sur la Kégtncc ijui de\i»il lui être délerée, ai)rès (|uoi il teioil des cleiiiandessur les clauses du testament (1).

[jcs u-ens du Hoi ont conclu à lui dt l'éicr la Hégence, comme lui étanldue parles droits du sang : Tarrèt a été

conforme.

M. le duc d'Orléans seinbloit souhaiter que Tarrùt l'i\t prononcé. M. le premier président lui a remontré qu'il ne le seroil qu'au lit de justice, mais qu'il ctoit arrêté et ne seroit pas moins stable.

M. le duc d'Orléans, déclaré Kégenl, a demandé (lue M. le dur *]'■ r.Minlwin '1 , (jui, parle testament, nedevoit

qui ne (•'iDoigiiriil |>a!> autant de llis^illl(llali«)l) «iti'oii Ta <ii(, mais simpliMiiciit le cuiiibal |hi|m1iuI lie m'j dis|»osilioii> piThoiiiiclW's et drs ptV'Vt'iilions (|n'(»ii loia^ait MJtti^iTi es, el au fond ce ^rand dr^ir de tons les niuuraids, iK- inoniir es |Mii avrc toiil le niunde. Seul, le Procès- verbal, in)|iriini> à la siiiUvdes .W> muHres de la Hegence^ I. I, a r«'|»rodiiU vyt^ paroles avec une e\a(liliide qni loable s«i^U^ante.

(l)TH fut m offel l'ordre de la discussion, d'une si lialiili; nittlKHle. Seuls l« Pmr^f verbal impriuM* et Marais l'ont repro<itiite dans cet ordre (|ui semble inlFrvrrti dan» le n-cit di' Saint-Simon et celui de d'Aligre. Celui-ci, après avoir tir%- nettement indiquf que le duc d'Oibans consentit à rou\erlure el à la krture du tr^tanient , a condilion (|ue la cour délibéreront d'abord sur les droiU que lui cuDiérait sa naissance et ensuite sur ceux que lui donnait lu le»Uiumt, et avoir même ndicitc le prince de cette déférence, ne dislin;;ue plus A^nk le diftcourt du duc d'Orléans, ni dans les arrêts de la cour, {-^a deux pénoiif» b«m traiK lirr«, (oupée* par un avis des ^cns du Koi cl une mise aux voix, Saiot-Sim<fn dr même. Il y eut deux discours et deux votes après l'ouverture et U kfrturr du testament faites conrormcment à un ttrcmier avis. Discours et vole Mir 1m droit* que la naotsant e dunnail au duc d'Orlcans, discours el vote UK le* dHkpo«ilion« du te^tament qui |>ouvaient lui (aire Khef. Marais ^arde ^r ce tt%\ttiK Atr% \\\f,\ws p«»MmtielleK , une biimblc mais réelle snpcriorilé viir le iMndlanl Saint- bimon et d'Ali(;re le diffus.

>i« fteul a indiqué l'Iiabilete avec la<pielle le <iuc d'Orl<an6 commence pour le» autrf^, a«anl de demander pour lui-même Seul ausKi il •a doc d'Or|ran% la viUrc^; ou \\ a\ait puin- m;s projets de couverpar cMiAetU. Le duc d'Orléans ne dut pan, pour en K»rdcr tout le mé- ' rtiM le« avait troiiv« « dann l.i cmsetlo du duc ilc lloiir^ogne, ainsi .•r ri le \nwé%-\vt\t»\ le lui font |iroc|aiiMT.

SKPTKMÎ5KK 17 lo. 165

entrer au conseil qiKà vintit-quatre ans accomplis en fut dispensé ayant vingt-trois ans. Qu'en qualité de premier prince du sang, on lui accordât le titre de chef du conseil de Régence. Que les princes du sang pussent entrer au conseil à vingt-qualre ans commencés; qu'il souscrivoit à la tutelle du jeune Roi donnée par le testament à M. le duc du iMaine, mais que le commandement des troupes étoit tout à fait séparé, qu'il lui appartenoit comme Régent; que l'autorité en France ne se divisoit point; que pour le conseil il avoit des desseins qu'il n'avoit pas encore eu le temps de ranger ; qu'il estimoit qu'il étoit nécessaire d'en former plusieurs pour chaque affaire particulière; un pour les finances, un pour la guerre, etc., qui ressorliroient tous, pour ainsi dire, au conseil supé-

Selon d'AIigre, la séance fut levée ôès que M. le duc d'Orléans eut exprimé les observations que lui suggérait le testament. Selon le Procès-verbal et Saint- Simon lui-même, ainsi que selon Marais, la parole fut prise tour à tour par le iluc (l'Orléans, le duc de Bourbon et le duc du Maine, et la séance ne fut levée et remise à trois heures qn*a|)rès avoir ouï les sens du Roi, et tranché les [)rft. mières questions soumises à l'appréciation du Parlement. iMais ce que Saint- Simon seul a dit, parce que seul il l'a vu, et que seul placé pour tout voir, "ri avait aussi l'art <le tout dite, c'est racharnement delà lutte entre le duc «l'Orh'iiis et le duc «le IJourhon d'une part, et de l'autre le duc du Maine. Le débat, <jue le Procès- verbal et d'AIigre réduisent impitoyablement aux formes solennelles du discours, fui bien autrement vif, bien aidrement passionné. F. a diseus.siou «jui dégénérait en dispide, fut transportée dans la salle <les enquêtes hors de la présence du Parlement, et là s'y prolongea et s'y échauffa au point que La Force et Saint-Simon, effrayés de la tournure (|ue prenaient les choses, étonnés de l'opiniùlre résistance lUi duc du Maine et de sa fermeté imprjWue et redoutant pour le duc d'Orléans les suites d'une querelle qui l'abaissait et (pii pet nietlait aux partis de se conq)ter, aux enthousiasmes de se refroidir, aux consciences de se troubler, dégagèrent fort opportunément et fort heureusement le prince on faisant ajourner la suite des débats. On devait profiter de cet intervalle pour se réunir, se concerter, et |»reiidre tien dispo- Mtions décisives. .Selon l.emontey " il fut troublé, inégal, iujprudent et cii « tout au-dessous de lui-même. » Peut-être est-ce là un jugeinenl Irop sévère. « Il est néanmoins c«*rlain ipie par l'habile diversion qu'ils lui suggéiéienl, La l'orcc et Saint-Simon rendirent au régent, qui avait perdu son sang-froid, un service signalé. C'est l'avis de, Duclos. Il faut lire dans Saint-Simon ( t. XIII, p. W'J à l'.>.')) les péripéties émouvantes de cette lutte, rarontéo en termes ardents par un témoin si intéresse et si passionné.

riinir dv U Kôgencc, mais «ju'il lui lallDil [»liis dr Icmps |Hmr preiulro sur cela dos arrani^aMiionts certains ((u'il i*omimini<iueroit à la Cour.

Apn's lui, M. \o Huo a demandt^ qu'il piU exercer la i-harm* deirrand maître et (ju'il fût déclaré indépendant de M. h' duc du Maine à «pii il n'ohéiroit point.

M. le duc du Maine lisoit un i^rand papier (pii avoit trois |Kii:<^ écrites in-t'olio. Il a dit cpf il avoit bien senti «pie le Koi l'avoit honoré dans un emploi au-dessus de lui, qu'il le lui avoit même représenté lorsqu'il lui avoit fait quel«pieN ouvertures sur ces dispositions, mais que le Roi lui avoit fermé la bouche en lui disant de respecter SCS voloulés, que cependant il demandoit à la cour de ré::ler ce qu'il de voit être : de ne lui point laisser un nom dénué de toute fonction et de toutes autorités et de faire en* sorte qu'il puisse avec honneur exécuter les volontés du Hoi.

\a'S gens du Koi ont dcMiuind»' d'alhn' délil)ér(;r (piclques moments. Tous MM. les princes y ont été aussi : M. le duc d'ilrléans a demandé de pouvoir se lever, et a été conduit à la quatrième, où il a eu une petite conférence avec les gens du Koi qui , étiint rentrés et tout le monde ayant repris .>a place, ont dit :

Uue pour les premiers articles des observations faites |>ar M. le duc d'Orléans sur l'âge de M. le Duc rien ne lui *pm!)loit plus favorable : qu'il avoit vinLzt-trois ans, que dans \r> choses favorables, etc. Ils ont conchi à accorder len deux premiers articles.

Pour les difticultés tpii se sont élevées entre M. le duc d'Orléans ««t M. h* duc du Maine, au sujet des dispositions du t«*Mamcnt, aussi bien (pi'aux idées que M. le du< d Orl/'ann venoit de communi<ju»r à la cour sur l'établisseineiil «l«s différents conseils, la inaliric j)aroissoit si ifii|H>rtaril«' qu'il falloit prenrlre un peu dcr temps pour ♦-n drldxTrr à lAte repos<'e, et donner à M. le duc d'Orb'-ann le if^m]t*< d»* diL'én-r rr rpTil avoit intention de pro-

SEPTEMBRE I7ir>. ir.7

poser à la coiir^ qu'ainsi ils étoient d'avis que la séance fût remise à un autre jour ou à l'aprôs-micli.

On a opiné et déclaré M. le duc de Bourl)on chef du conseil de Régence, queiMM. les princes pourroient entrer au conseil avant Tàgede vingt-quatre ans commencés, et sur le surplus, la séance est remise à trois heures de relevée, de l'agrément de M. le duc d'Orléans, qui a eu la politesse de demander à M. le premier président s'il n'y avoit pas quelque affaire que cela pût interrompre. M. le premier président a répondu qu'il n'y en avoit pas qui ne dût céder à celle qui se traitoit.

Du même jour y 3 heurei> de relevée. — La séance, interrompue à une heure, s'est rassemlilée à 3 heures. Les gens du roi mandés, M. le Duc a pris la parole, et a dit qu'étant déclaré Régent il ne pouvoit s'assujettir au conseil de la Régence dans les termes portés par le testament, non qu'il eût quelque peine à suivre la pluralité des voix, qu'il y consentoit de tout son cœur dans les affaires, mais pour la distribution des grâces, des charges, des emplois, des bénéfices, il seroit inouï, s'il n'en avoit seul la distribution , qu'il étoit même nécessaire pour le bien de l'État qu'il pût à son gré récompenser les services de ceux qu'il connoissoit ou connoitroit à l'avenir qui le serviroient bien, et encourager les autres à le bien servir par l'espérance des grâces. Qu'il vouloit être libre pour faire du bien et qu'il consentoit à être lié pour ne pouvoir faire du mal à personne (1), qu'il persisloit toujours dans la résolution de former plusieurs conseils, un pour les finances, un pour la guerre, un pour la marine etc., qui ressortiroient au conseil supérieur de Ré-

(1) Paroles heureuses, qui provoquèrent un sjinpatlii^nc applaudissement (le I*assemt)I«'e , et furent fort piOl«Vs du public. Les pen^^ du Hoi, dans U*ur discours, supplient « la cour de conserver à jamais dans ses registres ces pa- « rôles m('morables de M. le duc d'Orléans : ■ Qu'il n« vouloit être indépeii- « dant <nic pour fniic le bien et «ju'M consentoit qu'on le liAl tant <iu"on le '« voudroit pour ne point faire le mal. •>

168 MKMlHKKS l>K .MAlIlll-l MMlAlS.

geoee, mais qu'il lui lut liluv dv choisir ceux (jiril y aiiuu'llroit . ilVn pouvoir aui:mcntei' ou diniinutîr le noiulin' prt'Si-rit parle testunient, (ju'il estiineroit nécessaire de former un conseil de conscience où entreroient deu\ prélats et uiaLrislrats instruits des lois et des liliertés. qu'il se réservoit de choisir dans le Parlement.

^ue pour l'article (jui concerne le coinniandenient des troupes, il srroil sans exemple que l'autorité lût i)ar- UVfii'L' : (jue, comme Récent, il devoit seul commander, que le repos de TKlat y étoit intéressé, que quoiqu'il n'eût aucun soupçon contre ceux à (jui le testament contioit Je oonjmandement, il ne pouvoit, si ses dispositions suhsistoient , répondre de la tranquillité du royaume ni des divisions intérieures; qu'en un mot, il [)rélendoit avoir seul le commandement des troupes.

\jes trens du lioi ont parlé, et après avoir louélamodérati<ui de .M. le iiét,'"ent (jui consentoit de se soumettre à la pluralité des voix pour les affaires, ont été d'avis de ne l'y point assujettir pour la distribution des emplois, des grAces, des bénéfices, en lui donnant acte de cette déclaration , de le déclarer libre de choisir telles personncsqu'il voudroit, d'augmenter, diminuer ou changer le rons<Ml de Kégence, de former tels conseils qu'il aviseroil dont il feroit part à la cour. Ils déclarèrent que M. le duc fil! Bourbon «'xercrroit sa charge de grand-maltre if)dé|NMid.imm<'nt de M. le duc du Maiix;.

L'arrêt a été conforme aux conclusions.

Sur le eoinniandcment des trouptîs, on ajugé (ju'il ne |N>uvoit être divisi* et (pie M. le K('gent seul devoit ordonner, nonob>tanl le tempérament (pie MM. les gens du roi avoient pr()p(jsé, le croyant possible, (jui étoit d'ordonner que le guet, ou les troupes, j()urnell(Mn(;nt employée^) a la garde du lioi, obéiroient, jiour h; temj)S seuleiiM nt (ju'elles seroient de garde, à M. le .duc de Maine : ce qui a été ju;.'é iinjiossible.

L^arrèt convenu, .M. le duc du Maine a i(j)résenté à la

SEPTEMBllt 17 li). IGî)

cour que puisqu'elle venoit de juiier que M. le Kégent devoit seul commander toutes les troupes, il ne se trouvoit plus en état, n'ayant aucunes troupes à sa disposition, de répondre de la sûreté du jeune Roi que le testament lui confioit aussi bien que son éducation , et qu'il demandoit à en être déchars-é.

Les gens du Roi ont demandé quelque temps pour aller délibérer.

Eux revenus, ils ont dit qu'ils estimoient que M. le duc du Maine devoit se contenter du titre de surintendant de l'éducation du Roi, et qu'il falloit le prier de se concilier avec le Régent sur le commandement des troupes et chercher quelque tempérament qui pût en approchant des dispositions du feu Roi se trouver praticable. Sur cela, iM. le duc du Maine a dit qu'il persistoit à demander acte à la cour de ce qu'il ne se chargeoit pas de la sûreté du jeune Roi.

Les gens du Roi , après avoir encore délibéré, n'ont conclu rien de précis, ont dit que le peu de moments qu'ils avoient eu ne leur avoit pu fournir d'expédient pour accommoder et concili«îr celte difficulté, qu'il falloit, pour une chose de cette importance, plus de temps, d'autant qu'ils éloient peu versés dans ce qui regarde la discipline militaire, et qu'ils demandoient que la délibération fût remise pour trouver cet expédient et cette conciliation.

Sur cela, les gens du Roi retirés, on a demandé l'avis.

M. le Nain, doyen du i*arlement, a opiné aussi peu dccisivement que les conclusions, ce qui a fiif dire à M. le duc du Maine que cet expédient ne se trouveroil pas et qu'il demandoit acte à la cour, etc. M. le duc d'Orléans a pris la parole, et lui a demandé ce qu'il craignoit, [)()ur avoir tant dv scrupules sur la sûreté du jeune Roi. M. le duc du Maine lui a répondu (ju'on ne pouvoit prévenir aux troubles et quchpie autre cas. Sur quoi M. h' duc d'Orléans a repris qu'il comptoit [)cu ipiiltcr le Roi et

170 ilKMOIHKS l)K M VniIKH M VRAIS.

|HHi\oir ivpomlre dr sa poi-soniu*, sans avoir besoin que a aulivN vu vv\}o\n\vu\. Uiril seroit pour cet effet mené à Vincrnnes, où il seroit comme j\ Paris, et s'atiressant î\ M. le premier président a dit (pie, quoique ce ne fût pas à son rani: d'opiner, si la cour l'agréoit, il lui demanderoit de donner acte i\ M. le duc du Maine.

t)n a opiné, et xM. le duc du Maine a été déchargé de la sûreté du jeune Koi (1).

(I) Pour louU- celle seconde srance, les divers récits sont à pou près conr»rd«iit«. 1^ plii^ «'xart de tons, (]uoiqiH' sans minutie, denicnro celiii tic Maraù. M«K (c qm* Marais, je le répète, n'a pas pu dire, parce qu'il ne l'a point vn, H parr*» qu'd ignore ce grand et haut langage politique que manie si luen Sftint-Mnion, c'est le delad des scènes, c'est l'attitude des divers acteurs el de* spectateurs eux-mêmes, c'est le caractère enliu de cette iuenu)rable discn&ftion. Saint-Simon juge tout ce spectacle en homme (jui en connaît à fond k% pcfM«iUKt^. Majais, lui, n'énonce aucun autre avis (|ue celui du hon sens. Cr%l «lonr a Saint Sijnon, le seul qui ail enoHcé uue opinion, (|u'il tant dem;indn- le* rlémenU de la nAtre. C'e$t d'après lui qu'il faut tirer la conclusion et rommequiilirait la mondilé de elfe comédie. C'est lui <pù nous peini le premier pcrtidrot pariagé entre son ancienne affection pour les hôtes de Sceaux, et son rrceol d«-\ouempnl au récent, payéd'ime pension de 2j,000 livres. C'est a lui quil f:tut d«Mnand»-r le double portrait du duc du Maine, si triomphant le malin, pui» «i lenac**, el le soir si découra^t- et si maliulroit. ("est à lui enlin qo'd tant demander de caractériser cette dél|ib«'ration lumultuciise, sans di- |;di('- et MM* ordre, on testametd el coilicille sont abrogés " piémainrément fl C4irnme par um- indignation soudaine. » IJcs (pierelles de salut et de bonnet, de* tralii»on«, de» plalitndeft, des serments violés, <le« consciences vendues, un ptilf I ni ambitieux et vrnal, se pncipitant au vote " a>anl l'orlre, » (onune ioipslîeot de m* proktduer, mi gouvernement de conseils «pii multqdie les pbre« el le* ionuenreu, voila len <li^nei» préludes d'une époque où tout dègè- •érrra d«* plu* en pUis, les hommes el les choses, les événements et les carac- U^rt. ^tfM(ur de rou«» et de luianciers, oii le plaisir devlmt runi(|ue affaire, iHi Poo (x-ut l'^nt -e donner, même la considération , et où commence le culte corr<ipt«'iir du 4U(c<->«

tjn ce qui louche le Parlement, je sais bien qu'il ne va pas tarder à revenir éÊ Mi roivrementA. Je %»*% bien que va c^)mnieneer c«tle lutte de la force rrrotr»- le droil , «lu \>ou plaiMr contre la loi, qu'on a déclarée sidilime. Pour OKH. je nr «rrt* dan» re*, remoiitranccH tant vantées, qu'une indiscrète ini- Million «lan« 1^ afUirr^ puliliqu<>i( , qu'une marque de plus de cette confu- MO* «1 1 permettait au jn;<e de m* croire iégi-dateui, (\\U' le dernier et

alenk .. .: . une u«ur(>ation Iraddionnelle, que le cri importun de la vanilé MeMee oa de rambilkm déçue. Ué% l'origine , cette lutte des parlements contre TmÊtûrtU" •* montre dan* «•» rnohIleK indigncfi et secrets, et je ne me prends

SKPTEMRRE 1715. f71

Après cet arrêt, M. le duc d'Orléans a fait un petit remerciaient à la cour et l'a assurée qu'il travail leroit sérieusement au bien (1) : il a ajouté que les ducs lui avoient réitéré leurs demandes à ce que la cour leur donnât acte, etc.

A quoi M. le premier président a répété ce qu'il avoit dit le matin. Pour cela, M. de Saint-Simon a crié : a Inscrit dans vos registres qu'à la considération de iM. le Régent nous n'avons rien fait, car nous étions résolus et trèsrésolus )) M. le président de Novion a dit : «Non, Monsieur, on n'en mettra pas un mot dans nos registres. » iMais, a encore crié M. de Saint-Simon, acte de nos protestalions A qui le demandez-vous? a dit iM. de Novion.

Est-ce à la cour? Oui, à la cour. Cela étant, vous la reconnaissez donc pour vos juges? Non pas, a dit M. de Saint-Simon , qui ne s'attendoit pas à l'argument pressant de M. de Novion. M. de Villars a pris la parole et a raconté une prétendue histoire, (|ii'il a dit tenir du lîoi : c'étoit une conversation dans laquelle, ayant, dit-il, remontré au Roi (pie le Parlement tenant à présent lieu de la cour des Pairs, il lui semljloit peu séant que M. le premier président refusât à ces Pairs un coup de bonnet : que le Roi avoit répondu que cela lui sombloit extraordinaire, ajoutant que ces paroles d'un si grand Roi sembloient devoir juger l'affaire. Et moi. Monsieur, lui a dit à l'instant M. le premier président, le Roi m'a fait l'honneur de me dire, lorsque vous avez voulu agiter vos prétentions, qu'il falloit tâcher de vous concilier, mais (pi'il

plus à ces semblants d'indépendance et à ces affectations d'antoritr auxquels se guiiideiit en vain des nia<^istrats courtisans (pii ne songent qu'a ri'foruier l'£tal , et oiil)li«'nt .si volonliers de rtHotuier la loi, ou de se n'Iornier «'u\niêmes.

(1; C'est a ce uionient x'ulcuient que Saint-Siuion place Irlo^^c du duc de Boni-^o^^ne par le n*«enl, et laNcu <piil lui a »ni|Munl«' .-es proj»*ts di-piux-rnement (XIII, l?8). Voir, sur ces projets degouvirneinenl, lelivre de M. T. .Mesnard, sous co titre : l'iojcfs de (jouvemcmenf <lr M le fltir de nounjngne , Hnup/nn, i'{r.\ l'aris, Haclielte, Ihc.o.

i:i MKMDIHKS DK MATlilKH M AllAIS.

ne |>nMulroit jamais romiaissanco de cette atïaire. M. le dur crOrlt^ans a dit «iii'il recevoit les protestations, et cU'^'idcmit apnH avoir eiitiMidii les parties et examiné les usat^es. M. de Novion lui a dit : Monsi<'ur, le liai seul pvuf décider et différend \.0\\ a levé dans Tinstant pour se relip^r, et comme on étpit del)Out au milieu du [)ar(juet, II. le duc d'Orléans a entendu quelqu'un qu'il a cru mcconlcnt de ce qu'on n'avoit pas pris les voix une j\ une, mais décidé par acclamation , ou vœu commun, sur la dernière difticulté touchant la déclaration faite; par M. le duc du Maine, (pi'il ne se charge pas de la sûreté du Koi. 11 a demandé qu'on reprit place et M. le premier président a repris les voix. M. Tahbé Bouret, jsonseiller de la première, a dit à son rang* qu'il avoit été d'avis comme tous messieurs de l'arrêt, mais (ju'il avoit fait une observation, qu'ayant déchariré M. le duc du Maine de la garde d** la silrelé du Koi, on n'en avoit chargé personne : à quoi on lui a représenté (pie M. le Kégent en étoil chargé di' droit et nécessairement : tous ont opiné unanimement. M. le comte de Toulouse seul a dit (ju'il ne pouvoit être

I ' ~> inoii n'a nanle de <Iirp un spuI mot •It' ct'Uc scrnc (inalc, peu à

•ofi , , ri ilnnt l'Alii^n* si* ^ardr bu'ii «romcUr»' W inoinilr»' ddail. \.v

pmcM»Trrbal rérli^ par h Parlement passe aussi l'incident sons ? ilenre. I)'A-

't li'arrord p«)nr le raconter pre>(pi<' dans les mAme< termes.

: lome Xlli de.s Mémoires de Sainl- Simon, M. Cliern»'! a in-

•rrr un ettrait d*un inannsrrit de la bihliotlièqne du Lonvre (F. n" 401) qui

in/'ni»*^ fait^ et corrobore le tfmoi;;naf^e drsormais certain dt; Ma-

/<•. 1^ r6le jont' |»ar le pn-sideiit de Novion dans cellt' «pierelle e.sl

rmiarqiubl«. Il fut le chef de la réhitlance parlementaire, comme Saint-Si-

Wttt, oMlioii des diirs,i-l il U; Tiit av«'c un»' rnernie, une lo;;i«pie cl une

•p»' '«ri-* Il riait d'une iamille on, wlon Saint-Simon, «elle haine im-

fAêtMMe tW% r»ff'*fmtion» d« la pairie était héréditaire, et san» cesse enllannnée

it r^inii dfs Potier de (fi"«vr<>H , cadets delà familh', <pii

I' dr h'ur rapide e'évatiou le* l*olM*r dr ,\o\ion, leurs

alor«. d^fnmrr* robtn* ri houriteoi». M. de Novion ne He borna pan aux pa

'••• ' omrnr l'anlnir d'une norte de pamphlet piibli»* par la

•" , dont non- paih-rons plus tard, et ou Ir» pr«l)'nlions des

àme» et fÊtn, rtnesr* ironiquement a leur oriffiae, »ont panM-e» an lil il'une

SKPTRMBRE 17115. 173

de l'avis commun , étant directement opposé aux intentions du feu Roi et aux dispositions de son testament. On a levé sur les six heures la séance , et M, le duc d'Orléans est parti pour Versailles aux acclamations du peuple qui crioit : Vive le Roi (1).

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