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les autres dans le cabinet, MUc de Charolais y vint, qui lui fit honnêteté, et lui demanda en confiance si le procès de sa sœur contre son mari étoit bon. Capon lui dit qu'il pourroit se soutirer et se tourner de manière qu'on le gagneroit, il ajouta : « Vous me direz que Hme la princesse de Conti a eu des galants,^ M. de la Fare, cela ne dure plus, mais M. de Clermont, cela dure toujours. Il est vrai qu'un bon chien chasse de race. Mme la Duchesse a toujours eu des amants, et elle a, encore à présent, M. de Lassay. « La princesse, étonnée de tous ces discours, et craignant que Capon ne vînt aussi à elle et à~ nommer ses galants, se leva'et dit : « Monsieur Capon, adieu, je n'entends pas les affaires, » et aussitôt elle vint conter son aventurée gens qui me l'ont redite, etàqui la princesse, en avouant sa surprise, ne put s'empêcher de dire que dans l'humeur où étoit Capon, il étoit prêt à dire aussi les amants qu'elle avoit eus. Voilà ce qui arrive à gens qui ne savent pas le monde. Le Capon méritoitbien d'être jeté par les fenêtres. Une dame de la cour dit sur cela qu'il n'y a rien de si ridicule qui ne doive être dit et fait jusqu'à la fin du monde, et que ceci y tient sa place.
14 juin. — Adieux au Roi. — On est venu de tous les côtés pour dire adieu au Roi qui doit partir demain pour Versailles. Le Parlement, toutes les Cours et la Ville y ont été. On lui a présenté trois dames : Mme de Caraman, fille du président Portail, présentée par la princesse de Guise, a eu l'honneur de saluer le Roi, malgré la prétention des duchesses, qui disent que le salut n'appartient qu'aux dames titrées. Quelque temps après, Mmc la duchesse de Lorge et Mme la duchesse de la Ferté ont amené Mme de Rambure, nouvelle mariée, qui a épousé le neveu du Premier Président, etMme de Rambure n'a eu que la main du Roi, que la duchesse de la Ferté lui a fait donner. On dit que c'est comme duchesse qu'elle l'a fait faire ainsi pour confirmer son droit, et qu'elle a chiffonné cette présentation par malice. La troisième est madame d'Averne,
maîtresse du régent, mais on ne m'a pu dire comment cela s'étoit fait ; elle doit aller à Versailles et y avoir même un logement au Louvre. C'est pour faire contre madame de Prie, epri y loge de droit, son mari étant associé èrFéducationxhiRoi. La corruption de» Cours est si grande qu'on y fait toutes sortes de scandales sans attention.
Départ du Roi» — Le Roi est parti sur les trois heures après midi pour Versailles y tout Paris a été dans le Cours le vtfir passer; l'un disoit : il reviendra. L'autre : ilme reviendra pas. Dès qu'il fut ar ri véy il alla se< promener avec le Régent et le lassa de façon qu'il' n'en pop Voit plus.
CANfLLAG DOTGONSEiL DB RÉCMSN€ft, NOAILLES «T CàNRXAC
exiles. i— « Le matin, on a appris que Mv le duo de Noailles était exilé> ainsi que ty. -de Canillac(l).Ghacuô en .veut deviner la raison; on dit que le duc de Vailles étoit trop au goût du Roi ;<il éloitdéjà arrivé à Versailles avant le Roi pour le recevoir, maison lui a envoyé une belle lettre deeachet avec un beau compliment, par le sieur de Mottthiérry, gentilhommeordinaireduRoi, poiws'en aller exercer son esprit et sa politique en Auvergne,* 4 une terre à lui qui s'appelle Linière. Quand le Régept a appris cet exilau Roi, le Roi n'a pas dit un aeui mot/ ce^jtii pasfie ou pour enfance, ou pour dureté, ou pour dissimulation. .Le duc a voulu faire ccoire qu'il n'avait point d!nrgonl pgjqr partir; il a emprunté 1 0,000 liv. duSr Ronnier, Trésorier, de Languedoc, à qui il a écrit une lettre^des phjshonaète^ et on sait que quand le duc étoit à la tète des affaires* il avoit voulu perdreàla Chambre dejustice oentêmeBQniiie^, q-ui en vient d'agir généreusement avec &an persécuteur. i,e Régent ne lui a point pardonnéle parti qu'il a* pris. pou? le Chancelier et pour lesducs, dans Vaf&ife des Ga#diï*ftU¥ et de leur préséance au conseil. On sait que le- àw a^t au ftoij lors du dernier exil du Chancelier •: .«Siffl,
(ï) Camllac, du Conseil de Régence, et non pas des Mousquetaires ( Huit
vous renvoyez le plus honnête homme de votre royaume ; la première chose que vous devez faire à votre majorité, c'est de le rappeler. » Le Régent ne pense pas de même. La faveur de la Cour est bien inconstante, car le Régent et le duc ont été autrefois les confidents les plus intimes, jusque-là, qu'ils faisoient semblant d'être brouillés et se voyoienfc les nuits. C'est uri fait qui est arrivé sur la fin de la vie du féu Roi, et que' je sais à n'en pouvoir douter. M. d'Ef fiât, ami du Régent, a été longtemps la dupe de cette . intrigue. Leduc de Noai lies n'a que quarante-quatre ans et peut voir enéore biendes retours; pour M. de Canillac, il prenoit de grandes1 libertés avec le Régent et étoit sur le pied de lui ditfe bieni des vérités, mais' à la fin les vérités déplaisent, et ceux qui les disent sont renvoyés. Canillac vaàtBlois.
16, 17, 18 juin. -^> Versailles. — Le Roi a un goût tout particulier pour Versailles, et si igrand qu'il a été résolu de l'y laisser tout l'hiver. Dans une liste satirique d'exilés on a mis : « Le Régent exilé à Versailles par ordre du mrdindl du Bois. » II revient tous les jeudis à Paris et ret?ourne: tous les samedis matin. M™ d'Avertie est toujours des voyage» ets^ennuie fort à Versailles; où il n'y a rti spectacles ni Cottrs, et où on est si fort en vue qu'elle neçeuf pas trortiper soft amant. Le duc de Richelieu est soupçonné -de faire le Régent cocu dé sa maîtresse. L'Intente est partie >pour 'Versailles le 18 et est allée trouver le Roi. ■«•. /->•,.'
• Premiers gentilshommes pé va chambre. — Il y aeu une dépote entre les premiers» gentilshommes de lct Chambre et les officiers des Gardes du corps, au sujet de la galerie dont le Roi fait sonappattement pour jouer et s'y divertie ; on en a fait sortir les officiers des Gardes du corps, parce qu'ils n'ont droit au corps du Roi que quand il n'est plus dans Isa Chambre, et la Chambre est tout endroit que le Roi habite et, où il veut être en son particulier. M. le Duc à décidé pour les premiers gentilshommes de la Chambre.
On adonné au maréchal de Viiieroy la direction de Saint- Cyr, qu'avoit le duc de Noailles.
— Il est arrivé à Versailles un fait étonnant. — Un officier aux gardes (sous-lieutenant) nommé Botte ville, étant avec un des ses amis, Saint-Just, lieutenant de dragons, dans un cabaret, a envoyé chercher Pernot , huissier de la chambre du Roi, et lui a fait dire qu'un de ses amis l'attendait. Il est venu; Botte ville a fermé la porte, s'est jeté sur lui, lui adonné plusieurs coups d'épée sur le visage et Fa marqué; Pernot crioit : Messieurs, je n'ai que faire à vous, je ne vous connais pas.» En effet, c'étoit à son frère qu'ils en vouloient, avec qui ils avoient eu querelle quelques jours auparavant à Paris. Les batteurs s'en sont enfuis. La sous-lieutenance a été donnée, sur-le-champ, et cela a passé pour un assassinat et guetapens. M. de Bolteville est parent de MM. de Beauveau, mais leur parent a fait là une vilaine action , et si on a bien roué en Grève le comte d'Horne, celui-ci n'est pas de meilleure maison que lui.
Cartouche et complices. — On pend tous les jours à Paris des complices de Cartouche, et, ce qu'on n'avoit point encore vu jusqu'ici, ces complices, prêts d'être suppliciés, font passer toute la nuit aux rapporteurs pour découvrir d'autres complices, et on n'en voit point la fin. C'est une génération éternelle de voleurs qui se tiennent et se décèlent les uns les autres. On a enfin découvertceux qui ont assassiné Vergier (1) ; ils le vouloient voler, mais ils s'aperçurent qu'on les voyoit d'une fenêtre et ils le tuèrent. Neufchatel, soldataux Gardes, qui a fait prendre Cartouche, étoit de ce meurtre. On lui avoit donné sa grâce à condition qu'il diroit tout et il n'a point dit ce fait. La question
(1) Toutes les Biographies ont assigné à la mort de Vergier une date inexacte. 11 résulte de son acte de décès, inscrit sur les registres de la paroisse Suint- Sauveur, à Paris, qu'il y est mort le 23 août 1720, âgé de soixanle-cinq ans.
est de savoir si on lui doit tenir parole, et on la lui tiendra, parce que la dénonciation de Cartouche est la chose la plus utile au public que Ton ait vue depuis longtemps. Dans cette recherche , deux exempts de H. d'Argenson ont été accusés, arrêtés et décrétés, le Roux et un autre : le Parlement les a fait arrêter. M. d'Argenson fils a été au Régent et a demandé qu'ils fussent délivrés, parce que c'étoit une haine du Parlement contre les gens qui avoient été à son père. On les a retirés de la Conciergerie en vertu d'une lettre de cachet et mis à la Bastille; mais depuis, le Parlement ayant démontré au Régent l'état des affaires, ils ont été ramenés à la Conciergerie pour y rester jusqu'au jour du jugement des complices de Cartouche, et après ce jugement, ils doivent être remis à la Bastille. Voilà tout ce qu'on a pu faire pour eux et c'est trop. M. Arnaud de Boesse, rapporteur de tous ces crimes, a été lieutenant général d'Angoulème, et c'est un des plus grands juges criminels qu'on ait jamais vus.
— Le bruit est grand que le duc du Maine va être rétabli dans son rang et dignité, comme le comte de Toulouse. Le cardinal Dubois a été à Sceaux et ce n'est pas pour rien.
Maréchale d'Estrées. — Hénault. — Lamaréchale d'Estrées avoit pris le président Hénault pour son amant, elle l'a quitté et a pris à sa place le comte deRoussillon, qui est un jeune Franc-Comtois riche et assez bien fait, quoiqu'on lui trouve les jambes trop grosses et le nez plat. On a dit que la maréchale avoit fait tout d'un coup un grand saut du Hainault en Roussillon , et ce mot en a fait dire un autre sur Mlle de Charolois : qu'elle avoit voyagé de Richelieu à Melun, et de Melun en Bavière. L'avocat Capon lui auroit conté tous ces voyages, si elle ne l'avoit quitté brusquement. Bavière est le chevalier de Bavière, qui est son ami, et Melun le duc de Melun, qui Ta été. Pour le Roussillon, il est le fils d'un comte de Revel et d'une demoiselle de Marsilly, autrefois très-bien à la
Cour, et qui a voit passé, par bien des inaigs. 41 çst mort, la dame de Revel est. restée veuvs avec» ce fils fort riche, et qui a publiquement la bonne fortune de U maréchale d'Estrées, si bonne fortune y a. {Jt , .. . ..
MUedeMarsillyavoileu un premier mari qqi avoit eu une autre femme qu'il avoit noyée. l*a faveur de; Ml,e de Mai> silly, qu'il épousa, le tira d'affaire; elle épousa ensuite le chevalier de Broglie, son galant, qfi a été le comte «de Revel.
Saint-Hëran. — M* de Saint-Héran, gojavèrijeur dç de Fontainebleau, est mort, son fils a sa survivant Ils sont d'une très-ancienne maison d'Auvergne. L'abbé Marsol- Jier, dans la Fie d'Henry de la Tour, duc désunion, oiar réchal de France, avoit dit qu?un Saint-Héran , gouverneur d'Auvergne, avoit toujours été attaché au frère du maréchal. Cet attachement, qui approche fort de la domesticité, a déplu aux Saint-Héran, dont le vrai nom est Montmorin (1 ) . Ils ont fait imprimer une lettre qui montre leur ancienne noblesse 4ès le onzième siècle, leur aUi$«nce^Lvec les Bourbon et la maison de la Tour, et cettq lettre est accompagnée d'unç autre du 3 février 1719 de M. le duc d'Albret et de M. l'abbé d'Auvergne, où ils désavouent l'abbé Marsollier, et disent qu'il n'y a jamais $u d'autre attachement entre les deux ipaisons que la parenté et l'alliance depuis plusieurs siècles, et qu'ils n'ont point dç part à ce qui a été dit par cet auteur. Leijr lettre est adressée à M. de Caumartin, conseiller d'État.
Saint-Frémont. — M,., de Saint-Frémont/ancierj lieutenant-général, est mort fort Agé. C'étoitun cadet de Normandie, qui n'a voit rien et qui a beaucoup amassé, et est monté aux premiers honneurs de la gt^rrç. Il pe s'est point marié. U étoit çstjjrpé universellement. Il a vquIu être enterré à la Charité des hommes; à spn enterrement,
(1) C'est Saint-Hérem qu'il faut lire. Le ministre de Ltoiifr XVI étftffde cette famille. , " ' ' . . .
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il y a»eu hier» du scandale. Le curé de Saint-Sulpice. vouloir que ses piètres le> vinssent enterrer, les Frères de la Charité n'ont pas voulu. Le corps a été porté et reporté deax fois â la Charité et à Saint Sulpice; à la fin, le commissaire du quartier s'en est mêlé, et les prêtres se sont retôrés. Voilà l'avidité des gens d'église. ■ s
Gaieté consulté sur son testament; il a cherché un homme de son nom pour le faire son héritier; il s'appelle Ranend ; son neveu* frère de sa sœur, n est que, son légataire particulier. " ï . •
-+ Castelas, Suisse, lieutenant-colonel des Gardes- Suisses, est mort. — Le vieux M. de Reynold, colonel de ce régiment, dont il auroit voulu avoir la place, l'a enterré.
La dame de Catigny, amie de Castelas depuis, trente ans, est morte quinze jours après luiv Râpe exemple d'amitié. . - t » •
Brigadiers, .'-r- Plusieurs brigadiers d'infanterie, ont été nommés, mais tant d'autres se sont plaints , que la promotion aété supprimée et renvoyée à un autre temps.
Bénault. — - Chanson. — Chanson sur le président Hénault : '
A ma honte, rien ne s'égale, Disoiten larmoyant Le bourgeonné président.
On m'a vu chez la maréchale.
! Son beau mignon
Chanter son c.. et son chignon, ^présent cette martingale f
>. Dit que je n'ai d'esprit ' " Qu'à la mesure de mon .....etc.
26 juin, vendredi de relevée. — Conti, séparation. ^— Après plusieurs audiences à huis-clos, dans la première Chambre des Requêtes du Palais, où la cause de la séparation entre le princeet la princesse de Conti a été plaidée, la princesse a été déclarée non recevablé en sa demande,
permis à elle de rester au Port-Royal pendant six mois , où M. le prince de Conti pourra la voir tant qu'il voudra à la grille; après quoi, elle sera obligée de retourner chez son mari. Les plaidoiries ont été très-sages, il n'a rien été reproché sur la conduite de la princesse. Le Prince rapportoit une, lettre nouvellement écrite, où sa femme paroissoit très-contente de lui. Actio injuriarum rcconcilialone abolilur : Et puis une princesse du sang, qui peut donner des héritiers à la couronne, ne peut pas facilement quitter son mari, et priver VÈtat de successeurs. C'est une affaire de droit public. La princesse veut appeler, mais elle ne sera pas mieux au Parlement.
On a publié sur la fin de ce mois plusieurs arrêls , un du 6 juin, qui ordonne que les engagistes des domaines seront tenus de faire toutes les réparations nécessaires, de quelque nature qu'elles soient, même les grosses sans distinction, et quoique les engagements soient à vie.
Conseil du Commerce. — Suppression. — Un autre arrêt du 22 juin supprime le Conseil du commerce et rétablit un bureau de huit personnes composé de MM. Amelot, Pelletïer-Des-Forts , Fagon, Saint-Contest, Machault, Dodun, contrôleur général, la Granville, maître des requêtes, d'Argenson, lieutenant de police. Le chef du Conseil royal des finances pourra faire tenir ce bureau chez lui quand il jugera à propos d'y assister. C'est le maréchal de Villeroy. Dans cet arrêt, le Contrôleur-général est nommé conseiller au conseil royal, au lieu que dans le précédent il n'est que conseiller d'État. C'est que le Conseil royal est rétabli depuis que le Roi est à Versailles, et que le contrôleur-général en est toujours. Les députés du commerce pour les provinces auront entrée au bureau. Voilà le duc de la Force , qui étoit du conseil du commerce , où il ne pouvoit plus être reçu avec honneur depuis son arrêt, renvoyé honteusement. 11 est cause en partie de la suppression de ce conseil.
Rentes de la Ville, quartier ouvert. — Autre arrêt
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du 24 juin, qui déclare que Ton ouvrira le payement des rentes des six premiers mois de la Ville, de i 722, au premier juillet, sur les contrats visés et liquidés avec la mention de la réduction, le certificat da notaire, qui sera attaché à la quittance, et l'enregistrement à l'hôtel de ville. Cet arrêt a réjoui Paris, mais on en éloignera l'exécution.
Lins, — Chanvres. — Par arrêt du 19 mai, il avoit été permis de faire commerce de lins, chanvres et laines avec l'étranger. Arrêt du 28 juin, qui réduit cette permission, et ne la donne que dans tout le royaume.
Cartouche. — Les exécutions des complices de Cartouche continuent toujours. On a roué un gentilhomme nommé de la Roche, qui avoit été page du maréchal d'Ëstrées, puis dans le service, et qui, s'étant débauché, avoit trouvé la malheureuse invention de donner des coups de bâton sur la tête afin de mieux voler. Il a passé la nuit à l'hôtel de ville, pour révéler ses complices, et n'a été roué qu'à cinq heures du matin.
Il est arrivé de Lyon une recrue de filles et hommes, complices de Pellissier, qui n'est pas encore jugé. On assure qu'il a déjà été roué une fois à Grenoble, que le bourreau l'épargna, et qu'il ne faudra que rouvrir les premières blessures quand on le rouera, comme on rouvre une saignée. Il avoit été aux galères de Bordeaux.
29-30 juin. — Confesseur du Roi. — J'ai été pendant ces deux fêtes à Busagny, près Pontoise ; j'ai appris là, que le Père de Linières, jésuite, a pris la maison des jésuites de Pontoise pour y être affilié, que comme elle est dans le diocèse de Rouen, il n'a pas besoin des pouvoirs du cardinal de Noailles pour confesser le Roi, et, en effet, il est parti de Pontoise et est allé, le jour de Saint- Pierre, confesser le Roi, à Saint-Cyr, qui est aussi un autre diocèse, quoique ce ne fût pas le jour ordinaire d'une confession royale. Ainsi, le cardinal est la dupe de son refus, et les jésuites se sont moqués de lui. Le cardinal Du-
bois est à présent maître de tout. On fera valoir à Rome la confession faite le jour de Saint-Pierre, et le confesseur n'aura pas manqué d'insinuer le respect pour le Pape et pour la Constitution.
La Gazetie de France dit seulement que le Roi est allé entendre la messe à Saint-Cyr, mais non pas qu'il y ait été confessé.
Lettre du Roi en vers. — A mon retour, madame de L., (1) ma parente, qui a voit écrit au Roi une lettre en vers sur l'état où son départ Ta voit mis, m'a fait voir la réponse que le Roi lui a fait faire aussi en vers, et qu'il a bien voulu signer lui-même avec ceux qui composent sa petite connétablie, qui sont : le duc de Retz, Calvière, exempt des gardes du corps, Lapérouse, Moussy, Champcenetz, etc. Cette poésie est très-fine et très-délicate. Il y a aussi une lettre en prose où il lui marque qu'elle peut montrer cela à ses vrais amis, et n'en laisser prendre de copie à qui que ce soit. C'est une galanterie royale, qui honore fort Mmc de L., et qui ne doit pas être publique. Voiture s'amusoit bien avec les princes et les princesses, mais non pas avec les Rois. C'est Calvière (2) qui est auteur de la prose et des vers, et qui dit que c'est le Roi qui a fait le plan de la répbhsé. J'ai été surpris de voir le propre nooi du Roi. Le diuc de Retz avoit signé : le duc de Retz, maifc on a rayé ces ûiots : le duc. Il parolt que le Roi a du goût pour les choses d'esprit, puisqu'il est entré dans cet amusement jusqu'à vouloir y mettre son nom. Il y donne àëà nouvelles du petit "Moussy, qui est devenu
(1) Madame de Lanjamet, depuis Madame de Brilhac* parente de Marais.
(2) Ce Calvière a Jaissé un JaurnUl sur la même époque, dont MM. de Goncourtont publié des fragmenta (Portraits intimes du XVIIIe siècle) et dont Mi Niel, croyons-anus, possède te surplus.'
r JUILLET 17*2. 30?
grand, de joie de n'être plus page, des nymphes de Versailles; qui sont au-dessus de celles des Tuileries, des deux chattes du Roi, nommées Charlotte et Pasca, et des vers à soie qui n'ont voulu faire leur coque qu'à Versailles. D'abord, on (Jit que l'épître en vers de Mme de L. a fait douter si elle étoit de Voiture, d'autres ont dit qu'elle étoit de Scarron, mais on a reconnu Mme de L. à son esprit et à son amour pour le Roi, etc.
Le comte de la Motte. — M. le comte de la Motte a été fait grand d'Espagne ; les railleurs ont dit que ni sa femme ni sa fille n'avoient besoin de cela pour avoir la grandesse... Tous les Roban , Ventadour et la Motte sont à présent en grand crédit ; on leur donne tout ce qu'ils veulent, i
L'abbé de Breteuil. — * Le Roi se divertit dans les jardins à faire mouiller ceux qui sont avec lui. L'abbé de Breteuil, maître de la chapelle, qui n'a voit que faire là, a ^té bien saucé. Il s'est fâché, et on «'est moqué de lui de vouloir faire le petit maître. Il représente peu dignement rarcheveque.de Reims et le cardinal de Polïgnac, qui ont eu la même charge. Il ne peut prendre sa revanche qu'à la chapelle, avec de l'eau bénite. <
L'abbé Fauvel, Rétractation. — On a publié la dé* claration du P* Fauvel, ci-rdevant professeur de philosophie à Goutanees, et à présent promoteur àBayeux, portant rétractation entre les mains du Roi de plusieurs propositions, entre autres. : .
1. Pertinet, ad multitudiàem kgm condere vel ad eum qui curam habet multitudinis.
Ad illum pertintt tantum leges condere qui vim habet cogendiadobsermtionem legis ;atque sola mulliludo, velprincepsy velsenatusnomine multitudinis vim habet cogendi ad observationem legis. Ergo, etc.
3. Potestas quant reges habent eadnus in ipsis reperitwr quatenus populis a Deo immédiate concessa est et a populis regibus ipsis data.
Sur ces proposition, il déclare que les rois, et nommément les rois de France reçoivent de Dieu, immédiate , leur autorité souveraine, et qu'ils ne la tiennent pointdes peuples ni d'aucune puissance spirituelle ou temporelle, que dans les monarchies c'est aux rois seuls qu'il appartient de faire des lois, etc. Il y a aussi des propositions rétractées sur le Pape. Il reconnolt que la primauté d'honneur et de juridiction lui appartient de droit divin, et qu'il tient immédiatement de Dieu l'autorité et toute la puissance qui appartient de droit à sa primauté, et que les évêques tiennent leur puissance immédiatement de Jésus-Christ. Il avoit dit : A Chrislo médiate et ab Ecclesia immédiate. Cela a été signé à Paris, le 30 avril 1722, à la suite de la cour, et a été imprimé de Y Imprimerie royale et publié dans les rues au commencement de ce mois.
Investiture de Naples. — On a su de Rome que , le 6 juin, le Pape a accordé l'investiture du royaume de Naples à l'Empereur, quia envoyé sa procuration au cardinal d'Àlthann pour faire le serment ordinaire. On a tenu pour cela une assemblée des cardinaux au palais du Quirinal . Ils s'y trouvèrent 27, et la Bulle fut signée par les cardinaux del Giudice, Paulucci, Barberini, Sacripante, Corsini, Gualtieri, Vallemani, Fabroni, Londodari, Corradini, Tolomeo.Scotti, Nicolas Spinola, Spinola de Saint-Agnès, Pereira, d'Althann, Salerno, Cinfuegos, Conti , Pamphili, Ottoboni, Imperiali, Alticori, Annibal Albani, Orighi, Olivieri, Alexandre Albani et par le C. Rianera, secrétaire du consistoire. Le Pape a refusé au cardinal d'Althann , qui est vice-roi de Naples, les mêmes honneurs qui furent accordés au duc de Médina, premier vice-roi de Naples, et a résolu de ne rien changer au cérémonial observé pour les cardinaux Zapata et d'Aragon, lorsqu'ils furent nommés à cette charge. Cette investiture a fort étonné les Espagnols ; ils ont protesté, mais l'empereur est saisi et resta, et c'est pour longtemps.
Don Carlos, fils du roi d'Espagne, a conquis le royaume de Naples en 1734 et eh est roi depuis sa conquête en Sicile, en 1735.
Constitution. — On écrit toujours sur la Constitution ; il paroit une grande lettre d'un théologien sur raccommodement (159 pages in-4°), où on établit avec beaucoup de hardiesse qu'il est indispensable à ceux qui ont appelé de renouveler leur appel, et où Fauteur compare la déclaration du Roi sur l'accommodement à VEclhése et au type, continuant cette comparaison avec des termes très-forts et même séditieux; il dit dans la préface que l'on ne peut que gémir de la surprise que Ton a faite à la 'religion de S. M. pour mettre l'auguste ouaille en contradiction avec son pasteur. C'est que ladéclaration porte que la bulle est généralement reçue dans l'Église, et le cardinal deNoailles, avant r accommodement 9 adémontré que la prétendue acceptation universelle n'est pas vraie. Il y a plusieurs autres comparaisons dans cet écrit où on ne feint pas de dire que la Constitution est hérétique.
M. de Soissons. — Il paroit encore une autre grande lettre d'un théologien contre M. de Soissons, c'est la 2e lettre : il en a paru une première sur la fin de 1729. On y discute le 3e Avertissement de ce prélat ; on continue de le traiter comme il mérite et de montrer à toute la terre ses sophismes, ses tours captieux et sa fausse éloquence . M . Pélispied et ce théologien sont venus au monde pour la gloire delà vérité et pour la honte de cet évèque.
Samedi 4. — Versailles. — Mme de Lanjamet est allée à Versailles, où elle a été très-bien reçue. Le Roi lui dit qu'il avoit sa lettre dans sa poche et qu'il la savoit par cœur. Elle a su que cette lettre av.oit été lue à la leçon du Roi et chez le maréchal gouverneur, et trouvée fort jolie. 11 y en a des copies, et de celles du Roi, entre les mains de plusieurs personnes à <jui le Roi l'a donné lui-même, et il lui dit : Écrivez-moi toujours , je vous répondrai toujours.
Le Roi. — Le Roi se porte très-bien : il monte, il descend, il court, il se promène et prend de la couleur et de la force.
Cardinal Dubois. — Le cardinal Dubois est plus maître que jamais : il a eu un démêlé avec le cardinal deRohan, qui luiaditqu'il étoit un ingrat. Le Dubois lui a répondu qu'il ne lui de voit rien, et qu'à Rome il ne s' étoit rien fait sur les instances du Roi et des autres princes de l'Europe. Le Régent a voulu les raccommoder, le cardinal t)ubois a dit qu'il aimoit mieux jeter sa calotte dans le feu. Depuis ce temps, le cardinal, de Rohan s'est rangé du côté de M. le Duc, qui se fortifie contre l'autorité naissante du ministre et du cardinal Dubois.
Duc du Maine. — Le duc du Maine retourne à la cour voir le Régent et non pas le Roi. On dit que le duc de Chartres a inspiré cette réconciliation à son père, parce que la maison de Bourbon pourra bien se déclarer à la majorité contre celle d'Orléans, et qu'en rétablissant le duc du Maine et ses enfante pendant la minorité, ils en auront l'obligation au Régent et leur famille, se joindra à la sienne.
Visa. — L'opération du visa est à sa fin, les commissaires liquident : il y en a d'honnéte&gens qui n'écorchent pas leurs compatriotes, il y en a d'autres qui les égorgent comme des barbares, et comme s'il leur en revenait beaucoup. Frerune d'Amiral, maître des requêtes, fils d'un partisan, est un de ces tyrans. Les Pairs ou leurs commis renvoyent encore les liquidations, avant que d'être registres et ont la hardiesse de les réformer. Quand les notaires vont pour retirer les contrats réduits , on veut que le pauvre réduit fournisse en papier de liquidation le supplément pour avoir son contrat entier. Et il faut qu'après avoir perdu son bien, il vende le peu qui lui reste pour avoir de ce papier sur la place. C'est une invention affreuse pour achever la ruine du peuple et des bonnes maisons, qui sont au désespoir.
JUILLET i7?2. SU
L'action liquidée est à 850 livres sur la place, et il y en a telle qui a coûté 15,000 livres.
Arouet batonné. — Le poète Arouët, à présent Voltaire, a été arrêté dans sa chaise au pont de Sèvres par un officier ( I ), qui l'a bien bàtonné et l'a marqué au visage. Quelques jours auparavant, Arouët, trouvant cet officier à Versailles, avait dit assez haut pour qu'il F/entendlt que c'étoit un malhonnête homme etxun espion. L'officier lui dit qu'il s'en repentiroit et lui a tenu parole en le payant à coups de bâton. On ditqu' Arouët, qui est hardi, auroitdit à M. le Blanc, ministre de la guerre, chez qui il avoit vu cet officier à table : Jesavois bien qu'on payoit les espions, mais je ne savois pas encore que leur récompense étoit de manger à la table du ministre. (11 est vrai qu'il y a bien, des espions partout : il m'est arrivé à moi, étant aux Tuileries sur un bano, que Jd. le comte de Matton , de la maison de la Rochefoucajilt, qui est un jeune seigneur fort aimable, m'a vçrtit en -passant de ne point parler, parce qu'il y avoit à côté de^ moi un homme connu pour espion, ce dont je le remerciai fort. Tous les gens du banc
(1) Nous écrirons un jour ce curieux ctiapitre d'histoire littéraire, qui s'appelle : Les coups de bâton de Voltaire. Le plus indépendant des écrivains au dix-huitième siècle devait être le plus souvent victime de ce qu'on appelle Vâge de bois. Je ne vois guère, dans tout le siècle, que Roy qui l'ait été autant que lui. Rousseau, lui, n'a essuyé dans sa vie qu'une seule volée de bois vert, distribuée par La Faye. Quant k Voltaire, c'est tour à tour Beauregard, le chevalier de Rohan, Nadal, Poisson fils, qui se sont vengés de son esprit à coups de canne. La première de ces affaires, celle de Beauregard, est très- peu connue. Marais est le seul chroniqueur qui en raconte les détails, qu'on ne trouve ni dans Barbier, ni ailleurs. Le récit complet et commenté de cette scène déborde les limites d'une note. Nous la décrirons en son lieu, d'après Marais, le Recueil Maurepas, les Recueils imprimés et manuscrits du Régiment de la Calotte, Boisjourdain, Beuchot et Delort (détention des philosophes), nos autorités sur ce fait, que l'auteur du petit ouvrage intitulé Des coups de bâton en littérature, M. Victor Fournel, n'a pas connu. Une chose à remarquer tout de suite, c'est la parfaite indifférence de Marais pour ces mésaventures encore habituelles de son temps. D'Argenson, à propos de l'affaire du chevalier de Rohan, n'est pas plus pitoyable.
se levèrent et laissèrent l'espion tout seul). Arouëtdit que cet officier est celui qui l'a dénoncé il y a deux ou trois ans et qui Ta fait mettre à la Bastille. J'ai su que cet officier ayant dit son dessein à M. le Blanc, lequel dessein allait même jusqu'à assommer le poète, M. Leblanc lui dit : « Fais donc en sorte qu'on n'en voye rien. »
15 Juillet. — Brefs pu pape au Roi. — On a publié dans Paris deux brefs latins de Notre Saint-Père Innocent XIII au Roi et au Régent, du 24 mars 1722, imprimés à l'Imprimerie royale. Il n'y a ni traduction françoise, ni lettres patentes, ni enregistrement au Parlement, ce qui est bien nouveau en France. Mais on s'est mis au-dessus des règles. Ces brefs sont écrits au sujet de la Constitution, .dont le Pape prend le parti hautement , et aussi de la lettre écri te par les sept évoques, qui a déjà été condamnée . Le Régent y est bien loué ; on dit au Roi que le Saint-Siège a beaucoup à attendre de lui. ce Praefectum cum adregiam imdolem tuam pia et prœclara instituti ac dilectissimi, in Christo filii nostri Philippi Aurélianensium Ducis Galliarum rectoris prudentiaésingularis et eximium Catholicae Religionis sludium accesserit. » On y loue beaucoup aussi le cardinal de Rohan . a Cuj us fidem candorem ac prudentiam cum sacra eruditione conjunctam in Domino commendaverunt. » Le but de ces brefs est d'exciter le Régent et le Roi à se joindre au Pape contre les sept évèques et contre tous les appelants et refusants d'accepter. Intelligis pastoribus hujusmodi oves Christi perdendas polius quam pascendas ulleriuspermullinonposse. On fait souvenir le Roi des dernières paroles de Louis XIV : cum supremisvotis, morte imminenle, regnum, tibi traditurus, unitatem tuendam et 060lenda Religieris dissidia commendavit. Voilà le triomphe entier des jésuites. La foi, la candeur et la prudence du cardinal de Rohan ont bien surpris le inonde, qui sait bien le contraire : il croyoit à son retour tout gouverner, mais il a trouvé plus fin que lui. Ce n'est pas sans raison qu'on a donné ces brefs au public. 11 y a quelque préparation
de procédure contre les évèqueé que nous verrons en son temps.
7, 8, 10 juillet et autres jours suivants. — Le Parlement esttoujoups occupé à juger les complices de Cartouche, qui augmentent de jour en jour.
Arrêt du 7 juillet contre Louis Lamy, serrurier, qui faisoit les fausses clés, rompu vif.
Arrêt du 8, contre Antoine Bécard, dit Perrault, rompu vif.
Arrêt du 9, contre Adrien Chevalier, pâtissier, id.
Du même jour, contre Jacques Chopin, id.
Du dit jour, contre Jean Riffaut. Pendu.
Du dit jour, contre Jean Baptiste le Maître. Rompu.
Du 10 juillet, contre Antoinette Néron, concubine de Cartouche, convaincue d'être anguilleuse, c'est-à-dire de voler chez les marchands sous son tablier et d'avoir assisté à plusieurs meurtres. Trois arrêts de mort du 4 juillet, contre Nicolas Courtin, menuisier, Charles Leclerc, joueur de violon aux guinguettes, et Jean-Baptiste Cybourt, valet dans la banque.
15 juillet, contre René Didier Dutans ou Dutemps; 16 juillet, arrêt de mort contre le fameux Pelissier, qu'on appeloitle marquis de Pelissier ou le marquis de Boislègue, condamné à Bordeaux aux galères, d'où il s'est sauvé en 1697, il a été pendu; il avoit volé la diligence de Lyon et des ponsoucelles de papier. Jamais il n'a voulu se confesser et a demandé un capucin au lieu de docteur de Sorbonne : on lui a refusé. Les capucins leur donnent l'absolution sans révéler les complices, ce que les docteurs ne font pas, et c'est ainsi que tous ces gens qui ne disent rien à la question parlent quand ils voyent que l'absolution leur sera donnée. Du 17 juillet, contre un garçon boucher, Pierre Vérel, dit Loyson.
Du 21, contre François Prémarteau, soldat, convaincu d'avoir fait suer les voleurs (c'est-à-dire de les avoir forcés à lui donner part de leurs vols dans le Louvre et
les Tuileries) et d'avoir jeté des hommes par-dessus les ponts dans la rivière.
Du 21, contre le Moyne, cocher de place, qui conduisent tous ces voleurs aux promenades des .environs de Paris.
Du 21, contre Jacques Belleville, garçon serrurier ; il est coupable d'un vol aux Gobelins.
Du 22, contre Cyr Cochois, qui étoit archer du guet, qui profitoit des ordres pour avertir Cartouche et qui s'entendoit avec lui ; qui, après avoir été chassé du guet, a voit pris l'habit d'un des officiers et un bâton de commandant et soutenoit les voleurs, partageoit les vols, avoit le shec, c'est-à-dire sa part. Ce coquin avoit été aux galères en Provence, avant que d'être archer du guet, et voilà les gens qui nous gardent. Il est mort comme un saint et un martyr.
Du 23 juillet, contre Germain Savard, cabaretier, à la Haute-Borne qui retiroit Cartouche, et avoit un mot du guet tous les jours. Celui du jour où Cartouche fut arrêté étoit : Y a-t-il quatre femmes? Dix dit jour 23, contre Marie- JeanneRoger, dite la grande Jeanneton. Cette créature étoit à l'Hôpital depuis quelque temps. On l'en a tirée pour lui faire son procès. Quand elle a été à la potence, elle a accusé plusieurs personnes, on Ta menée à l'Hôtel de ville où elle a passé la nuit et le jour suivant, et n'a été pendue que le 24 au soir. A la question, elle n'avoit rien dit. On a arrêté toute sorte de gens sur sa dénonciation. Deux hommes Cent-Suisses, un cabaretier nommé Liardau et Roulle frères, gens riches que la nation suisse a réclamés et qu'on a menés au For-1'Évêque après avoir été à la Conciergerie. Il y a, dit-on, plus de cinquante personnes arrêtées et entre autres trois sœurs nommées les demoiselles de Saint-Vigor, filles galantes , chez qui il se faisoit des vols,«iprès l'amour fini, et qui sont filles d'un Saint-Vigor, qui a été professeur de philosophie au collège de la Marche. Quand on voulut les prendre, l'exempt se méprit et amena à l'Hôtel de ville une compagnie de dames qui
jouait à quadrille, et qui furent bien surprises de voir la grande Jeanneton,. qui ne les connut point, ni elles non plus. C'est de quoi mourir.
Profanation. — Notre-Dame. — Au milieu de ces exécutions on a su que des coquins sont entrés dans une chapelle de l'église Notre-Dame {qui est de Saint-Thomas de Cantorbéry), qu'ils ont barbouillé l'autel, le crucifix et les nappes de la plus fine ordure , et déchiré le missel avec ce billet qu'ils ont laissé : Plus on en exécutera, plus il y en aura. Le cardinal de Noailles a fait une grande réparation de ce scandale, dont on ne peut découvrir les auteurs. On a aussi mis un billet à la porte d'un des présidents de la Tournelle, qui le menace de le brûler lui et sa maison si les exécutions continuent. Mais cela n'empê- * chera pas le cours de la justice.
Cartouche et complices. # — Du 29 juillet, deux arrêts de mort contre Etienne Poulain, qui faisoit le métier de mouche et avertissoit les voleurs, et en recevoit de l'argent, et contre Jacques Tanton du Chàteaufort, chandelier, qui, depuis 1697, avoit été d'année en année emprisonné pour vols au Chàtelet. Et voilà comme le Chàteiet jugeoit les voleurs, il les prenoit et les laissoit aller. Si cette affaire n'étoit parvenue au Parlement par un hasard singulier, nous étions dans Paris comme dans un bois, au milieu des meurtriers et des voleurs. On admire le zèle et la science du rapporteur (1), qui découvre les choses les plus cachées, qui ne se décourage point et qui, au contraire, prend de la force dans cette fonction qu'on prétend qui ne lui déplaît point, non plus qu'à M. Aubry, son commissaire, qui travaille avec lui, et à un M. de Vienne, conseiller, qui, de lui-mèmç, se porte à cette besogne comme à une chose bien agréable. La Régence a donné mille écus
" (1) M* Arnaud de Bouesse. Cet homme si zélé a été depuis reconnu pour un malhonnête homme, et il a été déshonoré (fons le public. (Note postérieure de Marais ).
à chacun des greffiers criminels et 4,000 liv. pour les exempts et autres employés à chercher et à arrêter les personnes dénoncées. M. de Roche a eu un présent de 2,000 écus. Le public devroit une statue à toute la Tournelle, qui purge Paris de tous ces fripons ; on n'entend crier que des Arrêts du Parlement, et cela vaut mieux que ces arrêts de liquidation où le monde est ruiné. La Grève punit les voleurs , mais à l'hôtel de la Banque, on fait d'autres vols qui ne sont pas punis, quoique plus essentiels. Le mot de la Conciergerie est de dire, quand un voleur est expédié : // est liquidé. On va liquider celui-ci, on va Kquider celui-là, et on a su que dans la forêt de Bondy , il y a des voleurs qui ne vous prennent qu'une partie de votre bourse et vous donnent un petit billet qu'ils appellent de liquidation pour montrer à d'autres voleurs, si on en" rencontre, lesquels nouveaux.voleurs prennent encoreleur part, du dixième ou du vingtième, comme on fait à la Banque, soit sur les résultats et les décisions de tous les bureaux particuliers du Visa et de la commission générale, imprimés. On ne peut lire sans horreur tous ces jugements barbares, et on ne seroit pas jugé ainsi par les cartouchiens même. Ce sera un beau registre d'arrêts à garder que ces décisions souveraines, oùHoute la nation françoise a été jugée et dépouillée de son bien.
Versailles. — On sait peu de nouvelles de Versailles, sinon qu'on y joue un jeu affreux, qu'on y fait l'amour partout, que le cardinal Dubois augmente tous les jours en crédit, que le cardinal de Rohan tombe, que le Régept n'aime plus Paris, que le ministre «de la guerre (M. Leblanc) a pensé être chassé, parce qu'il veut toujours garder pour sa maltresse et avoir avec lui Mme de Pléneuf, mère de Mme de Prie, qui est brouillée avec elle depiris longtemps; que Mme de Prie, qui est à M. le Duc , dont elle fait ce qu'elle veut et qui ne peut souffrir sa mère, a voulu en même temps faire périr l'amante et l'amant, qu'à la fin tout s'est raccommodé par la réconci-
liation de la mère et de la fille, et que cette affaire, qui n'est qu'une débauche et la querelle de deux p. ... a occupé plus la cour que le congrès de Cambray. Cela n'est pas nouveau dans les cours. Voyez l'article de Padilla dans Bayle, iïen dit de bonnes sur les maîtresses. Celles-ci sont restées avec leurs galants jusqu'à ce qu'il vienne un autre orage qui les noie tout à fait. Mme d'Àvernes est toujours au Régent, qui la mène se promener publiquement aux Tuileries toutes les semaines. On a publié la mort de Mme de Parabère, l'ancienne maltresse, et on l'a même dit au Roi, mais elle est réchappée, et Noce est revenu de son exil en même temps. On lui a permis d'aller à Boran, qui est une terre à lui. Il se rapproche, et on croit que le Régent ne s'en peut passer.
Philotanus. — Graveurs. — Les graveurs ont été jugés à la Chambre de l'Ar6enal , et condamnés à une amende honorable et à trois ans de bannissement, ce qui a été fait pour contenter Rome, qui donne de beaux brefs de son côté.
L'arrêt est aussi contre ceux qui vendaient le poëme.
— Deuxième Lettre en vers du Roi à Mme de Lanjamet, depuis Mme de Brillac.
Le jour de la Madeleine, le Roi la fait écrire encore une lettre en vers à Mme de Lanjamet pour son bouquet, et Ta signée avec plusieurs personnes. Elle avoit écrit auparavant une ëpltre sur une même rime en ène, et la réponse est sur la même rime. Mais il parolt que le poëte de la cour se lasse, car il dit qu'à la cour les poètes passent pour fous : c*estleur antienne ; et il fait entendre que sans une autorité souveraine, il ne trouveroit pas un vers de sa veine ; les jeux d'esprit ne sont pas de longue durée à la Cour.
27 juillet. — d'Auvergne. — Mme la princesse d'Auvergne (en son nom d'Aremberg, veuve du P. d'Auvergne, colonel de la cavalerie de France qui avoit quitté le royaume sous Louis XIV), étant retirée au Port-Royal, y est tombée ma-
lade. Avant de recevoir les sacrements, elle a fait venir M"* la princesse de Conti, quiest dans le même couventpendant le procès de séparation. Elle lui a dit qu'elle avoit épousé Mézy, son écuyer, et que, déplus, elle en avoit trois enfants, deux garçons et une fille à qui elle désiroit donner sa bénédiction en sa présence et celle de toute la communauté. On a envoyé quérir les enfants. Elle leur a donné sa bénédiction publiquement, et a ainsi déclaré un vilain mariage d'une princesse avec son domestique. Le lendemain, elle se portoit beaucoup mieux ; on croit que sa maladie n'étoit qu'un jeu pour en venir à cette belle déclaration qui la déshonore , et qui est l'ouvrage de quelque dévot gagné par Vécuyer. La maison d'Auvergne n'y a pas voulu venir : elk est bien fâchée , mais il n'y a plus de remède. Il y a une fille du prince d'Auvergne, mariée depuis peu au prince de Srillzbach , dont la sœur vient d'épouser aussi le prince de Piémont. Leprince de Sullzbach aura des beaux-frères bien différents, l'un fils de Roi, l'autre fils d'un valet.
Malte. — La nouvelle s'est répandue partout que les Turcs ont investi Malte avec plusieurs vaisseaux, «t qu'ils opt même pris des rafraîchissements en Sicile parce qu'ils sont en paix avec eux. Le grand-maltre est mort. Les chevaliers français n'ont pas été cités à cause de la peste de Provence.
Rentes de la Ville. — Il y a eu deux arrêts^ l'un du 27 j uin , l'autre du 8 juillet, pour les formalités nécessaires aux contrats liquidés pour mettre les rentiers en état de recevoir leurs arrérages» D'abord, on devoit faire enregistrer tous les contrats à la Ville , mais, par l'arrêt du 8 juillet, cela est réduit à des certificats de notaire qui seront enregistrés et joints aux quittances. Ces arrêts déclarent qu'au premier juillet, on ouvre le payement des premiers six mois de 1722. Ainsi on est en arrière de six mois.
^— Il y a eu un combat en Picardie entre des voleurs et la