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année 1719, quoiqu'il ne paroisse qu'aujourd'hui. Cela est précédé d'un Avertissement, de quatre-vingt-deux pages, écrit dans un style très-vif contre le dernier mandement de H. de Soissons,etoùon fait l'histoire de ce qui s'est passé en Sorbonne à cette occasion. Ce itiandement n'est point un mandement , mais une copie de deux lettres écrites à M. de Boulogne, qu'il a jugé à propos d'adresser à son clergé. Ce n'est point, dit-on, un auteur qui parle avec précision et justesse , un auteur exact et judicieux qui porte la lumière dans l'esprit de ses lecteurs, c'est un écrivain confus qui brouille tout, qui chicane partout et qui s'égare sans cesse. On ne vit guère en même temps plus de fierté et plus de foiblesse , une affectation de confiance plus excessive jointe à un égarement plus continuel. Il en sera de ses écrits comme de ceux de feu M. l'archevêque de Cambray, auxquels ils ressemblent assez, par une certaine éloquence de sophiste qui en fait tout le prix, etc. On rapporte (p. 80) un endroit très-beau, tiré de La Perpétuité de la foi (t. I, liv. XI, ch. 8), qui distingue les caractères de la vraie» et de la fausse éloquence et qui mérite d'être hi et relu. — Pour l'ouvrage de M. Petitpied (1), qui suit cet Avertissement, c'est un chef-d'œuvre de critique, nette, simple, vraie , et qui ne doit pas faire plaisir à l'éloquent prélat ou à celui qui lui prête ces paroles nombreuses et abondantes , et ces phrases recherchées dont ses mandements sont remplis. J'ai appris qu'un M. Ericard, chanoine de Soissoxis, lui ayant fait quelques objections sur ces mandements , après en ^voir été bien pressé , jamais le prélat ne lui put répondre, et le chanoine connut bien qu'il n'étoit point l'auteur de tous ces ouvrages qui paraissent sous son nom. Cependant, il est juste qu'il en
(1) Nicolas Petitpied, docteur de Sorbonne, mort en 1747. Voir sur les persécutions que ses opinions jansénistes exaltées attirèrent à ce docteur les Mé~ moires de Mattrepw, llr £M> -....,
ait la honte, comme il en auroit la gloire s'ils étoient bons.
27 mai. — Arrêt. — Agents de change. — On a publié divers arrêts : l'un du 17 mai, qui rétablit les agens de change en' charge , comme avant l'arrêt de suppression du 30 août 1720. Ils étoient créés par édits de décembre 1705, août 1708, mai 1713 et novembre 1714. (Droit 50 sous par 1,000 liv., 25 sous*parle prêteur, 25 sous par l'emprunteur, et pour les prêts en marchandises, demi pour cent de la valeur.
Autre arrêt du 18 mai, concernant les actions intéressées qui avoient été déposées dans les provinces aux directeurs des comptes en banque.
Billets visés. — Autre, du même jour, qui ordonne que les récépissés des billets de 1,000 liv. et de 10,000 liv. donnés parles directeurs des comptes en banque dans les provinces pour être convertis en actions et dixièmes seront visés par les commissaires.
Mercredi, 31 mai. — Le chevalier de Breteuil. — Le chevalier de Breteuil s'est battu dans la rue de Richelieu contre le chevalier de Gravelle (1), officier aux Gardes, qui a tué Breteuil d'un coup dans la gorge qui a passéjusqu'au cœur (2) . Us avoient eu , il y a trois ou quatre mois, un démêlé. Breteuil, mauvais plaisant, lui avoit dit que s'il alloit chez lui, il casseroit ses glaces comme celles d'un agioteur, et poussa très-loin cette plaisanterie. Gravelle alla chez Breteuil le lendemain pour lui demander satisfaction; il ne lui en voulut pas faire ni se battre. Sur quoi Gravelle lui donna quelques coups de canne dans son lit, dont Gravelle se vanta à qui voulut Fen tendre. Depuis ce temps, le chevalier de Breteuil n'étoit souffert de personne ; il avoit été obligé de se défaire de sa compagnie aux Gardes; sa famille lui avoit fait faire ses vœux
(1) Ou Des Gravelles.
(2) Voir sur ce duel Saint-Simon, XI, 398 et Barbier, 1, 133.
dans l'ordre de Malte, et enfin, plus par désespoir que par courage, il s'est battu, a attaqué Gravelle, qui passoit dans un fiacre, qui est descendu de sang-froid, et qui, d'un coup d'épée, a envoyé Breteuil au pays d'où personne ne revient. Avant de mourir, il étoit plus d'à demi-mort; il ne sa voit ce qu'il faisoit, et est mort déshonoré à la grande honte des Breteuil. La maison qu'il occupoit s'est trouvée vide. Le curé de Saint-Sauveur l'a enterré, à la prière de l'abbé de Breteuil, son frère , maître de la chapelle du Roi, qui ne devroit pas occuper une place que l'on a vue remplir par un archevêque de Rheims, duc et pair de France, et par un cardinal de Polignac. Le Parlement veut informer comme de duel, et les Breteuil ne seroient pas fâchés d'avoir un duelliste dans leur famille. Défunt poltron aimoit fort une mademoiselle de Chaige, ou Hamelin, fille d'un fermier général (dont la mère avoit épousé en secondes noces le comte d'Uzès et n'avoit pas autrefois déplu à M. de Chamillard, dans le temps de son ministère). Cette fille, qui est riche et bien faite, avoit bien mal placé ses amours. Mais un mauvais plaisant est assez du goût des femmes, qui aiment mieux être amusées qu'aimées. — Note postérieure. Elle a depuis passé à Raffi-Descbes , qui , après lui avoir fait un enfant, Ta épousée, et ils se sont donné tout leur bien par le contrat de mariage. Mais après la mort de Raffi , cette donation a été cassée par arrêt de la Cour des aides, qui a paru singulier, et qui doit faire peur à ceux qui épousent leurs maltresses.
1er juin (2, 3, 4. ) — Camaldules. Grosbois. — J'ai été pendant quatre jours à Grosbois, chez M. Bernard, maître des requêtes, où je me suis reposé, et j'ai été voir la solitude des Camaldules, où j'ai vu les cellules et
maisons du prince Ragotzy (1), qui est retourné en Hongrie, et du maréchal de Tessé qui a pris une retraite (2). La vie de ces bons solitaires est bien dure , et plus austère que celle des Chartreux. M. de Fieubet est enterré là. Il s'y étoit retiré sur la fin de ses jours (3). Les bois qui les entourent sont charmants. Dieu y est servi dans une grande simplicité.
20 mai. — P. Charles. — Séparation. — La transaction entre M. le prince Charles et Mme d'Armagnac son épouse, qui contient leur séparation de corps et de biens, a été signée par eux et par leurs parents des deux côtés. Elle est par articles, comme un contrat de mariage. De la part du prince Charles, il y a eu pour témoins M. le maréchal de Villeroy, gouverneur du Roi, oncle maternel, M. le prince de Lambesc, neveu; et il y avoît encore la procuration de M. l'évèque de Bayeux, frère du prince, et de M. le duc d'Elbeuf, chef de la maison de Lorraine en France. De la part de M me d'Armagnac, il y a eu Mme la maréchale de Noailles, aïeule, le duc et la duchesse de Noailles, père et mère, le cardinal de Noailles, archevêque de Paris, grand-oncle , le duc de Gramont, le maréchal d'Estréesetle marquis de La Vallière, oncles à cause de leurs femmes. Les notaires sont : Lefèvre et Ballot. Lefèvre a» la minute. Je ne m'attendois pas que le Cardinal, qui a fait le mariage, signeroit ce démariage ; mais il signe tout ce qu'on veut pour et contre, et j'ai su du notaire qu'en signant et lisant l'endroit qui porte la restitution de la dot, il dit : « Chacun le sien ri est pas trop, » ce qui est une grande puérilité dans une affaire de cette importance. Nous avions mis la dernière main à cette transaction, M. le lieutenant civil et moi, la veille,
(1) Voir sur Ragotzy, le célèbre chef de la grande insurrection hongroise, Saint-Simon et Quinze années du règne de Louis XIV, par E. Moret, t. «II, ch. XI, (p. 19).
(2) Voir sur celte retraite du maréchal de Tessé, Lemontey, II, 18t.
(3) Saint-Simop Jïï, 36.
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et il arriva que Mmc la lieutenante civile accoucha, avec ' grande peine, d'un fils pendant que j'étois chez lui, 11 ne reste plus à cette transaction que la cérémonie de la faire homologuer au Parlement. Elle a été homologuée par arrêt du 30 juin suivant.
6 juin. — D'Argenson. — Estampe satirique. — On a gravé une estampe sur la mort de H. d'Argenson (1) . Il y est représenté en robe longue de Garde des sceaux et avec une perruque très-noire. Un diable avec une masse et un flambeau marche devant lui, et le mène aux trois juges d'enfer. Un autre diable avec une masse le suit et lui donne des coups de pied au cul et des coups de la masse pour le faire avancer; et un autre petit diable lui porte la queue de sa robe. Dans le fond , on voit sa bière renversée à coups de pierres par les harangères de la Halle. On le voit dans différents petits tableaux; tantôt . assis, avec des filles au-devant de lui qui lui comptent de l'argent, avec ces mots : Contribution des filles de joie ; tantôt en conversation avec des religieuses avec ce nom : M m-e du Trainel. En un autre endroit, Law, qui a sur son visage un as de pique, babille la France et l'Ombre la déshabille, et à côté, un diable avec ce titre : Faux arrêt. Et dans un fond, on voit des roues et des potences, et deux hommes avec une torche au poing faisant amende honorable et leur nom au-dessus : Le Normand et Gruet, qui sont deux hommes qu'il protégeoit, et que la Chambre de justice avoit condamnés. Au bas, il y a l'Ombre inique condamnée par Minos, Eaque et Radamante. Cette estampe a été vendue publiquement, mais tout aussitôt supprimée , avec des ordres très-rigoureux. Voilà une vengeance publique qui ne lui fait pas grand mal.
Pape. — On dit beaucoup de bien du Pape; il a bien des neveux et des nièces ; mais il ne veut pas que sa famille se mêle du ministère. Rome est bien aise de voir
(i) Voir Barbier, I, 134.
un pape prince et baron romain; elle nel'avoit vu de longtemps. Il est cardinal du 7 juin 1706. 11 a deux frères, le duc de Poli, et un religieux bénédictin ; une sœur, veuve du duc d'Àquasporta ; trois neveux, fils de son frère; une nièce, épouse du duc Sforza Césarini ; trois neveux, fils d'une sœur qui a épousé le prince Raspoli, et deux enfants ou neveux du duc d'Aquasporta. Matière de népotisme.
Voleurs. — On s'est saisi de plusieurs voleurs au faubourg Saint-Germain; le chef, nommé Cartouche (1), homme hardi, a tué deux ou trois archers, s'est dépouillé, a monté par une cheminée, et s'est sauvé, à dix maisons de là, par une porte qu'il s'est fait ouvrir par force. On le prenoit pour un diable qui voloit sur les tuiles, et il court encore.
Conseil de santé. — Il y a un conseil de santé établi au* sujet de la peste. Il se tient tous les lundis par les princes du sang, le maréchal de Villeroy, le chancelier, le contrôleur général, les secrétaires d'État et le premier médecin.
M. le P. Dodun et M. Lepelletier de Souz^, fils du contrôleur général, nommés commissaires des finances, avec MM. d'Ormesson et de Gaumont qui le sont déjà.
Prince de Modène. — Le prince de Modène et sa femme, qui avoient fait la belle équipée de sortir de leurs États, y retournent, et l'affaire est accommodée par la médiation de M. de Chavigny, envoyé à Gênes, qui les remènera dans la maison de leur père. C'est un tour de jeunesse dont ils se souviendront longtemps, et qui pourra bien leur coûter bon dans un pays où on ne se venge pas après la mort, comme en France.
Nouvelle tracasserie dans les amours du Palais- Royal. — Le Régent a congédié Mme de Parabère, et lui
-(1) Voir, sur ce brigand célèbre, Cartouche, par B. Maurice, Paris, 186!.
a conté tout doucement le mot de Mahomet II, qui dit à sa maltresse : « Voilà une belle tète, je la ferai couper quand je voudrai. » Ce trait historique ne plut point à la dame, qui est partie pour Beauran, auprès de Beaumont (1), et qui, de là, doit aller dans une terre plus éloignée. On parle beaucoup de Mmc d'Averne (2), femme d'un officier aux gardes, qui est très-belle, et que le Régent voudroit avoir. Les articles sont proposés, mais non encore acceptés. Cent mille écus pour elle, une compa- / gnie pour son mari. Tout cela ne la gagne point, et elle s'en va à Averne pour l'été. A ce qu'elle dit, c'est un rocher ; mais La Fontaine dit :
Rocher fût-il, rochers aussi se prennent.
Ainsi le ftégent demeure veuf de maltresse. On dit qu'il a découvert que M"* de Parabère entretenoit toujours correspondance avec le chevalier de Beringhem, par le moyen de M. de Breteuil, intendant de Limoges, qui lui envoyoit les lettres du chevalier dans ses paquets. On trouve ces Breteuil partout ; mais ils ne se mêlent pas de bonnes affaires.
Bouillon. — Comte d'Évreux. — Le vieux duc de Bouillon, âgé de quatre-vingt-deux ans, est très-mal. Il a envoyé quérir le comte d'Évreux, son fils, à qui, après Favoir fait attendre trois ou quatre heures, il a fait dire qu'il ne le verroi t point, àmoins qu'il ne lui donnât un blanc-seing pour accommoder l'affaire qu'il a eue avec le duc d'Albret, son frère, au sujet de la terre de Tancarville. C'est M,le de Bouillon et les dévots qui ont joué ce tour. Le comte a pris conseil du maréchal de Villeroy, qui lui a dit de ne point donner ce blanc-seing , que quelque moine pourroit remplir contre lui. L'affaire se plaide à la Grand- Chambre. Le duc d'Albret veut avoir par retrait cette
(1) Cette terre appartient encore à la famille.
(2) Voir, sur Madame d'Averne, Les Maîtresses du Régent, Denta, 1861.
terre, qui n'est pas un propre, mais qui peut être retirée en Normandie comme acquêt. Le comte l'a vendue à Law. Le contrat a été résolu faute de paiement. Depuis la résolution, le retrait a été fait. Voilà le procès. Le comte d'Évreux ne veut pas perdre une terre de 35 à 40,600 liv. de rentes, que son frère lui veut payer en billets de banque, et la cabale se mêle pour la lui faire perdre dans le temps que le procès va se juger. On crie qu'il refuse son père à l'article de la mort, et il dit qu'il ne refuse pas d'avoir pour juge son père, qui ne le peut pas juger en l'état où il est. C'est une injustice de dévots et de courtisans mêlés ensemble. Depuis, le duc de Bouillon a vu ses enfants ensemble et ne leur a parlé de rien.
Dialogue des morts. — Les jansénistes, qui se voient exilés de tous les côtés, ont fait un Dialogue où ils font parler le défunt P. Le Tellier et M. Ravechet, syndic de Sorbonne, mort à Rennes. Ils défient la Régence d'exiler ceux-là. La matière roule sur les appels au concile; il y a de bonnes autorités, tirées des Capitulaires, et on y agite la question des appels interjetés avant le concile de Trente et que ce concile n'a pas jugés. On demande ce qu'ils sont devenus, et la réponse est qu'ils subsistent toujours et qu'il y en a plusieurs à juger au prochain concile. Cette matière est curieuse et nouvelle.
Duc de la Force, Cassation. — Le duc de la Force, qui voit que le Parlement prend sérieusement son affaire, s'est pourvu en cassation au Conseil de toutes les procédures criminelles faites contre lui, et prétend qu'il y a plusieurs contraventions à l'ordonnance. Il y a un bureau pour cette cassation dont M. d'Àrmenon ville est le rapporteur. MM. de Labourdonnaye, Fagon, de Chàteauneuf, comm., etc. La requête est imprimée et a été présentée au roi le 26 mai. On l'envoie dans toutes les maisons. La principale nullité est, à ce qu'il prétend, qu'il n'y a point de corpa de délit , et qu'on n'a point fait de procès-verbal des marchandises qui le constate,
et que ces marchandises, ou le procès-verbal, n'ont point été représentés lors de l'interrogatoire. Il impute une animosité au Parlement, et dit que l'honneur que le Régent lui a fait de le choisir pour être du secret de ses conseils, ou la conduite du Parlement n'a pas toujours été approuvée, a mis le comble à cette animosité. Il parle mal du P. P. Il critique les dernières remontrances, en ce qu'elles font mention des anciennes remontrances auxquelles le Roi n'a point eu d'égards. Il ne pense pas à l'état où la France est réduite aujourd'hui, parce que la conduite du Parlement n'a point été approuvée, et que ses * remontrances n'ont pas été suivies. Il ne pense pas aussi qu'on ne peut pas imputer une animosité à tout un corps, à tout le corps de la Cour. Et quant aux nullités sur lesquelles il demande la cassation et l'évocation au principal, sauf aux autres parties à procéder où et ainsi qu'il appartiendra, cela est contre l'ordonnance, qui défend de juger un des accusés sans l'autre, et la procédure ne peut pas être bonne et mauvaise en même temps. Le Mémoire pour consulter contient très- nettement, et par dates, toute l'affaire du duc de la Force. La consultation est d'avis de la cassation. Elle est signée : de Sacy, du Portault et Thierry, et datée du 18 mai 1Ï21.
9 juin. 10-11 . — Amours du Régent. — Le Régent poursuit sa proie, et l'aura. Il a été chez Ariague, son trésorier, où il a trouvé madame d'Averne et sbn mari et d'autres dames qui étoient prêtes à souper. Il leur a fait compliment , a dit qu'il vouloit rester avec eux , et faire apporter son souper, ce qu'il a fait, et on s'y est fort réjoui.
Et Bacchus et Cérès, de qui la compagnie Met Vénus en train bien souvent, Furent de la cérémonie.
Le lendemain 10, la corbeille a été envoyée, comme pour une noce. 11 y avoit des pierreries et de l'argent , et cela
a achevé la capitulation. On a appliqué à cette aventure l'hémistiche de Virgile :
. Facilis descendus Àverni,
Et le rameau d'or que la sibylle montra à Enée , sans lequel on n'y pou voit entrer :
Hoc tibi pulchra suum ferri Proserpina munus
Instituit
Carpe manu namque ipse volens facilis que sequetur. '
Le soir, les deux amants se sont trouvés à la Roquette, dans la maison de Dunoyer, qui étoit autrefois dans les vivres, et on y a passé une partie de la nuit, et, le lendemain, le Régent dit à ses amis : « Je suis arrivé. » La dame s'appelle de Rrégy , en son nom , est fille de condition , jeune, belle et bien faite. Son mari s'appelle Ferrand d'Averne, et est lieutenant aux Gardes. Il a l'incommodité de tomber du haut mal; cocu de plus, non pas d'aujourd'hui, caria dame étoit maltressedu marquis d'Alincourt, qui est au désespoir de cette quitterie, et qu'on a entendu dire aux Tuileries au comte de Rrégy, son frère : « La c. . m'avoit promis de n'en jamais rien faire, et qu'elle aimeroit mieux coucher avec un Savoyard qu9avec lui} » en parlant du Régent. Le maréchal de Villeroy en a fait ses compliments au prince, et a dit que cela alloit renvoyer le marquis, d'Alincourt (son petit-fils) à sa femme, Ml,c de Roufflers, qu'il a épousée depuis peu, et raccommoder un ménage en en brouillant un autre. Voilà comme la Cour se joue de la débauche. Le mari est trèscontent et a eu aussi sa corbeille. La famille de la dame est très-fàchée , mais" c'est une affaire faite. Il en faut revenir à ce que disoit le duc de la Feuillade : « // n'y a si bonne famille où il n'y ait des p.... et des pendus. » 12 juin. — Le marquis de Nesle (1) a été nommé pour
(1) Père des quatre soeurs maîtresses de Louis XV.
porter la queue du manteau du Roi à son Sacre, auquel on songe déjà. Il ne la portera que le lendemain, à la cérémonie des cordons bleus. C'est le prince Charles qui la doit porter le jour du Sacre. Le marquis d'Alincourf. espéroit avoir cet honneur, mais on lui a ôté tout, jusqu'à sa maltresse, et un malheur ne vient jamais sans l'autre, On a fait porter au marquis de Nesle d'autres choses qui lui ont fait obtenir cette faveur, et celles de sa femme n'y ont pas nui. A cela est- attaché de droit le cordon bleu.
Dimanche, 14 juin. — D'Averne. — Le Régent est allé à Saint-Cloud l'après-dlnée avec sa nouvelle maîtresse. Elle a paru publiquement dans les jardins avec lui, dans une chaise découverte, et la dame s'est bientôt défaite de toute honte. Madame, qui est à Saint-Cloud, n'a pas ignoré cette promenade, quoiqu'on l'ait évitée. Les princes ne peuvent pas avoir de plaisirs secrets, et c'est un des malheurs de leur condition. On a dit que, de môme que le Parlement n'a pas voulu rentrer dans Paris qu'après queLaw en seroit dehors, ainsi madame d'Averne n'a voulu se livrer qu'après que madame de Parabère seroit chassée. Ainsi elle a le triomphe entier.
16 juin. — Le mardi 16 juin, à l'Opéra, elle a paru, dans la loge du Régent, très-parée, à la face de tout Paris; elle avoit pour compagnie madame Dod un, qui est très-jolie, femme d'un des principaux officiers du Régent, et qui sera sa complaisante. Elle a aussi des amants, et cela fera la partie carrée.
Habits de noeuds. — On a vu à l'Opéra et aux Tuileries des habits d'un goût nouveau. Ils sont tout brodés de nœuds de soie, que les dames ont fait tout cet hiver pour les hommes. Il y en a de toutes couleurs ; les vestes 1 et les bas sont brodés de même. On demandoit aux dames à quoi servoient tous ces nœuds, que Ton regardoit comme un amusement d'enfant, mais elles avaient leur dessein, et puisqu'elles ont habillé les hommes , il faudra bien que les hommes le leur rendent. On a mis de ces
nœuds jusque sur les tournois des chevaux et on en a vu à ceux de M., de Meslay , conseiller au Parlement, qui est superbe en équipages, et dont le mérite est borné là.
19 juin. — Procession de Saint-Sulpice. — Le jour de la petite Fête-Dieu , le roi a été voir passer la procession de Saint-Sulpice au Luxembourg. Elle a passé devant Y Hôtel des ambassadeurs > où est l'ambassadeur turc, qui a vu la procession pa^ tes fenêtres, avec toute la décence et le respect qu'on eût pu demander à des catholiques. Il n'a pas fait comme un prince de Hesse, luthérien , qui est ici , et qui s'est fait chasser de la chapelle du roi pour n'avoir pas voulu se mettre à genoux au lever-Dieu (1).
18 juin. — La Force. — J'ai appris que le Duc de la Force a été débouté de sa cassation hier au bureau où elle a été rapportée, mais c'est encore un secret. Il n'a pas eu une seule voix pour lui.
L'ambassadeur turc doit donner un concert en musique turque, sur le théâtre de l'Opéra, avec des musiciens qu'il a amenés de son pays, et ensuite il y aura un grand bal. Nous verrons ce que l'on dira de cette musique. Ils ont des castrats comme en Italie, mais je les crois plus employés au sérail qu'à chanter.