‹ Journal et mémoires de Mathieu Marais ... sur la régence et le règne de Louis XV (1715-1737) Publiés pour la première fois d'après le manuscrit de la Bibliothèque impériale (volume 2)Chapitre 9 sur 22 · AVRIL I7M. Î7I · texte numérisé non relu

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y aura un registre. C'est un règlement nouveau et trèssage.

Le 26 mars, arrêt qui augmente les droits de la douane de Valence et de celle de Lyon, sur les damas, velours et satins étrangers, pour favoriser les manufactures d'étoffes d'or et d'argent de Lyon.

Il y a eu encore, dans ce mois, plusieurs voleurs de la suite de Cartouche suppliciés.

Avril. — L'ABèÊ de Fleury, confesseur du roi. — ' L'abbé de Fleury, confesseur du Roi, étant tombé en apoplexie, on a songé à lui donner un autre confesseur; il y a eu bien de la brigue ; enûn le P. de Linières, jésuite, a été nommé et présenté ; mais le cardinal de Noailles ne lui a point voulu donner de pouvoirs, parce qu'il n'en donné point aux jésuites. Ainsi, le confesseur est demeuré sans fonctions, et le Roi ayant été obligé de se confesser pour ses -Pâques et son Jubilé, il a été à confesse

le jour de la Quasimodo à M qui est un de ses

clercs de chapelle, et qui a plusieurs fois confessé Mme de Maintenon. Le cardinal a déclaré qu'il ne donnerait point de pouvoirs à aucunes personnes de communauté pour confesser le roi.

Le Roi et l'Infante. — J'ai oublié de marquer, sur la fin du mois de mars, que j'ai vu souper l'Infante et le Roi séparément. L'Infante m'a paru très-jolie, très-vive et pleine de petites grâces ; elle a demandé à boire; on a dit : A boire à V Infante- Reine. Mm( de Ventadour lui a parlé de l'Espagne, et a demandé si elle ne voudroit pas y être; elle a répondu : « J'en serois bien contente, » et comme on a voulu lui faire entendre que cela vouloitdire qu'elle étoit bien contente, elle a dit : «. Vous n'entendez pas cela, vous n'entendez pas cela. »

Mme la maréchale de Villars et Mme la duchesse de Noailles y étoient en grand habit sur des tabourets. J'ai vu ensuite souper le Roi, qui n'a pas dit un seul mot, qui m'a paru triste et sérieux et mangeant bien. Le maréchal de Villeroy a dit au maréchal de Villars que le Koi avoit bien de l'obligation à Mme de Villars d'avoir été au souper de l'Infante ; cela a paru une radoterie dont le maréchal de Villars s'est joué et a dit que l'étendue de cette obligation-là n'étoit pas bien grande, et enfin, le Roi n'a point parlé du tout, et s'est levé de table sans rien dire.

Versailles. — Voyage du roi. — Vers Pâques, le bruit s'est répandu que le Roi alloit quitter Paris et s'en alloit à Versailles. Le Grand-Prieur, fils du Régent, lui ayant demandé sur quel fondement cela se disoit, le Régent, en colère, lui a répondu : Sur le vôtre.

Ce voyage est certain : c'est un secret d'État que Ton cherche à deviner. On en dit deux motifs : l'un pour accoutumer le Roi à Y infante, qu'il n'aime guère, l'autre pour mettre le Régent plus près du Roi et s'en faire connoltre davantage. Le cardinal Dubois lui a fait entendre que cela étoit nécessaire, et le voyage a été déterminé subitement, au grand étonnement de Paris et delà Cour, pour le 15 au 20 mai. Le Régent sera aussi moins entouré de ses favoris ou roués, que le cardinal Dubois n'aime point, et qui le méprisent parce qu'ils le connoissent et l'ont vu bien bas. Tout le monde demande des logements à Versailles, les femmes comme les hommes. W* de Saissac (1) a fait dire au Régent qu'elle lui sacrifie roit ses plaisirs et sa tranquillité et qu'elle ne pouvoit se passer de le voir.

Noce exilé. — Noce, favori du Régent, lui a parlé très-haut sur le cardinal Dubois et lui a dit : qu'il pouvoit

(I) Voir sur celle daine et son mari, Saint-Simon, t. I, p. 342, 343 et les Mémoires de dWrgenson et du président Hénault.

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bien faire d'un cuistre un cardinal, mais non pas du cardinal Dubois un honnête homme. Il lui a aussi fait entendre que ce cardinal le trahissoit, et qu'il avoit des intelligences en Espagne, pour faire déclarer le second Infant héritier de la couronne de France, en cas de mort du Roi. Pure folie. Une autre fois, trouvant le cardinal qui travailloit avec le Régent, Noce a dit : « Fait-il là quelque maquerellage ? « sur quoi le Régent, sans se fâcher, lui a dit : «Tu n'en parles que par envie, parce que je ne me sers plus de toi. » Le cardinal a mis de son parti Madame etMmela duchesse d'Orléans, qui n'aiment point le Noce ; il a fait entendre au Régent qu'il étoit de conséquence, pour la nation et pour le bien de l'État, que le ministre des affaires étrangères ne fût pas traité ainsi, que tous les ambassadeurs ne voudroient plus travailler avec lui et le reconnoltre. Cela a paru sérieux, et le Régent a résolu d'exiler Noce, qui, l'ayant appris, est venu trouver le Régent et lui a dit qu'il venoit pour Fempêcher de faire une mauvaise action en exilant un homme qui lui étoit attaché depuis si longtemps. « Peuxtu croire cela, lui dit le Régent, toi qui me connois si bien?» — « C'est parce que je vous connois, a-t-il répondu, que je n'en doute point. » Aussi, le même jour (12 avril), il a reçu ordre d'aller en Normandie dans ses terres, et on a aussi exilé Mme du Tort, sa sœur, qui est un bel-esprit du temps,, fort amie de Fontenelle, grande approbatrice du nouveau langage et des sentiments métaphysiques dans le discours ; et il n'y a pas grand mal que ce bel-esprit soit hors Paris, car cela ne fait que gâter le goût. Pour Noce, il disoit trop hardiment la vérité ( l'exil est changé et est à Tours ), et le Régent en a bien souffert. Il avoit autrefois épousé Mme de la Mésangère, fille de Mmc de la Sablière que la Fontaine a tant louée. Il s'en dégoûta bientôt , prit pour maltresse Mme de Strafford, fille du

(1) Voir, sur Noce, Les Maîtresses du Régent.

comte de Graroont, qu'il emmena à Avignon, fo<i il étoit encore lors de la raprt de M"* de Nooé, sa femraa, et il n'est revenu que pour la Régence, où ii a tant fait qu'il y a gagné un exil. Ce qu'il y, eut de singulier dans son mariage, c'est qu'il épousa Mm! de ,1a Mésangèi#> veuve et mère de la Mésangère, Maltre^d'hôte} du Roi, qui ea lui au désespoir, parce que après lui avoir pris sa otèçe, il lui prit encore Mm* de Strafford, qui étoit sa maltresse. Sur quoi on fit de fort jolies chansons*' : , . f

Prince Charles, — M. le Prince Charles a été visiter la grande écurie à Versailles, et m'a dit autFetoqr qu'il m'y avoit destiné un logement dans la chambre même où il a été élevé, que j'irois occuper quand il me plairoit. - {

Il est arrivé pendant les, fêtes, un cas singulier.» Une dame (Mœe de Sandricourt), ami§ $u chevalier de Marie* ayant affaire avec lui, lui dit qu'il rcranquoit quelque chose à son plaisir ; qu'il n'étoit pas. tout à fait comme un autre, qu'il §eroit.trèsraisjé de le, réformer, avec un petit coup de ciseau qu'elle lui donneroit ^llft-mjôme, qu'il n'en auroit pas plus de mal que de couper le filets un enfant. Le chevalier, amoureux, la crut, se «lit dans ses mains, et elle lui fit une circoncision qui le mi£ tout en sang , qui le fit évanouir et dont il a été loqgtçmps jnac lade.

Amour, amour, quand tu nous tiens On peut bien dire adieu prudence ! *

L'abbé de Grécourt, auteur du Philolanus, étant. à Ussé à la chasse avec madame d'Ussé, qui étoit en habit d'homme, elle le pria de lui faire une chanson, tjtcornoae il a l'esprit plein de tours luxurieux, il lui chanta (1) :

(1) Le couplet, qui ne fait pas plus d'honneur à Grécourt comme poète que comme prêtre, est impossible à etter. Les grivois le chercheront au manuscrit, Nous ne reculons devant aucune des libertés^ de langage qu'autorise

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We dtJssé est la^ deuxième femme de' M. dTïssé, qui avrJit épousé en premières noces la fille du maréchal de V au ban , aussi" libertine' que celle-ci est sage. On dit qu'elle avoit unàneà son service. Etlé a bien été chantée par Rousseau , qui a fait pour ell&la Volière.

ik avril. — Sandrier. — Leslnalhëurs du temps tournent la tète à tout le monde. Sandrier de Mitry, receveur général des finances^ de Flandre, a disparu tout d'un coup, dès le 25 de mars , et on ne* feait ce qu'il est devenu (1). La Mazé , autrefois fille de l'Opéra, très-jolie, qui avoit 3,006 livres de rentes sur la ville, et qui est ruinée par le Système , fe'èst noyée en plein Jour, à la (Grenouillère. Elle étoit en* rouge, en mouèhes, en bas de soie couleur de chair, et a été là coiinné à la noce.

( 15 avrih — M. Roûjault, oonàéiller au Parlement, a été reçu président de la quatrième ttes enquêtes, parla va* cancede M. Dodun, qui lui a vëndd. Le président Feydeau s'est démis en même temps, en faveur 'de soi! parent, M. Feydeau, ayant perdu^deûx<Jc^ses,fiisi conseillers, et on croyait que M. Féydeâu seroif reçu le premier et passerait avant M. RoajaHilt, à cauôe de l'ancienneté du . président et de ses enfants inorts. Mais M. le premier Président n'a pas voulu accorder l'assemblée deg Chambres

le temps dont Marais écrit Phistojre avec la crudité qu'elle comporte forcément, mats nous n'admettons quelles crudités savoureuses, et rejetons les dégoûtantes fadeui?*. l»e moraliste profite «le tout, et les tableaux qui peignent les mœurs ne sont pas, tenus à une stricte décence. La nudité est plus instructive et parfois plus chaste que le vêtement. Mais quand la lampe indiscrète d'un chroniqueur sans scrupules éclaire d'une lumière trop brutale ce qui doit rester c^clie, nous la sournois net;; 11 ^est des pudeurs inviolables, et toute bégueulerie à part,. nous supprimerons, impitoyablement tout .ce x|uî est indigne de l'histoire. Duclos pensait qu'on pouvait tout dire devant d'honnêtes femmes. Mais un jour qu'il était allé trop loin, la maréchale de Roche loi t le rappela spirituellement à l'ordre en toi disant '• « Pour le coup, Duclos, vous nous prenez pour trop honnêtes. >< J3T*us eujdirons autant parfois au bon Marais, au nom du lecteur honnête , mais qui veut être respecté. (1) Voir Barbier, 1,212. } - " :

pour registrer la dispense de M. Feydeau ; et M. Roujault, beau-frère de M. Lamoignon et neveu de l'abbé Pucelle, Ta emporté, au regret de tout le Palais , qui reproche même au premier Président que sa femme portoit le nom de Feydeau. Ces Feydeau ne sont pas anciens dans la robe ; il n'y a pas cent ans qu'ils étoient dans les finances.

18 avril. — Le samedi 18, on a trouvé le corps de Sandrier dans la rivière, entre Croissy et Marly, avec deux grands coups d'épée dans le ventre (c'est le vendredi qu'il a été trouvé ). Il avoit un justaucorps noir et point de culotte. Toute la famille l'a reconnu. On n'entend rien à cet assassinat. Le Régent dit qu'on l'a enlevé , et qu'il a été gardé, puis tué. On soupçonne qu'ayant une commission principale chez la Jonchère , trésorier de l'extraordinaire des guerres , d'où on a dit , depuis peu , qu'il a été détourné des fonds considérables par le ministre de la guerre, Sandrier, qui avoit le secret, a été tué, afin qu'il ne le dise pas.

Évêques par la grâce du Saint-Siège. — Un capucin ayant avancé que c'étoit une nouveauté suspecte à des évêques de ne pas employer le titre à? Évêques par la grâce du Saint-Siège , on lui a répondu que cette formule est nouvelle ; que les premiers qui l'ont prise étoient des évêques latins de l'Ile de Chypre : l'archevêque de Nicosie dans ses constitutions publiés en 1251 ; les archevêques de Ravennes et Narbonne, 1365; Farchevêque de Cauterbury en 1417. Cela est devenu plus commun, depuis que la promotion des évêques se fait dans le consistoire. Mais, en supposant la nécessité de cet usage, celane prouve point que le Pape eût une juridiction immédiate sur toutes les églises. Le concile d'Éphèse, assemblé par la grâce de Dieu et l'ordre des Empereurs, n'empêche pas qu'il ne soit assemblé par une autorité toute divine et indépendante du Pape. Les huit premiers conciles généraux, qui sont des conciles grecs, ont été assemblés par

l'autorité des Empereurs. Les évèques qui omettent la formule sont plus conformes aux évèques des premiers siècles, puisqu'elle n'a commencé que 1300 ans après l'établissement de l'Église.

Mardi, 21 avril. — M. de la Houssaye, contrôleur général, quitte s a place. — M. delà Houssaye, Contrôleur général des finances, s'est démis de sa place. On l'a offerte à H. Fagon, qui l'a refusée. M. Dodun n'a pas été si difficile; il est à présent Contrôleur général, et voilà le quatrième depuis la Régence. Sa charge d'intendant des finances a passé à M. Fagon, qui a le département des fermes générales , et qui n'est point chargé de la haine publique ni des volontés de la Régence.

Bourgeois de Paris. — Le premier fruit du nouveau ministère est un arrêt du 25 avril (où M. Dodun est nommé) qui rétablit les privilèges des bourgeois de ÏJaris pour les foins et avoines qu'ils font venir de leur cru pouf leurs provisions, et qui les décharge des nouveaux droits rétablis par l'arrêt du 22 mars dernier; et un autre arrêt du même jour (où M. Dodun est aussi nommé Contrôleur général) qui décharge les blés, orges et farines seulement de la perception des nouveaux droits.

Lettre des sept évèques au Pape supprimée. — On a publié, dans le même temps, un arrêt du Conseil, du 19 avril, qui déclare « la lettre des sept évèques au Pape (datée du 9 juin 1721) téméraire, calomnieuse, injurieuse à la mémoire du feu Pape, au Saint-Siège , aux évèques et à l'Église de France ; contraire à l'affermissement de la paix de l'Église et aux déclarations de 1714 et 1720, registrées dans toutes les cours supérieures du royaume; attentatoire à l'autorité royale, séditieuse et tendante à révolte. Les 'exemplaires supprimés; défenses de la garder et cfistribuer, à peine d'être punis comme séditieux et perturbateurs du repos public. Ordonne en outre, S. M., qu'il sera procédé extraordinairement, suivant les constitutions canoniques et les lois du royaume, tant contre

ceux qui ont composé, souscrit et signé, que contre ceux qui ont imprimé, débité et distribué ladite lettre ou qui pourroient l'imprimer etdistribuer à l'avenir. » Les motifs de cet arrêt sont bien expliqués; il y est dit que le Roi a été inforjné #ue aeHk.tettpe #* été rendue ati Pape par le moyeu d'une intrigue pratiquée dans une aour étran* gère, ce qui est directement contraire aux maximes inviolablement observées dans le royaume. 11 est singulier que cet arrêt soit rendu au Conseil et non au Parlement; mais on a déjà vu un arrêt du Conseil, en 1714, qui a supprimé le manderont de l'évêque de Metz et ceux de 1719 contre, les mandements de Boulogne, de Senez, d'Arles. Il sera difficile de procéder contre les évoques, car il faudrait un cooeUe de Ja province, suivant les lois du royaume, et ^e seroitsçpt conciles pour sept évêques, et eux, ils ne demandent que des conciles.

Mme la princesse de Çonti, n'ayant pu s'accommoder avec son mari, elle a donné sa requête au Parlement en séparation de corps et de biens ; elle a été reçue et répondue le 25 avril. Un des faits est que son mari lui a donné du mal, mais il y $ dès enfantsidepuis et réconciliation. La cause sera plaidée à buis^clos, La princesse, qui n'est pas nette de tou|e galanterie ,, entreprend là un grand procès. Nous en verrons les suites.

Voyage pu Roi a Versailles. — Sacré. — Le voyage de Versailles est toujours pour le temps de la Pentecôte. En même temps, on a annoncé Jle sacre du Roi à Reims pour le mois de septembre ; mais la Champagne a député ppur le faire remettre , à cause de la vendange et des vignes, qui seroient perdues par les troupes et la quantité de monde qui doit se rqndre à Reims* Cette raison a paru bonne, et le sacre est remis au 20 octobre. Chacun a recherché les livres çt les figures et les cérémonies. Le Roi a lui-même demandé une gravure de la cavalcade de la Sainte-Ampoule à De Launay, directeur de la Monnaie des médailles, mais il ne Ta pu trouver. Il y

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a eu une taille-kiouce en 1655 de la cérémonie entière. Le P. Leloag en parle et de plusieurs autres sur cette matière (pi 55Gl3tS57). Tous les ouvriers sont en campagne pour les broderies et les habits. Le prince Charles, Grand- Ecuyer, a fait rendre à la Chatûbrè des comptes Tordre qui le regarde, l'a [fdrté au Régent tel qu'il s'est exécuté éh 165i, et il s'y est trouvé uii carrosse du Roi qu'il doit rfdurniy. Le marquis de La Vrillière, se trouvant avec le prince chez le Régent lots de la lecture de ce Mémoire «ans y être appelé, il dît aquë le carrosse devoit être fourni par la Petite Ecurie :>* Le princeCharlesluidit: a Monsieur le marquis, je suis bien aise qufe vous sachiez si bien ma charge et que vous l'ayez si bien étudiée. » Le petit marquis continua de parler indiscrètement pour le Premier écuyeri son parent et- son* ami; mais le prince Charles lui dit de se taire quand on ne l'interrogeoit pas, et en sortant, il lui dit queeeitfétoit?pas le lieu. d'avoir des ^éclaircissements avec un hcnnibe comme lui. C'est toujours la querelle du GraïwJvécuyer, qui est le maître et directeur de feu Grande et Petite écurie ; et le prince ne souffrira pas aucune atteinte à sa charge. Il a découvert que èe Premie* Ecuyer avoit commandé un carrosse pour le «aéte de Roi dès lëtoois d'avril 1721 à Mallet, sellier; mais il n'en aura pas l'honneur, Tordre de la Chambre des comptes étant contraire. "

On* a créé une Chambre ou* Commission à l'Arsenal, pour juger efc dernier ressort leô graveurs et imprimeurs qui ont gravé, imprimé et débité des estampes ou libelles fcontrele gouvernement et la Régence,' et contre le Pape défunt et la Constitution. C'est une inquisition nouvelle ; le président est M. Fromont d'Aunéuil, maître des requêtes ; lé procureur-géûéral M* dt. Vattan; les commissaires : MM. d'Argenson, Rouillé, de la Vigerie , Orry, Pajot, LeGros, Sechelles, Takmet, Aubert, Mandar, Pinot, Caumartin. M. d'Argenson jugera-t-il ceux qui ont fait l'estampe contre son père?

27 avril — Inquisition. — Autre inquisition : Des procureurs du Parlement s' étant trouvés dans un café, le dimanche 26, et ayant parlé de la Régence avec liberté, un d'çux, nommé Desnoux, ancien procureur, a été arrêté et mis à la Bastille ce matin. Il en est sorti et a été en prison pour trois mois (1).

Parlement assemblé sur les nouveaux droits. — Ce même jour, il y a eu une assemblée des Chambres, sur les lettres patentes données pour le rétablissement des nouveaux droits portés par l'arrêt du 22 mars. 11 n'y a pas eu une seule voix pour les enregistrer. 67 ont été pour faire des remontrances et 78 pour nommer des commissaires. Ces droits supprimés et depuis rétablis sont insupportables au peuple, qui gémit sous le Visa dont l'opération ruine la France. On y travaille toujours à force.

Morant, notaire. — Dn notaire nommé Morant, fils d'une fameuse marchande d'étoffes, a représenté au visa, comme dépositaire, six contrats de la ville, et cherchait à en faire faire la liquidation, qui se délivre au porteur : mais il s'est trouvé que ces six contrats avoient été donnés en paiement d'une taxe de la Chambre de justice par la veuve du Sr Chambellain, receveur général des finances de Poitou; et que ce Morant, qui étoit no taire du receveur de la Chambre de justice, tes vouloit faire valoir après avoir été éteints au profit du Roi, supprimant la quittance d'extinction. Morant a été arrêté, mis à la Bastille, scellé apposé surseseffets, puis l'affaire s'est accommodée et il a reparu, mais il n*en est pas moins fripon. L'affaire s'est découverte par un très-grand hasard, entre M. Guigou, conseiller au Grand-Conseil, qui est un des commissaires du Visa et gendre de la dame Chambellain ; et. M. Hennin, son confrère, travaillant à côté de lui , dans le même bureau, à qui cette déclaration étant tombée, il l'avertit

(i) Voir Barbier, tome 1er.

que sa belle-mère y avoit intérêt. M. Guigou en ayant parlé à sa belle-mère, elle se souvint des contrats donnés à la Chambre de justice, et ainsi, Dieu qui veille pour la vérité, a permis que la fraude ait été découverte, dans le temps qu'on y pensoit le moins; et cela apprend à ne rien faire contre l'honneur et son devoir, car à la fin on sait tout.

Manuscrit , vie de d'Aubigné. — Cazzaria. — lettres sdr la religion. — Il m'a été prêté un livre manuscrit contenant plusieurs traités écrits de la main de M. de la Monnoye, dans un caractère très-menu, qui lui est particulier et qui ressemble fort à l'impression. Le premier traitéest la Vie de Théodore Agrippa d'Aubigné (1 ) , faite par lui-même, où il y a plusieurs faits curieux, et qui ne sont pas fort honorables pour Henri IV, qu'il dépeint comme un prince jaloux, envieux, et qui vouloit faire de tous ses courtisans ses Mercures. D'Aubigné parle de sa noblesse, et dit ques'étant voulu marier il fut obligé d'aller en Anjou, lui qui étoit en Saintonge, pour chercher sa famille, et qu'il trouva à Chinon une chapelle où étoient ses armes et plusieurs gens de son nom établis dans cette province : c'est d'où sont venus les d'Aubigné, parents de Mme de Haintenon, dont il y a eu un archevêque de Rouen, et ce- , lui qui est à présent gouverneur deSaumur. Le deuxième traité est un Dialogue italien intitulé : La Cazzaria del signor Arsiccio, où il y a toutes les ordures imaginables, et des obscénités, de toutes les natures, qui ne peuvent jamais tomber que dans l'esprit d'un infâme Italien. Il y a 36 chapitres plus impudents l'un que l'autre. L'Arétin est modeste en comparaison, et l' Arsiccio, qui est un academico inlronato, parle d'un livre qu'il a fait, intitulé : Délia genealogia e battisimo del Cazzo. — Délia nativita e opéra délia poeta et délia vita e passione del culo

(1) Histoire secrète de Théodore Agrippa d'Aubigné, écrite par lui' même, plusieurs fois ipiprimée à la suile du Baron de Fœneste.

2*2 MÉMOIRES DK MAEIUKU MARAIS.

mêfo lumm pudèndonm. Il ne parait pas que ce Dialogue artjamaiâ été imprimé. H y a, dans ce même volume, une Lettre contre lafreligidn chrétienne, où l'auteur a ramassé tout ce qu'il a <pu co titre la religion, et à quoi on a répondu plusieurs fois , quoiqu'il; dise < qu'on n'y peut pas Répondre; Lé style en est fort clair et fort «concis. On peut soupconnerM.de la M... (2) d'en être l'auteur, et ce Recueil impie et obsoène -est tout à «fait de son goût, il y a encore un poème obscène en uerS bourguignons, *• qui a pour titre : Lettres de Godon, où on n'entend rien.; la Protestalion de M. dedourtenay, faite en t ^62, et les Fies de quelques auteurs italiens assez obscurs.

" 28 avril: -** Bretagne. — Le Parlement de Bretagne a refusé de recevoir»les nouveaux droits rétablis; on leur envoie des troupes, et ce -matin; â8 avril, il est parti un huissier de la Chaîne, nommé Denis, pour leur signifier les ordres du RoL On leur a eùvoyédes lettres patentes depuis, et ils ont enregistré tout ce qu'on vouloit.

Le notaire Morant s'est tiré d'affaire parce qu'il avoit prêté la matin à plusieurs personnes en place, pour s'approprier les contrats des partisans taxés à la Chambre de justice. Il faisoit signer des transports ou des procurations, au lieu de quittances de rachat, et on recevait les arréragera la Ville. On dit que le duc de Noailles ne s'y est pas épargné, pendant qu'il étoàt à latèté des affaires, et c'est ce qui à sauvé ce notaire fripon, qui an auroit découvert bien d'autres, plus haut huppés que lui. Voyez comme le pauvre peuple est traité., Le lieutenant* ci vH, qui fait le courtisan, n'a pas nui à la liberté de ce notaire, qu'il devoit faire punir comme son juge. Il est ami dés Noailles. , . .

yî) M. de la Moonoye.

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