PRÉFACE
En parcourant, il y a quelques années, les nombreux volumes du Recueil de Conrart, conservé au dépôt des manuscrits de la bibliothèque de F Arsenal, je rencontrai au tome xi in-4, un journal historique ..occupant 286 pages (p. \ 97 à 485), s'étendantdu V janvier 4 6 1 4 au 54 décembre \ 64 9, et auquel la table ancienne du même tome donnait ce titre : Journal historique et anecdote de la Cour et de Paris, par un homme d'Etat. C'est ce Journal, écrit par un des personnages les plus célèbres du xvne siècle, que je publie aujourd'hui, après m'être assuré, autant qu'on peut avoir une certitude à cet égard, qu'il est inédit,
Conrart, on le sait, n'a point pris la peine de nous faire connaître les auteurs de la plupart des pièces historiques et littéraires conservées par lui. J'avais à rechercher d'abord quel était l'homme d'État non nommé, dont je retrouvais
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le Journal. Plusieurs passages fournissaient heureusement des données précieuses pour arriver promptement à le découvrir.
En effet, Fauteur, dans le cours de son récit, dit à plusieurs reprises : « J'ay ouy dire à M. Bar- 6in, le 25 mars \ 64 8, comme j'estois un de ses trois Commissaires. » Or les Mémoires du temps donnant des détails sur l'arrestation et le procès de Barbin , il était bien facile de savoir les noms de ces trois commissaires et de n'avoir plus ensuite qu'à déterminer auquel des trois appartenait le Journal conservé par Conrart. Richelieu, ami de Barbin> et qui était comme lui, à cette époque, un des chefs du parti de la Reine-mère, dit que les trois Commissaires dont il s'agit étaient le Président le Bailleul, un Conseiller d'État qu'il ne nomme pas, et Arûauld d'Àndilly, lequel était secrétaire de lu commission, spécialement chargé d'écrire les réponses de Barbin 4. Des Mémoires de Richelieu je courus naturellement à ceux d'Arnauld d'Andilly et j'y trouvai le passage suivant qui était presque la solution de la question : « Au mois de mars de l'année suivante, ^648> on découvrit une entreprise que M. Barbin, pri^-
1 F. coll. Michaud et Poujoulat, Aéra, de tiichelieu, année 1618, p. 182.
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sonnier à la Bastille, avoit faite pour sortir la Reine-mère de Blois, où elle étoit comme prisonnière. Cette affaire étant très-importante à cause des personnes de qualité qui s'y trouvoient mêlées, on choisit trois Conseillers d'État pour en instruire le procès* Ce furent M. le Président de Bailleul, M. l'Avocat et moi ; et parce qu'on ne voulut pas se confier à un greffier, et qu'ainsi il falloit que ce fût l'un des Commissaires mêmes qui tint la plume, ce fut à moi à la prendre étant le plus jeune. » Un peu plus loin, d'Andilly ajoute : « Néanmoins lorsque je l'interrogeois, ce que ces Messieurs me laissoient le plus souvent faire, à cause que tenant la plume j'avois la mémoire plus fraîche des interrogatoires et des réponses, etc. » Le Journal manuscrit rapportant presque textuellement les réponses de Barbin, il était plus naturel de l'attribuer à Àrnauld d'Andilly, chargé de noter ces réponses, qu'à ses deux collègues, le R. de Bailleul et l'Avocat; et ce qui fortifiait encore cette présomption, c'est que l'auteur du Journal renvoie plusieurs fois à un Mémoire particulier sur l'affaire de Barbin, mémoire qui était probablement le travail officiel de la commission, rédigé par Arnauld d'Andilly. Mais ces présomptions graves devaient se changer en cer-
IV PEKFACE.
titude quand j'arrivai, dans le Journal, au passage suivant :
t On dit à M. de Schomberg que son affaire » estoit résolue, et il me dit qu'il désirait que » je fusse auprès de lui. »
On sait, en effet, qu'Arnauld d'Andilly, particulièrement attaché à M. de Schomberg, fut choisi par lui pour être son premier commis, lorsque ce personnage fut élevé à la Surintendance des finances, et d'Andilly dans ses Mémoires ne manque pas de donner des détails sur sa nomination à ce poste important \
Si d'autres preuves avaient été nécessaires on les aurait trouvées dans un rapprochement entre quelques autres passages des Mémoires et du Journal. Comme j'ai pris soin dans cette première édition du Journal d'Ârnauld d'Andilly de rapporter textuellement tous les passages correspondants du même auteur, je n'insisterai pas sur ce point, me contentant d'y renvoyer le lecteur. J'ajouterai seulement, pour ne rien négliger de ce qui peut confirmer cette démonstration , que , quant à la forme , il
1 F. coll. MichaudetPoujoulat. Mém. d'Arn. d'Andilly, p. 433.