‹ Journal inédit, 1614-1620, publ. et annotéChapitre 12 sur 95 · XXIV PRÉFACE · texte numérisé non relu

XXIV PRÉFACE

controverses religieuses qui ont eu un grand retentissement, et à l'étude à laquelle nous devons les ouvrages qui ont rendu son nom célèbre. Son histoire est associée dès lors à celte des turbulents solitaires de Port- Royal, qui a donné lieu à de nombreux écrits depuis ceux des solitaires eux-mêmes et de leurs amis jusqu'aux travaux de l'érudition moderne, au nombre desquels je ne citerai que l'histoire de Port-Royal par M. Sainte-Beuve. J'ajouterai seulement pour terminer cet aperçu biographique sur l'auteur du Journal que je publie , qu'en \ 674 il reparut à la Cour pouf remercier Louis XIV qui venait de réaliser son vœu le plus cher en élevant au Ministère le marquis de Pomponne son fils, et qu'après une vie presque également partagée entre le monde et la retraite , il mourut en -1 674 âgé de quatrevingt-cinq ans. Cet aperçu suffit pour montrer la valeur du témoignage d'Àrnauld d'Andilly. 11 n'est pas sans intérêt de faire remarquer que ce Journal est le premier ouvrage qui nous soit resté d'un écrivain devenu célèbre.

Après avoir rappelé brièvement l'importance de Fauteur, il me reste à dire quelques mots de la valeur de l'œuvre et du profit qu'elle apporte aux études historiques. Ainsi que je l'ai dit, la première partie du Journal d'Arnauld d'Andilly

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a trait à un^e partie des premières années du règne de Louis XIII. Sur cette époque, les Mémoires ne sont pas très-nombreux, et ne sont pas aussi complets que sur les années suivantes ; les principaux sont ceux de Richelieu, de Fontenay-Mareuil et de Pontchartrain; ceux de Bassompierre, du maréchal d'Estrées, du duc de Rohan, de Brienne, n'en parient que d'une manière très-sommaire. Notre Journal est loin d'avoir . l'importance des précieux Mémoires de Richelieu, dont le récit plus complet, plus étendu que celui de tous les autres écrivains du temps est accompagné de réflexions sérieuses, profondes, éloquentes parfois, qui empruntent un caractère plus grave du génie de celui qui les a dictés ou inspirés ; ou des charmants Mémoires de Fontenay-Mareuil, si pleins d'intérêt, écrits d'un style si agréable et semés de réflexions si judicieuses, qui décèlent l'honnête homme sous le charmant conteur ; ni des Mémoires de Pontchartrain, dont le récit simple et rapide expose avec clarté les événements auxquels l'auteur, comme Secrétaire d'Etat, prenait une large part ; ni enfin et surtout du Mercure françois , qui est l'ouvrage le plus complet sur cette époque, et qui a l'avantage très-grand de fortifier son récit en rapportant la plupart des documents authentiques tels que

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les arrêts <du Conseil et ceux du Parlement, les lettres du Roi et de la Reine-mère, des Princes et des principaux personnages du temps, ainsi que l'analysé des principaux pamphlets et écrits sur les événements et les hommes. Mais, si les ouvrages que je viens de citer sont plus complets et plus détaillés sur la plupart des événements, quand le Journal d'Arnauld d'Andilly ne ferait que confirmer le récit de l'un ou infirmer le récit de l'autre, il aurait encore son importance. Mais ce que je n'ai trouvé dans aucun des Mémoires du temps que j'ai pu consulter et comparer avec le Journal d' Àrnauld , c'est d'abord un ordre chronologique qui présente les faits mois par mois et presque jour par jour, d'une manière beaucoup plus précise que le Journal de Pontchar train, celui de tous qui par la forme se rapproche le plus du Journal de d' Andilly ; là chaque fait a sa date certaine puisqu'il est noté pour ainsi dire au moment où il se passe, et Arnauld donne ainsi une date certaine non-seulement aux événements qu'il rapporte, mais encore à ceux qui sont racontés sans dates dans les mémoires des autres auteurs ses contemporains; <;'est ensuite le compte rendu et pour ainsi dire le procès-verbal des principales séances du Conseil auxquelles Arnauld d'Andilly, ainsi qu'on Ta vu plus haut,

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assistait toujours ayant pris soin de noter nonseulement les décisions, mais encore l'opinion et souvent les propres paroles de chaque personnage sur les questions soumises aux délibérations du Conseil. Il les met en scène dans son récit. Si nous entendons parler, je ne dirai pas le Roi, trop jeune encore pour avoir une opinion personnelle, mais la Reine-mère avec sa vivacité méridionale allant souvent jusqu'à la colère, le Prince de Condé qui, en sa qualité de Premier Prince du sang, veut être le maître pendant la minorité du Roi, les ducs de Vendôme, de Mayenne, de Bouillon, de Rohan, de Nevers, de Longueville, plus préoccupés de leur grandeur personnelle que de celle de l'Etat, les Guise défendant souvent la cause royale en haine des autres Princes, le duc d'Épernon dont l'âge n'a point calmé l'insolente fierté , les hommes d'Etat vieillis dans les affaires tels que les Sillery, les Villeroy, les Jeannin, les Châteauneuf ; les nouveaux dépositaires du pouvoir tels que les B&rbin, les Déageant, les Mangot, les du Vair, sous ce point de vue le Journal d'Arnauld, non-seulement pourra servir à confirmer et à compléter les notions acquises à l'histoire sur ces grands personnages , mais peut-être y trouvera-t-on des éléments nouveaux pour leur biographie; il *n est de

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même pour les discussions au Parlement dans lesquelles Arnauld fait connaître l'opinion des orateurs en les nommant. De plus, Arnauld ayant plus spécialement les finances dans ses attributions et souvent chargé de travaux spéciaux sur ces matières, expose les discussions sur ce point avec beaucoup plus de détails qu'on n'en trouve dans les autres Mémoires du temps. C'est là, je le répète, le principal intérêt et la véritable importance du Journal d' Arnauld d'Andilly. Malheureusement le manuscrit de Conrart ne donne du Journal d' Arnauld que les six premières années, de 4644 à 4620. Mais ces quelques années sont fécondes en événements. C'est l'époque de transition entre la grande administration d'Henri IV et de Sully et le glorieux gouvernement de Richelieu. Sully apparaît bien encore ; mais, comme si le poignard de Ravaillac avait frappé du même coup le grand Roi et le grand ministre; ce n'est plus qu'un nom. Richelieu paraît sur la scène, il n'est encore que M. de Luçon ; mais déjà son génie le révèle aux Etats-Généraux de 4644. C'est lui qui porte la parole au nom du clergé, et quand il entre au Conseil comme secrétaire d'État, quoique le dernier venu, il veut avoir et il a la préséance. Habile et prudent toutefois, il est du parti de la Reine-mère contre celui du

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Roi mineur; plus tard il sera pour le Roi majeur contre l'ex-régente. Entre ces deux grandes royautés du génie, Sully et Richelieu, se succèdent ces deux petites royautés de la faveur, Goncini et Luynes. Tandis que le Maréchal d'Ancre et sa femme , en gagnant l'esprit de la Reine-mère, gouvernent à leur fantaisie, et se font haïr de tous ceux que leur puissance imméritée offusque et irrite; Luynes, en flattant les goûts du jeune Roi, monte rapidement tous les degrés du pouvoir; et comme pour monter jusqu'où peut s'élever la médiocrité portée par la fortune, l'un deviendra Maréchal de France, l'autre ira plus loin encore et sera Connétable. En ces temps de scandale et d'anarchie, on ne recule devant aucun moyen pour satisfaire ses vengeances ou son ambition. Pour se débarrasser du Maréchal on le fait assassiner, et le bâton qui tombe de sa main est donné au marquis de Vitry pour prix de ce forfait; une victime ne suffit pas ; la favorite de Marie de Médiçis, la Maréchale d'Ancre, accusée decrimes imaginaires, est condamnée comme coupable de magie et de sorcellerie , et sa tête tombe sur la place de Grève; Sous un tel gouvernement la guerre civile est en permanence ; quand de part et d'autre on est à bout de ressources, les Princes rebelles, souverains dans leurs gouvernements, traitent

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avec le Roi de puissance à puissance, et imposent plutôt qu'ils ne reçoivent les conditions d'une paix éphémère. Le fanatisme religieux se joint aux ambitions politiques. Les Réformés font, comme on l'a dit, un État dans l'État; ils. ont leurs assemblées, leurs députés, bientôt ils auront leurs armées, leurs généraux, et après des combats sans nombre et des sièges mémorables, il faudra l'indomptable énergie de Richelieu pour rendre à l'autorité royale sa force et son prestige. Tel est le tableau que présente la France et que la -plume d'Ârnauld d' Andilly retrace fidèlement.

En terminant ce court avertissement je ne puis qu'exprimée le regret de n'avoir pu publier le Journal d'Arnauld d'Andilly tout entier. Si quelque jour de nouvelles recherches ou le hasard venait à le faire retrouver, je serais heureux de le donner au public. Telle quelle, je crois que la partie que je publie aujourd'hui mérite l'attention de tous ceux qui s'intéressent à la science historique. J'ai joint au texte de courtes notes biographiques sur la plupart des personnages cités, pour lesquelles j'ai surtout mis à con* tribution l'inappréciable ouvtage du P. Anselme et à son défaut les Dictionnaires deMoréri et de Michaud, et dès renvois aux différents Mémoires du temps ; et pour faciliter les recher-

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