‹ Journal inédit, 1614-1620, publ. et annotéChapitre 24 sur 95 · M. Digoine \ député 4e la noblesse de Rour · texte numérisé non relu

M. Digoine \ député 4e la noblesse de Rour

1 Théophile de Damas, baron de Digoyne, député de la noblesse pour le bailliage de Charolles, enseigne de la compagnie du duc de Mayenne,

Fevriw iei«. gogne , dit aux Estats (il a toujours très-bien fait durant les Estats) qu'il avoit des choses d'extrême • importance à déclarer au Roy. Mais que pour le faire, il estoit force d'attaquer et d'offencer deux grands; qu'il savoit bien qu'il mettoit sa vie en hazard, mais que cela ne l'empescheroit pas. Néantmoins, qu'il les prioit de le prendre en leur singulière protection, et tirer parole du Roy qu'il le prendroit aussi en la sienne ; qu'il avoit pièces justificatives pour prouver ce qu'il diroit. — Ils répondirent que le Roy ayant assemblé les Estats, les avoit rendus seurs et libres ; que de luy en demander une asseurance particulière, estoit douter de sa parole ; c'est pourquoy, ils ne le jugeoyent pas à propos; mais qu'il déclarast le lendemain matin à l'assemblée ce qu'il vouloit dire , et qu'ils luy promettoyent de répandre jusques à la dernière goutte de leur sang , pour empescher que l'on entreprist sur luy.

D'autres disent que M. Digoine dit , qu'il vouloit faire sa proposition au Roy en présence de plusieurs personnes ; que sur cela , les voix ayant esté prises, il passa à la pluralité , que l'on luy donneroit toute sorte d'assistance ; ce qu'on blasme, d'autant qu'on dit qu'ils raccordèrent, sans savoir ce qu' estoit.

On dit que ces deux grands estoyent M. le maréchal d'Ancre et M. le Chancelier.

Le dit sieur Digoine est Bourguignon, de très-

servit longtemps le duc de Savoie , Charles Emmanuel, aux guerres de Piémont et fut tué au siège de Verceil en 1617.

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bonne maison , chef de la maison de Damas. Est F«wier m». homme couvert de crimes , mesme accusé d'avoir participé au vol et meurtre du frère de M. l'evesque cTÀutun dont les complices ont esté exécutez. N'est fort habile homme. — A. depuis esté tué à Verseil.

14. M. Digoine ne put faire sa proposition, pour ce qu'il survint plusieurs affaires qui l'empeschèrent.

15. M. du Mayne, que l'on tient en partie avoir porté M. Digoine à faire ce qu'il avoit fait, l'envoyé quérir, en ayant esté averty par la Reyne, luy dit qu'il désire qu'il suive sa pointe, et qu'il veut encore ajouster à ses mémoires. A cet effect, le prie de les luy apporter tous, pour les voir. Les ayant, il les retient. Et est à remarquer que la pluspart estoyent signés. M. Digoine extrêmement fâché de cela, et se voyant privé du moyen de faire ses preuves va le lendemain lundy aux Estats, leur dit que n'ayant plus les preuves qu'il avoit, il estait résolu de se retirer, et de faict, se prépare pour partir. Cela estant sçeu au Louvre, on le veut faire arrester prisonnier, pour ce qu'il n'est permis aux Députez de se retirer sans permission du Roy. M. Digoine, en estant averty, se tient sur ses gardes, et va au Louvre. — Là, on luy fait toutes sortes de caresses ; et le lendemain, il retourne aux Estats comme auparavant.

D'autres disent qu'il dit à Messieurs des Estats qu'il ne pouvoit dire ce qu'il avoit proposé, pour ce que la Reyne luy avoit fermé la bouche, le luy ayant défendu ; et que puisque les Estats n' estoyent pas libres, il demandoit congé de se retirer.

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perricr 1618, A onze heures du matin, Monsieur le Prince va au Louvre, et dit au Roy: Sire, je supplie très-htinrlbldment vostre Majesté d'oublier tout ce qui s'est passé, et me le pardonner. Le Roy répondit: Monsieur le Prince, je vous le pardonne de très-bon cœur, et seray toujours très-ayse de vous donner auprès de moy le raftg qui est deU à vostre qualité, pourveu Que vous n'y retourniez plus, et n'y retournez plus.

Après, il vit la Reyne, et parla à elle si bas, et elle à luy* que personne né l'entendit. Il parla environ la moitié pins qu'il n'avoit fait au Roy. Après, il se retira ; et voyant que personne du monde ne l'abordoit* il s'accosta de M. le comte d'Escars, et luy demanda des nouvelles de son procès. Enfin ; le comte d'Escars l'ayant aussi cotnme quitté, et se voyant seul, il fit la révérence et s'en alla \

20. M. l'Evesque de Beauvais 2 va haranguer la noblesse pour faire recevoir le Concile de Trente ; appelle en son discours ceux de la Religion plusieurs fois hérétiques, dont quelques uns d'eux s' oifencèrent. Aprèsqu'il eut parlé, Monsieur le Vidame de Chartres", de la Religion , s'avança , et luy dit que le Concile de

1 Voy. sur cette affaire de Marsillac et de Rochefort et sur la conduite de M. le Prince à cette occasion, Petitoti 2* série, Métri. de Pontchartrain, t. xvn, p. 70 ; Mém. de Richelieu, t. xxj bis, p. 23fl, et Merc. /r., t. ni, 229. On trouve dans les msc. deConrart, t. xui, in-4°, p. 533-557, une a Relation de l'assassinat de M. de Marsillac par M. de Rochefort » qui contient des détails très-intéressants.

2 René Potier, évoque et comte de Beauvais, pair de France.

3 Pré j au de la tin, vidame de Chartres.

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Trente décidoit qu'il ne faloit point tettir \i foy att* ****** ,Wfhérétiques ; que cela estant, les Edite de Pacification ne pouvoyent subsister. Sur cela, 4'evesque d'Àvrariches, Péricart, commença à déclamer contre ceux de la Religion, sur le sujet de l'insolence faite par quelques-uns d'eux à en Provence. Monsieur le Vidame de Chartres et M. du Vigean répondirent qu'il n'estoit point besoin d'exagérer cela ; que c'estoit chose arrivée il y a deux rtiois; que l'affaire ne s'estoit point passée comme on le disoit ; qu'il avoit esté décerné commission à la chambre de Castres , pour faire le procès, et qu'eux-mesmes se joindroyent pour requérir qu'on punisse très-sévèrëment ceux qui avoient commis cet acte et ce crime. Sur ces entrefaites, M. le baron de Digoifie 6' avança, et dit : C'est une honte que ceux de la Religion soyent présents, lorsque l'on délibère sur la réception d'uh Concile : Il faut qu'ils sortent tous. Monsieur le Vidame de Chartres répondit : Vous flous gronderez et nous aboyerez assez, mais vous ne hous ferez pas de mal ; et dit à M. du Vigean : Sortons Mûftsieuf, sortons ; et ainsi s'en allèrent tous deux.— M. de Chambaut \ fils de M. de Gouvernet, voyant cela, se leva, et dit : Je ne say comme on entreprend de notts faire sortir d'icy. Nous sommes icy en qualité de sujets du Roy, et luy sommes aussi affectionnés qu'aucuns des autres ; et n'y a que le Roy seul qui nous puisse oster

4 René de la Tour de Gouvernet, baron de Chai&bftult, député de la noblesse du Languedoc

Février tels, de nos places. Quant à moy , je déclare que je ne sortiray point de la mienne. — Cette action de M. de Charabaut fut fort approuvée par, la Reyne et par tout le monde.

\ 20. Le lendemain, M. de Chambaut alla trouver M. Arnaud, Intendant des finances, luy conta ce qui s' estait passé, et luy dit que Monsieur le Vidame de Chartres et M. du Vigean, estant sort y s de rassemblée , s'ils n'y entroyent le lendemain , qui estait le dernier joijir que l'on s'assembleroit, le bruit courroit par les Provinces que l'on avoit chassé des Estats les Députés de la Religion, ce qui pourroit apporter de la brouillerie. — M. Arnaud, sur cela, alla voir Monsieur le Chancelier, qui envoya quérir MM. le Vidame de Chartres et du Vigean, et leur commanda, de la part du Roy et de la Reyne, d'entrer le lendemain aux Estats.

Brouillerie de M. de Souvré f avec M. de Luynes2. Le Roy avoit , peu auparavant , baillé sa bourse à M. de Luynes. Incontinent après, M. de Luynes eut la charge de capitaine des Tuilleries de Monsieur le général des Galères3, et le Roy luy donna aussi la

i Gilles de Souvré, marquis de Courtanvaui, gouverneur de Touraiue> gouverneur de Louis Xin, maréchal de France en 1615, mort en 1626.

* Charles d'Albert, seigneur de Luynes, né en 1578, gouverneur dWmboise en 1615, grand fauconnier en 1616, garde des oiseaux de la chambre du Roi en 1617, duc et pair en 1619, Connétable de France et garde des sceaux en 1621, mort le 15 décembre 1621.

* Philippe-Emmanuel de Gondy, comte de Joigny, général des Galères en 1598, mort en 1626. U était fils d'Albert de Gondy , duc de Reu, pair et maréchal de France.

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charge de capitaine des Galères ; et ensuite , il eut Février un. aussi la charge de M, de Gongis aux Tuilleries ; et depuis, celle de M. de Fontenay * , de capitaine du chasteau du Louvre 2.

21. Monsieur FArchevesque de Lyon 3 fut r après disnée faire une harangue à la Reyne, sur le sujet du Concile de Trente, et sur ce qui avoit esté fait en Provence par ceux de la Religion.

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