‹ Journal inédit, 1614-1620, publ. et annotéChapitre 45 sur 95 · Trêve continuée et publiée jusque» au 5 may · texte numérisé non relu

Trêve continuée et publiée jusque» au 5 may

Monsieur le Chancelier arrive de Tours à Blok

28. La Reyne commande à M, le Président Jeannin d'aller dire à Monsieur le Chancelier qu'il luy remist les sceaux entre- les mains, pour les bailler à celuy que le Roy aviseroit. (On disoit qu'ils avoyent esté offerte à M. lé Président Jeannin , et qu'il les avoit refusez ;. mais selon ce qui s'estoit passé touchant M. du Vah\ il n'y à point d'apparence qu'on les eust offerts à M. le Président Jeannin. ) M> te Président Jeannin pria la Reyne de les lui envoyé* offrir par un autre ; mais elle Juy commanda absolument d'y aller. Il y fut donc ; et ayant fait ce message à Mon-

* Voy, Merc* /h, t. iv, p. 77; F0Otenay«&fat«uil, p. 336; Pontchartrain, p. 140*

* Charlotte dlSetampeflrValeneay, flUe de Jean d'Estampes, Mignesr de Vatoncay f mariée en 1 616, morte en 1677. Elle était la seconde femme de M. de Puwieux, qui avait épousé en première* noce» Madeleine de Neufrilte-Villenoy, 611e de Chartes de NeufviHe, intrqut» de Viltarojr et d'Alincourt, morte en 1613.

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sieur le Chancelier, il demeura fort étonné 5 car *»ritw*f. encore bien qu'il sceust bien qu'il estoit mal, néantmoins il né croioit pas que le coup iust si proche. 11 pria M. le Président Jeannin d'aller dire à la. Reyne qu'elle se faisoit tort d'en user ainsi ; que tout estoit à elle; et qu'elle pourroit prendre les sceaux quand il luyplairoit; mais qu'il la supplioit d'attendre encore quelque temps. M. le Président Jeannin f etourna. La Reyne luy dit qu'elle vouloit qu'il les rendisti 11 vint donc retrouver Monsieur le Chancelier, et luy dit : que puisque c'estoit une chose nécessaire, il se faloit résoudre à la faire courageusement, et qu'il luy conseillait d'aller promptement trouver la Reyne* et luy reporter les sceaux, pour ce que luy ne deèiroit pas de les recevoir. — L' après disnée, Monsieur le Chanr celier y alla ; dit à la Reyne qu'il avoit sceù qu'elle desiroit les sceaux ; qu'il les luy- venoit rapporter, et qu'elle pouvoit disposer, non-seulement de cela* mais de tout ce qu'il avoit au monde. Elle luy répondit qu'elle les recevoit, mais qu'il les gardast jusqu'à oe que celiiy à qurelle les" vouloit bacller.fuàt arrivé* Le vendredy 29, il signa encore le bail des Gabelles fait à Pâlot1. — Le dimanche matin, il reporta les sceaux au Roy. On dit qu'il le fit pleurer, en pariant à luy, et que la Reyne pleura aussi.

Ce qui s'en suit est au vray, et comme je l'ay ouy dire à M. Barbin, en présence de MM. Arnaud, in-

1 Jean Paltot, secrétaire do Hbi, cftittôtemvgénéfol de l'extraordinaire des guerres.

Avni !«e. tendant, Vignier4, l'abbé de Sainte -Corn il le, et Déagent.

Monsieur le Chancelier estant demeuré à Tours, M...., maistre des Requestes, luy dit qu'il a voit avis que M, du Vair venoit à la Cour ; sur quoy il demeura extrêmement étonné. Quelques jours après, estant au seau, il reçut une lettre de M. du Vair, qui commençoit: Monseigneur, cinquante années de service, etc. Lors, ense souriant, il montra le commencement de cette lettre audit maistre des Requestes, qui estoit présent, comme se voulant en effet moquer de l'avis qu'il luy avoit donné. Le sujet de ceste lettre estoit en faveur d'un conseiller d'Àix, qui avoit servy cinquante ans, et demandoit permission de résigner sa charge à son fils, et de l'exercer néantmoins, tant qu'il vivroit. — Quelques jours après, un gentilhomme de Provence luy ayant parlé d'une affaire, il demanda ce qu'on disoit en son pays. Il répondit qu'il n'y avoit rien de nouveau, sinon que M. du Vair venoit, et qu'il V avoit laissé à Avignon. Sur cela, il demeura du tout estonné, se hasta de revenir à Blois, et pria le Président Jeannin de voir la Reyne sur ce sujet ; ce qu'il fit. Et luy ayant dit tout ce qu'il pouvoit en faveur de Monsieur le Chancelier, elle luy dit qu'il estoit vray qu'elle avoit mandé M. du Vair, et que c'estoit une affaire à quoy il faloit que Monsieur le Chancelier se résolust.M. le Président Jeannin

1 Jacques Vignier, baron de SaintLiébault et de Villernor, conseiller d'Etat?

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ayant rapporté cela à Monsieur le Chancelier , il le avhi me. pria de retourner encore ; ce qu'il fit Et ayant trouvé la Reyne tellement fermée à ceste résolution qu'il n'y avoit moyen quelconque de l'en déinouvoir, il vint redire à Monsieur le Chancelier qu'il n'y avoit point d'espérance, et qu'il faloit se résoudre à faire courageusement ce qu'il ne pouvoit éviter ; la Reyne luy ayant mesme refusé entièrement de luy laisser les sceaux jusqties à Paris, comme il l'en avoit suppliée. Ensuite Monsieur le Chancelier vint rapporter les sceaux au Roy, en présence de la Reyne ; entra si étonné et si tremblant qu'il fut contraint de s'appuyer sur M1U Caterine1 ; se mit à genoux, pleura, etfit, en somme, toutes les actions qui peuvent témoigner un extrême défaut de résolution. Voyant que par toutes ses soumissions et prières, il ne pouvoit obtenir qu'on luy laissast un seul jour davantage les sceaux de France, il supplia, avec une très-grande instance, qu'au moins on luy laissast ceux de Navarre ; ce qui luy fut accordé.

28. Au dernier sceau que Monsiébr le Chancelier avoit tenu, on luy avoit présenté les lettres-patentes pour le conseiller de Provence dont il est parlé cydessus ; il les prit, les plia, les mit à part, et puis dit tout haut: ce sont des lettres- patentes pour une telle affaire dont M. du Vair m'a écrit, par plusieurs fois, et que j'ay toujours refusées, d'autant que je n'estime pas qu'elles se doivent accorder; mais

* Première femme de chambre de la reine.

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Atro îttc lorsque M, du Vair sera icy, il les pourra sceller luy-mesme, s'il les trouve justes1.

M«y. % Monsieur le Chancelier part de Blois; alla

coucher à Orléans, chez M. Descures, Le jeudy 5, il arriva à Berny.

3. La paix signée à Loudun, à 9 heures du soir, A trois heures après midy, tout avoit esté rompu, sur ce que M. de Longueville disoit que le Roy luy ayant donné le choix de la Normandie ou àe la Picar* die, il optoit la Picardie, et estoit prest de signer, M. . de Yilleroy répondit qu'il n'avoit point charge d'accorder cela. Sur quoy Monsieur le Prince et M, de Longueville répliquèrent qu'il les trompoit donc, leur ayant toujours donné ceste assurance. Et ensuite , il y eut grande division. Enfin, M** la Comtesse de Soissons, M. de Nevers et autres, firent tant qu'ils firent signer Monsieur le Prince, et ensuite MM. du Mayne et de Longueville, et puis les autres, qui faisoyent fort les fâcheux 2.

1 Voy, Merc. /h, t. iv, p. 78-79. Le M ercure dit qu'on ne sait pas ce qui se passa dans l'audience pendant laquelle le Chancelier rapporta les sceaux. Le récit d'Arnauld d'Andilly, qui déclare tenir les détail* de cette scène de la bouche même de membres du Conseil présents 4 cçtte audience, n'en est que plus intéressant. Voy., sur cette affaire, Fontenay-Mareuil, p. 335 ; Richelieu, p. 291 ; Pontchartrain, p. 140. Voy. aussi les Mém. de M, Mole, p. 1|9, où l'on trouve le discoure prononcé pas le Chancelier devant les députés du Parlement lorsque les sceaux lui furent retirés.

8 Voy. Merc. /*%, t. iv, p, 89, rÉdit de Loudun contenant les conditions de la paix entre le Roi et les Princes. Cet acte important n'avait pas moins de 54 articles, plus 15 articles particuliers. Voy. Fontenay- Mareuil, p. 332 ; Brienne, p. 307 ; Rohan, p. 132 ; Richelieu, p. S87 et

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M. de Chevry fut envoyé à Loudun, pour donner **y ««•. ordre au licenciement des trouppes de Messieurs les Princes, et M. de Maupeou travailla, à Tours, au licenciement de celles du Roy*.

M. de Yignoles fut envoyé à Xaintes vers M. d'Espernon (très mal content) , afin de le faire désarmer ; à quoy il se résolut avec grande peine. Enfin, il en donna parole. Quelque temps auparavant M. de Sou- # bise s' estait avancé vers luy avec trouppes ; mais il s'en revint, ayant appris que M. d'Espernon s'estoit mis en estât de le bien recevoir, ayant assemblé, compris les vieux régimens estant en garnison dans son gouvernement , quatre mil hommes de pied et cinq à six cens chevaux.

7. Leurs Majestez partent de Blois. Le lundy, le Roy part d'Orléans et va coucher à Pithiviers, et le lendemain à Fontainebleau a.

8. M. le président du Vair arrive à Paris ; vid Madame la Maréchale. Le jeudy ,. vid la Reyne , laquelle luy avoit escrit trois lettres pour le faire venir; la première estoit en créance.

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