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gnoyent qu'il ne vouloit point qu'ils parlassent da- avth m», vantage sur ce sujet. M, d'Epernon suivit le Roy. M. le Garde des Sceaux estant demeuré dans le Cabinet, s'adressa à M. le Chancelier, et luy dit, pardieu, c'est vous qui m'avez suscité tout cela. Le Chancelier répondit, Dieu m?est témoin que je n'y ay pas pensé, et que je ne say que c'est, en façon quelconque. M. le Garde des Sceaux répliqua, par la mort-Dieu, je say bien que c'est à vostre inscitation que tout cecy est arrivé. M. le Chancelier répondit, en levant les mains, je proteste par le Dieu vivant, qui connoist vos intentions et les miennes, que j'en suis entièrement innocent, et que vous avez grand tort de dire cela ; mais vous estes outré, c'est pourquoy je ne vous en diray pas davantage \
L'après-disnée, M. de Luy nés et M. Déagent furent chez M. le Chancelier et chez M. le Garde des Sceaux ; et sur le soir, le Roy les fit venir dans son Cabinet des livres, où il les accorda ; et ils y furent assez longtemps.
22. Le Roy s' estant trouvé mal , et purgé, fit venir à la ruelle de son lit MM. de Montmorency, qui marchoit devant, et d'Epernon ; et leur dit en substance, j'ay commandé à M. le Chancelier de voir tous les Réglemens touchant vos séances , et après qu'il me les aura représentez,, j'y pourvoyeray et cortserveray vostre droit. Cependant, je trouve bon
* Voy. Rohan, p. 153 : « L'intérêt des robes longues, dit Rohan, remporta par dessus les Pairs de France. » Voy. aussi Brienne, p. 334.
Avru i«8. qUe vous, M. d'Epernon, partiez dès demain pour aller à Mets, et que vous oubliez tout ce qui s'est passé ; et ce faisant, j' oublier ay aussi l'offence que j'y ay reçeue.
Il avoit esté résolu qu'aussitost que le iloy auroit achevé, il se léveroit, et que M, le Chancelier le toucheroit, pour luy faire signe quand il seroit temps; mais il n'en fit rien, et donna le temps à M. d'Epernon de parler tant qu'il voulut ; et luy, et M. le Président Jeannin adoucissoyent, en sa faveur, tout ce qu'ils pouvoyent. Ils avoyent baillé un mémoire au Roy, de ce qu'il pouvoit dire, qui estait entièrement à l'avantage de M. d'Epernon. M. d'Epernon répondit, en substance, d'un ton de voix fort haut, qu'ayant esté offencé, comme il avoit esté, en présence du Roy, par M. le Garde des Sceaux, il estoit bien, au moins, raisonnable qu'il luy en fist aussi satisfaction, en présence de Sa Majesté ; que si c'eust esté un homme d'épée, et qu'il n'eust pas esté devant le Roy, cela ne se fust pas passé ainsi. Le Roy se leva de dessus sa chaire; et dit, quoyl céans? M. d'Epernon répliqua, non Sire, mais hors de vostre maison, et de la présence de Vostre Majesté ; et ajousta, que M. le Garde des Sceaux l' avoit traitté en valet, en luy disant qu'il se trompoit, mais qu'il eust plus aisément supporté qu'il luy eust dit qu'il estoit un coquin et un maraut, que non pas de l'avoir attaqué à l'honneur, en touchant ce qui est de la fidélité ; et en disant qu'il pouvoit dire sur ce sujet là quelque chose davantage que luy ; qu'ii ne pouvoit savoir ce qu'il
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avoit fait davantage , sinon qu'il avoit esté de la a*hi m». Ligue, et que luy n'en avoit jamais esté ; que quant à ce que le Roy luy avoit dit , qu'il pouvoit aller à Mets quand il luy plairoit , il supplioit très-humble^ ment le Roy de trouver bon qu'il n'y allast point, avec cette honte sur le front, et de faire, auparavant, terminer cette affaire. Sur cela M. le Président Jeannin prit la parole , et dit que le Roy seroit bien ayse qu'il revint bientost dudit voyage, àquoy M. d'Epernon répondit, que le voyage ne pressoit point tant, qu'il ne falust le remettre *
Après, le Roy dit, avec un visage émeû, qu'il ne trouvoit nullement bon que l'on fist des Assemblées, et qu'il vouloit bien que chacun le seust. M. d'Epernon répondit, qu'il ne trouveroit point qu'il eust fait aucunes assemblées , et qu'il ne savoit pas qui avoit voulu faire croire cela à Sa Majesté. Mais que si on luy avoit rapporté qu'il avoit donné à disner à M, de Montmorency et à M. d'Usez2, on luy avoit dit vray ; qu'il ne croioit point qu'il luy fust défendu ni qu'il dust estre trouvé mauvais, qu'il donnast à disner à quatre ou cinq de ses amis, et qu'il n'y avoit aucune apparence de vouloir dire sur cela, qu'il eust fait des assemblées.
Environ demy heure auparavant, M, de Rrissac,
4 Le duc d'Épernon se rendît à Metz qu'il quitta au commencement de l'année suivante pour favoriser l'évasion de la Reine-mère.
* Emmanuel de Crussol, duc d'Uzès, pair de France, chevalier des Ordres en 1611, chevalier d'honneur de la reine Anne d'Autriche, en 1615, capitaine de 2Ô0 hommes d'armes en 1616, mort en 1657.
ATrii «ta. accompagné de MM. de Boisdaufin et de Yitry, avoit parlé au Roy, au nom des Maréchaux de France, et dit , en substance, que par plusieurs Réglemens et arrests du Conseil, et autres titres, ils justifieroyent, qu'ils devoyent seoir dans le Conseil, au-dessus des Ducs et Pairs, et qu'ils supplioyent très-humblement le Roy de les conserver en leur droit ; que néantmoins, sachant l'honneur qui estoit deû à la maison de Montmorency, laquelle a porté tant de grans et signalez Connestables, ils estoyent d'accord de céder à M; de Montmorency, et sachant bien aussi l'honneur que l'on est obligé de rendre à ceux qui ont l'honneur d'estre chérie particulièrement du Roy, que s'il s'en trouvoit quelqu'un à qui le Roy voulust faire une faveur spéciale, pour marque de l'affection qu'elle luy porte, et de la part qu'elle luy donne en ses bonnes grâces, ils luy déféreroyent volontiers. Ce jour, ayant esté résolu que M. de Brèves * seroil osté d'auprès de Monsieur, M. le Chancelier le
* François Savary, seigneur puis comte de Brèves et marquis de Maulevrier, né en 1560, ambassadeur à Constantinople en 1591, rentré en France après un séjour de vingt-deux ans en Orient, conseiller d'État et gentilhomme de la Chambre en 1607, ambassadeur à Rome en 1608, gouverneur de Monsieur, premier gentilhomme de sa chambre, lieutenant de sa compagnie et surintendant de sa maison, remplacé en 1618 par le comte du Lude, nommé 'premier écuyer de la Reine, membre de l'Assemblée des Notables en 1626, membre du Conseil des Dépêches en 1627, mort en 1628. M. de Brèves a laissé plusieurs ouvrages, et entre autres la Relation de l'audience dans laquelle le gouvernement de Gaston, frère du Roi, lui fut retiré et donné au comte du Lude. Ce récit confirme entièrement celui d'Arnauld d'Andilly. {Foy. dans la Biographie Michaud la notice très-intéressante que l'illustre Walkenaer a consacrée à ce personnage.)
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dit le matin à M. de Brèves. M. le Comte du Lude f, a»hi im. qui a eu la charge, jura le soir, qu'il n'en avoit oûy parler en façon quelconque.
M. le Colonel d'Ornano revient du Pont St-Esprit. Le Roy estant dans le Grand Cabinet de la Reyne, avec MM. le Garde des Sceaux, Président Jeannin, de Luynes et Deagent, envoya quérir Monsieur, que M. de Brèves luy amena. Monsieur estant demeuré dans le petit Cabinet, M. de Brèves dit au Roy, en substance, qu'il avoit apporté toute l'affeotion, la vigilance et la fidélité qui luy avoyent esté possibles, en la charge que Sa Majesté luy avoit fait l'honneur de luy commettre ; que s'il ne s'en estoit acquitté aussi dignement comme il Revoit, ç'avoit esté faute de suffisance, mais non d'affection et de bonne volonté; qu'il avoit Dieu pour témoin qu'il, n' avoit rien fait contre sa conscience, et son devoir; et que si, d'aventure, on avoit voulu donner quelques impressions contraires à Sa Majesté, il la supplioit très humblement de trouver bon qu'il s'allast rendre prisonnier dans la Conciergerie, estant prest de souffrir tous les supplices que l'on sauroit imaginer, s'il se trouvoit qu'il eust failly ; qu'il remercioit très humblement le Roy de la gratification que M. Déageant luy avoit dit qu'il luy vouloit faire.
* François de Daillon, comte du Lude, né en 1570, sénéchal d'Anjou en 1585, lieutenant général an gouvernement d'Auvergne, conseiller d'État, gouverneur de Monsieur, premier gentilhomme de sa Chambre, surintendant général de sa maison et lieutenant de sa compagnie de deux cents hommes d'armes en 1618, mort en 1G19.
Afin t«i. Cette gratification estoit 50 mil écus de récompence, deux mil écus d'augmentation de pension, et l'establissement demaistre de lagarderobbe, pour son fils. Le Roy répondit qu'il avoit commandé à M. le Garde des Sceaux, de luy faire entendre son intention.— Sur cela, M. le Garde des Sceaux prit la parole, et parla à M. de Brèves en très-bons termes, et bien choisis, dont la substance estoit, que le Roy ayant jugé à propos, pour des considérations importantes au bien deson service, de retirer Monsieur son frère auprès de luy, il l' avoit envoyé quérir pour ce sujet; mais que comme les secrets des Princes ne se devoyent jamais apprendre , aussi n'estoit-il pas besoin d'en exprimer davantage la cause ; que le Roy le tenoit pour homme de bien, et son serviteur; et que pour marque de la gratification avec laquelle il le vouloit traitter, il luy accordoit la récompence dont il luy avoit fait parler par M. Déageant. Après, Monsieur de Brèves alla quérir Monsieur, qu'il amena au Roy, par la main ; et en le remettant en celle de Sa Majesté, luy dit qu'il le supplioit très humblement de se souvenir de ce qu'il luy avoit dit, si souvent, qu'il ne pouvoit attendre autre honneur, ni autre avantage , que des bonnes grâces du Roy ; et qu'il luy rendist toujours le respect, le devoir, et l'obéissance qui luy sont deûs, en se remettant devant les yeux, que de là dépendoit tout son contentement et tout son salut. Monsieur dit assez gaillardement à dieu à M. de Brèves, auquel les larmes vinrent jusques sur le bord des yeux ; et le Roy dit, qu'il avoit es-
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sayé à faire pleurer son frère, — M. de Brèves, s'en avhi mu. allant, le Roy l'embrassa par deux et trois fois ; et
sur ce que M dit au Roy que M. de Brèves avoit
eu un brevet pour estre des affaires, et s'il ne trouvoit pas bon qu'il en joûist, le Roy dit, M. de Brèves, je veux que vous jouissiez du Brevet que vous avez pour estre de mes affaires, et que vous y veniez comme vous aviez accoustumé ; et assurez-vous que vous y serez toujours le très bien venu. M. de Brèves remercia fort le Roy de cela , et luy dit, èntr' autres choses, qu'il tenoit pour le grand honneur qu'il pust recevoir au monde, la liberté de pouvoir approcher Sa Majesté à son coucher, et à son lever* comme il avoit fait auparavant.
Après, le Roy fit venir le Comte du Lude, et luy dit en substance, M. le Comte du Lude, sachant vostre naissance, vos bonnes qualitez et vostre affection à mon service , je vous ay choisy pour vous mettre entre les mains ce que j'ay de plus cher, qui est la personne de mon frère. Ayez-en bien soin, je vous prie. Et se tournant vers Monsieur, luy dit, mon frère, je vous baille pour Gouverneur M. le Comte du Lude, il faut que vous luy obéissiez, et faire tout ce qu'il vous dira; il vous traittera bien, et plus doucement que vous n'avez esté. Monsieur répondit au Roy, Monsieur, je n'ay point esté mal-traitté.
M. de Brèves estant sorty le premier, seul, M. le Comte du Lude sortit après, conduisant Monsieur.
Le mesme jour, le Roy va coucher à Vanve, chez M, te Comte de St-Germain, d'où il ne revint que le...
Avril i6i8. 27. Mercurialle tenue par Messieurs du Parle-
ment, en laquelle M, le Premier Président -et M. Servin, eurent prise.
28. M. d'Épernon part, et va coucher à Fontenay. 11 avoit pris congé du Roy dès le mardy 24, et néantmoins il différa jusques audit jour, sous prétexte de s'entremettre d'accommoder MM. de Guise et de Montmorency, qui estoyent en différent touchant l'Amirauté de la mer Méditerrannée.
29. M. d' Épernon estant entré en quelque alarme, il monte sur un cheval d'Espagne, fait dix-sept lieues d'une traitte, et se trouva si las, qu'il fut contraint de s'arrester. Il arriva à Metz le mécredy suivant.
May# Mécredy 2. M. Des Portes-Baudoin, Seigneur de
Souspire ' , entre en la charge d'Intendant des finances de M. Déageant, pour cinquante mil écus, et vend la sienne de Secrétaire du Conseil à M. Bardeau , 75 mil écus.
h. Combat des sieurs de Quinsay et de Moussy, cousins fort proches. La querelle vint pour un chapeau que Moussy avoit preste à Quinsay, lequel il vouloit que Quinsay luy rendist en pleine rue ; et néantmoins, il ne l'avoit pas. On dit que Quinsay avoit reçeu deux coups d'épée, avant que démettre la main à l'épée. Moussy, gendre de M. de Contenant2,
4 Desportes-Baudouin, seigneur de Souspire, conseiller secrétaire du Roi de ses finances, grand audiencier de France, intendant des Finances en 1618.
,* .Philippe Barjot, baron de, Moussy, avait épousé Charlotte de
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fut tué sur-le-champ. Quinsay se sauva chez le Cardi- Ml|y l€»-
nal de Guise. Par arrest du Parlement, le corps mort
de Moussy fut mené, sur une claye, à la voyrie.
Le 13 Juin, fut donné arrest- définitif par contumace,
contre Quinsay, condamné à estre pendu, interdit
de feu et d'eau, etc. , suivant l'Édit. — Le lendemain,
Miraumont de Eontenay ' , ayant osté le Tableau ,
le 15, arrest portant décret de prise de corps contre
eux.