PRÉFACE
l'^ii parcourant, il y a quelques aniiôes, les nombreux ^()luInes du iieeuiMl de Conrarl, conservé au dépôt des manuscrits de la bibliothèque de l'Arsenal, je rencontrai au tome xi in- V, un journal historiipie occupant 286 pages (p. 1 07 à '»sr>i, s'étendant du 1 "■ janvier i G I 4 au 5 1 décembre i 0 1 0, et auquel la table ancienne du même tome donnait ce titre : Journal liistoriffue et anecdote de la Cour et de Parts^ par un homme d'Etal. C'est ce Journal, écrit par un des personnages les plus célèbres du xvn* siècle, que je publie aujourd'hui, après m'ètre assuré, autant qu'on peut avoir une certitude à cet égard, qu'il est inédit.
Conrart, on le sait, n'a point pris la peine de nous faire connaître les auteurs de la plupart des pièces historiques et littéraires conservées par lui. J'avais à rechercher d'abord quel était l'homme d'État non nommé, dont je retrouvais
Il PRIÎFACE.
\c Journal. Pliisiours passages foiirnissaionlliourcuscMUciit (les doniiôos précieuses pour arriver ]U'()ni|)((MiUMit à le dcHoiivrii".
Jùi cllol, l'auteur, dans le couisdc sourécil, dit à plusieurs reprises : « J'ay oui) dire à M. Barôin, le ^27) mars 101 S, comme j' eslois un de ses trois Commissaires. » Or les Mémoires du temps donuanl d(^s détails sur l'arrestation et le procès de Iku'bin , il était bien facile de savoir les noms de ces trois commissaires et de n'avoir ])lus ensuite qu'à déterminer auquel des trois a])partenail le Journal conservé par Conrart. Richelieu, ami de Barbin, et qui était comme lui, à cette é})oque, un des chefs du parti de h Reine-mère, dit que les trois (lonmiissaires dont il s'agit étaient le Président le Bailleul, un Conseiller d'État qu'il ne nomme pas, et Arnauld d'Andilly, lequel était secrétaire de la commission, spécialement chargé d'écrire les réponses de Barbin ^ Des Mémoires de Richelieu je courus naturellement à ceux d'Arnauld d'Andilly et j'y trouvai le passage suivant qui était presque la solution de la question : « Au mois de mars de l'année suivante, ^618, on découvrit une entreprise que M. Barbin, pri-
* V. coll. Micliuiul et Poiijoulat, Mém. de Richelieu, année 161 8, p. 182.
PRÉFACIÎ. III
soimior à la Rastillc, avoit failo pour sorCir la luMiio-inôrtMlc hlois, où clic (Hoit coininc piistumièiv. Cviic allairo élaiit livs-imitor(;uilo à cause des porsoiinos de qualité qui s'y Irouvoient nu'dées, ou choisit ti'ois Couscillcrs d'I^tat pour Cil iustruire le procès. Ce furcut M. le IM'csidcut de liailleul , M. FAvocat et moi; et ])arce qu'où ue voulut pas se confier à un {^renier, et qu'ainsi il lalloit que ce IVit l'un des Commissaires mêmes qui tint la plume, ce fut à moi à la preudre étant le plus jeune. » Un peu plus loin, d'Audilly ajoute: « Néanmoins lorsque je rinterro()(M)is, ce que ces Mi^ssieurs me laissoient le plus souvent faire, à cause que tenant la plume j'avois la mémoire plus iVaiclie des interrogatoires et des réponses, etc. » Le Journal manuscrit rapportant presque textuellemeut les réponses de Barbin, il était plus naturel de l'attribuer à Arnauld d'Audilly, chargé de noter ces réponses, qu'à ses deux collègues, le P. de Bailleul et l'Avocat; et ce qui fortifiait encore cette présomption, c'est que l'auteur du Journal renvoie plusieurs fois à un Mémoire particulier sur l'aflaire de Barbin, mémoire qui était probal)lemeut le travail otTiciel de la commission, rédigé par Arnauld d'Andilly. Mais ces présomptions graves devaient se changer en cer-
IV l'IlKI AC K.
(iliido quand faiiivai, dans lo .lounial, au passa[j(» sui\anl :
« Ou dil. à M. do Schond)(M".<{ (juo sou allairc; » ostoit résolue, et il me dit qu'il désiroit que » je fusse auprès de lui. »
On sait, en eiïoi, qu' Arnauld d'Andilly, particulièrement attaché à M. de Schomher .j{, fut choisi par lui pour être son premier commis, lorsque ce personnage fut élevé à la Surintendance des finances, et d'Andilly dans ses Mémoires ne manque pas de donner des détails sur sa nominalion à ce poste important '.
Si d'autres preuves avaient été nécessaires on les aurait trouvées dans un rapprochement entre quelques autres passages des Mémoires et du Journal. Comme j'ai pris soin dans cette première édition du Journal d' Arnauld d'Andilly de rapporter textuellement tous les passages correspondants du même auteur, je n'insisterai pas sur ce point, me contentant d'y renvoyer le lecteur. J'ajouterai seulement, pour ne rien négliger de ce qui peut confirmer cette démonstration , que , quant à la forme , il
* V. coll. MichaudetPoiijoulat. Mc'm. iVArn. d'AncIilly, p. 433.
ru i: l'A CI-;. V
siillil (le coinitarcr mIIciiCinciiiciiI le slxlc des JMcinoiivs et celui tlu Journal ((juowjiu' celui-ci soil d'une époque plus ancicMine et (ju'il sc/it ti'ès-né.|>;li}jei, [)oui' reconuaiti'e que ces deux ouvrages émanent de la même plume; et que (juantau fond, ccilains |>(M'sonna>j(*s, (pie l'auteui' du Jouinal lait souvent intervenir dans son récit, sont les mêmes que ceux que l'on reti'ouve souvent aussi dans les Mémoires dWrnauld d" Andilly, et notamment ceux qui avaient avec lui quelque lien de parenté ou d'alliance, comme MM. de Feuquières, de Fontenay-Mareuil, de Fossé, et surtout son oncle, Isaac Arnauld, Intendantdes finances, celui qui fut pour lui, comme il le dit dans ses ^lémoires, un second père, et qui le forma aux alfaires ainsi qu'on le verra plus loin. A ce dernier personnage, l'auteur du Journal donne une importance très-exa>jérée, suivant l'habitude connue d'Arnauld d'Andilly lorsqu'il parle des siens et surtout lorsqu'il parle de lui-même, ainsi qu'on en peut juger par ses Mémoires. Ne se contentant pas de rapporter l'opinion d'Arnauld l'intendant, comme celle des autres membres du Conseil, il la donne toujours in extenso et fait l'analyse de ses discours, ce qui s'explique quand on sait qu'il était premier commis de son oncle et que celui-ci le chargeait toujours
VI imikfacl;.
(Je ])rô|)ni('i' SCS h'a\;Hi\. (!(' M"*'.i'' m<^h^<I<' <lifc dos parents (l'Arnniild (rAn(liIlys'a|)pli(|ii(' aussi aux hommes diktat qu'il aimait le plus ou qui J'IiouoraicMit d<' leur McMneillance, comme M. le IViinre, MM. de lîass()m])ieri'e, de Praslin, de Scliomberg, et pariiculièrement le colonel, depuis maréchal d'Ornano, son intime ami, <h)nl le Journal rapporte textuellement deux discours, prol)ablement écrits pour lui par \rnauld d' Andilly. Le Journal^ comme les JMémoires, cite de préférence ces personnages lorsque l'occasion s'en présente. Si les hommes qu'Arnauld d'Andilly afï'ectionnaitle plus reparaissent souvent dans le Journal comme dans les [Mémoires^ les matières qui lui étaient le plus familières et les faits dont il s'occupa le plus, comme nous l'apprennent ses Mémoires, ses écrits et sa correspondance, sont aussi les sujets qui sont traités avec le plus d'étendue ou relatés avec le plus de soin dans le Journal, par exemple les questions de finances qui rentraient dans ses attributions, en sa qualité de premier commis d'Arnauld l'Intendant, celles relatives à la solde des Suisses, ti'avail dont il fut spécialement chargé, comme il le dit dans ses Mémoires, les graves querelles de préséance et d'étiquette, l(*s duels, passion fatale de l'époque, qu'il poursuivit avec uue persévérance
l'iU':! ACK. VÏI
(lijjiu' <riin sorvi((uii' dv Uiclidicii, à ce jtoiiit (|n(' plusdo \n\{]i aiisaïuvs les ('nénonuMits dont Irailc noiro .loiiiiial, Vniauld d'Aiidilly, parmi Ips avis ([u'ildoiiiiail à la lUMiic-nu'ic» cl au Koi poiii' attirer les héiiôdictions du ciid sur la Franco, mettait on promièio li.<{no la destruction do ce Iléau : « Comme il n'y a ])oiiit de crime, di(-il, dans son iMémoii'e pour un Souverain, qui déslionoie plus Dieu ([ue les duels, |)arc(i que l'on y sacrifie aux démons les âmes qu'il a rachoptées de son propre sang, se résoudre à ne donner jamais de grâce pour ce sujet ^ » Et passant de la théorie au fait, par une lettre à la Reine, en date du 10 décembre I6^<5, il demandait que l'Édit rendu contre les duels quelques mois auparavant, fut appliqué au duc de Guise qui venait de tuer Coligny'^ Arnauld d'Andilly avait pour cet Édit une sollicitude de père, car c'est lui qui avait été chargé de le dresser.
Si toutes les circonstances que je viens de rappeler m'ont fait reconnaître Arnauld d'Andilly comme l'auteur du Journal historique
* V. l'Avis à la Reine et le Mémoire pour un Souverain, dans l'appendice, note F, t. 1, p. 349 de l'ouvrage de M. Yarin sur les Arnauld, dont nous allons parler.
' Y. Même ouvrage, t. I, p. 358.
.Vllï l'IUÔb ACI-:.
(loiil il s a.;;i(, (Taud'cs son! aii'i\<'S de leur voir au inrinc rcsiiKal. M. (loiisiii, (jiii, eu (iraiil de ('(* Joiiiiial (|ii('l(|ii(^s r'ciiscijjiHMiicjils pour ses tliai'manics chidcs sur Madauu» de L(mjjuo\ille et Madame de Sahlé^ lecilail <lans les premières éd il ions eomme l'onnre iiiédU(3 d'un auleui' inconnu, dans la troisième et dernière édition do riiistoire de Madame de Lonj>ue\ ilk% nonseulement nomme Arnauld d'Andilly, mais ajoute encore que le manuscrit, auquel il renvoie, est de son écriture bien connue, et que cetouvrage mérite d'être publié. Je suis heureux en réalisant un désir, que j'avais depuis longtemps, d'obtenir par avance l'approbation de lillustre écrivain, qui, plus que tout autre, nous a ramenés aux pures sources du Grand Siècle.
Parmi les documents précieux conservés au dépôt des manuscrits de la Bibliothèque de l'Arsenal, se trouve une partie des papiers de la grande famille des Arnauld. Les correspondances inédites d'Arnauld d'Andilly et du marquis de Pompone, son lils, et les négociations diplomatiques, également inédites de ce dernier, y tiennent la plus large place. Ces papiers importants, d'al)ord disséminés, ont été réunis par les soins de M. Pierre Varin, ancien conservateur adjoint de cet établissement.
l'UKl'ACi:, IX
De rdiidc (le ces iioiiilucux (loclimciils, M. \ ,\liii a lail l(* siijcl (11111 ouMajjc ([uil a luililic l'ii I iS i7 sous ce lilro : La Vérité sur les Àrnauld, complétée à l'aide de leur correspondance inédile ' . Dans l'espoir de liouNcr pciil-rhi' (|ii(>l(jii('s rousoiiiiKMUciils au sujcl du jouiiial d Aniauld (rVudilU, ji' coiisullai col ou\ia.;>(' icnipli de (.lélails cuiioux sur la \io iiilinu> des Aniauld , ot[jraudo lut ma surprise quand j'aniN ai à un chapilrc inlilule : Journal inconnu de d'Àndilh/, courtisan, dans lequel M. Varin annonçait la (lécouveile par lui faite d'un journal histoi'ique inédit, beaucoup plus étendu, comme on va le voir, que celui qui se trouve dans la collection de Conrart, et que d'ailleurs M. Varin ne connaissait pas. ^ oici ce qu'il dit à ce sujet :
« A ravant-dernière page du Catalogue (le Catalogne des pièces composant la collection des papiers des Aniauld dressé au commencement du wni' siècle) sont désignés huit volumes in-A" renfermant un journal très-curieux, gui s'étend </e 1 6 1 5 à 1 652. Aucun de nos manuscrits catalogués, aucun de ceux que nous a\ ions réunis pour les cataloguer ne répondant
' 2 vol. in-8'% Paris, librairie de Poiissielgue-IUisantl,
X l'UlÎFACE.
à cette indication, nos invcsti{jations étaient à recoinniciiccr. Dans le (l(>|)()t de la mnsiqnf;, déplacé par suite d'un échauffe de bâtiment auquel l'Arsenal a été uaffuère autorisé, nous trouvâmes enlin iiuit volunu>s manuscrits format in-4% contenant un journal très-complet qui commence au ^ " février 1 01 Vy et s'arrête au ^A décembre ^652 — Ces huit volumes devaient être ceux qu'indique le Cataloffue. — Mais à quel titi'c avai(Mit-ils fait partie de notre colleclion? Dans un passage de ses Mémoires, qui avait juscpi'à cette heure échappé aux bibliographes, Rol)ert (Arnauld d'Andilly) dit : « Il me seroit facile de m'étendre beaucoup » davantage sur l'histoire de ce temps-là, » ])arce que j'ai un journal très-exact que j'ai » fait de tout ce qui en est venu à ma connois- 1) sance. Mais comme je n'ai autre dessein dans » ces Mémoires que ce qui me regarde et ma » famille, je me contente de ce qui peut servir » à mieux faire comprendre les choses que j'en » rapporte ^ » Ainsi, dans les Mémoires de Robert, nous n'avons qu'une biographie de famille; outre ces Mémoires il avait rédigé un Journal où se trouvaient consignés les événements politiques dont sa position le mettait à
* Mcm. d'Arnaud d'Andilly, part. 1, p. 130.
riiKTAci:. XI
niônuMl'ôlrc parlailcMncnl iiisiruil. Sans coii- Irodit, Ip .Iniuiial ('lail de Itcaiicouj» [Ji'cIV'ialilc aux Mémoiios'. »
Aprrs cos observations, M. \arin, par un rapprochomonl cnivo un passaj^o des Mémoires d'Arnaidd d' Andilly, l'elalif a la premici'e arreslalioii du ((doiiel d'Oruano, el ini exirait (rès-étendu du Journal, montre qucM-e Journal est, aussi i)ien que les Mémoires, l'œuvre ded'Andilly-.
Vu tel ouvrage , écrit par un homme aussi considérable qu'Arnauld d'Andilly, el sur une période de notre histoire si féconde en événements, méritait certes de ne pas rester iné<lit. Cependant il n'a pas reçu les honneurs de l'impression. J'espérais avoir la bonne fortune de le tirer de l'oubli et de publier, non plus le fragment conservé dans le recueil de Conrart, et ne comprenant que six années, de 161 \ à à 1620, mais le Journal même de d'Andilh^ s'étendant jusqu'à Tannée 1652 et embrassant une période de dix-sept ans, c'est-à-dire trois fois plus considérable que celle du manuscrit
* La vérité sur les Arnaud, t. 1, p. 222.
" Cet extrait du Journal est tiré du i" vol., f« 71 \°, et suiv. Je le reproduis en appendice afin de réunir dans ce volume tout ce qui nous reste actuellement du Journal d'Arnauld d'Andillv.
XII l'HIll' Aci:.
(loiil jr rn(>i-('ii|>;iis. J nllai diins cclfi' iiilcnlioii à lii r>ilili()(li(>(ni(' (lo l'\rs(Mial ]K)iii' cNaiiiiiK r les huit ])r('C'i('ii\ volunies manuscrits retrouvés ])ar M. \aiin.
iMalliouicusiMnciit , soit que M. Varia ait classé à part le Journal dont je viens de parler, dans rintention de le ])ul)liei', soit que les huit volumes reconnus par lui aient été déposés par erreur ailleui's ([u'à la ])lace (jui leur avait été assi[>née, tontes les recherches faites sur ma demande pour les retrouver ont été infructueuses. M. Varin seul aurait pu fournir quelques renseignements à ce sujet; mais il est mort en l(Si9, enlevé subitement aux Lettres par le choléra. Il est donc à craindre que nous soyons pour longtemps privés de cet ouvrage, qu'une circonstance fortuite fera peut-être découvrir une seconde fois sur quelque rayon poudreux de la Bildiothèque à laquelle il appartient.
Mais il faut dire que M. Varin a eu le grand tort de ne pas cataloguer et classer régulièrement un ouvrage manuscrit et probablement autographe, si précieux à tant de titres^
* Parmi les conservateurs de la bibliothèque de l'Arsenal qui ont bien voulu rechercher le Journal de d'Andilly, je dois sin-tout témoigner ma reconnaissance à M. Kavaisson,
l'KKl ACi;. Mil
\ (Icraiif (lî's liiiil \()lmn«sin-î do d' Viidilly, in;illi('iiivus(MmMil ('[j.iics, loi'co m'osl donc, do i-('\('iiii' au inamisc ril (jui m'avail d'ahoi'd oc- (•M|ic; cl je dois rcndiv {{làco à la prcNOvanco do Conrart, (jui me [xm'hicI de |Mdili(M' dos aiijoin'd luii la |)i'(Mnioro [larlio du Joiiiiial dVinauld dAndilly. On remarquera niônio quo laiidis (|uo dans los luiit volumes relrou\és par M. Narin le récit ne commence qu'au 1" lévrier I G 15, dans le manuscrit de Conrart il remonte au I®' janvier 1 0 1 5. 11 est vrai que cette première année ^01 '» est beaucoup plus sommaire que les suivantes et qu'elle a même des lacunes de plusieurs mois.
Ainsi que le l'ait remarquer >I. Varin dans le passage cité plus haut, il y a une grande diiïérence entre les Mémoires d'Arnauld d'Andilly et son Journal. Les Mémoires publiés pour la première fois en 1754 par l'alibé Goujet avaient été commencés par dAndilly à Port-liOA*al, sur les instances de son fils de prédilection, et il les avait terminés en sa retraite de Pomponne en 1 667, longtemps après les événements, longtemps surtout après ceux qui font l'objet de la première partie du Journal dont nous nous
qui a en vain exploré toutes los parties du dépôt considérable confié à ses soins.
XIV PRKFACE.
occupons (101 A-\ (\-2{)). l*]crivaiU cet ouvrage pour ses enfants, d'Antlilly s'y occupe plus pardculièremonl de lui-même, de la part (ju'il a eue aux alVaires, de ses relalions à la Cour; il y fait en termes pompeux son élo[fe et celui de ses amis, et si en racontant sa vie d'Andilly a fait un livre d'histoire plein d'intérêt, c'était moins son but que la conséquence du rùle joué par lui et de sa ])osilion dans le monde. Dans son Journal, au contraire, écrit lonj^lemps avant ses Mémoires et à l'aide duquel il les a rédiffés, ainsi que cela résulte du passage cité plus haut, Arnauld d'Andilly s'ed'ace complètement, ne se préoccupant que des faits et des événements qu'il note au moment même où ils se passent, presque jour par jour, en simple rapporteur de tout ce que sa situation personnelle et ses hautes relations lui permettent de voir et de savoir.
Malheureusement si ce Journal a une grande valeur liistorique, il n'en a aucune au point de vue littéraire. C'est une œuvre de premier jet, écrite au courant de la plume, sans aucun souci de rédaction. Consigner les faits, jeter à la hâte sur le papier tout ce qui lui paraissait digne d'être mentionné, c'est tout ce qu' Arnauld d'Andilly a voulu faire, se réservant sans doute de donner une forme littéraire à son Journal
PRKFACli. XV
si V'u\co lui viMinil un joiiidt' \o Wwov à la luililicitt'. Aussi (rouvc-l-on a cliatiuc inslaiit dos lépôlilious ('li()(|uan(('s , des |tliias('s, des mois sans suite, (lucliiudois mémo ia(;()m|)i(''lioiisildos, paroo que l'uiiknir ne li\iail au papier tiuiine |Kir(i(' do sa pensée, /.'onlianl le reste à sou sou\ enir ; puis, quand un rensoi.{{nement lui manque au momon( où il cm rit, uolammont les paroles do loi ou tel porsouna{î(\, il mot dos points avec l'intention sans doute do compléter le récit quand il aura trouve^ le rensoijjnement ou le discours qui lui fait défaut. Çà et là des noms des dates ou des chilï'res lui échappent, il les laisse en blanc; mais comme avant tout c'est la vérité qu'il recherche, il donne quelquefois deux, trois, quatre et jusqu'à cinq versions diflerentes du même fait, indiquant, lorsqu'il le peut, les sources où il a puisé. Rarement d'Andilly se permet une courte rédexion personnelle consij^née par un mot : faute, ou bien : devait dire... devait faire; rétlexion où perce quelquefois l'ardeur bien connue de son caractère, comme lorsqu'à propos d'une inconvenance du Cardinal de- Sourd is envers le Prince de Condé , il ajoute que celui-ci aurait dû répondre que, sans le respect de Leurs Majestés, il lui eût passé son épée aii travers du corps. On pourra remarquer
\VI J'IIÉFACK.
qu'il se roncontro quol(|ii('rois dans le cours du récit la menlioii d'un l'ait ])ost('Mieur de plusicui's mois , et même d'un ou de d(Hi\ ans à Tordre clii'onolojjique suivi par Arnauld d'Andillv. N'ayant eu sous les yeux que le manuscrit aulo(îraj)he ou non du lîeiiK^il de Conrart, je ne saurais dire si ce sont des additions intercalées postéi'ieurement dans le récit ou mises en note par d'Andilly sur son Journal^ ou si le manuscrit conservé par Conrart n'est lui-môme qu Une copie faite plus tard sur l'original, et dans laquelle l'auteur a ajouté telle ou telle circonstance qu'il n'avait pu connaître lors de la première rédaction.
Après avoir expliqué quelle est, suivant moi, la cause de cette négligence, ou, si je puis le dire, de cette al)sence de style, j'ajouterai que ce défaut même ajoute encore à la valeur historique du Journal d'Arnauld d'Andilly, en montrant que ce n'est point une œuvre faite après coup , élaborée avec soin , inspirée par l'esprit de parti comme tant d'autres écrits du temps, mais que c'est en quelque sorte un procès-verbal où tous les faits sont scrupuleusement relatés, sans que celui qui ne le destine qu'à son propre usage ait rien à retrancher ou à modifier par égard pour les personnes, ou pour quelque considération que ce soit. Un
PHI'KACK. XVM
|>ai»'il (ra\ail laissô à la postérité par un spoclatciir (|ii('l(M)n(pi(» (l(*s é\(''iioni(Mi ts ne scr-ait pas sans iiitéivl ; à plus l'orto raison doit-il aNoirdc l'inipoitanco quand il émane dun homme que (\c hautes lonclions dans le (iouNernomcnt et (pie des relations avec la j)lupart des personnajji^s éminents mettaient à même d'être parfaitement instruit des prineipales affaires de iKtal. H n'est doue pas inutile de rappeler sommairement la première partie de la vie d'Arnauld d Andilly^ c'est-à-<lire sa position dans le monde et le rôle qu'il y a joué comme homme politi([ue, ear e'est surtout sa retraite à Porl-Hoyal, la part considérable qu'il a prise par lui et par les siens dans les luttes du Jansénisme et ses nombreux ouvrages qui ont rendu son nom célèbre. Quelques détails sur sa carrière d'homme d'Etat feront apprécier la valeur de son témoignage sur une époque de plus de vingt-cinq ans antérieure à sa retraite. Je me bornerai à résumer en quelques mots ce que d'Andilly a longuement raconté dans ses Mémoires.
liobert Arnauld d'Andilly, né à Paris en 1 589, était l'aîné de dix enfants survivants sur vingt qu'avait eus le célèbre avocat Antoine Arnauld. Le dernier de ces dix enfants, nommé Antoine comme son père, est celui qui, élevant sa re-
XVIII PRKFACK.
lîommoo au-dessus de celle de tous les membres de cette famille illustre par les hommes comme par les femmes, a reçu de IMiisloire le rai'c et [;loj'ieu\ titre de {jrand Amauld! L(Hir aïeul, Antoine, seijjiieur de la Motlie-Arnauld, avait été Procureur Général de Catherine de Médicis, charge qui avait passé à leur père. Les oncles de Robert avaient tous des positions importantes: l'un, Isaac, était Intendant des finances; un autre, Pierre, était mestre de camp général des carabins de France et gouverneur de Fort-Louis. Robert était donc dans les meilleures conditions pour tirer parti de ses brillantes facultés. Après lui avoir donné sous ses propres yeux une forte éducation, son père voulut le former à la meilleure école. Il le confia en ^ 602 à Sully, qui se rendait en Angleterre comme Ambassadeur extraordinaire. Malheureusement le jeune Robert étant tombé malade enroule ne put suivre ce grand homme d'État. En ^605, Isaac Arnauld ayant été nommé Intendant des finances, le prit auprès de lui en qualité de premier commis, quoiqu'il n'eût que seize ans; et ayant été appelé en ^6H à faire partie du Conseil de la Direction, Isaac obtint que son neveu, malgré son jeune âge, assistât aux séances, où il se tenait debout derrière le Roi et la Reine-mère. Il dut à cette
PRliFACE. MX
lianlp r.i\(Mii' (Vrii'c iiiilic pi'omp(om(Mi( ,iii\ jji'.uidi'S ;illaii(^s, dôlic dans le secret des |»liis iinpoilaiilcs ddiltcialioiis du (iouvorncmcnt , ('( de se lier a\<'e les lioiiiilies di^lat les |)liis émiiieiils. De plus, son oncle, pour exeiucr sou intelli^jence, lui laisail l'aire^ des extraits des allaires doni il était chargé et les lui faisait rnppoT'ter à ses c(dlè>jues. Eu 1615, lU)l»ert épousa la lille de M. de la Bodeiie, diploDiate éminent, que ses négociations ont rendu célèl»re. Va\ 1014 il suivit le Roi et le Conseil en Bretagne.
Ici se termine le manuscrit mis au net une première fois par l'auteur qui y aurait sans doute fait encore des additions et des corrections. La suite est tirée d'un simple brouillon, nous la reproduisons littéralement.
Pendant le voyage du Roi, en 1 61 5 et 1 61 6, Arnauld 1" Intendant faisant partie du Conseil resté à Paris et ayant l'administration des finances, Arnauld d'Andilly travailla avec lui ; il assistait au Conseil, rédigeait les lettres, les mémoires et les expéditions. La Reine-mère, pour le récompenser de ses services, lui envoya le brevet de sa première pension. A cette époque il se lia avec les Luynes, prévoyant leur grande faveur, et plaça près d'eux Déa-
XX ' r 11 K FA C lî.
.<]oaiit, (|iii (!('\iiil Miiiislic; mais cette liaison (liii'a |)(ni,t'ar, en l(> M», son oncle s'étaiil démis de sa cliai'.<>(* (rinlcndaiit des linanccs en s;i faveur, Luvnes s'opjjosa à ce qn'elh' lui lui donnée. A la lin de (cdc même année il lui cliaijjc' de tra\ailler à l'état jjénéral des linances |)oui' 1017 et à tous les états de l'éparj^ne qui en dépendaient, lui 1017 il l'ut cliaijjé de la véi'iJicalion i\u dompte de lOdS pour la solde des Suisses au service de lùance^ et sur l'ordre de iM. de liass()jn])ieiTe, Colonel général des Suisses et d'Arnauld l'Intendant, il lit des mémoires par lesquels il pi'ocura, dit-il dans ses Mémoires, une économie de cent mille écus par an. Cette année, son oncle étant mort, le Chancelier, Villeroy et le P. Jeannin voulurent lui faire avoir sa place. Luynes s'y opposa encore. A la lin de l'année 1017 il suivit à Rouen le Roi, qui s'y rendait à l'occasion de r Assemblée des Notables. Le 9 mars 1018, d'Andilly fut nommé Conseiller d'État avec 2,000 livres de gages et 2,000 livres d'entretènement, et en cette qualité, dans le même mois il fut, comme on l'a vu plus haut, un des trois commissaires chargés d'instruire le procès de Barbin, accusé d'avoir voulu fa\oriser la sortie de la Reine-mère de Blois. La même année il fut cliaraé d'une mission im-
l'i; i;i' Ac.i-:. \\i
|MMlaiil(' .ui|)r('S (lu (lue de r>()iiill(Mi. il i-cliis.) la (liai;;»' <!«• scciclaiic du Cahiiicl, allctidanl cidlc d liiltMidaiil (|u On lui a\ail promise, lai Hilll il siii\il le \\o\ dans son \(>\a.j»('à Touis, (iii il resta juscjn a la lin des ncijocialions iwov la ii('in(>-nièiv. Il lui nièinccliai'oc de r<'Mlij;('r une Iclli'o inipoilaiilc (\[\v \o Uoi ('M'i-i\i(, à la lUMiie-inèi'o pour renj^a[)(M' à faire la paix. A la (in de celle année, 1010, M. de Selionil)enj ayant élé nommé Surintendant des linances, lui donna le ])rin('ipal (Mnploi auprès dcî lui. Kn \i\20 il lil la connaissance de l'ahlx? de Saint-Cyran, et commença cette liaison intime qui devait ajouter encore à sa célébrid^ par le déNOuement (juil témoioiia à ce e,i'and théologien pendant sa dis.jjràce. En Ki:*!, M. de Schomberg faisant la charge de Grand Maître de l'artillerie au siège de Montauhan, Arnauld d' Andillv resta auprès du Uoi au château de Piquecos, le suivit dans tout son voyage, exerranf en fait la charge de Surintendant des linances, travaillant directement avec lui; de même, en \(\'2'2. Cette année le Roi lui offrit la charge de secrétaire d'Etat vacante par la mort de M. de Sceaux, moyennant une récompense de ceiit mille livres aux héritiers de celui-ci. Arnauld dWndilly, ne voulant pas donner cette somme, refusa la charge. « Les suites ont fait voir, nous
XXII PllEFACli.
(lil-il clans ses Mémoires, que je lis une {rraïuic i'aule; mais ou la doit paiclouuer en ce qu'étant venu à la Cour sous lerè(îne de Ilenri-le-Grand, j'avois élé nourri dans la (l'éaiice qu'il siifïisoit de travailler à se rendre di^jne des ehaijjes pour espérer, comme autrefois, de les obtenir sansarjTont. » En ] 625, M. de Schoml)er{Tfut dis- {Tracié et remplacé par M. de la \ ieuville. On oiïrità Arnauld, s'il faut le croire lui-même, la charjje d'inlendanl des finances; mais dans la <lis;>rà('e de son bienfaiteur et de son ami, il ne voulut rien accepter et se tint à l'écart jusqu'à la mort de M. de Schomberg. En ^62r5, Arnauld d'Andilly fut nommé Intendant général de la maison de ^Monsieur. La même année ou lui offrit (toujours suivant ses Mémoires) la charge de Contrôleur général des finances qu'il refusa pour ne pas quitter Monsieur, et qu'il fît donner à M. Marion, président au grand Conseil, son oncle maternel. En ^625, le Cardinal de Richelieu, qui l'afTectionnait particulièrement, ayant l'intention d'en faire un Secrétaire d'État, voulut le préparer à cette charge, et, à cet effet, lui remit toutes les instructions et les pièces qu'il avait touchant les affaires étrangères, en le chargeant de les mettre en ordre comme il l'enteudrait. En 1()20, Arnauld d'Andilly en présenta au Cardinal plusieurs volumes
très-bien écrils. L;i mriiic aiiiUM», sa [{raiide l'aNcnir fut cause i\\ù)\\ iiili'i{;ua pour le l'aire (lisjji'aciei*, el il Cul eloijjiié de Monsieur. Pendant les aimeessui\ant(»s, lej^rand accaldeiuent d'allaires (ju"a\ail le (',ai<linal de Uichelieulo fit ouMier du (.ardinal, et il n'était pas homme à l(* l'aire souNenirde lui. 11 passait alors une parlie de Tannée à Pomponne, dans nne {grande (ranquillite d'esprit au milieu de sa Famille et de ses livres. En 1654, il fut nommé intendant de l'armée du Rhin, commandée par les maréchaux de la Force et de Brézé, avec pouvoir de disposer de dix mille livres par mois sans être oblij^é d'en rendre compte aux généraux. Arnauld, dans ses Mémoires, donne des détails sur la campagne de l'armée du lUiin, dont il fit, sur la demande du Cardinal, une relation. Après la mort du Roi, au commencement de la régence d'Anne d'Autriche , il fut un de ses principaux conseillers ; mais l'idée de la retraite le préoccupait depuis plusieurs années: la mort de sa femme en ^ 657, celle de l'abbe de Saint-Cyran en ^645, le déterminèrent à prendre ce parti. 11 se retira à Port-Royal en >16î5ou 1646.
Je ne dirai rien de cette seconde partie de la vie d' Arnauld d'Andilly, consacrée tout entière au service d'une piété ardente^, aux
XXIV l*llKF\(;iv.
(•<)n(i'(>\(M's('S i('li;;i(Mis('S (|iii (»ii( <'(i un {»i';m(l retcnlissoment, et à ICIimIc m I;i(|ii('IIc nous (levons l(»s oiivi';\rros(|ni oui icndii son nom célèhiv. Son liistoiie est associée des lors à celle (les turbulents solitaires de Port-Royal, qui a donné lieu à de nombreux écrits depuis ceux d(^s solitaires eux-mêmes et de leurs amis jus- (|u'aux (ravaux de l'érudition modern(% au nond>re desquels je ne citerai que Tbistoire de rort-Iloyal par M. Sainte -lieuve. J'ajouterai seulement pour terminer cet aperçu biographique sur l'auteur du Journal que je publie, qu'en 167^ il reparut à la Cour pour remercier Louis XIV qui venait de réaliser S(m v(eu le plus cher en élevant au Ministère le marquis de Pomponne son fils, et qu'après une vie presque également partagée entre le monde et la retraite, il mourut en Mu \ âgé de quatrevingt-cinq ans. Cet aperçu suffit pour montrer la valeur du témoignage d'Arnauld d'Andilly. Il n'est pas sans intérêt de faire remarquer que ce Journal est le premier ouvrage qui nous soit resté d'un écrivain devenu célèbre.
Apres avoir rappelé brièvement l'importance de l'auteur, il me reste à dire quelques mots dv la valeur de l'cieuvre et du prolit qu'elle apporte aux études historiques. Ainsi que je l'ai dit, la première partie du Journal d'Arnauld d'Andilly
r mil' A ci:. wv
a (i;ul a une pailic i\i"> piciiiici'cs aiiiiccs du ivjjiic (le Louis Mil. Siii- vciio ('Ixmjiic, les Mémoires ne soni pas li'es-nomht'eiix, et ne sonl pas aussi eoniple(s(|ue sur les années suivantes ; les principaux sonl ceux do nicheli(ui^ de l'ontenay-Maiciiii cl de Poiilcliailrain ; ceux de liassonipien(\ du maréchal d'i^sti'éos, du (\uc de Holiaii, de lirienue, n'(Mi pai'lentque d'une manière (rès-sommaiio. rsotrc Journal est loin d'aNoir rimpoitaiice des précieux Mémoiies de Richelieu, dont le récit plus complet, plus étendu que celui de tous les autres écrivains du temps est accompagné de réOexions sérieuses, profondes, éloquentes parfois, qui empruntent un caractère plus [jrave du frénie de celui qui les a dictés ou inspirés; ou des charmants Mémoires de Fontenay-Mareuil, si pleins d'intérêt, écrits d'un style si agréahle et semés de réflexions si judicieuses, qui décèlent l'honnête homme sous le charmant conteur; ni des Mémoires de Pontchartrain, dont le récit simple et rapide expose avec clarté les événements auxquels l'auteur, comme Secrétaire d'Etat, prenait une large part ; ni enfin et surtout du Mercure franrois , qui est l'ouvrage le plus complet sur cette époque, et qui a l'avantage très-grand de fortifier son récit en rapportant la plupart des documents authentiques tels que
WVI PRÉFACE.
les arrêts du Conseil et ceux du rarlemcnt, les lettres du Win el de la Heine-mère, des Princes et des principaux pei*sonnages du temps, ainsi que l'analyse dosprincii^iux ]);iniphlets et écrits sur les événements et les hommes. Mais, si les ouM'ages que je viens de citer sont plus complets et plus détaillés sur la jdupart des événements, quand le Journal d'Arnauld d'Andilly ne ferait que contirmer le récit de l'un ou infirmer le récit de l'autre, il aurait encore son importance. Mais ce que je n'ai trouvé dans aucun des Mémoires du temps que j'ai pu consulter et comparer avec le Journal d'Arnauld , c'est d'abord un ordre chronologique qui présente les faits mois par mois et presque jour par jour, dune manière beaucoup plus précise que le Journal de Pontchartrain, celui de tons qui par la forme se rapproche le plus du Journal de d'Andilly ; là chaque fait a sa date certaine puisqu'il est noté pour ainsi dire au moment où il se passe, et Arnauld donne ainsi une date certaine non-seulement aux événements qu'il rapporte, mais encore à ceux qui sont racontés sans dates dans les mémoires des autres auteurs ses contemporains; c'est ensuite le compte rendu et pour ainsi dire le procès-verbal des principales séances du Conseil auxquelles Arnauld d'.Andilly, ainsi qu'on l'a vu plus haut.
l'KhhACE. WMI
assislail toujours a\ant \n\> soin de noter ikmiscMiloineiit les décisions, mais encore ro|>ini(>n et souMMit le> projtres paroles <le elia(|iic pri-sonna^e sur les i|uestions soumises aux tieiiltelatioiis (lu Conseil. Il l(^s met en scène dan^; sr»n ri'cit. Si nous enlendons parler, je ne «lirai jias le Uoi. trop jeune encore pour avoir une opinion personnelle, mais la Ueine-mere avec sa \i\a(itc méridionale allant soim ni |ii-i|ii "a la (•(dere, le Prince de Condé qui. vn sa (jualitode Tremier Prince du sanjr, veut être le maître pendant la miniM'ite du Pioi, les ducs de \end('>me, de Mayenne, de rxiuillon. dereili-in, de Nevers, de Lonijueville. plu>- préoccupes de leur grandeur pei-sounelle que de celle de lEtat, les ("mise défendant souvent In cause royale en haine des autres Princes, le duc d'Épernon dont Page n"a point calmé Pinsolente fierté, les hommes d'Etat vieillis ilans les affaires tels que les SilleiT, les Villeroy, les Jeamiin, les Chàteauneuf ; les nouveaux dépositaires dupou- ^oir tels que les Barbiu . les Deageant, les Mangot, les du Vair . sous ce point de Mie le Journal d'ArnauM. non-seidenient poiiiia servir à confirmer et à compléter les notions acquises à l'histoire sur ces grands pei*sonuages , mais peut-être v trouvera-t-on des éléments nouveaux pour leur biographie: il en est de
xwiii ni i; l'A ci;.
niôillc jHHij- les discussions Mil IVulcinciil d.iiis lesquelles Aciiaiild Inil coiiiiailrc I opinion des oialeiiis en les jiommanl. De j)lus, Arnauld ayaut plus spécialement les finances dans ses alIrihuTions et souvent charijé de Iravaux spéciaux sur ces matières, expose les discussions sur ce point avec beaucoup plus de détails qu'on n'en (iou\e dans lesautres Mémoiresdu temps. C'est là, je le répète, le principal intérêt et la véri(al)l(* ini])orlance du Journal d Arnauld d'Andilly. Malheureusement le manuscrit de Conrart ne donne du Journal d'Arnauld que les six premières années, de 1014 à 16:20. Mais ces quelques années sont fécondes en événements. C'est l'époque de transition entre la grande administration d'Henri iV et de Sully et le glorieux gouvernement de Ilichelieu. Sully apparaît bien encore; mais, comme si le poignard de Ravaillac avait frappé du même coup le grand Roi et le grand ministre, ce n'est plus qu'un nom. Richelieu paraît sur la scène, il n'est encore que M. de Luçon ; mais déjà son génie le révèle aux Etats-Généraux de 161 i. C'est lui qui porte la parole au nom du elergé, et quand il entre au (Conseil comme secrétaire d'État, quoique le dernier venu, il veut avoir et il a la préséance. Habile et prudent toutefois, il est du parti de la Reine-mère contre celui du
l'iiiii Aci:. wix
lîoi iiiiiK-iii' ; plus lard il scim |h)iii' I(> lloi inajcni' ((tiilrr IV\-r(';;(Mil(*. IjiIic ces dciix ;;i;)iidcs i(t\aul('s (lu jjciiic. SiiIIn cl niciiclicii, se succcdciil ccsdciiv jx^lilcs ion ailles de la l'aNCMir, Coiicini cl LiiMics. Tandis (|iio le Maicnlia! (rViicic cl sa rciniiic, cii j;;i;;naiil l'cspiit iïv la iiciiic-inci'c, {jouveniciil a leur l'aiilaisic^ cl se Iniil liair de (ous ceux que IcMir |)iiissance iinmcrilceollusquect irrite; Luyiies, en llatlaut les «voùls du jeune lîoi, iiion((M'apid(Hnenl (ous les dcjjrcs du [XKivoir; et eouiuie pour nujutcr pisqu'où peut s'élever la médiocrité portée par l;i fortune, l'un de\ieudra Maréchal de France, l'autre ira plus loin encore et sera Connétable. Va\ ces temps de scandale et d'anarchie, on ne lecule devant aucun moyen pour satisfaire ses \engeancesou son ambition. Pour se débarrasser du Maréchal on le fait assassiner, et le bâton qui tombe de sa main est donné au marquis de ^i(ry pour prix de ce forfait; une victime ne sulïit ])as ; lafavorite de Marie de Médicis, la Maréchale d'Ancre, accusée de crimes imaginaires, est condamnée comme coupable de magie et de sorcellerie, et sa tète tombe sur la place de Grève. Sous un tel gouvernement la gueire civile esten permanence ; quand de part et d'autre on esta bout de ressources, les Princes rebelles, souverains dans leurs gouvernements, traitent
XXX PRl'iFACF.
avrc lolioido puissanco à ]>iiissanre, et imposent plulôt qu'ils noreçoi\e]it les coiulitions d'une l)ai\ épliémere. Le fanatisme relijjieux se joint aux aml)i(ions politiques. Les Réloiinés font, (onime on Va dit, un État dans TLtat; ils ont Unirs assemblées, leurs députés, bientôt ils auront leurs armées, leurs généraux, et après des combats sans nombre et des sièges mémorables, il faudra l'indomptable énergie de Richelieu pour rendre à l'autoiité royale sa force et son prestige. Tel est le tableau que présente la France et que la plume d'Arnauld d'Andilly retrace fidèlement.
En terminant ce court avertissement je ne puis qu'exprimer le regret de n'avoir pu publier le Journal d'Arnauld d'Andilly tout entier. Si quelque jour de nouvelles recherches ou le hasard venait à le faire retrouver, je serais heureux de le donner au public. Telle quelle, je crois que la partie que je publie aujourd'hui mérite l'attention de tous ceux qui s'intéressent à la science historique. J'ai joint au texte de courtes notes biographiques sur la plupart des personnages cités, pour lesquelles j'ai surtout mis à contribution l'inappréciable ouvrage du P. Anselme et à son défaut les Dictionnaires deMoréri et de Michaud, et des renvois aux différents Mémoires du temps; et pour faciliter les recher-
("lus j'.ii joiiil les sommaires de cIlkiiic aiim'O i'nrmaiil une (ahle cIii'oiioIojj'kiik' cl une (aide al|>lialuHi(|iie do tous les persoiiiiiujes cités dans le Journal. Si l(^ h^deur (rouM* (lUidrino inli'ièl dans ce Journal, si désonnais il est insépaïahle des Mémoires du même écrivain et s'il est jujjé diene dèh'e placé à côté doux dans toutes les grandes collections historiques, je m'estimerai heureux d'avoir rendu la vie à un de ces témoins qui .«{isent de])uis des siècles ouhlic's dans les Aastes nécropoles de nos dé])ôls |)ul)lics, et en rendant la parole à un des principaux personnages du plus grand siècle de notre histoire, de l'avoir mis à même de venir déposer devant la postérité, au grand profit de la vérité, de ce qu'il a vu et de ce qu'il a fait.