PASSAGE DE BONY
26. Monsieur le Prince ayant investy les Carabins de l'armée du Roy logez à... , M. le maréchal de Boisdaufm les alla dégager ; et Monsieur le Prince s'cstant mis en bataille sur une colline voisine, M. de Boisdaufm fit tirer son canon sur ses trouppes, et les ébranla tellement qu'il fut obligé de quitter cette
rai des Carabins, mestre de camp dn rc^giment de Champagne, gouverneur du Fort-Louis, mort en 162/i. Foy. en tête des Mémoires d'Arnauld d'Andilly la Notice pompeuse qu'il consacre à ce personnage, et où il dit notamment que le maréchal d'Ancre ayant vu agir son oncle dans toutes les occasions et particulièrement aux sièges de Clermont et de Soissons, conçut tant d'estime pour lui qu'il lui promit le commandement de six mille Liégeois. (Ed. citée, t. xxxiii, p. 327.)
1 Le sieur de Haraucourt, suivant le récit du Mei'c. fr.
2 Le vi(omte de Béthencourt.
' Voy. Pontchartraifl, p. 111; Fontenay-Mareuil, p. 322; Merc.fr., t. IV, p. 302.
n'MWAiJLD d'andilly. 1*25
colline, et s'aller meslre en bataille sur une autre ootoi.re icis. proche, où Monsieur le Prince mit son canon en lieu très avantageux. Monsieur le Maréchal l'ayant ainsi poussé, se mit en bataille sur la mesme colline qu'il avoit quittée (les soldats marchoyent en sautant) , et ainsi il y avoit un vallon entre les deux armées, lequel estoit inaccessible, pour aller à Monsieur le Prince, du costé de la corne droitte de nostre bataille, mais fort accessible du costé de la corne gauche. Les canons commencèrent à tirer de part et d'autre ; celuy de Monsieur le Prince nous cndommageoit fort, à cause qu'il estoit en lieu avantageux, tellement que l'on fit retirer nos soldats d'alentour du nostre, et les rangea-t-on le long des hayes. Ce que voyant M. du Mayne, il vouloit charger, disant que nostre canon estoit abandonné ; mais M. de Buillon luy répondit que tant qu'il verroit de ce bois là (montrant nos piquiers) , il se gardast bien de charger de cavalerie. M. de Boisdaufin eût eu avantage à donner bataille, car sa corne gauche trouvoit Monsieur le Prince en une colline pleine de bois, et au-dessus de laquelle il y avoit du bois et des vignes , lieux avantageux pour l'infanterie. Joint qu'au dessus de la dite colline, il y avoit un fort petit champ pour la cavalerie de Monsieur le Prince, ce qui luy estoit un extrême désavantage. Chacun au Conseil fut d'avis de donner bataille, et mesme M. de Piefuge, qui opina fort courageusement. M. de Boisdaufin seul ne le voulut, ce qui fâcha et découragea fort les soldats , les deux armées ayant esté à
vciie depuis neuf heures du jnntin jusques à trois heures après midy. Le soir eslaul proche, M. le maréchal de Boisdauhn alla loger au Picjuet, h deux lieues de là. ( 11 devoit loger sur le champ mesme ^ ou tout contre; il n'auroit pas esté plus incommodé). Monsieur le Prince ayant veû que M. le maréchal de Boisdaufm avoit quitté ce champ, il y envoya de sa cavalerie , connue pour dire qu'il luy estoit demeuré. Il alluma force mèche sur la colline et des feus. Et cela fait, commença à. faire passer son armée à gué à Bony avec quelques bateaux qu'il avoit arrestez. On dit que Saint-Paul, qui menoit un régiment, voyant que cela estoit trop long, défit ses chausses et passa le premier à gué. Les habitans de Bony fournirent six cens pains à l'armée de Monsieur le Prince. Ce fut sans doute par commandement de M. de Nevers , lequel s'aboucha avec Monsieur le Prince'.