‹ Journal inédit, 1614-1620. Publié et annotéChapitre 78 sur 98 · Le Roy va à St-Germain; et en revient le samedy · texte numérisé non relu

Le Roy va à St-Germain; et en revient le samedy

27. Fiesque estant en Bretagne, avec M. de Montbason, le Roy luy mande qu'il ne revienne plus à la Cour. Quelques jours après, un de ses chevaux et un de ses laquais ayant paru à la porte du Louvre, le Roy commanda au Chevalier du Guet de le cher-

1 Foij. Pontchartrain, p. 268.

2 Voy. Pontchartrain, p. 269; Merc. fr., p. 276.

^Voij. Richelieu, p. 513, cette Déclaration, en date du 3 novembre, par laquelle la Reine-mère fait les soumissions les plus complètes d'obéissance et de respect au Roi, et s'engage à ne venir à la Cour que lorsqu'elle y sera rappelée Suivant Richelieu et suivant la Déclaration elle-même, c'est le Père Arnoux qui obtint cet acte. Conf. Pontchartrain, p. 269.

d'arnauld d'andh-lv. 38;^

cher, et le mettre à la Bastille. 11 se trouva que c'es- ■ o.iobrc icis. toit son frère.

Le Uoy fit donner Congé àBautru', par M. de Luynes. 11 estoit fort aniy avec Fiesque.

L'on donna aussi Congé à Boullanger- le mesme jour; mais il a depuis paru souvent dans le Louvre.

Le vendredy 26, le Père Crochart avoit eu son Congé.

:28. Comédie de la Reyne.

M. le Cardinal de Savoye ■' arrive à Orléans, où MM. de Bétlmne et de Modène furent au devant de luy.

ol. Congé donné de la part du Roy à M"'' la Comtesse de Moret '', par M. de la Vieuville.

Vendredy 2. M. le marquis de Caluse, fils de Novembre. M. le Comte de Verrue, arrive à Paris, devant M. le Cardinal de Savoye.

* Guillaume Bautru, comte de Serrant, né en 1588, conseiller d'Etat, introducteur des ambassadeurs, ambassadeur en Angleterre , en Espagne, en Savoie et dans les Pays-Bas, membre de l'Académie française, mort en 1GG5. Voy., sur ce courtisan bel esprit qui s'est acquis une certaine célibrité par ses bous mois, l'article de M. Salabéry dans la Biog. Michaud, et son historiette, Tallemant des Réaus, t. ii, p. 314.

- André Boullanger, prédicateur de l'ordre des^Augastins réformés, connu sous le nom de Petit père Andréa né en 1582 , mort en 1657. Foij., sur ce personnage, l'article de M. Tabaraud dans la Biog. Michaud, et son historiette, Tailemant des Beaux, t. \, p. 329. Le Boullanger cité ici pourrait être aussi Jules-César Boullanger, jésuite, au. mônier du Roi, mort en 1628. Voy. Moreri, t ii, p 135.

3 Maurice de Savoie, fils de Charles-Emmanuel, duc de Savoie, né en 1593, cardinal, prince d'Oneille, mort en 1657.

^ Jacqueline de Bueil, comtesse de Moret , maîtresse de Henri IV, dont elle eut, en 1607, Antoine de Bourbon, comte de Moret. Elle

o8/l JOURNAL INI?DIT

Novcmi.re 1P15. ('). M. 1(3 m.'ii'tjuis (Ic (^œuvTes va h Liiias, au devant (1(3 M. 1(3 Pi'iiicc (];irdinal de Sav(jye. M. de Nemours, qui y avnit esté auparavant, comme particulier, va au Bourg la Reync, où M. de Cadenet va, de la part de M. de Luynes. Estant arrivii à son logis du faul)ourg St-Germain, M. de Luynes le va visiter de la part du Roy, et Tamène voir Sa Majesté, sans cérémonie; puis le remet en carrosse '.

Le Roy le loge au faubourg St-Germain, et luy a baillé un département dans le Louvre; mais il n'y couche point. Sa Majesté le défraye, avec tout son ti'ain, qui est de deux cens tant de personnes ; ce qui couste quatre à cinq cens- par jour \

7. Monsieur le Prince Cardinal eut audiance solennelle du Roy, de la Reyne, et de IMesdames.

épousa en 1G17 Rluil' du Bec, marquis de Vardcs, et mourut en IGJl. l'o;/. son historiette, Tallemaut des Réaux, t. i.. p. 155.

1 On trouve, à Tannée 1G18, p. 217, dans les Mémoires de Mole, publiés par M. Aimé Champollion, une lettre du Garde des Sceaux à Mole datée de Poitiers le 6 novembre 1G18, dans laquelle il est question du voyage du Roi en Béarn. Cette date est inexacte et la lettre n'est pas à sa place, puisqu'à cette époque le Roi était à Paris où il recevait le cardinal de Savoie qui venait officiellement demander la main de Madame Chrétienne pour le prince de Piémont.

2 Livres probablement

2 Voij. Pontchartrain, p 270. C'est par une erreur de copiste, sans doute, qu'on lit dans les Mémoires de Ponchartrain, p. 267 et 269, Madame Henriette au lieu de HLadame Chrétienne. Voy. aussi Merc. fr,, p. 277 et suiv. Le cardinal de Savoie était logé à l'hôtel de Piquigny. Le Mercure doime une description complète et curieuse du magnirique feu d'artifice tiré pour la célébration de la fête du Roi et qui avait été différé jusqu'à l'arrisée du Prince Cardinal. Ce feu d'anifice, chef-d'œuvre de Jumeau, ne le céderait pas aux merveilles de nos jours en ce Gienre.

DV\i\N.\ri. i) n'A M) 11.1. Y. 0(S5

Lo Uoy, ajM'r-s liiy avoir (loiiii*' audiance, Talla Novmi.r, mit., voir passer dans la (■haiiihrn de la lleyiio.

M""-" de Nemours se trouvant chez la Rcyne, audossous de MM""' de Longueville, fit semblant de se trouver mal, et se leva.

Monsieur le Prince Cardinal, qui s'estoit couvert devant le Roy, et devant la Reyne, ne se couvrit point devant Mesdames. Les uns dicnt que c'est à cause de la recherche; et d'autres, que ce fut à cause que Madame ne le luy dit pas.

lo. i\Ionsieur le Prince Cardinal fit au matin, au Roy, la demande de Madame, pour M. le Prince de Piémont, son frère '. Le Roy répondit, qu'il vorroit les lettres du Duc de Savoye , son Oncle ; qu'il en communiqueroit à Messieurs de son Conseil ; et puis qu'il luy feroit réponce.

Ce mesme jour, le Roy mena Monsieur le Prince Cardinal à St-Germain, et y estant, luy mena voir toute la maison. Il le mena aussi à la chasse, luy donna un couple de sa main, et luy fit courre un cerf, avec cent veneurs, et cent chiens. Il le luy fit prendre en deux heures-.

ik. M. le Colonel d'Ornano va en Normandie,

' Chrétienne de France, sœur de Louis XIII, née en 1606, épousa le 10 février 1610, comme il est dit plus loin, Victor Amé, prince de Piémont, fils de Charles Emmanuel, duc de Savoie, né en 1587, qui succéda à son père en 1630, et mourut en 1037. Après sa mort. Chrétienne fut régente pour ses deux fils successivement, et après avoir gouverné la Savoie pendant plus de vingt-cinq ans, mourut en 1663.

2 rotj. Ricliclieu, p. 516; Fontenay-Mareuil, p. /|15 et ;i23; Pontchartrain, p. 270 ; Vrrr. fr., p. 277 ot suiv.

Movnnbre 1CI9, proiidro pos.scf=ision de sa clmrg-o doLioAitonant Ciiuioral. Jl arriva à lloûcu le Diinanclie 18, et revint à Paris le 11* de Décembre. 11 fut si bien reçeu, et réussit si excellemment en ce voyage, qu'il ne se peut mieux. Voicy la harangue qu il fit à Messieurs du Parlement de Rouen ' :

Messieurs, l'honneur que j'ai reçeu du Roy pour représenter sa personne en cette province, la plus populeuse, la plus puissante par mer, et par terre, et la plus voisine du Siège de son Empire, surpasse infinies fois mes mérites. Mais il a pleû à Sa Majesté de se souvenir des fidèles et passionnez services rendus à la France par feu M. le Maréchal d'Ornano, mon Père, et Monsieur le Colonel "mon ayeul, et de considérer aussi la nourriture que j'ay reçeue dès ma première jeunesse, et la ferme résolution que j'ay prise, de n'avoir jamais autre objet au monde, que le service de mon Roy, et la gloire de cette couronne, avec un désir ardent de rechercher toute sorte d'occasions pour employer courageusement mon sang et ma vie, afin de faire que Sa Majesté soit aymée,

1 Je serais disposé à croire que les deux harangues insérées ici textuellement étaient delà main d'Arnauld d'Andilly, de môme que le discours du colonel d'Ornano rapporté dans l'extrait du journal de d'Andilly relatif à l'arrestation de ce personnage, cjui forme l'appendice de ce volume. Arnauld d'Andilly était particulièrement attaché au colonel, depuis maréchal d'Ornano, qui, dit-il, « étoit l'un des hommes » du monde qui m'a le plus véritablement aimé.» (Mém. d'Arnauld d'Andilly, p. 375.)

2 Sampietro Corse, dit Bastflica, seigneur de Benane, colonel général des Corses, tué en 1367. Il avait épousé en 1528 Vanina d'Ornano. ro»/. P. Anselme, t. vu, p. 391.

d'arnauld d'andilly. 387

ohéïo, ot redoutée, en tous les endroits où elle me No\fiM.i..v leia fera la laveur de nie cliarger de ses Comniandemens. A quoy je suis tellement résolu, qu'il n'y a considération quelconque qui soit capable de m'en détourner. Ce que j'espère que Dieu me fera la grâce de contirraer beaucoup plus fortement par mes actions, que par mes paroles ; et ne doute point aussi, Messieurs, que je ne vous trouve tous concurrens en ce mesme dessein ; ce qui me fait croire que me tenant assidu en cette province, comme je dois, et comme je feray, nous rendrons au Roy, et à l'Estat des services très importans, et très signalez. En quoy je ne désire avoir qu'une raisonnable distribution de l'honneur qui en reviendra, et feray fidèlement entendre à Sa Majesté la participation de louange et de gloire qui sera deûe à votre Corps en général, et à chacun de vous en particulier. Réputant à très grand bon-heur d'avoir pour témoin, de mes déportemens, une Compagnie si célèbre, et de laquelle j'estime tellement le mérite, que l'un de mes plus grans souhaits sera toujours d'en estre chéry, et de me rendre digne de sa bienveûillancè, par toute sorte de services.

Il fit celle-cy à Messieurs... :

Messieurs, l'honneur extrême, et de beaucoup surpassant mon mérite,. que j'ay reçeu du Roy, en me constituant son Lieutenant Général en cette grande et très-im.portante Province, m'oblige à n'avoir auti'e soin, ni autres pensées, qu'à faire ressentir à ses sujets les effets du bon-heur du Gouvernement de

388 JOllRNAI, INI^.DIT

Novonibrrieis. S.'i MajcsU';, quc i)iou, dès sa preniiôrc jounnsse, a voulu accompagner de tant de piété et de justice, que le plus grand dcsir qu clic ayt au monde, est de faire loûjours marcher à ses coslez ces deux rares et excellentes vertus. Tellement que j'espère qu'au lieu que cette célèbre assemblée se consommoit autrefois quasi toute, à dresser des Pleintes et desRemonstrances, vous l'employerez doresenavant h résoudre des Remerciemens et des Actions de (j races, et tout ensemble, à y proposer de belles et glorieuses entreprises, pour fortifier le service du Roy, rehausser l'honneur de la Couronne, et remplir cetle Province de toute sorte de richesses. Pour mon regard, je suis résolu d'y appliquer tous mes soins et mes cogitations ; et vous supplie en général et en particulier, de faire le semblable, et de vous assurer que Sa Majesté, à qui Dieu a donné l'âme la plus généreuse qui soit au monde, favorisera et aydera vos bonnes intcnlions, et en toutes choses, vous remplira de bien-faits, et des contentemens que vous devez attendre du meilleur Prince qui soit sur la Terre.

Page 1