‹ Journal inédit, 1614-1620. Publié et annotéChapitre 83 sur 98 · G .JOURNAL INÉDIT · texte numérisé non relu

G .JOURNAL INÉDIT

Février ifiiî». pouf Fendre preuve de son obéissance , et offrir au Roy do lever quatre mil hommes de pied et cincf cens chevaux, et d'avancer pour cela cinquante mil écus qu'il avoit comptant. On m'a dit, qu'en sortant du Louvre, il avoit dit que ses ennemis n'avoyent osé se présenter devant luy , et que c'estoyent des poltrons \

'21. M. de la Chesnaye va, avec le sieur Justel, trouver M. de Buillon de la part du Roy, et revient le mécredy 6 mars, avec de belles paroles de M. de Buillon, comme d'envoyer son fils au Roy avec quatre cens chevaux, etc. Mais ensuite de tout cela, il avoit dit que cette affaire estant entre le Roy, et la Reyne sa mère, il estoit obligé de luy dire, qu'il croioit en sa conscience, qu'il devoit envoyer vers elle, et que sur une affaire de si grande conséquence, il estoit besoin d'assembler les officiers de la Couronne, et les Principaux du Royaume, pour y prendre Conseil.

M. de la Chesnaye m'a dit que la créance dont M. de Buillon l'avoit chargé envers le Roy, estoit qu'il serviroit Sa Majesté, de sa vie, de son bien, et de ses amis, envers et contre tous, sans exception, distinction ni queue. Que sa créance à M. de Luynes estoit, que les Roys ayant à avoir des Favoris, comme il y en avoit toujours eu en France, il ne croioit pas que la faveur pust tomber en meilleure main que celle de M. de Luynes, qu'il estimoit fort homme de

' {''oy. Poutchartrain, p. 277.

d'arnauld d'andii.ly. /|07

bien ; et que ne jugeant pas que l'on pust, sans of- Février leia. iencer rautorité du Roy, s'attaquer, contre son gré, à ceux qu'il ayme, pour ce qu'autrement, le Roy ne seroit pas véritablement Roy, s'il no luy estoit permis de faire du bien à qui bon luy sembleroit ; et que mesme en cela, il avoit intérest de s'y porter, parce qu'il pourroit avenir que son fils recevroit quelque jour des bien-faits et des gratifications du Roy ; pour ces raisons, au cas que l'on voulust ruiner M. de Luynes, il luy oflroit de le servir, et de l'assister de sa vie, de son bien et de ses amis '.

M. de Buillon, écrivit, en mesme temps, à M™" de la Trémoille, qu'il ne changeoit point d'avis, depuis le langage qu'il luy avoit prié de tenir, qui estoit que se voyant abandonné des ellecis de la protection qu'il attendoit de deçà, il avoit esté obligé de se mettre bien avec tous ses voisins, M. d'Épernon entre autres, avec lequel il vivoit en amitié, leurs enfans estant parens".

Environ ce jour, M. de Chambret'' part de la Cour, et va trouver la Reyne-mère. M. d'Epernon le luy présenta, en disant, que s'il eust esté aussi vaillant que luy, il luy eust rendu de bons Services.

Samedy 2. La Reyne-mère arrive à Angoulesme , '^i«"-

' J'oy. Merc. fr.y p. 149, la réponse du Maréchal duc de Bouillon au Roi, en date à Sedan du h mars.

2 Voij. Richelieu, p. 529.

* « Chambret, entre autres, huguenot assez connu par les bonnes actions qu'il avoit faites du temps du feu Roi, homme déterminé, et qui savoit le métier de la guerre parfaitement. » (Mém. de Richelieu, p. 541.)

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Marsif.io. M. d'Épernon raccompagnoil, monte sur un cheval d'Espagne, à la teste de deux ou trois cens chevaux ; et on tient c[u'il hiy dit un jour , « Pofardioux, Madame, si Yostre Majesté m'eust perdu, comme mes ennemis le luy vouloyent autrefois persuader, je ne Ujy rcndrois pas maintenant ce service-cy. 11 dit aussi, que ces gens croioyent l'avoir matté; mais qu'il avoit parc à la Dame ; que l'on disoit que l'on luy fcroit trancher la teste ; mais qu'il Icroit dire auparavant force Salve Regina.

Le Roy envoyé M. du T... ' vers M. de Luçon, pour luy commander d'aller trouver la Reyne-nière à Angoulcsmc. M. de Luynes écrivit la lettre ; et le Roy écrivit au bas. — M. de Luçon part d'Avignon le Jeudy 7, fut arresté à Vienne par dix ou douze des gardes de M. d'Alincourt, qui firent Corps de garde la nuit, devant son logis. (M. d'Alincourt en avoit receu commandement quelque temps auparavant.) Puis il fut conduit à Lyon. M. d'Alincourt luy envoya son carrosse, et après avoir veû son pouvoir de s'en aller, luy donna à disner, et l'alla conduire hors la ville après disner. Il devoit arriver à Angoulesme lel5^

1 Lo sieur du Tremblay, connu depuis sous le nom de Père Joseph, capucin, confident et Tun des principaux agents de Richelieu.

2 Foij. Fontenay-Mareuil, p. Wl ; Bricnne, p. 340. Les détails que l'on trouve dans les Mémoires de Richelieu sur toutes les circonstances de son rajipel près de Marie de Medicis sont pleins d'intérêt comme tout ce qui se rattache à la vie de ce grand Ministre' (Mém. de Richelieu, p. 533 et suiv.). Ce récit montre une fois de plus l'exactitude du journal de d'Andilly.

d'aunauld d'andu.ly. /|00

Le mesine jour, M. B...' va trouver la Reyncjiière.

[\. M. de Luyiics va voir Monsieur le Prince au Bois de Yincennes.

G. Madame la Connostable-, suivant les lettres de M. de Montmorency, prend congé du Roy, et de la Beyne, sous prétexte de s'aller purger, et s'en va à Chantilly.

Le père Suflren^, qui estoit revenu de Blois à la Cour, et n'avoit point suivy la Reyne-mère, part pour l'aller trouver à Angoulesme.

7. M. le Prince Cardinal part, pour s'en retourner en Piémont.

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