‹ Journal inédit d'Arnauld d'AndillyChapitre 22 sur 99 · A8 JOURNAL INÉDIT · texte numérisé non relu

A8 JOURNAL INÉDIT

Février iM. formcz ellc-mesme . Que quant à la requeste d'aveu de Monsieur le Prince, il n'y faloit avoir aucun égard, et n'user d'aucune surséance. — Après disner, sur les deux heures, Messieurs du Parlement furent mandez au Louvre, et Monsieur le Premier Président ayant dit que Monsieur le Prince a voit dit au Parlement qu'il feroit toutes sortes de satisfactions, de devoirs et de services au Roy et à la Reyne, M. Servin hocha la teste et dit, respect. — L'affaire estant mise en délibération en présence de Messieurs du Parlement, il passa tout d'une voix que l'on passeroit outre. La Reyne avoit répondu à Messieurs les Gens du Roy, que pour le regard de l'offence que Monsieur le Prince avoit faite au Roy et à elle, il seroit toujours reçeu à satisfaction, attendu qu'il estoit enfant de la maison, mais que pour le reigard de Rochefort, elle entendoit que justice en fust faite.

11. Monsieur le Prince fut à toutes les chambres des Enquestes l'une après l'autre, haranguer sur le sujet de son affaire.

La requeste qu'il avoit baillée luy a esté rendue à la Grand Chambre.

Messieurs de la Grand Chambre décrétèrent contre Rochefort.

12. Le Roy mande au Louvre tous les Présidens du Parlement, tant de la Grand Chambre (M. le président Séguier* n'y vint) que des deux chamhfes

^ Antoine Ségnier, né en 1552, conseiUer au Parlement, maître des requêtes, surintendant de justice en Provence en 1576, conseiller d'Etat, avocat général au Parlement de Paris, président à mortier en

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des Requestes et cinq chambres des Enquestes, et Février i«ii. quatre Conseillers de la Grand Chambre, MM. Prévost, Courtin, Deslandes, Scarron, et deux anciens Conseillers de chacune des autres chambres. — Messieurs du Conseil assistèrent lorsqu'on parla à eux. *- Le Roy commença le premier. Après parla la Reyne, qui leur dit : que le Roy avoit sçeu que le jour précédent. Monsieur le Prince avoit esté en toutes les chambres du Parlement ; qu'elle désiroit sçavoir par leur rapport ce qui s'y estoit passé. — Monsieur le Premier Président commença , et dit que Monsieur le Prince leur avoit dit qu'ayant appris qu'ils ne vouloyent point avoir égard à la requeste qu'il leur avoit présentée, il les venoit prier de la luy rendre; que sur cela, ils l'avoyent prié de se retirer, et qu'après avoir mis l'affaire en délibération, ils avoyent ordonné qu'elle luy seroit rendue ; et luy ayant représenté qu'ils estoyent ses très-humbles serviteurs, mais qu'ils estoyent encore plus obligez au service du Roy, et au devoir de leurs charges, et estimoyent qu'il luy seroit toujours honorable d'estre bien avec Sa Majesté, il leur avoit répondu qu'il les remercioit ; qu'il ne désiroit rien davantage, et qu'il avoit employé la Reyne Marguerite et madame la comtesse de Soissons * pour en parler à la Reyne.

1597, ambassadeur à Venise, mort en 1626. Antoine Séguier était le cinquième fUs du président Séguier (Pierre I) et Toncle de Séguier (Pierre III), le célèbre chancelier, en faveur de qui il résigna sa charge de président à mortier.

* Anne, comtesse de Montafié, mariée au comte de Soissons en 1601, morte en 164ft.

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Fe^rtér im. Après cb1b4 la Reyne répondit: qu'il ne luy disoît rien dé là faveur et de la cire. Il répondit : Madame, je n'estimoië pas qu'il ftist besoin de représenter à Voôtre Majeàté toutes ces particularîteEv mais puisqu'il Vous plaist de mé le oômmanderj là vérité est que Monsieur le Prince dit qu'il n'y avoit plus de jilstice ; que l'on usoit de faveur envers qui l'on voûtait, ^t de sévérité ênverô les Autre*. Mi le président le Jay \ pour la Tournelle, dit fort peu de chose* et passa l'affaire le plus doucement qu'il put — M» le président Lescalopier ^* pouf la chambre de l'Edit* parla hardiment et en bons termeâ, dit que Monsieur le Prince aVoit dit ([ix^ la faveur et la cire estoyent jointes ensemble., et que la faveur avoit fait fondre la cire. M. Fayet^ M. du Mesnil* M* Crespin^ et autres Présidens des Requesteset EnqaesteB parlèrent aussi» M. Grespin entr'autres , dit que Monsieur le Prince avoit dit qu'il y avoit des gens élevez de peu qui pouvoyent tout auprès de Leurs Majestez, et qui en reculoyent les grands*

Après qu'ils eurent tous parlée la Reyne prit la parotei et leur conta tout du long comnie l'aifaire s'estoit passée» depuis le commencement jusques à la fin, ainsi qu'il est écrit cy-devant; parla toujours en termei. fort honnestes de Monsieur te Prince ; dit

< Nicolas le Jay, conseiller au Parlement de Paris en 1600, procureur du Roi ail Cliételet, lieutenant civil^ président à mortier, premier président en 1630, garde des sceaux en 1636, mort en 1640.

2 Jean Lescalopier, conseiller au PailemeiU en 1597, maître des requêtes en 1605, président à mortier en 1614, mort en 1620.

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entr' autres choses : que madame la comtesse de l'evfier m». Soissons luy estoit venu parler sur ce sujet, le soir précédent, et les discours qu'elles avoyent eus en* semble ; que Monsieur le Prince seroit toujours le bien venu à revenir prendre sa place auprès du Roy, qui Texcuseroit, et le traitteroit toujours comme estant enfant de la maison ; que le Roy leur défeii-* doit de plus recevoir Monsieur le Prince dans le Par^ lement, en façon quelconque* si ce n'estoit qu'il y eust des affaires particulières ou qu'il allast dans la Grand Chambre, prendre sa place pour juger, mais ^ que jamais il n' allast aux Enquestes, et ne parlast dans le Parlemont d'affaires d' Estât, ~ Et après quo cela fut fait, on leur donna congé*

Le soir, MM. de Ventadour et président Jeannin furent de la part du Roy dire à Monsieur le Prince que sa Majesté luy défendoit de plus aller en tout aux chambres des Enquestes, et de n'aller aus^ au Par* lement, s'il n'y avoit des affaires particulières, ou qu'il ne voulust prendre sa place en la Grand Chambre pour juger. Il leur répondit avec force honnestete^ et soumissions. Et sur ce qu'ensuite , ces Messieurs luy dirent qu'il pourroit voir le Roy et la Reyne quand il luy plairoit , et mesme le pressèrent d'y laller dès le soir mesn^ , il Içur dit qu'il desiroit prendre la nuit pour conseil.

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