‹ Journal inédit d'Arnauld d'AndillyChapitre 62 sur 99 · Le Roy va à Lésigny, et revient le Lundy · texte numérisé non relu

Le Roy va à Lésigny, et revient le Lundy

29. Le Roy estant prest de tenir au faubourg Saint-Honoré le fils aisné de M. de Vendosme' et d'aller disner chez luy, (où il y avoit un festin préparé qui coustoit dix mil francs) , revient des Feûillans se trouvant fort mal d'une colique. On dit que M. de Vendosme, M"* de Mercœur, et M"' de Yendosme se vouloyoient jetter à genoux devant le Roy, après le disner, pour obtenir la grâce de Guémadeu*.

31. Entreprise pour sauver Monsieur le Prince, de la Bastille, découverte. Desoulas, autrefois Ministre à Fontainebleau, dénonciateur. M"* de Beauvais, nièce de M. le vicomte de Brigueil, arrestée prisonnière, en son logis, avec des archers du Chevalier du Guet, et élargie au bout de douze ou quinze jours. M. . . , frère de M. Fradet, Conseiller de la Cour et maistre d'hostel de Monsieur le Prince, arresté aussi prisonnier sur ce sujet.

s*^pi**„,i>ie. Vendredi 1. M. et M"" de Nevers, M. leur fils

* Louis, cardinal, duc de Vendôme, de Mercœur, pair de France, gouverneur de Provence, né en 1612, suivit Louis XUI en Savoie en 1630, passa en Hollande, fut à la bataille d*Avein en 1635, aux sièges de Corbie en 1636, de Ilesdin en 163P, d'Ârras en 16/^0, où il fut blessé, devint en 1650 vice-roi de Catalogne, épousa en 1651 une nièce du cardinal Mazarin, fut gouverneur de Pi*ovence en 1652, commanda ensuite en Italie, prit Valence eu 1656 ; devenu veuf, fut créé cardinal en 1667 et mourut en 1669. {Foy. P. Anselme, 1. 1, p. 198.)

2 yoy, Fontenay-Mareuil, p. 398.

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aisné^ et M. du Mayne ayant esté mordus d'un chien septembre len. enragé, avec dix ou douze de leurs Gentilshommes, partent le Dimanche pour aller à Saint-Vallery, à la

mer*.

2. Le Roy va à Saint-Germain , revient le samedy 9. — Parla en particulier à M. de Guise, touchant des choses où Ton Tavoit voulu embarquer. M. de Guise luy dit tout ce qu'il en savoit, et témoigna d'estre extrêmement content de la confiance que Sa Majesté luy avoit fait paroistre.

En ce voyage de Saint-Germain, le Roy signe les articles de la paix de Savoye\

5. Le général des Capucins arrive à Paris ; le Roy l'envoyé visiter par M. le colonel d'Omano; et à la prière de Sa Majesté, presche à Saint Germain, le

vendredy 8. Le Roy le fut voir le 10. Quand

il s'en alla, qui fut le 19 ou 20 d'octobre, le Roy luy

1 François de Paule de gonzagues-CIëves, duc de Hethelois, Gouverneur de Champagne et de Brie, mort avant son père, en 1622, à l'âge de seize ans, sans avoir été marié.

2 Voy, Pontchartrain, p. 267.

» Voy. Fontejiay-Mareuil, p. 402 ; Richelieu, p. 483; Pontchartrain, p 2Û6; Rohan,'p. 146; Merc.fr,^ p. 190 etsuiv. Le Mercure diOnnG des détails circonstanciés et très-intéressants sur la guerre de Savoie, dans laquelle l'armée française envoyée au secours du duc dcSavoie sous le commandement du Maréchal de Lesdiguières, ayant sous ses ordres les ducs de Rohan et de Termes, les comtes de Candale et deSchomberg, joua un grand rôle. Le Mercure fait connaître aussi les circonstances delà paix qui se traitait en même temps entre l'archiduc Ferdinand, roi de Bohême, et la république de Venise. Voy. Merc. fr,, p. 202 et suiv. , les pièces officielles des Traités de Madrid, de Paris et de Pavie, négociés pour la France par le chancelier de Sillery, le garde des sceaux du Vair, MM. de Villeroy, Jeanniu et de Puisieux, avec les ambassadeurs des puissances belligérantes.

316 JOUANAL INÉDIT

Septembre ifli7. eiivoya soii poftrait et une lettre à M. le Général des Galères, pour luy faire bailler une Galère. , Mort de M. le Maréchal de Montigny à Dolinville, &i charge de Maréchal de France supprimée, à cause de la contention qui estoit entre M. de Praslin et M. de la Force. Sa charge de Gouverneur du Berry donnée à M. le Maréchal de Vitry, et la Lieutenance à M. le Comte de Saint-Aignan*.

13. M. de Luynes marié à M"* de Monbason. Il eut la valeur de cinq cens mil livres en mariage ^

14. Mort de M. de Refuge, Conseiller d' Estât, habile, courageux, et homme de bien.

15. Monsieur le Prince mené de la Bastille au bois de Vincennes. Le Roy prit sa résolution la veille. Le matin 15, M. Déagent va avertir les Ministres de se trouver au Louvre, où le Roy leur dit son intention ; et en mesme temps on exécuta. On fit dire aux Compagnies de Suisses, qui sortoyent de Garde et alloyent vers la pistolle, qu'ils s'arrestassent au Petit- Saint-Antoine, et que le Roy s'en alloit au Bois de Vincennes. On fit arrester sur le Pont-Neuf Compagnies de François, qui venoyent en garde. On manda aux Gendannes et chevaux-légers qu'ils vinssent à la porte du Louvre, et que le Roy vouloit aller à la chasse, (comme de fait, il estoit botté). Lecar-

* Votj, Pontchartrain, p. 2^7. Suivant Pontchartrain, le maréchal do Montigny mourut le 8 de ce mois de septembre.

3 Foy. Fontenay-Mareuil, p. 339; Richelieu, p. 479; Pontchartrain, p. 247; Brienne, p. 333; Merc, fr.y p. 97.

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rosse du Roy vint aussi sur ce sujet. En mesme temps, septembre un. le Roy envoyé quérir M. de Vitry et M. de Persan ((}ui au commencement, croîoyent qu'on leurvouloit ester Monsieur le Prince), qui leur dit sa résolution, et commande à M. de Vitry de mener et de conduire les troupes pour accompagner Monsieur le Prince, auquel M. de Modène Talla dire auparavant, et puis, le fit monter en carrosse. Longtemps auparavant, il avoit demandé qu'on le mist au Bois de Vincennes, pour y avoir meilleur air. M. de Modène luy dit, que, se souvenant de cela, il avoit tant pressé le Roy sur ce sujet, qu'enfin il l'avoit obtenu. Monsieur le Prince répondit, que depuis il s'estoit accoustumé à l'air de la Bastille, et ensuite, résista le plus qu'il put, jusqu'à ce qu'il falust aller.

Madame la Princesse alla aussi avec luy, en carrosse, n'ayant voulu entrer en litière. On dit qu'au commencement. Monsieur le Prince croioit seulement qu'on luy voulust oster sa femme. M. de Vitry, M. de Persan et M. de Modène estoyent avec luy dans le carrosse.

Depuis qu'il a esté dans le bois de Vincennes, on luy a permis, environ le commencement d'octobre, de se promener sur l'épaisseur d'une grosse muraille, qui est en forme de galerie.

M. de Persan est demeuré dans le Donjon du Bois de Vincennes, pour garder Monsieur le Prince, avec la plus grande partie des soldats qu'il avoit dans la Bastille ; et M. de Cadenet, avec douze Compagies du Régiment de Normandie, fait garde dans la cour

septembre iii7. du chasteau , d'où les soldats ne sortent point *.

15. Geniers^ arresté prisonnier, et le sieur Herman son oncle, sur l'accusation qu'il avoit faite contre MM. de Vendosme, et du Mayne. Ils furent menez à la Bastille. M. de Boisise et M. Aubry Taisné, commissaires, l'interrogent. Il avoue tout, et se dédit. Lejeudy 21, commission scellée pour envoyer au Parlement, et le procès porté à M. le Procureur Général, qui se rend partie.

M. de Vendosme void et solicite les juges. Le samedy 23, Geniers et Herman furent menez à la Conciergerie. Le mécredy 4 octobre, Geniers a la teste tranchée. Il mourut peu courageusement ^

18. M. de Sully arrive, sur l'espérance que le Président Chevallier luy avoit donnée, qu'en mariant sa fille avec M. de Cadenet, il rentreroit dans les finances*. Environ trois semaines depuis, voyant qu'il n'en pouvoit venir à bout, il se joignit avec M. de Montbason, auquel il fit penser à la charge,

* Voy. Richelieu, p. 477; Pontchartrain, p. 248; Bassompierre, p. 151 ; Merc, fr,y p. 229.

2 Gentilhomme ordinaire du Roi.

* Voij. Fontenay-Mareuil, p. 339 et la note. Geniers avait accusé le duc de Vendôme de vouloir empoisonner le Roi pendant le festin qu*il offrait à Sa Majesté à l'occasion du baptême de son fils dont le Roi était parrain, calomnie qui fut cause que le Roi n'alla pas à cette cérémonie. Geniers fut condamné et exécuté pour avoir, dit l'arrêt, traîtreusement, malicieusement, et calomnieusement dit, qu'il y avait une entreprise sur la personne de Sa Majesté. {Voy, Merc. fr.y t. v, p. 96.)

^ Ce mariage ne se fit pas. L'une des filles de Sully, Marguerite de Béthune, avait épousé en 1605 le duc de Rohan ; l'autre, Louise de Béthune, née en 1602, épousa en 1620 Alexandre de I^vis, marquis de Mirepoix.

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sur l'assurance qu'il luy donna de l'y assister, et de luy servir plustost de commis. Monsieur le Garde des Sceaux se porta à ce dessein, mais il ne put le faire réussir. L'intention de Monsieur le Garde des Sceaux estoit de ruiner, par ce moyen, Monsieur le Chancelier, M. le président Jeannin, et M. de Villeroy, d'attirer à luy M. de Luynes, et le Roy ensuite.

Environ ce temps. Résolu que M. le Marquis de Cœuvres iroit Ambassadeur à Rome. M. de Rambouillet dit, que tous les Ministres estoyentpour luy.

27. Guemadeu exécuté. Ordonné que sa teste seroit portée à Fougères. Il mourut très-courageusement, et chrestiennement. Le Roy eut une fermeté extrême à refuser sa grâce, et mesme, lorsque M. de Vendosme et M. de Monbason luy demandèrent sa teste, après qu'il fut mort; toutefois lorsqu'elle fut en chemin, le Roy trouva bon qu'on ne l'y portast pas *.

Septembre 1617.

Dimanche 1" et 4. Ce jour, l'assemblée de Rouen fut résolue au Conseil du Cabinet des livres du Roy^.

5. Leurs Majestez vont à Saint-Germain, et en reviennent le samedy 14.

Le Roy refuse à plusieurs de vendre ou acheter desCîouvernemensde Places, et entr' autres, à M. le Colonel d'Ornano, le Chasteau Trompette de Bor-

iictobre..

* yoy.y sur l'affaire de Guémadeuc, Fontenay-Mareuil, p. 397; Pontchartrain, p. 243 ; Merc. fr., p. 91.

2 Foy. Richelieu, p. 483; Pontchartrain, p. 248. Voy. Merc, fr.^ p.230, les lettres-patentes du Roi pour la convocation de TAssemblée des Notables.

Octobre 1617.

320 JOURNAL INl^DIT

deaux. M. de Monbason vouloit aussi vendre le chasteau de Nantes à M. deVendosme; M. Darquien, Calais à M. de Vitry, ou à M. delaVieuville, d'auUres disent à M. d'Hocquincourt. Le Roy dit, mille bonnes paroles à Monsieur le Colonel, et qu'il luy vouloît faire plus de bien que son Gouvernement ne valoit, mais qu'il n'estoit plus résolu de souffrir que l'on vendist des Gouvernemens, comme on feroit des maisons; et en se levant de dessus sa chaise, dit : Je ne serois pas Roy, si cela estoit, et je le veux estre.

7. M. deModène va à Blois, vers la Reyne-nière, et en revient environ trois semaines après.

12. Le Président Jeannin part, et revient à Rouen, le jeudy 7 Décembre en suivant.

1 4. Mort de M. Arnaud , Intendant des finances * .

26. Le Roy va à Saint-Germain. Il revient le mardy 31. La Reyne estoit malade lorsqu'il partit.

Novembre.

Lundy 13. M. d'Epernon arrive à Paris, où il n'avoit point esté depuis le voyage de Bordeaux, en

* a Ce troisième de mes oncles paterneh mourut le 14 octobre 1617, » âgé de cinquante ans, d'une veine qui se rompit, et je ne l'ai jamais » vu que triste depuis que la Reinennëro, à qui il avait tant d*obliga- » tiens, eut été reléguée à Blois. » (Mém. d'Arnauld d'Andilly, coll. Petitot, 2* série, t/xxxiii, p. 322.) Voy, aussi, Mémoires d*Amauld d'Andilly, p. 372 et suiv., l'opposition que fit M. deLuynes à la proposition soumise au Roi par les principaux membres du Conseil de donner à Amauld d*Andilly la place de son oncle. Trompé par Luynes qui le payait de belles paroles et de belles espérances, Amauld d'Andilly n*eut pas la place. Il devint en 1619, comme on le verra plus loin, premier commis de M. de Schomberg, Surintendant des finances.

2 Foy, Foutenay-Mareuil, p. 404 ; Pontchartrain, p. 251.

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14. Le Roy va à Mantes coucher. Il disna à xovcmbre len. Fresnede. M. d'Epernon estoit party de Paris, de très-grand matin, avec M. le Grand, pour saluer le

Roy, avant qu'il partist de Saint-Germain, mais Sa Majesté, qui estoit levé de bonne heure l'ayant attendu environ demi-heure, enfin il s'ennuya et partit, encore que Ton luy dist, qu'il estoit tout contre. M. d'Epernon alla après, et attrapa le Roy au bout du village, lequel luy fit fort bon accueil. Depuis, M. d'Epernon voulant venir à Rouen, en l'assemblée, fit dire au Roy que si M. de Candalle son fils y estoit, il supplioit très-humblement Sa Majesté de le dispenser de s'y trouver; tellement que M. de Candalle partît de la Cour, environ le 5 Décembre.

15. Le Roy va disner à Vernon, et coucher à Gaillon, qu'il trouva si beau, qu'il luy prit envie de l'acheter de l'Archevesque de Rouen, auquel il appartient*.

17. M. de Luynes va à Rouen. Mon carrosse dans lequel nous estions, M. Déagent, M. de Fonte-

nay, M. le Vicomte de et moi, verse en haut de

la montagne de Vaudreûil,.et fait cinq tours entiers sans que pas un de nous receust aucune blessure considérable.

M. de Luynes estoit en carrosse, et ne mit point pied à terre pour recevoir quelque Noblesse qui vint au devant de luy près le Pont-de-l' Arche ; ce qui ne fut pas trouvé bon, car on dit, qu'il devoit monter à

* C'était alors Harlay de Chanvallon qui avait remplacé en 1615 le Cardinal de Joyeuse dont il était le coadjuteur.

Novembre i6it. cheval. Lorsque les officiers de la ville vinrent à la porte, le saluer et luy faire une harangue, il ne bougea aussi de carrosse, et se tint couvert, ce qui fut trouvé fort mauvais de toute la Noblesse du Pais. M. de Blainville * dit, que les Princes du sang mesmes, et entr' autres, M. le Comte de Soissons, n'en avoyent pas usé comme cela. Ce fut M. de Rohan qui en fut en partie cause, disant qu'il avoit toujours fait ainsi

• en son Gouvernement de Poitou ; maïs principale-

ment le comte de la Roche-Guyon et le comte de Chasteauroux ^ qui estoyent dans le carrosse de M. deLuynes. M. le Colonel d'Ornano dit que Monsieur le Maréchal son père écoutoit nue teste les corps des moindres communautez, et qu'autant qu'il estoit impérieux lorsqu'il s'àgissoit de commander, il estoit doux et gracieux aux actions de civilité, et de complimens.

Montebene vint dire à M. de Luynes, à la ville : Monsieur, voicy le païs du monde où il faut estre le plus gracieux, et le plus audacieux tout ensemble.

* Jean de Varigniez, seigneur de Blainville, Conseiller d*État, premier gentilhomme de la Chambre et maître de la garde-robe du Roi, lieutenant au gouvernement du bailliage de Gaen, Ambassadeur en Angleterre, mort en 1628. {Voy.^ sur ce personnage, Fontenay-Mareuil, p. 380.)

2 Jean de Maillé, baron de la- Tour-Landry, comte de Chasteauroux, mort des blessures qu'il reçut au siège de Negrepelisse en 1635. Il avait vendu en 1613 son Comté de' Gh&teauroux au Prince de Gondé.

* Alphonse Corse, dit d'Ornano, colonel général des Corses, lieutenant-général en Dauphiné et maréchal de France en 1595, lieutenantgénéral en Guyenne en 1597, mort en 1610.

L'après disnée, M. de Luynes entra à Rouen, avec Novembre un. quatre ou cinq cens chevaux.

Il avoit supplié tous ses amis de ne point venir au devant de luy ; et néantmoins, il ne put empêcher que ce nombre ne Taccompagnast. Il alla loger à l'archevesché, où Monsieur TArchevesque le receut avec toute la bonne chère du monde.

Le matin, les lettres de la Lieutenance Générale en Normandie, accordées par le Roy à M. de Luynes, furent présentées au Parlement de Rouen par le fils de M. le Président d'Aufreville, âgé de vingt-deux ans*.

Le samedy 18, M. de Luynes, comme Lieutenant Général du Roy; fait l'ouverture des Estats de la pro^ vince de Normandie.

. * Jacques Poirier, sieur d'Amfreville , président à mortier au Parlement de Rouen.

JOURNAL INIÉDIT

Novembre 1617.

Quelques députez.

Députez d^Église.

M. DE MOPLAntES^HALE,

Maistre des Requestes.

M. D£s Hameaux,

Préfl. des Aydes.

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