M. de Montmorency arrive à la Cour
29. M. de Canteloube apporte au Roy des lettres de la Reyne-mère, portant créance en luy, sur le sujet de l'affaire de M. Barbin. II dit à Sa Majesté que la Reyne le supplioit d'envoyer M. Barbin au Parlement, pour luy faire son procès, et que s'il trouvoit qu'elle fust meslée dans aucune cabale ou entreprise contre son service, elle vouloit que l'on luy fist aussi le sien. La Reyne mandoit cela pour obliger le Parlement. M. de Canteloube fut renvoyé le samedy. Il disoit partout ce qu'il avoit dit au Roy, et disoit aussi, que l'on ne le laisseroit guère à Paris*.
* yoy, Richelieu, p. 499.
* M. de Boumonville, frère de M, de Persan, avait été chargé eu commandement de la Bastille.
* Foy. Pontchartrain, p. 261.
* « Au mois de mars de Tannée suivante, 1618, on découvrit une en- » treprifie i)ue M. Barbin, prisonnier à la Bastille, avoit faite pour sortir » la Reine-mère de Blois, où elle étott comme prisonnière. Cette affaire » étant très-importante à cause des personnes de qualité qui s'y trou- » voient mêlées, on choisit trois conseillers dIStat pour en instraire \9 n procès. Ce furent M. le président de Bailleul, M. TAvocat et moi t » et parce qu'on ne voulut pas se confier à un greffier, et qu'ainsi il » falloit que ce fût l'un des conmûssaires mêmes qui tint la plume,
80. M. de Bassomplerre va à la Bastille recevoir umm. les clefs de M. de Launay, qui y commandoit, et les remettre entre les mains du Capitaine des Suisses qui y entroit*, {Fide mémoire de l'affaire de Barbin, ut suprà.)
M. de Bran tes entra dans la Bastille, avec sa Compagnie.
Mécredy 4. M. Barbin remené à la Bastille. avhi.
MM. de Bournonville et de la Ferté, et TEvesque, Larose, et le sergent Lisy ^, y sont aussi menez.
5. Nouvelle arrive de la promotion de M. l'Evesque de Paris au Cardinalat. Il se fait appeler Cardinal de Rets. M. d'Épernon estant allé voir M. le
» ce fut à moi à la prendre comme étant le plus jeune. A mesure que » nous avancions dans cette affaire, nous en faisions le rapport m » ministre chez M. le Chancelier, où M. de Luynes se trouvoit, puis » on la rapporta devant le Roi. Elle fut ensuite envoyée au Grand M Conseil pour la juger, comme il fit, et cette compagnie témoigna » n'avoir point vu de procès mieux instruit. » (Mémoires d'Arnauld d*Andilly, p. 375 ) Cette mission d'Arnauld d'Andilly lui permit de rédiger le mémoire particulier sur Taffaire de Barbin, auquel il renvoie plusieurs fois dans ce Journal, et c'est pourquoi il se dispense de donner ici des détails sur ladite affaire. Ce mémoire n'a, je crois, jamais été publié, du moins sous le nom de son auteur. On le trouverait peutêtre parmi les papiers d'Arnauld d'Andilly qui ont été conservés. Ainsj qu'il le dit dans ses Mémoires, p. 376, d'Andilly qui tenait la plume, interrogeait le plus souvent Barbin pendant l'instruction de son procès. Des réponses de cet honmie d'État Amauld d'Andilly tire les renseir gnements qu'il consigne dans divers endroits de son Journal, en les faisant précéder de ces mots: J'ay ouy dire à M. Barbin, le 23 mars 1618, alors que j'estois un de ses trois commissaires, etc.
4 Voy, Bassompierre, p. 152.
2 Sergent de la Bastille, accusé d'avoir fait passer à la Reine-mère les lettres de Barbin,
Avril 1618. Nonce pour l'absolution de M. de Candale, et pour faire avoir le chapeau à M. de Thoulouse, M. le Nonce, qui avoit receu le courrier trois heures auparavant, luy dit, que pour le premier, il l'y serviroit , mais que quant au second, c'estoit chose résolue; pour ce qu'il avoit receu nouvelle que M. de Paris estoit promeu au Cardinalat. Sur cela, M. d'Épernon se leva, et s'en alla, sans luy dire parole quelconque*.
7. Le Roy fait commander dans le Conseil, et en sa présence, par M. le Garde des Sceaux (M. le Chancelier estoit malade), au Résident du Duc de Florence, qu'il eust à sortir de Paris, dans vingt-quatre heures, et du Royaume, dans dix-huit jours, sans tenir autre chemin que l'ordinaire, et sans envoyer aucun Courrier en lieu quelconque ; et qu'en attendant qu'il fust hors de France, il y vescust comme particulier. C'estoit parce qu'il avoit donné avis et conseillé à Son Maistre d'entreprendre, ainsi qu'il a fait, de faire arrester à Livourne, par forme de représailles, des vaisseaux françois chargez de marchandises, valant plus de trois cent mil livres, sous prétexte de ce que les officiers de Sa Majesté ont fait saisir en Provence un petit vaisseau chargé de la valeur de quatorze ou quinze mil livres de marchandises sujettes à confiscation ; dont, sur la première Réquisition duPropriétaire, le Parlement donna maîn-levée par provision, et depuis, sur le Comman-
* Foy, Fontenay-Mareuîl, p. 414; Rohan, p. 153; Mcrc fr., p, 20^
d'arnauld d'andilly. 361
dément qu'il reçeut du Roy, en donna pleine et en- xmi leii. tière main-levée.
Le soir, M. le chevalier du Guet alla trouver ledit Résident, pour luy dire, qu'il regardas! en quelle sorte il s'en voudroit aller, parce que le Roy luy avoit commandé de luy faire bailler des chevaux. Il répondit, que puisqu'il n*estoit plus que comme particulier, il s'en iroit seulement avec trois chevaux de poste, sur lesquels il monteroit le lundy à dix heures du matin. Le Chevalier du Guet luy dit aussi, que le Roy craignant que l'on ne luy fist quelque déplaisir, sur le point de son partement, ou que l'on ne dérobast quelque chose en sa maison, luy avoit commandé de poser un corps de garde devant sa porte, ainsi qu'il fit. Cela fut fait afin d'empescher que l'on ne communiquast avec luy, et pour remarquer ceux qui le viendroyent chercher.
Nonobstant ce qu'il avoit dit de son départ au Chevalier du Guet, il se dérobba le Dimanche au soir, et s'en alla sur des chevaux de louage.
Le mesme jour, le Roy signa une grande instruction, qu'il envoya à M. de Roissy, pour en faire entendre le contenu à la Reyne-mère, sur le sujet de son retour, et de tout ce qui s'estoit passé en l'affaire de M. Barbin, pour réponce aux lettres 'apportées par les sieurs de Villers, et de Canteloube.
Ladite instruction portoit aussi de faire sortir d'auprès de ladite Dame, Luca de Gli Asini, confia dent dudit agent de Florence. Et incontinent après, le Roy commanda à MM. de Luçon, de Richelieu et
862 lODRNAL IIVlâDIT
Anii iMi. de Pont-Courlay, de se retirer en Avignon , où ils arrivèrent, le... *•
9. Remonstrances de Messieurs du Parlement touchant l'Évocation des Rentes du clergé, et la Paulette, par le Parlement. — Réponse de M. le Garde des Sceaux. L'un et l'autre refusé.
13. Prestre de Caen pris dans le Louvre, qui vouloit tuer le Roy.
13. M. de Yaillac ^ ayant tiré des mains des Sergens un soldat nommé La Vallée, contre lequel, à son occasion, M. du Vair, fils de M. de Raynac, avoit obtenu prise de corps, ledit S' du Vair et son frère y viennent, se battent; du Vair tué, et
Dourt Gentilhomme qui se trouva avec M. de
Vaillac, lequel, à ce qu'on dit, se sauva au bois de Vincennes, où a Compagnie, et y fut quelques jours caché.
17. M. de Sully s*en va de la cour. Il avoit voulu marier M"' de Sully à M. de la Trémoille.
M. le Président Jeannin s'en va.
20. Le Roy estant au Cabinet du Conseil, M. de Montmorency, assisté de M. d'Epernon , de M. de
*• Foff. Riehelieu, p. 493 ; o Je ne fus pas surpris à la réception de » cette dépêche, ayant toujours attendu de la lâcheté de ceux qui » gouvemoient, toute sorte d'injuste, barbare et déraisonnable traite- » ment. » Il faut lire dans les Mémoires du grand Qardinal, éd. citée, p. ^90 et suiv., le long et curieux plaidoyer qu'il fait en sa faveur pour prouver la pureté de sa conduite à cette époque et l'injustice de sa disgrâce.
2 Louis Ricard de Gourdon de Genouillac, comte de Vaillac, représentant de la noblesse à TAssemblée des Notables de Rouen en 1617, mort après Janvier 1643.
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Monbason et de plusieurs autres Ducs et Pairs, fit attuims. pleinte au Roy de ce que M. le Garde des Sceaux prenoit place dans le Conseil vis-à-vis de M. le Chancelier, de l'autre costé de la Table ; il ne restoit plus aucune place honnorable aux Ducs et Pairs, lorsqu'ils estoyent obligez d^aller au Conseil, touchant les aU faires de leurs Gouvememens, ou de leurs Charges. Après, M. d'Epemon prit la parole, dit en substance, d'un ton de voix fort haut, que luy, et les autres Ducs et Pairs, ayant toujours dignement servy les Roys, et beaucoup d'entr^eux estant plus anciens Conseil^ 1ers d' Estât que M. le Garde des Sceaux, il leur seroit bien rude de se voir précédez par luy ; ce qui tf a-^ voit jamais esté entrepris par tous les autres Gardes des Sceaux ; et que de fait , M. le Chancelier estant Garde des Sceaux, n'en avoit jamais usé ainsi avec M. le Chancelier de Bellièvre*; qu'il supplioit le Roy de leur vouloir donner sur cela une résolution prompte. M. le Garde des Sceaux dit après, s'adre&* sant au Roy, qu'il ne demandoit autre rang, que celuy qu'il avoit plû à Sa Majesté de luy donner, r^ mettant entre ses mains, en sa volonté, non-seule<^ ment cela, mais sa charge, sa viç, et tout ce qu'il avoit au monde ; et la supplioit très*humblement de
i Pompone de Beliiëyre, seigpeur de Grignon, né en 1529, ambassadeur en Suisse sous Charles IX, conseiller au Parlement en 1569, conseiller d'État en 1570, surintendant des finances en 1575, président att Parlement de Paris en 1576, ambassadeur en Angleterre en 1580, plénipotentiaire à Vervins en 1598, chancelier de France en 1599, mort en 1607.
Avril 1618.
trouver bon, que sur ce qu'avoit dit M. d'Epemon, il représentast que MM. les Ducs et Pairs n'ayant esté créez qu'en la troisième race, et les Chanceliers et Gardes des Sceaux ayant toujours esté, il n'y avoit point d'apparence de leur disputer leur rang. M. d'Epernon répondit : Cela est bon pour les Chanceliers, mais non pas pour les Gardes desS ceaux, entre lesquels il y a grande différence , puisque vous n'avez point la séance au Parlement. M. le Garde des Sceaux répliqua', encore que le Parlement y ayt voulu faire diflQculté, je ne laisse pas d'y avoir séance, car mes lettres le portent , et aussi le rang que je dois tenir. M. d'Epemon répliqua, vous avez mis dans vos lettres tout ce que vous avez voulu, car vous les avez scellées vous-mesme. M. le Garde des Sceaux repart, ce n'est point moy, mais le Roy qui les a scellées luy-mesme, en présence de tous les Princes. M. d'Epernon répondit, il ne se trouvera point que nuls autres Gardes des Sceaux ayent joûy de ce que vous prétendez. — M. le Garde des Sceaux réplique, vous vous trompez. — M. d'Epemon dit, vous vous trompez vous-mesme, sauf le respect du Roy ; et j'ay ce bonheur que je n'ay jamais servy que les Roys, et que je ne tiens que d'eux toutes les charges que je possède, lesquelles m'ont esté données pour récompence de mes services, et de ma fidélité. — M. le Garde des Sceaux répondit, je puis dire cela, et quelque chose davantage. M. d'Epemon répliqua, le respect du Roy m'empesche de vous répondre. Sur cela, le Roy se leva, disant quelques paroles qui témoi-
d'aanaold d'andilly. 365
gnoyent qu'il ne vouloit point qu'ils parlassent da- avhi teiB. vantage sur ce sujet. M. d'Epernon suivit le Roy. M. le Garde des Sceaux estant demeuré dans le Cabinet, s'adressa à M. le Chancelier, et luy dit, pardieu, c'est vous qui m'avez suscité tout cela. Le Chancelier répondit, Dieu m'est témoin que je n'y ay pas pensé, et que je ne say que c'est, en façon quelconque. M. le Garde des Sceaux répliqua, par la mort-Dieu, je say bien que c'est à vostre inscitation que tout cecy est arrivé. M. le Chancelier répondit, en levant les mains, je proteste par le Dieu vivant, qui connoist vos intentions et les miennes, que j'en suis entièrement innocent, et que vous avez grand tort de dire cela ; mais vous estes outré, c'est pourquoy je ne vous en diray pas davantage *.
L'après-disnée, M. de Luynes et M. Déagent furent chez M. le Chancelier et chez M. le Garde des Sceaux ; et sur le soir, le Roy les fit venir dans son Cabinet des livres, où il les accorda ; et ils y furent assez longtemps.
22. Le Roy s' estant trouvé mal, et purgé, fit venir à la ruelle de son lit MM. de Montmorency, qui marchoit devant, et d'Epernon ; et leur dit en substance, j'ay commandé à M. le Chancelier de voir tous les Réglemens touchant vos séances , et après qu'il me les aura représentez, j'y pourvoyeray et conserveray vostre droit. Cependant, je trouve bon
* Voy. Rohan, p. 153 : « L'intérêt des robes longues, dit Rohan, remporta par dessus les Pairs de France. » Voy, aussi Brienne, p. 334.
366 JOURNAL INl^DIT
Avril ms. que vous, M. d'Epernon, partiez dès demain pour aller à Mets, et que vous oubliez tout ce qui s'est passé ; et ce faisant, j'oublieray aussi Toffence que j'y ay reçeue.
Il avoit esté résolu qu'aussitost que le Roy auroit achevé, il se léveroit, et que M, le Chancelier le touchetoit, pour luy faire signe quand il seroit temps ; msÂs il n'eu fit rien, et donna le temps à M. d'Eper* non de parler tant qu'il voulut; et luy, et M. le Préaident Jeannin adoucissoyent, en sa faveur, tout ce qu'ils pouvoyent. Ils avoyent baillé un mémoire au Roy, de ce qu'il pouvoit dire, qui estoit entièrement à l'avantage de M. d'Epernon. M. d'Epernon répondit, en substance, d'un ton de voix fort haut, qu'ayant esté offencé, comme il avoit esté, en présence du Roy, par M. le Garde des Sceaux, il estoit bien, au moins, raisonnable qu'il luy en flst aussi satisfaction, en présence de Sa Majesté ; que sa c'eust esté un homme d'épée, et qu'il n'eust pas esté devant le Roy, cela ne se fust pas passé ainsi. Le Roy se leva de dessus sa chaire; et dit, quoy! céans? M. d'Epernon répliqua, non Sire, mais hors de vostre maison, et de la présence de Vostre Majesté ; et ajousta, que M. le Garde des Sceaux l'avoit traitté en valet, en luy disant qu'il se trompoit, mais qu'il eust plus aisément supporté qu'il luy eust dit qu'il estoit un coquin et un maraut, que non pas de l'avoir attaqué à l'honneur, en touchant ce qui est de la fidéUté ; et en disant qu'il pouvoit dire sur ce sujet là quelque chose davantage que luy ; qu'il ne pouvoit savoir ce qu'il
D'AilNAULD d'andilly. 867
avôît fait davantage, sinon qu'il avoit esté de la KfHun*. Ligue, et que luy n'en avoit jamais esté ; que quant à ce que le Roy luy avoit dit, qu'il pouvoit aller à Mets quand il luy plairoit, il supplioit très-humblement le Roy de trouver bon qu'il n'y allast point, aveo cette honte sur le front, et de faire, auparavant, ter-^ miner cette afiTaire. Sur cela M. le Président Jeannin prit la parole, et dit que le Roy seroit bien ayse qu'il revint bientostdudit voyage, àquoy M. d'Epernon répondit, que le voyage ne pressoit point tant, qu'il ne falust le remettre *
Après, le Roy dit, avec un visage émeû, qu'il ne trouvoit nullement bon que l'on fist des Assemblées, et qu'il vouloit bien que chacun le seust. M. d'Epernon répondit, qu'il ne trouveroit point qu'il eust fait aucunes assemblées, et qu'il ne savoilpasqui avoit voulu faire croire cela à Sa Majesté. Mais que si on luy avoit rapporté qu'il avoit donné à disnef à M. de Montmorency et à M. d'Usez*, on luy avoit dit vray ; qu'il ne croioit point qu'il luy fust défendu ni qu'il dust estre trouvé mauvais, qu'il donnast à disner à quatre ou cinq de ses amis, et qu'il n'y avoit aucune apparence de vouloir dire sur cela, qu'il eust fait des assemblées.
Environ demy heure auparavant, M. de Brissac,
* Le duc d'Épernon se rendit à Metz qu'il quitta au commencement de Tannée suivante pour favoriser l'évasion de la Reine-mère.
* Emmanuel de Crussol, duc d'Uzès, pair de France, chevalier des Ordres en 1611, chevalier d'honneur de la reine Anne d'Autriche, en 1615, capitaine de 200 hommes d'annes en 1616, mort en 1657.
368 JOUBNAL INEDIT
ATrti m$, accompagné de MM. de Boisdaufin et de Vitry, avoit parlé au Roy, au nom des Maréchaux de France, et dit , en substance, que par plusieurs Réglemens et arrests du Conseil, et autres titres, ils justifieroyent, qu'ils devoyent seoir dans le Conseil, au-dessus des Ducs et Pairs, et qu'ils supplioyent très-humblement le Roy de les conserver en leur droit ; que néantmoins, sachant l'honneur qui estoit deû à la maison de Montmorency, laquelle a porté tant de grans et signalez Connestables, ils estoyent d'accord de céder, à M. de Montmorency, et sachant bien aussi l'honneur que l'on est obligé de rendre à ceux qui ont l'honneur d'estre chéris particulièrement du Roy, que s'il s'en trouvoit quelqu'un à qui le Roy voulust faire une faveur spéciale, pour marque de l'affection qu'elle luy porte, et de la part qu'elle luy donne en ses bonnes grâces, ils luy déféreroyent volontiers.
Ce jour, ayant esté résolu que M. de Brèves * seroil osté d'auprès de Monsieur, M. le Chancelier le
* François Savary, seigneur puis comte de Brèves et marquis de Maulevrier, né en 1560, ambassadeur à.Constantinople en 1591, rentré en France après un séjour de yingt-deux ans en Orient, conseiller d*État et gentilhomme de la Chambre en 1607, ambassadeur à Rome en 1608, gouverneur de Monsieur, premier gentilhomme de sa chambre, lieutenant de sa compagnie et surintendant de sa maison, remplacé en 1618 par le comte du Lude, nommé premier écuyer de la Beiue, membre de TAssemblée des Notables en 1626, membre du Conseil des Dépêches en 1627, mort en 1628. M. de Brèves a laissé plusieurs ouvrages, et entre autres la Relation de T audience dans laquelle le gouvernement de Gaston, frère du Roi, lui fut retiré et donné au comte du Lude. Ce récit confirme entièrement celui d'ArnauId d'Andilly. {Foy. dans la Biograpliie Michaud la notice très-iutéressante que Tillustre Walkenaer a consacrée à ce personnage.)
d'arnadld d'andilly. 369
dit le matin à M. de Brèves. M. le Comte du Lude \ avhi lett. qui a eu la charge, jura le soir, qu'il ii*en avoit oûy parler en façon quelconque.
M. le Colonel d'Ornano revient du Pont St-Esprit. Le Roy estant dans le Grand Cabinet de la Reyne, avec MM. le Garde des Sceaux, Président Jeannin, de Luynes et Deagent, envoya quérir Monsieur, que M. de Brèves luy amena. Monsieur estant demeuré dans le petit Cabinet, M. de Brèves dit au Roy, en substance, qu'il avoit apporté toute Taffection, la vigilance et la fidélité qui luy avoyent esté possibles, en la charge que Sa Majesté luy avoit fait l'honneur de luy commettre ; qiie s'il ne s'en estoit acquitté aussi dignement comme il devoit, ç' avoit esté faute de suffisance, mais non d'affection et de bonne volonté; qu'il avoit Dieu pour témoin qu'il n' avoit rien fait contre sa conscience, et son devoir; et que si, d'aventure, on avoit voulu donner quelques impressions contraires à Sa Majesté, il la supplioit très humblement de trouver bon qu'il s'allast rendre prisonnier dans la Conciergerie, estant prest de souffrir tous les supplices que l'on sauroit imaginer, s'il se trouvoit qu'il eust failly ; qu'il remercioit très humblement le Roy de la gratification que M. Déageant luy avoit dit qu'il luy vouloit faire.
^ François de Bâillon, comte du Lude, né en 1570, sénéchal d^Anjou en 1585, lieutenant général au gouverneirent d'Auvergne, conseiller d'État, gouverneur de Monsieur, premier gentilhomme de sa Chambre, surintendant général de sa maison et lieutenant de sa compagnie de doux cents hommes d'armes en 1018, mort en 161 d.
AjrHi IMS, Cette gratification estoit 50 mil écus dé récompence, deux mil écus d'augmentation de pension, et l'establissement demaistre de la garderobbe, pour son fils. Le Roy répondit qu'il avoit commandé à M. le Garde des Sceaux, de luy faire entendre son intention. — Sur cela, M. le Garde des Sceaux prit la parole, et parla à M. de Brèves en très-bons termes, et bien choisis, dont la substance estoit, que le Roy ayant jugé à propos, pour deâ considérations importantes au bien deson service, de retirer Monsieur son frère auprès de luy, il F avoit envoyé quérir pour ce sujet; mais que comme les secrets des Princes ne se devoyent jamais apprendre , aussi n'estoit-il pas besoin d'en exprimer davantage la cause ; que le Roy le tenoit pour homme de bien, et son serviteur; €t que pour marque de la gratification avec laquelle il le vouloit traitter, il luy accordoit la récompence dont il luy avoit fait parler par M. Déageant. Après, Monsieur de Brèves alla quérir Monsieur, qu'il amena au Roy, par la main ; et en le remettant en celle de Sa Majesté, luy dit qu'il le supplioit très humblement de se souvenir de ce qu'il luy avoit dit, si souvent, qu'il ne pouvoit attendre autre honneur, ni autre avantage , que des bonnes grâces du Roy ; et qu'il luy rendist toujours le respect, le devoir, et l'obéissance qui luy sont deûs, en se remettant devant les yeux, que de là dépendoit tout son contentement et tout son salut. Monsieur dit assez gaillardement à dieu à M. de Brèves, auquel les larmes vinrent jusques sur le bord des yeux ; et le Roy dit, qu'il avoit esn
sayé à faire pleurer son frère. — M. de Brèves, s'en avhi kis. allant, le Roy l'embrassa par deux et. trois fois; et
sur ce que M dit au Roy que M. de Brèves avoit
eu un brevet pour estre des affaires, et s'il ne trouvoit pas bon qu'il en joûist, le Roy dit, M. de Brèves, je veux que vous jouissiez du Brevet que vous avez pour estre de mes affaires, et que vous y veniez comme vous aviez accoustumé ; et assurez-vous que vous y serez toujours le très bien venu. M. de Brèves remercia fort le Roy de cela , et luy dit, entr' autres choses, qu'il tenoit pour le grand honneur qu'il pust recevoir au monde, la liberté de pouvoir approcher Sa Majesté à son coucher, et à son lever, comme il avoit fait auparavant.
Après, le Roy fit venir le Comte du Lude, et luy dit en substance, M. le Comte du Lude, sachant vostre naissance, vos bonnes qualitez et vostre affection à mon service, je vous ay choisy pour vous mettre entre les mains ce que j'ay de plus cher, qui est la personne de mon frère. Ayez-en bien soin, je vous prie. Et se tournant vers Monsieur, luy dit, mon frère, je vous baille pour Gouverneur M. le Comte du Lude, il faut que vous luy obéissiez , et faire tout ce qu'il vous dira ; il vous traittera bien, et plus douce-i meut que vous n'avez esté. Monsieur répondit au Roy , Monsieur, je n'ay point esté mal-traitté.
M. de Brèves estant sorty le premier, seul, M. le Comte du Lude sortit après, conduisant Monsieur.
Le mesme jour, le Roy va coucher à Vanve, chez M, te Comte de St-Germain, d'où il ne reyintquele.-.
Avril K18. 27. Mercurialle tenue par Messieurs du Parle-
ment, en laquelle M. le Premier Président et M. Servin, eurent prise.
28. M. d'Épemon part, et va coucher à Fontenay. Il avoit pris congé du Roy dès le mardy 2i, et néantmoins il différa jusques audit jour, sous prétexte de s'entremettre d'accommoder MM. de Guise et de Montmorency, qui estoyent en différent touchant l'Amirauté de la mer Méditerrannée.
29. M. d' Épernon estant entré en quelque alarme, il monte sur un cheval d'Espagne, fait dix-sept lieues d'une traitte, et se trouva si las, qu'il fut contraint de s'arrester. Il arriva à Metz le mécredy suivant.
Biay. Mécredy 2. M. Des Portes-Baudoin, Seigneur de
Souspire * , entre en la charge d' Intendant des finances de M. Déageant, pour cinquante mil écus, et vend la sienne de Secrétaire du Conseil à M. Bardeau , 75 mil écus.
lu Combat des sieurs de Quinsay et de Moussy, cousins fort proches. La querelle vint pour un chapeau que Moussy avoit preste à Quinsay, lequel il vouloit que Quinsay luy rendist en pleine rue ; et néantmoins, il ne l'avoit pas. On dit que Quinsay avoit reçeu deux coups d'épée, avant que de mettre la main à l'épée. Moussy, gendre de M. de Contenant*,
^ Desportes-Baudouin, seigneur de Souspire, conseiller secrétaire du Roi de ses finances, grand audieiicier de France, intendant des Finances en 1618.
.? Philippe Barjot, baron de Mou»^, avait épousé Charlotte de
d'arnauld d'andilly. 373
fut tué sur-le-champ. Quinsay se sauva chez le Cardi- >'•>' «"••
nal de Guise. Par arrest du Parlement, le corps mort
de Moussy fut mené, sur une claye, à la voyrie.
Le 13 Juin, fut donné arrest définitif par contumace,
contre Quinsay, condamné à estre pendu, interdit
de feu et d'eau, etc. , suivant TÉdit. — Le lendemain,
Miraumont de Fontenay *, ayant osté le Tableau,
le 15, arrest portant décret de prise de corps contre
eux.