Monsieur le Prince va à Nostre-Dame de Liesse
Lundy 4. Le Roy part de Compiègne, va à w»**™.
et le lendemain à Monceaux.
Le jour précédent, M. de Cadenet estoit party en poste, pour aller en inconnu, voir MUe de Péquigny3,
1 « Monsieur le Prince sortit le 20 octobre de la même année de sa » prison du bois de Vincenncs, et s'attacha entièrement aux intérêts » de M. de Luynes. » (Mém. d'Arnauld d'Andilly, p. 393.) Voy. aussi Fontenay-Mareuil, p. 453; Pontchartrain, p. 292; Richelieu, p. 571. A la même époque la Reine-mère obtint, suivant Richelieu, la délivrance do Barbin qui sortit de la Bastille et reçut l'ordre de quitter immédiatement la France ; ce qu'il fit sans avoir pu attendre l'argent que la Reine lui envoyait pour faire son voyage. D'après une lettro do Molé à Dupuy, c'est le 23 septembre que Barbin sortit de la Bastille. (Mém. de Molé, p. 224.)
2 Le Mercure français, p. 33o et suiv., donne des détails intéressants sur la mise en liberté de Monsieur le Prince qui, ayant été arrêté le 1" septembre 1616, était resté prisonnier tr*ois ans et vingt jours. Le duc de Luynes en allant chercher à Vincennes le prince de Condé lui remit eette lettre du Roi : « Mon cousin, je ne vous diray pas com- » bien je vous ayme, vous le voyez. Je vous envoyé mon cousin le duc n de Luynes qui sçait les secrets de mon cœur, et vous les dira plus i» amplement : venez-vous-en le plus promptement que vous pourrez, » car je vous attends avec impatience : et cependant je prîeray Dieu » de vous tenir en sa saincte grâce, Louys. De Chantilly, ce 19 d'octo- » bre 1619. » L'impatience du Roi était bien naturelle après trois ans de séparation !
» Claire Charlotte d'Ailly, dame de Péquigny, comtesse de Chaulnes, vidame d'Amiens, menine de l'Archiduchesse Gouvernante des Pays-
Novembre 1619. à Bruxelles. M. d'Effiat4 estoit party auparavant luy.
Environ 6. M. de Montmorency arrive à Paris» 12. Le Roy part de Monceaux, va disner à Coupevray, et coucher à Lésigny, d'où il part le vendredy 15% et va coucher à Fontainebleau.
14. M. de Luynes fait serment de Duc et Pair. Il estoit venu le mécredy de Lésigny, avec Monsieur le Prince, et alla souper et coucher chez M. de Chevry. Monsieur le Prince y soupa aussi. L'aprèsdisnée, il avoit veû tous ses juges. Le jeudy de bon matin , Monsieur le Prince Talla trouver et le mena au Parlement, où furent aussi MM. le maréchal de Praslin, de Schomberg, de Bassompierre, de Crequy, d'Alincourt, le marquis de Mauny et force Noblesse.
Bas, fille unique et héritière de Philibert Emmanuel d'Ailly, seigneur de Péquigny, vidame d'Amiens, mort en 1617, et de Louise d'Ognies, comtesse de Chaulnes, dame de Magny. MUe de Péquigny épousa en 1619 Honoré d'Albert, seigneur de Cadenet, depuis maréchal duc de Chaulnes, et mourut en 1681. {Votj, P. Anselme, t. îv, p. 272.) Elle était, dit Fontenay-Mareuil, p. 656, la plus riche fille qu'il y eust lors en France. Fontenay-Mareuil donne au sujet des prétendants à la main de MUe de Péquigny de curieux détails. Voy. aussi Pontchartrain, p. 203.
1 Antoine Cœffier, dit Ruzé, marquis d'Efflat, grand-maître, surintendant et général réformateur des mines et minières de France en 161a, premier écuyer de là Grande Écurie en 1616, capitaine des chevau-légers en 1617, envoyé en Flandres le 30 octobre 1619, ambassadeur extraordinaire en Angleterre pour le mariage de M™» Henriette en 1625, surintendant des finances en 1626, conseiller d'honneur au Parlement en 1627, grand-maître de l'artillerie par commission en 1629, lieutenant général des armées en Piément en 1630, maréchal de France en 1631, sénéchal de Bourbonnais et d'Auvergne, gouverneur d'Anjou, d'Auvergne et de Bourbonnais, commandant de l'armée d'Alsace en 1632, mort la même année. {Voy. P. Anselme, t. vu, p. 402.) On sait que le malheureux Cinq-Mars était fils du maréchal d'Efôat.
La réception fut à huis clos. Monsieur le Prince , Novembre 16U. M. de Montbason et M. de Liancourt entrèrent avec Messieurs auparavant. Monsieur le Prince parla au Parlement sur le sujet de sa liberté. Après, on fit entrer M. de Luynes. M. Talon1, (à présent Àdvocat Général), le présenta, et dit trois ou quatre périodes. (On tient qu'il ne devoit rien dire du tout, mais M. Servin le voulut, à cause qu'il désiroit de haranguer. Après, parla M. Servin, et puis Monsieur le Premier Président ayant pris les opinions, luy fit prester le serment de Duc et Pair ; et celuy de Bailly d'Amiens. Tous lesseptPrésidensyestoyent, excepté M. Lescalopier. M. le Bret n'y estoit point, à cause qu'il a résigné.
Après que M. de Luynes fut assis, M. le Roullier2 parla de l'alTaire de M. le maréchal de Lesdiguières, qui avoit obtenu relief de surannation de ses lettres de Duché et Pairrie. Il fut ordonné que le soit montré seroit mis. M. Voisin l'envoya aussitost à Monsieur le Procureur Général, qui, à l'heure mesme, donna ses conclusions, avec M. Servin, et renvoya les lettres à M. Voisin, qui les bailla à M. le Roullier, lequel interrompit une affaire commencée, disant, qu'il luy devoit estre permis de reprendre le Bureau, pour une
* Jacques Talon, avocat général au Parlement de Paris en 1621, conseiller d'Etat en 1631. En cette année 1631, il céda sa charge d'avocat général à son frère cadet, le célèbre Oiner Talon, dont on a de précieux mémoires, des plaidoyers, et des poésies encore inédites. Les manuscrits d'Orner Talon et ceux de Denis son fils sont conservés à la bibliothèque du Corps Législatif.
2 Réné le Roullier, conseiller au Parlement de Paris en 1579.
Novembre i«9. affaire commencée auparavant. Sur cela, contestation si l'on donneroit deux arrêts en mesme temps; et on délibéra s'il en seroit délibéré. Enfin, il passa à quatre voix près, qu'il en seroit délibéré. Et après, la matière estant mise en délibération , il fut ordonné que l'Information des vie et mœurs seroit faite. Ensuite de quoy, l'après-dinée mesme, MM. de Praslin, de Schombcrg, de Bassompierre, de Liuncourt, et d'Alincourt, furent ouïs, par M. Derivaut, et le lendemain, il y eut arrest, que M. de Lesdigières et M. de Créquy, après luy, seroyent receus au serment de Duc et Pair \
21 . Le Roy part de Fontainebleau, et va à Villeroy. La Reyne vient à Paris 2.
26. Déclaration de l'innocence de Monsieur le Prince vérifiée au Parlement3.
I)c«:ci ubre. Mardy 3 ou mécredy 4. M. le colonel d'Ornano preste, entre les mains du Roy, le serment de
1 Voy. Fontenay-Mareuil, p. ft53. On trouve dans les Mémoires de Molé, p. 229, les lettres de Jussieu au Roi relatives à la duché-pairie du maréchal de Lcsdiguiercs et do M. de Créqui. Voy. aussi Mcrc /ir., p. 341.
2 Le Roi avait quitté Paris au mois de mai et il n'y revint qu'à cette époque, lorsque la peste qui avait longtemps sévi dans la capitale eut complètement disparu.
* Voy. Richelieu, p. 573. On trouve dans le Mercure français, p. 337, le texte de la déclaration du Roi sur la délivrance du Prince de Coudé. Par cette déclaration datée de Fontainebleau le 9 novembre et vérifiée au Parlement le 26 du même mois, le Roi donne un témoignage public de l'innocence du Prince de Condé, annule et supprime tons les édits, lettres, arrêts, etc., rendus contre lui, et le rétablit dans tous ses gouvernements, charges et dignités.
d'aiinauld d'àndilly. ft57 Gouverneur de Monsieur, et M. de Blain ville celuy ****** «te. de Maistre de la Garderobbe, par luy achetée à à M. le Comte de la Rochefoucaut... — dont le Roy luy en a donné... — et a augmenté de 6000 livres la pension dudit sieur Comte, pour faire jusquesà 12 mil avec ce qu'il avoit déjà, et en estre payé par forme d'entretenement.
5. Chapitre tenu à Saint Germain, parles dixsept anciens chevaliers qui s'y trouvèrent, où il en fut nommé soixante-cinq sur le nombre de ceux qui le prétendoyent
8. M. de Cadenet preste le serment de maréchal de France à Saint-Germain a.
27. M. le comte de Soissons, tenant la serviette pour la bailler au Roy à son souper, Monsieur le Prince la voulut prendre ; et sur ce que M. le Comte la luy refusa, ils eurent quelques paroles. Monsieur le Prince luy ayant demandé s'il luy vouloit disputer son rang, il répondit que non, qu'il le reconnoissoit sur son aisné , mais qu'il savoit bien faire sa charge. Monsieur le Prince ayant répondu, que feu M. le Comte ne luy avoit jamais disputé la serviette, il répondit, qu'il l'avoit fait par civilité, mais qu'il n'y estoit point obligé. Monsieur le Prince luy ayant
1 Le Mercure français, t. vi, année MDCXX, p. 1 et suiv., donne des détails très-intéressants sur cette promotion de chevaliers du Saint- Esprit, qui fut la quinzième depuis la création de l'ordre par Henri III le 31 décembre 1578. Le Mercure donne les noms et qualités des nouveaux chevaliers au nombre de 59 laïcs et cinq associés ecclésiastiques, ce qui ferait soixante-quatre au lieu de soixante-cinq.
2 Voy. Fontenay-Mareuil, p. 450 ; Pontchartrain, p. 29/j.
Décembre dit qu'il estoit un enfant, il répondit qu'il avoit assez d'âge pour savoir bien conserver les honneurs de sa charge. Sur ces entrefaites, Monsieur le Prince parloit quelquefois à l'oreille du Roy, et Monsieur le Comte garda toujours la serviette, avec une contenance fort assurée. Enfin, on envoya quérir Monsieur, auquel Monsieur le Comte bailla la serviette. Monsieur le Prince estant allé chez luy, M. de Guise l'y alla trouver et luy dit, qu'il ne faloit point traitter cette alTaire comme une querelle, mais demander raison à Madame la Comtesse du tort que Monsieur son fils luy avoit fait. M. de Montmorency l'alla donc trouver pour ce sujet, et lui parla comme Monsieur le Comte estant encore sous sa charge. Elle répondit, qu'il y avoit déjà assez longtemps qu'elle avoit jugé Monsieur le Comte capable de se conduire, et qu'elle s'estoit déchargée de ce soin, particulièrement pour ce qui estoit de sa charge ; et qu'en ce qui s'estoit passé, il avoit tant eu de raison, qu'elle ne pouvoit qu'elle n'approuvast ce qu'il avoit fait. Que pour ce qui estoit de luy, Monsieur le Prince ne pouvoit choisir personne qu'elle estimast ni honorast davantage. — M. de Montmorency répondit toujours en tels termes, qu'il témoigna à Madame la Comtesse, qu'il ne vouloit point porter des paroles qui pussent aigrir l'affaire, au lieu de l'adoucir \