Le Roy part de Bordeaux, fait Noël à Aubeterre
M. de Monglat5 est tu*, en duel par M. de Yitry. Querelle : M. de Vitry jurant dans la chambre de
conseiller d'Etat, lieutenant général des armées du Roi, lieutenantgénéral au gouvernement d'Orléans.
* Catherine de Lorraine, fille de Charles de Lorraine, duc de Mayenne, le célèbre chef de la Ligue.
* Voy. Pontchartrain, p. 115 ; Richelieu, p. 279; Fontenay-Marcuil, p. 323 ; Merc. fr.y t. iv, p. 365.
1 Voi/. Fontenay-Mareuil , p. 321.
* Voy. Pontchartrain, p. 120-121; Richelieu, p. 280; Fontenay- Mareuil, p. 323 ; Merc. fr., t. iv, p. 307.
s On lit par erreur dans le manuscrit Montfort au Heu de Monglat que je rétablis.
nemnbreiMs. M. de Guise, M. de Guise luy dit : Tu ne te sçaurois empescher de jurer. Monglat1, sur cela dit: Comment s'en empescheroit-il , qu'il n'y a pas jusques à son aumosnier qui, en attendant la messe, ne s'amuse à jurer. M. de Vitry répondit : Et moy je vis hier le tien qui s'amusoit à plumer une poulie.
La charge de Grand Louvetier donnée à M. de la Roche-Guyona. Celle de premier Écuyer de Monsieur fut donnée au mois de septembre 1616 à M. de Losières. fils de M. do Thémines.
M. de Rheims fait Cardinal.
Monsieur le Prince fait retirer son infanterie dans les isles d'Oleron3.
1 Robert de Harlay , baron de Monglat , grand louvetier de Franco en 1612, mort en 1615, dit le Père Anselme, t vin, p. 706, des blessures qu'il reçut dans un combat singulier avec le seigneur de Vin y, son plus intime ami. Il mourut sans alliance, et le flls de sa sœur, Jeanne de Harlay, héritière de la baionnie de Mouglat, mariée à Hardouin de Clermont, seigneur de Sai it-Cleorges, fut le marquis de Monglat, l'auteur des Mémoires.
2 François de Silly, duc de la Roche-Guyon, marquis de fiuerclu ville, grand louvetier de Fiance à la mort du précédent eu 1613, mort au siège de la Rochelle en 1628.
* Arnauld d'Andilly (du moins dans la copie manuscrite que nous suivons) néglige de parler des affaires a-sez importantes qui eurent lieu en Champagne, penda it les moi* de novembre et de décembre, entre les années du Roi et celles des Princes. On en peut lire le récit dans le Mrrc. /h, t. iv, p. 380-.587.
SOMMAIRE
Janvier. — Affaires entre l'armée du Roi et celle des Princes. — Départ des députés de l'Assemblée de Nîmes. — Le Roi arrive à Poitiers. — M. de Candale se déclare de la Religion. — La Conférence de Loudun est décidée. — Disgrâce du commandeur de Sillery , de MM. de Lorme et de Guron. — La Cour arrive à Tours. — Accident dans la chambre du Conseil.
Février. — M. de Vendôme se prononce pour Monsieur le Prince. — Rrouille entre M. de Vendôme et le marquis de Cœuvres. — Noms des députés à la Conférence de Loudun. — Mort de Montaltc, médecin de la reine-mère, et de M. Fleurance, précepteur du roi.
Mars. — Affaire près de Château-Thierry, entre M. de Vitry et M. de Novion. — Nouvelles de la Conférence. «— Retour de la maréchale d'Ancre à Paris. — Démêlés du marquis de Cœuvres avec les habitants de Crespy. — Nouvelles de l'armée et de la Conférence. — Retour du maréchal d'Ancre à Paris. — Le marquis de Bonnivet mis à la Bastille. — M. de la Vieuville achète de M. de Plainville la charge de capitaine des gardes. — Mort de M. Dollé.
Avril. — Rigueurs de M. d'Épernon en Limousin. — Mort de M. de Beaumont. — M. de Béthune envoyé en Italie. — Départ du maréchal d'Ancre. — Appel de M. de Vitry par le comte de la Snze. — Mort de M. de la Boulaye. — Les sceaux retirés au chancelier.
Mai. — Paix signée à Loudun. — Retour de la reine-mère à Paris. — Arrivée du roi et de la reine dans la capitale. — M. du Vair garde des sceaux. — Les Princes viennent trouver le Roi à Paris. — M. Barbin nommé contrôleur général, le président Jeanain surintendant, et M. de Castille intendant des finances.
Juin. — Évasion de M. de Mareil. — Appel de M. de Montbazon par le baron d'Anneval. — Le sieur de Beauveau, condamné à mort , tiré de prison par commandement du Roi. — Remontrances du Parlement. — Préséance contestée au garde des sceaux par le Parlement. —M. Mangot nommé secrétaire d'État contre la volonté de M. de Vil-
leroy. — Soulèvement contre le maréchal d'Ancre. — Le comte d'Auvergne sort de la Bastille.
Juillet. — Exécution de deux palefreniers du maréchal d'Ancre. —
Retour de quelques-uns des princes.
Août. — Arrivée de l'ambassadeur d'Angleterre au sujet du mariage
de M"* Chrétienne. — Réorganisation des Conseils du Gouvernement.
— Reddition de Péronne à M. de Longueville. — Démêlés entre Monsieur le Prince et le maréchal d'Ancre. — Ce dernier se retire à Caen. — Inimitié de M. de Guise et du maréchal d'Ancre. — La Reine-mère veut rétablir l'autorité du Roi.
Septembre. — Arrestation de Monsieur le Prince ; détails à ce sujet.
— Départ de MM. du Maine, de Bouillon et de la Trémouille. — M. de Vendôme se sauve. — M. de Guise et M. de Joinville vont rejoindre les princes à Soissons. — Départ de M. le président le Jay. — Pillage de la maisou du maréchal d'Ancre. — MM. de Thémines et de Montigny nommés maréchaux de France. — Conduite de M. de Sully. — Mariage de M"' de Soissons avec M. de Longueville. — Le Roi va au Parlement faire vérifier la déclaration contre les Princes absents. — M. le comte d'Auvergne nommé général de l'armée du Roi. — Duel de M de Brantes et de M. de Ryonne. — On envoie vers les princes pour traiter avec eux. — Conduite de M. de Nevers — Reddition deChinon. — Retour de MM. de Guise et de Joinville — Mort de M. de la Chastaigneraye. — M. de Guise va à Soissons et obtient l'accommodement des princes.
Octobre. — Retour du maréchal d'Ancre. — Il se réconcilie avec M. de Guise. — Brouille entre M. d'Épernon et les Rochellois. —
— M. de Luynes grand fauconnier. — Le maréchal d'Ancre fait dresser des lettres d'érection de son marquisat en duché-pairie. — Mort de M. de la Chevalerie. — Maladie grave du Roi. — M. de Lesdiguieres va secourir le duc de Savoie.
Novembre. — Changements dans les Conseils du Gouvernement. — Exécution de Boursier, accusé d'avoir voulu tuer la reine-mère. — M. de Lussay envoyé pour favoriser le passage du duc de Nemours en Savoie. — L'entrée de Reims refusée à M»e de Nevers — M. de Nevers fait piller la maison de Si appartenant à M. de la Vieuville — Bompar assassiné par Cusac. — M. de Blerancourt, gouverneur de Péronne, Montdidier et Roye. — Duel du duc de Rohanuois et de M. de la Frezelière. — Le Roi exige que M. de Nevers rende justice à M. de la Vieuville. — Résistance opiniâtre de M. de Nevers. — Examen de cette affaire au Conseil d'État. — I^s sceaux sont retirés a M. du Vair et donnés à M. Mangot. — M. de Luçon est nommé secrétaire d'Etat à la plare de M. Mangot. — Le maréchal d'Ancre
d'arnauld d'ammllv. ifô
part pour Rouen où il va tenir les Etats. — Le Roi dans»e son premier ballet. — MM. de Nevers et de Bouillon se fortifient. Décembre. — Retour du maréchal d'Ancre. — Le gouvernement de la Bastille enlevé à M. de Themines; sa conduite à ce sujet. — Mauvais état des finances. — Projets du Roi pour y pourvoir. — Opposition de la Cour des Aides. — Discours du garde des sceaux et du président Chevalier. — Saintc-Menohould repris à M. de Nevers. — la gouvernement en est donné à M. de Fossez. — M. de Schoinberg envoyé en ambassade extraordinaire en Allemagne.
1. M. de Guise fit une traiste de vingt iieùes Jmnfcr «w. avec deux mille chevaux et cinq cens mousquetaires à
cheval (M. de Boisdaufin menoit le reste de l'armée), pour aller surprendre Monsieur le Prince et MM. du Mayne, de Longueville et de Buillon qui estoyent dans Saint-Maixant. — M. de Saint-Aignan 1 , qui marchoit devant avec cinq cens chevaux-légers, rencontre les carabins de M. de Sully, puis les gardes de Monsieur le Prince; les chargea, ce qui fut entendu, et donna l'alarme à Saint-Maixant. MM. le Prince, de Longueville et de Buillon sortirent, et M. du Mayne demeura pour assurer M. de Sully.
2. M. du Mayne, voulant avoir sa revanche, part avec deux mil chevaux, pour enlever le quartier des chevaux-légers du Roy, lesquels en ayant eu avis, se
1 Honorât de Beauvillier, comte de Saint-Aignan, né en 1579, gentilhomme ordinaire de la chambre du roi, conseiller d'Etat, uicstre de camp général de la cavalerie légère en 1611, commandant de la cavalerie de l'armée du Roi en 1615, lieutenant général du Berry en 1617. S'étant joint au parti de la Reine-mère, le comte de Saint-Aignan fut fait prisonnier au Pont-de-Cé en 1620, et privé de sa ebarge de mestre de camp de la cavalerie légère II mourut en 1622. Son fils fut premier duc de Saint-Aignan rt membre de l'Académie française. (l'oy. P. Anselme, t. iv, p. 795 etsuiv.)
JOURINAL INÉDIT
janvier iei6. retirèrent. M. de Praslin, croyant que M. duMayne mettroit pied a terre, et demeureroit quelque heure dans le bourg, pria M. de Guise de trouver bon qu'il allast attaquer l'escarmouche avec cent chevaux ; que l'on envoyast après les chevaux-légers pour le soustenir, et puis que l'on fist marcher le reste de l'armée. 11 y fut donc. M. de Fossez menoit les douze premiers, qui servoyent de courriers ; M. de Créquy1 suivoit à trente pas avec vingt-cinq ou trente ; et M. de Praslin menoit après le reste. Ils trouvèrent M. du Mayne deslogé ; s'il y eût encore esté, M. de Praslin estoit taillé en pièces.
Les députez de l'Assemblée de Nismes, qui avoyent voulu parler au nom des députez de l'Assemblée générale de ISismes, ayant seulement esté entendus au nom de l'Assemblée de Nismes2, sur l'instance de" M. de Thianges:t, qui, sur ce qu'on ne les vouioit point ouïr du tout, dit ne pouvoir retourner
1 Charles, sire de Créquy et de Canaples, prince de Poix, depuis duc de Lesdiguieres, connue héritier du connétable son beau-père, pair de France, lieutenant généra! du Dauphiné, mestre de camp du régimeut des gardes en 160a, blessé au siège de Saint-Jean-d'Angely, maréchal de France en 1021, ambassadeur à Rome en 1633, tué d'un coup de canon en 1638, dans un combat contre les Espagnols.
2 « Enfin le baron de Thianges dit au Roy qu'il ne pouvoit retourner vers Monsieur le Prince, que ceux de ladite Assemblée n'eussent présenté leurs lettres à Sa Majesté, et qu'ils ne fussent ouys : Cela leur fut accordé, comme députez de l'Assemblée de Nismes, mais non de l'Assemblée générale de ceux de la religion prétendue reformée. » (Verc. fi ., t. iv, 2* partie, p. 5.)
3 Charles Damas, baron puis marquis de Thianges, maréchal de camp, lieutenant général en Riesse. capitaine de cinquante hommes d annes, mort en 1638.
d'arnauld d'andilly. 155
vers Monsieur le Prince, qu'ils n'eussent esté ouïs, Janvier m*. ledit jour donc partirent lesdits députez de la Rochefoucaud où le Roy estoit, pour retourner à Nismes en l'Assemblée ; et MM. de Nevers et l'ambassadeur d'Angleterre 1 sont aussi partis le mesme jour pour retourner vers Monsieur le Prince2.
6 ou 7. Le Roy arrive à Poitiers.
7. M. de Praslin ayant eu avis que les régimens de Desostels, Basme et Villarceaux* estoyent logés à Nanteûil , à une lieue de Saint-Maixant, va luy quatorze ou quinzième en pourpoint (dont M. de Feuquière4 en estoit l'un) les charger dans leur logement, enfonce leur barricade, taille en pièces
1 L'ambassadeur d'Angleterre Edmond avait été chargé par son Souverain de s'offrir pour arbitre entre le roi et Monsieur le Prince et de chercher à leur faire faire la paix.
2 l'oy. Merc. /t., t. IV, 2e partie, p. 2-18. M. de Thianges avait été envoyé vers le roi par le prince de Coude" pour lui proposer la tenue d'une Conférence dans laquelle des députés de l'un et de l'autre parti traiteraient des conditions de paix. Cette proposition fut acceptée. Le Mercure entre dans de grands détails à ce sujet. On y trouve la lottre de Monsieur le Prince au roi et la réponse du roi qui est très-belle. Voy. aussi Richelieu, p. 285.
s Nicolas de Mornay, seigneur de Villarceaux, mestre de camp en l'armée de Monsieur le Prince, mourut à Saint-Maixant, lors du voyage do Poitou en 1616. (P. Anselme, t, vi, p. 292.)
* Manassèsde Pas, marquis de Feuquière, né en 1500, lieutenantgénéral, fait prisonnier au siège de la Rochelle, ambassadeur en Allemagne, lieutenant-général des gouvernements de Metz et de Toulen 1631 , de celui de Verdun en 1636, commandant en 1639, au siège de Thionville, où il eut le bras cassé, fut fait prisonnier et mourut en 1640. On a publié ses lettres et ses négociations pendant son ambassade en Allemagne en 1633 et 1634. Récemment on a édité la Correspondance dus Fe uquière. Le marquis de Feuquière était cousin par alliance d'Arnauld d'Andilly.
ceux qui la défendoyent. Les autres se sauvent dans F église et à la fuite. Il prend quatre enseignes. MM. de Vitry et de Bressieux donnèrent par un autre
C06té\
10. M. de Candale se déclare de la Religion à Alez, en l'Assemblée des églises des Sévenes et Gevaudan2.
15. M. de Brissac* et M. de Villeroy partent pour aller trouver Monsieur le Prince à Niort, pour résoudre quelques articles qui restoyent en difficulté et convenir du lieu et des personnes de la Conférence. Ils le trouvèrent à Fontenay. Le Conseil se tenoit à Tentour du lit de M. de Buillon qui avoit la goutte. Trêve résolue pour le mois de février. Conférence à Loudun le 10 février, et autres articles portez par la trêve4.
Disgrâce de M. le Commandeur de Sillery, de M. de Lorme et de M. de Guron5. M. de Fossez revient à Paris avec luy, dont la Reyne s'offença, et
* Voy. Metc. /r., t. iv, 2« partie, p. 18; Pontchartrain, p. 124.
* Voy. Pontchartrain, p. 124.
3 Charles de Cessé, IIe du nom, duc de Brissac, gouverneur de Paris pour la Ligue en 1594, maréchal de France en 1594, duc et pair en 1611, grand pannetier et grand fauconnier de France, mort en 1621.
* Voy. Merc. fr., t. iv, 2« partie, p. 19. Le Mercure rapporte en entier le traité préliminaire en onze articles par lequel il fut décidé que la Conférence aurait lieu à Loudun le 10 février et qu'il y aurait une suspension d'armes. Voy. Richelieu, p. 285; Pontchartrain, p. 125.
s Gabriel de Rechignevoisin, seigneur de Guron. Il fut souvent chargé d'importantes missions, notamment lors du siège de Montauban, auprès des rebelles auxquels il fit accepter les conditions proposées par le Roi; une autre fois auprès du duc de Lorraine; et lors du siège de Casai, auprès du Pape et des Vénitiens.
d'au'* au ld dandili.y. 137 ne l'ayant voulu voir lorsqu'il la fut retrouver à Janvier Tours, il se retira à sa maison d'où il ne bougea jusques à quelque peu auparavant la prise de Monsieur le Prince que la Reyne le manda et luy fit trèsbonne chère'.
15. Leurs Majestez partent de Poitiers pour aller à Tours. Le plancher de la chambre de la Reyne, où elle tenoit le Conseil à Tours, s'estant enfoncé pour la plus grande part, M. le comte de Soissons tomba, M. d'Espernon, M. de Villeroy, le marquis de Villaine2 (bien blessé), M. de Bassompierre et plusieurs autres. La Reyne ne cheut point, ni MM. le Chancelier, président Jeannin, de Pisieux, etc. \
4. M. de Bullion arrive à Paris ayant esté renvoyé de la Cour.
M. de Vendosme qui avoit levé des gens de guerre avec des commissions du Roy et tiré toutes ses armes de Paris avec des passe-ports de Sa Majesté, disant qu'il vouloit aller au devant du Roy pour le servir, se trouve avoir assemblé jusques à six ou sept
* Voy. Pontchartrain, p. 127.
2 Brandelis de Champagne, marquis de Villaines, conseiller d'Etat, capitaine de cinquante hommes d'armes des ordonnances du Roi, chevalier du Saint-Esprit en 1599.
3 Voy. Merc. /h, t. iv, p. 2k. Suivant le Mercure^ le Roi partit de Poitiers le 21. L'accident eut lieu à l'hôtel de la Bourdaisière, où la reine-mère était logée. Suivant Fontenay-Mareuil , p. 328, c'est aussi le 21 que le Roi partit de Poitiers. Voy. Fontenay-Mareuil, p. 329; Richelieu, p. 286 ; Pontchartrain, p. 128.
Février.
Février mille hommes de pied et sept ou huit cens chevaux.
Le Roy connoissant que ce n'estoit pas en intention de bien faire, envoyé vers luy M. de Vignolles 1 qui rapporte à la Cour plusieurs demandes de M. de Vendosme , et entre autres, d'avoir des commissions pour ceux des siens qui avoyent levé sans commission. M. de Vignolles le retourna trouver avec contentement sur ce sujet et plusieurs autres. Néantmoins, il persiste toujours et augmente ses forces du débandement de l'armée du Roy et de celle de Monsieur le Prince, s'avance en Bretagne et fait mine de vouloir attaquer Nantes. On envoyé à Chantecé un héraut d'armes le sommer de désarmer, lequel parle à luy couvert, M. de Vendosme ayant la teste nue. M. de Vendosme, après trois ou quatre heures de temps qu'il demanda pour penser à sa réponce , dit qu'il estoit très-humble serviteur du Roy, et qu'il avoit pris les armes pour venger la mort du feu Roy, et que ses intérests estoyent joints à ceux de Monsieur le Prince 2.
1 Bertrand de Vignolles, dit La H ire, marquis de Vignolles, capitaine des gardes d'Henri, roi de Navarre, conseiller d'Etat, lieutenant général en Champagne, capitaine de cent hommes d'armes, premier maréchal de camp des armées d'Henri IV et de Louis XIII, né en 1566, se signala en 1587 à la bataille de Coutraa, on 1590 à celle d'Ivry, au siège de Rouen en 1502, en Béarn en 1621, fut premier maréchal de camp au siège de la Rochelle en 1628, se distingua dans la campagne du Savoie en 1630, eut en 1632 le commandement de plusieurs provinces en l'absence du prince de Condé, et mourut eu 1636. {Voy. P. Anselme, t. ix, p. 145.)
* Voy. Merc. /h, t. iv, p. 38. Le récit du Mercure confirme entièrement celui d'Amauld d'Andilly. Voy. Fontenay-Mareuil, p. 330-331 ; Richelieu, p. 286; Pontchartrain, p. 126 et 133.
d'arnauld d'andilly. 139 M. le Marquis de Cœuvres1 ne s'estoit point dé- vtmer mm. claré en faveur de Messieurs les Princes; mais néantmoins témoignoit estre mal-content de ce que Ton ne l'emploioit point, de ce qu'on ne le faisoit point servir en la charge de Maistre de la garderobbe de Monsieur, etc. Enfin M. de Vendosme armant, i! l'alla trouver avec trois ou quatre cens chevaux qu'il leva sans commissions du Roy *, et qu'il avoit fait ceste levée pour témoigner qu'il n 'estoit pas si peu capable de servir que l'on vouloit le faire croire. M. de Vendosme s'estant déclaré contre le Roy, on tâcha à la Cour de désunir d'avec luy M. de Cœuvres ; et enfin on le fit. On tient que le vray sujet qui fit qu'il quitta M. de Vendosme vint sur ce que M. le marquis de Cœuvres dit à M. de Vendosme que Rocage, son secrétaire , luy donnoit de très-mauvais conseils et le perdoit. M. de Vendosme luy répondit que Rocage estoit fort homme de bien et qu'il ne trouvoit nullement bon qu'il en parlast ainsi. Sur quoy M. de Cœuvres répliqua que Rocage estoit un coquin qui le perdoit ; et M. de Vendosme répondit : mon oncle5, n'en parlez pas davantage; je le me-
» François Annibal, marquis do Cœuvres, puis duc d'Entrées, évêque de Noyons en 1594, embrassa la profession des armes en 1597, gouverneur de l'Isle de France, de Soissons, de Laon, ambassadeur en Savoie en 1614, à Rome en 1621, en Suisse en 1624, maréchal de France en 1626, do nouveau ambassadeur à Rome en 1636, duc et pair en 1648, fit la fonction de connétable au sacre de Louis XIV eu 1654, mort en 1670.
2 11 y a probablement un membre de phrase passé dans le manuscrit, i Le marquis de Cœuvres était frère de Gabrielle d'Estrées, mère du duc de Vendôme.
IZlO JOUKNAL l.NKDIT
Février Mit. neray en croupe partout où vous voudrez. M. le marquis de Cœuvres repartit : Monsieur, si un autre que vous me disoit cela, je le quitterois. Et après cela, il le quitta, et dit qu'il ne vouloit pas retourner à la Cour, pour ce que les affaires de M. de Vendosme estant en assez mauvais termes, il eust semblé qu'il eust voulu profiter de son malheur. Et ainsi s'en revint à sa maison de Cœuvres, et passa par Paris où il ne vid personne. On dit qu'il receut lettres du Roy qui luy mandoit qu'il luy avoit fait un très-agréable service; qu'il le reconnoissoit ; qu'il tinst ses trouppes ensemble, et qu'il les mist en garnison en la ville de son gouvernement qu'il aviseroit. Pendant son absence, Beauregard, son lieutenant à Laon, avoit pris de l'argent dans les coffres et y avoit mis au lieu des blancs de M. le Marquis de Cœuvres.
Conférence remise au 15. MM. de Brissac, de Villeroy, de Thou, de Vie et de Pontchartrain y vont pour le Roy.
MM. le Prince, du Mayne, de Longueville, de Buillon, de Sully, de la Trémoille, de Rohan, de Soubise, de Candale, de Tingry, de Thianges, députez de l'Assemblée de Nismes, y estoyent. (Des Bordes-Mercier avoit sa voix dans le Conseil des Princes.)
Mmc la Princesse douairière de Condé1, Mm* de
» Charlotte Catherine de la TremoiJle, veuve de Henri de Bourbon, !•» du nom, prince de Condé, morte en 1629.
d'arnauld d'andilly. i&l Longueville, Mmt de Rohan la douairière 1 et Mme de t«i« Rohan la fille 2 y estoyent aussi.
M. l'Ambassadeur d'Angleterre Edmond 3, M. le Comte de Soissons, Madame sa mère, M. de Nevers et Mwie de la ïrémoille (qui s'est toûjours très-bien conduite en toutes ces affaires-cy, et mesme a esté remerciée par le Parlement de Rennes) y assistoyent \
Monsieur le Prince dit qu'avant qu'entrer en Conférence, il demandoit deux choses, l'une, que M. de Vendosme fust receu à la Conférence, et l'autre, que la trêve fust prolongée pour tout le mois de mars ; autrement, qu'il vouloit rompre. Sur cela, grande contestation.
On envoyé vers le Roy. Enfin, M. de Vendosme est receu à venir à la Conférence, et la prolongation de la trêve accordée jusques au quinze mars. Convenu que Monsieur le Prince fera office envers
1 Catherine de Parthenay, dame de Soubize, veuve de René II, vicomte de Rohan, depuis 1586, morte en 1631.
2 Marguerite de Réthune, fille du grand Sully, mariée en 1605 au duc de Rohan, morte en 1660.
3 Sir Thomas Edmondes, habile diplomate, fut chargé de négociations importantes et fut plusieurs fois envoyé comme ambassadeur en France. Il se fit aussi remarquer au Parlement pendant le règne de Charles I,r, et mourut en 1639. On a publié sous le titre de Vue historique deê négociations entre les Cours d'Angleterre^ de France et de Bruxelles de 1392 à 1617, des extraits de douze volumes in-folio de sa correspondance et de ses papiers. {Voy., dans la Riographie Michaud, l'article de Suard sur ce personnage.)
• Voy. Merc. /h, t. iv, p. 43.. M. de Tingry est M. de Luxembourg, duc de Piney, prince de Tingry. Voy. aussi Fontenay-Mareuil, p. 331 ; Ponlcharlrain, p. 134.
berner iei«. M. de Vendosme pour le faire désarmer, au moins pour la plus grande partie, et que ledit sieur de Vendosme retirera toutes ses forces de Bretagne, et les pourra mettre au Mayne, Anjou, Perche et Normandie ; que les contributions seront réglées, etc.
La Conférence se commence. Les députez du Roy estoyent ceux qui sont nommés cy-dessus, et les députez de Monsieur le Prince estoyent
Environ le 15. Mort de Montalte, juif, médecin de la Reyne-mère. Mort de M. Fleurance, précepteur du Roy.
Mars. Ie*. La trêve estant expirée à minuit, et la pro-
longation n'estant point publiée en Brie, M. de Vitry ayant assemblé trois cens cinquante cuirassiers (dont il y en avoit deux cens cinquante gentilshommes de Brie) , trois cens carabins et cinq cens hommes de
pied des garnisons de Saint-Denis La Ferté-Mi-
lon, etc. charge, près de Chasteau-Thierry , un nommé Novion (qui est celuy qui a pris M. de Forges et Grangemenant ) , lequel avoit avec luy trois cens chevaux, dont il y en avoit quatre-vingt des gendarmes de M. de Luxembourg, les met en fuite, en tue quinze, en prend prisonniers cinquante ou soixante. Les soldats gagnèrent cent vingt chevaux, des armes et de l'argent que ces méchans avoyent exigé du peuple. Novion se sauva à la fuite. A dix heures du matin, la trêve fut signifiée par un trompette à M. de Vitry, lequel renvoya les prisonniers.
d'arnauld d'andilly. 143
2. Les affaires estant en fort bons termes à la m»™ m*. Conférence, M. de Vendosme y arrive, lequel avec
les offres qu'il leur fit, s'efforça de porter les affaires à la guerre, et changea toute la face des affaires. Mais une visite de quatre heures que Monsieur le Prince fit chez M. de Villeroy, remit toutes choses en pareil train qu'auparavant. On tient que Monsieur le Prince, M. du Mayne, M. de Buillon sont portez à la paix, et le reste à la guerre, principalement ceux de la Religion.
3. Mmo la Maréchale d'Ancre part de la Cour avec ses enfans et arrive à Paris le lundy 7. On tient qu'elle venoit pour faire opiniastrer son mary à ne point quitter la citadelle d'Amiens, pour estre rasée. Elle manda son mary, qui ne vint point, s'excusant sur un mal de gorge. Elle se logea dans le Louvre, ce qui fut trouvé fort étrange, et fut trois ou quatre jours sans vouloir voir presque personne.
Les affaires de la Conférence estant en assez mauvais termes , Monsieur le Prince y entra, ce qu'il n'avoit point fait auparavant, et en trois séances, avança plus le traitté que l'on n'aist fait en trois mois. La trêve prolongée jusqu'au 25 mars.
7. MM. de Nevers, de Brissac, Villeroy et Pontchartrain arrivent à Tours, ayant laissé MM. de Thou et de Vie. Au commencement de ce mois, M. de Guise témoigna à la Reyne qu'il estoit trèsmal content de ce qu'elle tenoit des Conseils secrets ; et l'on disoit le 2 que le Roy luy avoit commandé de se tenir prest pour se mestre en campagne le dixième.
Ma» i6ie. 13. MM. de Nevers, de Brissac et de Pontchartrain retournent à la Conférence chargez des volontés du Roy.
16. M. le Marquis de Cœuvres, Lieutenant-général au gouvernement de l'Isle de France (qui durant ces derniers mouvemens avoit exempté Crespy de garnison et de passage de gens de guerre ) approchant de Crespy avec quelques gens, les habitans envoyèrent quatre d'entr'eux luy faire toutes sortes de complimens, et mesme luy offrir d'entrer dans la ville. A quoy il leur répondit que, puisqu'ils se mettoyent en ce devoir, il oublioit la faute qu'ils avoyent faite de luy témoigner cy-devant qu'ils ne désiroyent pas qu'il entrast dans leur ville, lorsqu'il alla trouver M. de Vendosme. Et que puisque ainsi estoit,'il passeroit dans Crespy avec quelques uns des siens. Sur cela, ils le prièrent de ne vouloir point entrer dans leur ville , à cause que quelques uns des habitans pourroyent entrer en appréhension. Sur quoy il se mit en colère, retint les quatre députez prisonniers , et s'en alla loger avec ses trouppes, dans le faubourg de Crespy, et ainsi, avec cent vingt chevaux-légers qu'il avoit, et cinquante ou soixante carabins, assiégea les habitans. Le 18, nouvelles de cela arrivent à Paris. Messieurs du Conseil envoyentM. Déagent*,
* Guischard Déageant, recommandé à M. de Luynes par Arnanid d'Andilly, fut d'abord commis de Barbin, puis secrétaire du roi et intendant des finances. Il obtint, une grande faveur et joua, pendant quelque temps, un rôle assez considérable. Disgracié, il fut longtemps enfermé à la Bastille, obtint sa liberté et fut relégué dans le Dauphiné, sa province, avec la cbarge de premier président de la cbambre do?
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secrétaire du Roy, vers M. le Marquis de Cœuvres »««• et vers les habitans, avec lettres de créance. Le 19, M. Déagent estant arrivé, trouva que Ton tiroit de part et d'autre ; que les habitans avoyent fait une sortie en nombre de vingt-cinq, avoyent perdu un des leurs, et tué deux de M. le Marquis de Cœuvres ; que depuis, il y avoit eu encore deux des habitans tuez, et quelques-uns de M. de Cœuvres blessez ; et que M. le Marquis de Cœuvres faisoit provision de pétars, échelles, mantelets, instrumens de sappe, et autres choses, pour forcer la ville ; qu'il avoit envoyé quérir deux cens hommes de pied à Laon , d'où il menaçoitde faire venir du canon. M. Déagent, après avoir représenté tout ce qui se pouvoit au dit Marquis , sur ce sujet , et luy avoir ouvert plusieurs expédiens, enfin, il se ferma à un , qui estoit que Messieurs du Conseil qui estoyent à Paris, luy envoyeroyent tel nombre de gens de guerre qu'ils aviseroyent, avec lesquels il entreroit , seuldesatrouppe, pourvu que l'on baillast aussi un prévost , pour faire prendre trois ou quatre des habitans, les plus mutins, qu'il nommeroit. M. Déagent tâcha de faire en sorte d'amener les habitans à cela (sans leur parler toutefois du prévost), mais il n'en put tirer autre chose,
comptes de Grenoble, qu'il exerça jusqu'à sa mort arrivée en 1026. Déageant a laissé de courts Mémoires adressés au cardinal de Richelieu sur quelques événements de son temps. Cet ouvrage, publié en 1068, n'offre qu'un médiocre intérêt, mais il est bon à consulter, principalement sur la mort du maréchal d'Ancre, événement auquel Déageant prit une part plus importante qu'honorable. Arnauld d'Andilly s'explique longuement sur < e personnage, dans ses Mémoires.
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Mars mi. sinon qu'ils iroyent porter les clefs des portes audit sieur marquis, et luy faire toutes les soumissions qu'il sçauroit désirer, pourveu que ni luy ni aucun des siens n'entrassent dans la ville. Ainsi, M. Déagent revient le lundy 21. On prend quatre résolutions au Conseil : la première , de renvoyer le lendemain de grand matin M. Déagent avec nouvelles lestres de créance; la seconde, d'envoyer M. de Vilaine à la Cour, pour rapporter lestres du Roy à M. de Cœuvres, portant qu'il face retirer promptement ses trouppes de devant Crespy, et qu'il rende les quatre prisonniers qu'il tient, et que l'on luy fera justice de ceux des habitans de Crespy qui ont manqué à leur devoir envers luy; la troisième, de faire donner arrest au Parlement portant qu'il sera envoyé un conseiller de la Cour , sur les lieux , pour informer contre ceux des habitans qui peuvent avoir failly au respect qu'ils luy doivent , et cependant enjoint à luy de retirer ses trouppes; la quatrième, de faire avancer M. de Ville-Gomblin en diligence avec sa compagnie (qui est aux faubourgs de Manse), vers Creil, pour de là, avec des compagnies de Saint^Denis, de la Ferté- Milon et autres, s'aller jester dans Crespy, s'il en estoit besoin. Tout fut exécuté , excepté qu'à cause qu'il estoit le lendemain mardy procession générale, on ne donna point d'arrest au Parlement. Mais Monsieur le Premier Président écrivit à M. le Marquis de Cœuvres, et Monsieur le Procureur gééral aussi. Messieurs les Prévost des marchans et Eschevins allèrent ledit jour lundy, trouver M"" la Maréchale
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de Balagny sœur de M. le Marquis de Cœuvres, et m.™ m: luy dirent que Paris estoit en telle rumeur de ceste affaire que si son frère ne quittoit ce siège, il luy en pourroit arriver quelque chose qui luy apporteroit du déplaisir. Le 22, M. Déagent*part le matin, comme il avoit esté avisé. M. le Vicomte de Sardiny \ intime amy de M. de Cœuvres part aussi en poste, à la prière de Messieurs du Conseil, avec lettres de créance audit sieur Marquis. Les lettres portoyent que les habitans avoyent grandement failly, et qu'ils méritoyent d' estre punis, mais que ce n' estoit pas par cette voye qu'il les faloit chastier. C estoit trop accuser ces pauvres habitans , veu que leur faute estoit fort excusable ; mais il le faloit faire ainsi pour contenter ledit sieur Marquis qui se servoit de cette lettre pour montrer à ses amis (ainsi que l'événement le fit connoistre, car il témoigna à M. Déagent en estre très-satisfait, et mesme le pria de la montrer aux habitans ; et au contraire , estre très-mal content des lettres de Monsieur le Premier Président et du Prévost des marchans). MM. de Sardiny et Déagent, qui arrivèrent en mesme temps à Crespy, trouvèrent que par l'entremise de MM. de la Borde et de Billemont, M. le Marquis de Cœuvres avoit capitulé avec les habitans, à condition qu'ils luy bail-
1 Diane d'Estrées, sœur de Gabrielle d'Estrées et du marquis de Cœuvres, veuve depuis 1603 de Jean de Momluc, seigneur de Balagny , maréchal de France.
* Scipion Sardini, noble Lucquois, vicomte de Buzancy, baron de Cluiu mont-su i-Loire? (Voy. Bayle sur le mot Limeuil.)
v»r% iei6. leroyent 1500 écus ; qu'il entreroit avec dix gentilshommes et quinze de ses gardes ; que les portes de la ville seroyent gardées par soixante mousquetaires de la garnison de la Ferté-Milon, qui sont entièrement pour le service du Roy ; que les habitans luy feroyent des excuses ; et qu'ils ne paroistroyent point armez ( toutefois ils se tinrent armés par trouppes dans des maisons) ; qu'il iroit à la messe , feroit un tour par la ville, et puis sortiroit. Cela fut exécuté le 23 au matin , nonobstant qu'il y eust eu grande contestation entre les habitans, pour ce que la populace ne vouloit point tenir ce que les principaux avoyent fait, ni bailler d'argent. M. le Marquis a voit dessein de les forcer, il avoit fait venir cent cinquante hommes de pied, et avoit mesme fait solliciter la garnison de Soissons, et en cas, il se fust précipité et déclaré pour Monsieur le Prince. Et ce qui le fit résoudre à la capitulation , fut une lettre que Mme de Balagny, par l'avis de M. Déagent , luy envoya toute la nuit, le 21, par laquelle elle luy mandoit que s'il s'y opiniastroit, on luy feroit lever honteusement le siège par force, comme on eust fait. M. Déagent, le 26, va à la Cour, à la prière de M. le marquis de Cœuvres, et requis par Messieurs du Conseil pour justifier l'action dudit sieur Marquis.
Trêve continuée jusques à Pasques.
Tartas pris de nuit, par surprise, par M. de Grammont et démantelé \
» Voy. Merc. fr., t. iv, p. 76.
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22. M. de Pontchartain arrive de Loudun à la ««»«• Cour, touchant quelques points en difficulté. Retourne le vendredy 25. Aussitost, Monsieur le Prince envoya lesdits articles à la Rochelle, en l'assemblée de ceux de la Religion qui l'avoyent là transportée de Nismes.
26. M. de Manicamp 1 , gouverneur de la Fère pour M. de Vendosme, ayant eu quelque huit jours auparavant commandement sur commandement de M. de Vendosme, enfin, le vendredy 25, fit entrer la nuit dans la citadelle deux cens hommes des garnisons de Messieurs les Princes. Le lendemain, comme le lieutenant de M. de la Serre2 estoit allé hors la ville en dévotion au mont du Calvaire, et que ses enfants eurent mené à la chasse le lieutenant de M. de Vil— legaignon, il fit sortir par force les soldats des dites deux compagnies, lesquelles ne dévoient estre que de cinquante hommes chacune. M. le Marquis de Cœuvres, ayant sceu cela à quatre heures du soir à Paris le lendemain dimanche 27, partit à l'heure mesme pour aller à la Fère.
27. M. le Maréchal d'Ancre arrive à Paris, loge en sa maison proche le Louvre, dit à tout le monde qu'il ne tiendroit point à la citadelle d'Amiens que la paix ne se fist, et qu'il estoit tant obligé au Roy,
4 Achille ou Philippe de Longueval, seigneur de Manicamp, gouverneur de Colmar et de la Fère.
* Jean-Jacques de Montesquiou, seigneur de la Serre, connu sous le nom de capitaine de la Serre, capitaine puis lieutenant-colonel du régiment de Vaubccourt?
Mi»™ »««. à la Reyne et à la France, qu'il bailleroit non seulement ses biens, mais sa vie, etc... :.
28. M. le Maréchal d'Ancre fait mettre à la Bastille le Marquis de Bonnivet, qui a voit esté prisonnier à Calais, longtemps auparavant, pour avoir esté en Angleterre pour Monsieur le Prince contre le service du Roy 2.
29 ou 30. MM. de Chevry et de Flexelles9 partis pour aller à Loudun. On dit que c'estoit pour porter de l'argent afin de licencier les trouppes. Retournez à la Cour le On dit que la Reyne fut fort
en colère contre M. de Villeroy de ce qu'au lieu de traitter le point de Picardie le premier, il l'avoit réservé pour le dernier. Cet article de la citadelle d'Amiens a tenu la paix fort longtemps en incertitude, car M. de Longueville s'opiniastroit à la faire raser ou à l'oster au moins au Maréchal d'Ancre ; et la Reyne luy otTroit le gouvernement de Normandie avec le chasteau de Caen, Dieppe et le Pont de l'Arche; ce que Mme de Longueville sa mère, Monsieur le Prince, M. du Mayne et M. de Buillon luy conseilloyent d'accepter; mais il ne le leur vouloit point accorder, disant que pour l'amour d'eux, il quitteroit tout ce qui ne regardoit que son bien et mesme sa vie; mais qu'il n'y avoit rien au monde
1 Voy. Merc. fr.y t. iv, p. 73, la lettre du maréchal d'Ancre à la reine-mère au sujet de la citadelle d'Amiens que les rebelles voulaient faire raser.
5 Voy. Merc. /h, t. IV, p. 73.
» Le sieur de Flesselles secrétaire du conseil.
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qui luy pût faire faire chose contre son honneur ainsi mn tu* qu'estoit cela , veû qu'il y alloit de la parole qu'il avoit donnée aux Picards. On dit qu'il avoit une fois demandé que l'on mist dans ladite citadelle ou M. de la Curée ou M. de Montigny 1 ou II. de Praslin. Depuis, on dit que le Roy y vouloit mettre M. de Luynes; ce qu'on dit que M. de Longueville consentit. Et quç sur cela, M. du Mayne répondit : Je pense que vous estes fou d'aymer mieux le simple gouvernement de Picardie que la Normandie avec les places que l'on vous y offre. A quoy M. de Longueville ayant répliqué qu'il estoit fort homme de bien, M. du Mayne répondit : Je ne doute point que vous ne soyez fort homme de bien, et ce que j'en ay dit n'a nullement esté pour vous offencer, mais pour ce que j'affectionne vostre bien plus que vous-mesme. Et ainsi cela se passa. M. de Buillon et Monsieur le Prince témoignèrent aussi à M. de Longueville, improuver extrêmement le conseil qu'il prenoit sur ce sujet. On dit que M. du Mayne fut dix jours sans voir M» etMme de Longueville. Je ne sçay si ce fut devant ou après cecy \
* François de la Grange, seigneur de Montigny, gentilhomme de la Chambre, capitaine des gardes sous Henri III, gouverneur du Berry, mestre de camp général de la cavalerie légère, se signala à la bataille de Coutras en 1587, où il fut fait prisonnier par le roi de Navarre, servit au siège de Rouen en 1562, fut aux combats d'Aumale et de Fontaine-Française en 1595, au siège d'Amiens en 1597, gouverneur de Paris et de Metx en 1603, maréchal de camp dans l'armée du duc da Guise en 1615, maréchal de France en 1616, mort en 1617. {Voy. P. Anselme, t. vu, p. 42a.)
* Voy. Mere. /h, t. rv, p. 55, une longue remontrance adressée au roi pour le prier de faire raser 1» citadelle d'Amiens.
m«-s Le chasteau de Lombez, en Albigeois, surpris par
le vicomte de Panât, huguenot. La ville estoit tenue par ceux de la Religion et le chasteau par le Roy. On a dit depuis que ce vicomte n' estoit entré que dans la ville, laquelle est huguenotte.
M. le Marquis de la Vieuville 1 achète de M. de Plainville soixante-quatorze mil ecus la charge de capitaine des gardes. Il a dispute avec Cornillan.
30. Mort de M. Dollé, à quatre heures du matin. Il avoit esté malade quatorze jours. Lorsqu'il tomba malade, la Reyne se confioit plus en luy des affaires d' Estât qu'en nul autre. Il estoit fort bien avec Monsieur le Prince, lequel lui avoit fait dire par l'abbé d'Aumale, qu'il s'assurast qu'il ne luy vouloit aucun mal, et qu'il estoit très-marry de ce qu'il avoit esté mis hors le manifeste; mais que M. de Buillon l'avoit voulu absolument. On dit qu'assurément ledit sieur Dollé estoit au plus haut point de sa faveur et de ses espérances. Il se jugea mort le second jour de sa maladie, et fit son bonjour. Il a laissé huit enfans. — J'ay ouy la veufve se pleindre à M. Arnaud de ce que nul autre de Messieurs du Conseil ne l'avoit visitée que M. de Maupeou, et nul n'y avoit envoyé que
1 Chartes, I«r du nom, marquis puis duc de la Vieuville, premier capitaine des gardes du corps en 1616, grand fauconnier de France après son père mort en 1612, lieutenant-général en Champagne, surintendant des finances en 1623 ; disgracié sous Richelieu, il sortit de France et fut condamné par contumace; rentré en France après la mort de Louis XIII, il fut rétabli dans toutes ses charges et dignités en 1643; il fut de nouveau surintendant des finances sousMazarin ; créé duc et pair en 1651, il mourut en 1653. {Voy. P. Anselme, t. vm, p. 761.)
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Monsieur le Chancelier et M. le Président Jeannin m«» me.
La Reyne permit à la veufve de vendre l'office de son Procureur Général. Elle en traitte à six mil ecus avec M. de Bercy -Malon 2 ; mais le Maréchal et la Maréchale d'Ancre ne l'eurent agréable.
% M. le Maréchal d'Ancre voulant aller en sa Avril, maison du faubourg Saint-Germain, accompagné de quinze ou vingt gentilshommes, la sentinelle de la porte de Bussy les arresta. Sur cela, ils dirent que c'estoit M. le Maréchal d'Ancre, et dit-on, quelqu'un d'eux ou le cocher dit que c'estoyent de beaux badaux. Sur quoy la sentinelle cria aux armes, et un cordonnier nommé Picart, sergent de la compagnie, se trouva là. M. le Maréchal d'Ancre, voyant le peuple qui s'émouvoit, se retira dans l'hostel de Lyon.
M. d'Espernon, estant en Limosin, fit charger quatre-vingt cuirassiers, qui conduisoyent l'attirail de deux canons, que M. de Buillon vouloit mettre à Turenne. Il y en eut trente de tuez. Depuis, il fit pendre, à deux fois, quatorze soldats qui levoyent la taille, et n'avoyent point de commission expresse de Monsieur le Prince.
Mort de M. de Beaumont', fils de Monsieur le
1 Voy. Pontchartrain, p. 160.
* Claude MaJon, seigneur de Bercy, maître des Requêtes, président au grand Conseil ?
» Christophe de Harlay, comte de Beaumont, lieutenant-général au gouvernement d'Orléans, bailly du Palais, ambassadeur en Angleterre de 1602 à 1607, mort en 1616.
Avril me. Premier Président de Harlay \ de fièvre de pourpre.
Ses charges de bailly du Palais de Paris et d'Orléans furent conservées à son fils âgé de neuf ans *, en vertu d'un brevet. Il est mort endetté de deux cent mil écus.
M. de Béthune3, frère de M. de Sully, estant à sa maison, à Celles en Berry, mandé par la Reyne pour aller à Turin, Milan et Venise touchant les différens émeus es dits pays. — Nota: défaveur à M. de Rambouillet4 qui avoit traitté cette affaire l'année dernière.
8. Monsieur vint loger au Louvre. On remarque que jamais Prince du sang n'y avoit logé en l'absence du Roy. On dit que la Maréchale d'Ancre le fit faire, afin d'estre gardée par ses gardes.