‹ Journal inédit d'Arnauld d'Andilly, 1614-1620Chapitre 56 sur 109 · M. le Maréchal d'Ancre arrive à Paris · texte numérisé non relu

M. le Maréchal d'Ancre arrive à Paris

Le Vidame de Normandie, autrement le Baron d'Anneval, jeune homme de vingt-deux ans, qui avoit eu une compagnie de chevaux légers sous le Maréchal d'Ancre, fait appeler M. de Montbazon

1 Hercule de Roh&n, duc de Montbazon, pair et grand veneur de France, gouverneur et lieutenant-général de la ville de Paris et do

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La querelle vint sur ce que M. d'Anneval avoit levé Jum sa compagnie en Normandie dans le gouvernement de M. de Montbazon sans l'en avertir, et que M. de Montbazon estoit monté à cheval pour rattraper. M. de Montbazon voulant sortir pour s'aller battre, est arresté. M. le Maréchal d'Ancre va chez M. d'Anneval, et mande à M. de Montbazon qu'il y avoit esté, non pour s'offrir à luy , mais pour le tanser de la faute qu'il avoit faite de l'oser appeller , et qu'il luy en feroit faire telle Satisfaction qu'il voudroit.

M. de la Chastre 1 preste, entre les mains du Roy, le serment de la charge de maréchal de France, à luy accordée au lieu du gouvernement de Berry 2.

Monsieur le Garde des sceaux ayant refusé tout haut au sceau un don controllé par M. Barbin, M. Barbin témoigna en estre extrêmement offensé ; mais on luy dit que tout ce qu'il pouvoit désirer de Monsieur le Garde des sceaux, estoit qu'il ne refusast pas publiquement les expéditions controllées de luy où il trouveroit de la difficulté, mais qu'il les mist à

risle de France, mort en 1654. La célèbre duchesse de Montbazon est sa seconde femme, Marie d'Avaugour de Bretagne, fille de Claude de Bretagne, comte de Vertus, et de Catherine Fouquet de la Varenne, mariée en 1628, morte en 1657.

1 Louis de la Châtre, baron de la Maisonfort capitaine de cent hommes d'armes, gouverneur du Berry en 161/i, maréchal de France en 1616, gouverneur du Maine, de Laval et du Perche, mort en 1630. Il était fils de Claude de la Châtre, baron de Maisonfort, maréchal de France, mort en 16H.

* Voy. Merc. fr.x t. iv, p. 87; Fontenay-Mareuil, p. 336; Richelieu, p. 30/j ; Pontchartrain, p. 1/j3.

jutniew. part; et que ceux qui luy disoyent que Monsieur le Garde des sceaux estoit obligé de sceller ce qu'il controlloit, le flattoyent contre toute sorte de raison, etc. On parla aussi à Monsieur le Garde des sceaux, afin que pour chose qui ne dépend que de quelque sorte de formalité , il se relachast à ne le vouloir aigrir, attendu le préjudice que cela pourroit apporter aux affaires du Roy et à son service, à cause que ceux qui voudroyent brouiller, ne manqueroyent pas de se servir du prétexte de la division qui seroit entre ceux qui manient les affaires.

13. Le sieur de Beauveau, Lorrain, fils d'un qui avoit eu la teste tranchée aux Grans-jours de Poitiers, vient à Paris avec des coins pour faire fausse monnoye. 11 est pris par Défontis', mis au Grand Chastellet. Le Roy baille un commandement, signé deLoménie,à M. de Vitry, capitaine des Gardes, pour l'aller tirer de prison. Le geollier refuse de rendre le prisonnier. Enfin, M. de Vitry, à l'heure de minuit, avec des gens armez qu'il avoit, tire ledit Beauveau de prison, lequel estoit condamné à avoir la teste tranchée.

On avoit voulu faire sceller les lettres patentes à Monsieur le Garde des sceaux, mais il les avoit refusées. On pouvoit prendre un beaucoup meilleur expédient : car le Roy pouvoit dire qu'il avoit appris que le prisonnier avoit fait quelque entreprise contre son Estât; que sur cela, il vouloit parler à luy. Et ainsi,

* Lieutenant-criminel.

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se le faire amener. Et puis, en décharger luy-mesme le Prévost, et en charger un capitaine de ses Gardes, et le faire mener à la Bastille, d'où on l'eust tiré puis après. Le Roy en a autrefois quasi usé de la mesme sorte. Ce fut M. de Ch an val Ion qui au nom du duc de Lorraine2 (car le sieur de Beauveau est Lorrain), fit cette poursuite. On dit que ce fut M. le maréchal d'Ancre qui obtint sa grâce.

Le Parlement s'assemble. Résolu d'aller faire Remonstrances au Roy pour luy demander justice ; et jusqu'à ce qu'elle leur eust esté faite , luy remettre leurs charges.

Ift. Messieurs du Parlement, en nombre de quatre-vingt ou cent, vont à pied, avec leurs bonnets quarrez, depuis le Palais jusques au Louvre. Là, attendent fort tard que le Roy fust revenu. Monsieur le Premier Président porta la parole fort bien et fort courageusement, à ce que l'on dit. Entr'autres choses, il se pleignit fort de M. de Vitry, lequel estoit à costé du Roy. Le Roy répondit qu'il avoit commandé à M. de Vitry de faire ce qu'il avoit fait, et que Monsieur le Garde des sceaux leur diroifsa volonté sur ce sujet. Après cela, Monsieur le Garde des sceaux prit la parole, et repartit que" le Roy ayant depuis peu receu, en pareille occasion, d'un prince estran-

1 Jacques de Harlay, seigneur de Cliamp vallon, grand écuyer du duc d'Alençon, mestre de camp du régiment de «es gardes et de sa cavalerie légère, gouverneur de Sens, grand maître de l'artillerie pendant la Ligue, chevalier dn Saint-Esprit en 1602, chambellan du duc de Lorraine et intendant de ses affaires en France, mort en 1630. » Henri II dit le Bon, né en 1563, duc de Lorraine de 1608 à 162/1.

juin!»*. ger, son voisin, lequel, en sa faveur, avoit de puissance absolue sauvé un gentilhomme françois accusé * du mesme crime que celuy dont il s'agit, il n' avoit pu luy refuser un semblable office; que ce n'estoit pas la première fois que Ton en avoit usé de pareille sorte ; que le Roy avoit commandé à M. de Vitry de tirer le prisonnier ; que pour le regard de la violence, c'estoit chose qu'il n' avoit point entendue, et qu'il vouloit en estre éclaircy, pour s'en faire raison à luy-mesme1.

16. Les lettres d'office de Monsieur le Garde des sceaux furent rapportées par M. Courtin, doyen, les chambres appellées. Il se trouva difficulté sur la clause de préséance au Parlement. Monsieur le Rapporteur fut d'avis de l'entérinement pur et simple. M. Pelletier, qui opina le second , ouvrit l'opinion contraire. M. Maréchal suivit, et plusieurs autres. « M. de Grieux2 fut pour Monsieur le Garde des sceaux, et après l'avoir extrêmement loué , dit qu'il luy sembloit qu'il n'y avoit aucune difficulté en cette clause, d'autant que personne n'y pouvoit avoir intérest que Monsieur le Premier Président, et qu'il montroit bien n'y en avoir point, puisqu'il estoit de l'assemblée pour y opiner ; qu'autrement, ce seroit estre juge et partie. M. Fayet fut pour Monsieur le

• Voy., sur cette affaire, Mém. de M. Mole, p. 117. Suivant le récit de Molé, qui du reste est conforme à celui d'Arnauld d'Andilly, il s'agissait du baron de Beauvoir, poursuivi pour crime de lèse-majesté.

1 Conseiller au Parlement et l'un des seize colonels des bourgeois de Paris.

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Garde des sceaux, et dit entre autres choses, que jamais promotion n'avoit esté receue de tous les gens de bien avec plus de contentement et de réjoûissance, etc. M. le Président Séguier opina du bonnet et fut, avec tous ses amis, contre Monsieur le Garde des sceaux. Monsieur le Premier Président dit qu'il n'estoit pas besoin de beaucoup opiner, puisque l'affaire passoit de tant de voix; qu'il répondoit seulement à ce que M. Fayet avoit dit : que jamais promotion n'avoit esté plus agréable à tous les gens de bien, et qu'il luy feroit voir des livres imprimez en Aleman, Espagnol et Italien, par lesquels il connoistroit qu'il y en avoit eu une autre, laquelle avoit esté beaucoup plus agréable (entendant la sienne). M. de Coigneux 1 avoit dit auparavant que puisque M. de Grieux louoit tant la probité de Monsieur le Garde des sceaux, et qu'il se fondoit en partie sur cela, pour dire qu'il devoit présider au Parlement, il faudroit, par ce mesme argument, que le Prieur des Chartreux , qui est un fort homme de bien, y vint présider. Enfin , l'affaire passa de vingt-quatre voix contre Monsieur le Garde des sceaux, lequel, le lendemain, retira ses lettres d'entre les mains de M. Courtin, rapporteur2.

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