‹ Journal inédit d'Arnauld d'Andilly, 1614-1620Chapitre 88 sur 109 · Comédie de la Reyne · texte numérisé non relu

Comédie de la Reyne

M. le Cardinal de Savoye3 arrive à Orléans, où MM. de Béthune et de Modène furent au devant de luy.

31. Congé donné de la part du Roy à Mme la Comtesse de Moret4, par M. de la Vieuville,

Octobre 161».

Vendredy 2. M. le marquis de Caluse, fils de M. le Comte de Verrue, arrive à Paris, devant M. le Cardinal de Savoye.

Novembre.

* Guillaume Bautru, comte de Serrant, né en 1588, conseiller d'Etat, introducteur des ambassadeurs, ambassadeur en Angleterre , eu Espagne, en Savoie et dans les Pays-Bas, membre de l'Académie-française, mort en 1665. Vvy., sur ce courtisan bel esprit qui s'est acquis une certaine célébrité par ses bons mots, l'article de M. Salabory dans la Biog. Michaud; et son historiette, Tallemant des Béaux, t. if, p. 314.

2 André Boullanger, prédicateur de l'ordre des (Augustins réformés, connu sous le nom de Petit père André !, né en 1582, mort en 1657. Toy., sur ce personnage, l'article de M. Tabaraud dans la Biog. Michaud, et son historiette, Tallemant des Beaux, t, v, p. 329, Le Boullanger cité ici pourrait être aussi Jules-César Boullanger, jésuite, au. mônier du Boi, mort en 1628. Voy. Moreri, t II, p. 135.

* Maurice de Savoie, fils de Charles-Emmanuel, duc de Savoie, né en 1593, cardinal, prince d'Oneille, mort en 1657.

1 Jacqueline de Bueil, comtesse de Moret, maltresse de Henri IV, dont elle eut, en 1607, Antoine de Bourbon, comte de Moret. Elle

Novembre tejs. 6. M. le marquis de Cœuvres va à Linas, au devant de M. le Prince Cardinal de Savoye. M. de Nemours, qui y avoit esté auparavant, comme particulier, va au Bourg la Reyne, où M. deCadenet va, de la part de M. de Luynes. Estant arrivé à son logis du faubourg St-Germain, M. de Luynes le va visiter de la part du Roy, et l'amène voir Sa Majesté, sans cérémonie ; puis le remet en carrosse

Le Roy le loge au faubourg St-Germain, et luy a baillé un département dans le Louvre; mais il n'y couche point. Sa Majesté le défraye, avec tout son train, qui est de deux cens tant de personnes ; ce qui couste quatre à cinq cens2 par jour \

7. Monsieur le Prince Cardinal eut audiance solennelle du Roy, de la Reyne, et de Mesdames.

épousa en 1617 Réné du Bec, marquis de Vardcs, et mourut en 1651. Voy. son historiette, Tallemant des Réaux, t. i, p. 155.

1 On trouve, à l'année 1018, p. 217, dans les Mémoires de Molé, publiés par M. Aimé Champollion, une lettre du Garde des Sceaux à Molé datée de Poitiers le 6 novembre 1618, dans laquelle il est question du voyage du Roi en Béarn. Cette date est inexacte et la lettre n'est pas à sa place, puisqu'à cette époque le Roi était à Paris où il recevait le cardinal de Savoie qui venait officiellement demander la main de Madame Chrétienne pour le prince de Piémont.

2 Livres probablement

• Voy. Pontchartrain, p 270. C'est par une erreur de copiste, sans doute, qu'on lit dans les Mémoires de Ponchartrain, p. 267 et 269, Madame Henriette au lieu de Madame Chrétienne. Voy. aussi Merc. /r., p. 277 et suiv. Le cardinal de Savoie était logé à l'hôtel de Piquigny. Le Mercure donne une description complète et curieuse du magnifique feu d'artifice tiré pour la célébration de la fête du Roi et qui avait été différé jusqu'à l'arrivée du Prince Cardinal. Ce feu d'artifice, chef-d'œuvre de Jumeau, ne le céderait pas aux merveille) de nos jours en ce genre.

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Le Roy, après luy avoir donné audiance, l'alla Novembres*, voir passer dans la chambre de la Reyne.

Mme de Nemours se trouvant chez la Reyne, audessous de MM,U" de Longueville, fît semblant de se trouver mal, et se leva.

Monsieur* le Prince Cardinal, qui s'estoit couvert devant le Roy, et devant la Reyne, ne se couvrit point devant Mesdames. Les uns dient que c'est à cause de la recherche; et d'autres, que ce fut à cause que Madame ne le luy dit pas.

13. Monsieur le Prince Cardinal fit au matin, au Roy, la demande de Madame, pour M. le Prince de Piémont, son frère \ Le Roy répondit, qu'il verroit les lettres du Duc de Savoye, son Oncle; qu'il en communiqueroit à Messieurs de son Conseil ; et puis qu'il luy feroit réponce.

Ce mesme jour, le Roy mena Monsieur le Prince Cardinal à St-Germain, et y estant, luy mena voir toute la maison. Il le mena aussi à la chasse, luy donna un couple de sa main, et luy fit courre un cerf, avec cent veneurs, et cent chiens. Il le luy fit prendre en deux heures 2.

Ift. M. le Colonel d'Ornano va en Normandie,

1 Chrétienne de France, sœur de Louis XIII, née en 1606, épousa le 10 février 1619, comme il est dit plus loin, Victor Amé, prince de Piémont, fils de Charles Emmanuel, duc de Savoie, né en 1587, qui succéda à son père en 1630, et mourut en 1637. Après sa mort, Chrétienne fut régente pour ses doux fils successivement, et après avoir gouverné la Savoie pendant plus de vingt-cinq ans, mourut en 1663.

a Voy. Richelieu, p. 516; Fontenay-Marcuil, p. Û15 et ft23; Pontchartrain, p. 270 ; Merc. /r., p. 277 et suiv.

novembre set*, prendre possession de sa charge de Lieutenant Général. Il arriva à Rouen le Dimanche 18, et revint à Paris le 11* de Décembre. 11 fut si bien reçeu, et réussit si excellemment en ce voyage, qu'il ne se peut mieux.

Voicy la harangue qu'il fit à Messieurs du Parlement de Rouen 1 :

Messieurs, l'honneur que j'ai reçeu du Roy pour représenter sa personne en cette province, la plus populeuse, la plus puissante par mer, et par terre, et la plus voisine du Siège de son Empire, surpasse infinies fois mes mérites. Mais il a pleû à Sa Majesté de se souvenir des fidèles et passionnez services rendus à la France par feu M. le Maréchal d'Ornano, mon Père, et Monsieur le Colonel 2 mon ayeul, et de considérer aussi la nourriture que j'ay reçeue dès ma première jeunesse, et la ferme résolution que j'ay prise, de n'avoir jamais autre objet au monde, que le service de mon Roy, et la gloire de cette couronne, avec un désir ardent de rechercher toute sorte d'occasions pour employer courageusement mon sang et ma vie, afin de faire que Sa Majesté soit aymée,

1 Je serais disposé à croire que les deux harangues insérées ici textuellement étaient de la main d'Arnauld d'Andilly, de môme que le discours du colonel d'Ornano rapporté dans l'extrait du journal de d'Andilly relatif à l'arrestation de ce personnage, qui forme l'appendice de ce volume. Arnauld d'Andilly était particulièrement attaché au colonel, depuis maréchal d'Ornano, qui, dit-il, « étoit l'un des hommes » du monde qui m'a le plus véritablement aimé.» (Mém. d'Arnauld d'Andilly, p. 375.)

2 Sampietro Corse, dit Bastelica, seigneur de Benane, colonel général de^ Corses, tué en 1567. Il avait épousé en 1528 Vanina d'Ornano. rot/. P. Anselme, t. vu, p. 391.

d'arnauld d'andilly.- 387 obéïe, et redoutée, en tous les endroits où elle me Novembre fera la faveur de me charger de ses Corn mandemens. A quoy je suis tellement résolu, qu'il n'y a considération quelconque qui soit capable de m'en détourner. Ce que j'espère que Dieu me fera la grâce de confirmer beaucoup plus fortement par mes actions, que par mes paroles; et ne doute point aussi, Messieurs, que je ne vous trouve tous concurrens en ce mesme dessein ; ce qui me fait croire que me tenant assidu en cette province, comme je dois, et comme je feray, nous rendrons au Roy, et à l'Estat des services très importans, et très signalez. En quoy je ne désire avoir qu'une raisonnable distribution de l'honneur qui en reviendra, et feray fidèlement entendre à Sa Majesté la participation de louange et de gloire qui sera deûc à votre Corps en général, et à chacun de vous en particulier. Réputant à très grand bon-heur d'avoir pour témoin, de mes déportemens, une Compagnie si célèbre, et de laquelle j'estime tellement le mérite, que l'un de mes plus grans souhaits sera toujours d'en estre chéry, et de me rendre digne dosa bienveûillance, par toute sorte de services.

Il fit celle-cy à Messieurs... :

Messieurs, l'honneur extrême, et de beaucoup surpassant mon mérite, que j'ay reçeu du Roy, en me constituant son Lieutenant Général en cette grande et très-importante Province, m'oblige à n'avoir autre soin, ni autres pensées, qu'à faire ressentir à ses sujets les efl'ets du bon-heur du Gouvernement de

Novembre u»8. Sa Majesté, que Dieu, dès sa première jeunesse, a voulu accompagner de tant de piété et de justice, que le plus grand désir qu'elle ayt au monde, est de faire toujours marcher à ses costez ces deux rares et excellentes vertus. Tellement que j'espère qu'au lieu que cette célèbre assemblée se consommoit autrefois quasi toute, à dresser des Pleintes et desRemonstrances, vous l'employerez doresenavant à résoudre des Remerciemens et des Actions de Grâces, et tout ensemble, à y proposer de belles et glorieuses entreprises, pour fortifier le service du Roy, rehausser l'honneur de la Couronne, et remplir cette Province de toute sorte de richesses. Pour mon regard, je suis résolu d'y appliquer tous mes soins et mes cogitations ; et vous supplie en général et en particulier, de faire le semblable, et de vous assurer que Sa Majesté, à qui Dieu a donné l'âme la plus généreuse qui soit au monde, favorisera et aydera vos bonnes. intentions, et en toutes choses, vous remplira de bien-faits, et des contentemens que vous devez attendre du meilleur Prince qui soit sur la Terre.

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