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ni les goûts frivoles de son temps ; fortement imbu, au contraire, de principes religieux, et remplissant avec exactitude les devoirs qu^ils imposent, M. de Croy ne serait jamais, il le reconnaît lui-même, « sorti de Tornière », si, dès le début, il n'avait su s'imposer, à la Cour, par son caractère et ses talents. II est vrai qu'il eut, en outre, l'adresse de s'y ménager des protecteurs, mais on est obligé de reconnaître qu'il le ût sans bassesse, et s'avança au milieu des intrigues, sans intriguer lui-même.
On sait que, sous Louis XV, le meilleur moyen de pénétrer dans l'intimité du Roi était la chasse, quand on possédait les quartiers de noblesse requis pour y être admis.
Après un certain nombre de chevauchées, le Roi, dont la mémoire était excellente, retenait non seulement les traits, mais encore le nom du cavalier, et, bientôt, l'inscrivait sur la liste des habitués des Cabinets. Celui-ci pouvait, dès lors, se considérer comme un familier du souverain.
A l'exemple de la plupart de ses contemporains, M. de Croy commença par s'imaginer que son assiduité aux chasses le mettrait promptement sur le chemin de gloire ; il s'aperçut de son erreur, quand, après avoir été plusieurs années, comme le disait plaisamment M. de Souvré, « au galop pour toute nourriture », il se vit refuser, en 1743, la survivance du gouvernement de la ville de Coudé, par lui sollicitée.
Il n'est pas plus heureux quand il demande, quelques années après, le grade de maréchal de camp (étant brigadier depuis 1745). En effet, il a beau multiplier ses démarches auprès de Mme de Pompadour, sans laquelle aucune grâce ne peut s'obtenir; de Mme d'Estrades, cousine de la marquise ; de d'Argenson, du cardinal de Tencin, de M. de Puisieux; épuiser, en un mot, toutes ses ressources en fait d'appuis, — il n'aboutit qu'à un second échec.
Sans se décourager, il « entame » (mot dont il se sert
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toujours en pareil cas) une nouvelle a affaire », celle des Honneurs de la Cour^ grâce importante, et que le Roi refuse à ses meilleurs amis, car elle confère le droit d'entrer dans sa chambre, aux heures du lever et du coucher, celui de monter dans ses carrosses, et de pénétrer, à cheval, dans les cours de ses châteaux. Puis jugeant utile de courir deux lièvres à la fois, il se met sur les rangs des prétendants à la charge de chevalier d'honneur de la Dauphine. A cet effet, et dans le but de faire valoir ses connaissances militaires, il use d'un moyen auquel il aura souvent recours et qui lui vaudra de la considération en haut lieu, — il présente au maréchal de Saxe un important Mémoire sur Maëstricht. Ce travail est apprécié comme il le mérite, mais la marquise n'est pas encore suffisamment prévenue en faveur de l'auteur, et, comme tout dépend d'elle, plus encore que du maréchal, les honneurs lui sont refusés, et la charge est donnée à un autre.
Désolé, il cherche à faire diversion à son chagrin par des courses dans Paris : il va voir des collectionneurs, achète des meubles pour son château de Condé et pour celui de THermitage, qui en est voisin, se remet à la chasse à tir et, malgré ses trente-un ans, à la danse. Il s'y est livré avec succès, jadis, et se plaît encore, quand on Ten prie, à enseigner à la jeunesse les plus jolies contredanses de son temps. Enfin, chose inouïe, et qui sort absolument de ses habitudes, il accompagne, un soir^ des dames au bal de l'Opéra ! L' « équipée )> fait du bruit; le Roi, les courtisans l'en plaisantent, et, pour n'avoir point mauvaise grâce, il en badine avec eux.
Bientôt, jugeant nécessaire de ne point s'attarder aux regrets et de s'engager dans une voie nouvelle, il demande l'ambassade de Naples, mais se ravise et tourne ses vues du côté de l'Espagne, dont le poste lui semble plus avantageux, parce qu*il peut lui procurer la grandesse, la Toison d'or^ et
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aussi le recouvrement d'une somme assez forte que le gouvernement espagnol lui doit.
Nouvel échec !
II traverse, alors, une période de découragement qui ne dure pas moins de deux années (1751-1753), pendant lesquelles il s'abstient de se montrer à Versailles, si ce n'est pour les cérémonies officielles, ou, du moins, pour celles où il est sûr d'être au premier rang, car plus que jamais il tient à n'être point « confondu dans la foule. »
Son ambition ne se réveillera qu'en décembre 1753, à Corapiègne,un soir où, le Roi lui ayant donné « le bougeoir », il se décidera à reprendre le projet de la survivance et à se faire appuyer de nouveau auprès de Mme de Pompadour et du comte d'Argenson. Mais sa meilleure protection est encore sa mère : son crédit est tel, que d'Argenson, dont le caractère est pourtant peu souple, après lui avoir démontré l'impossibilité d'accorder ce qu'elle sollicite, finit par le lui promettre, ou à peu près. Même succès auprès de M. de Soubise, intime ami de Mme de Pompadour, qui va bientôt devenir celui de M. de Groy.
C'est que, tout éloignée qu'elle vive de la Cour, la princesse de Croy continue à bénéficier du souvenir laissé par son mari et des services qu'il a rendus au Roi, souvenir et services dont son fils est, d'ailleurs, loin de se montrer indigne !
De son côté, celui-ci n'est point resté inactif: il a si bien su gagner le Roi à sa cause en flattant son goût pour les bâtiments et les jardins, et Imtéresser aux travaux de son château de l'Hermitage, que Louis XV fait rectitier ses plans par Gabriel, y ajoute des corrections de sa propre main, et s'intitule, plaisamment, « l'architecte de M. de Groyl »
Bref, en 1754, à l'âge de trente-six ans, il obtient la survivance tant désirée !