‹ Journal inédit du duc de Croÿ, 1718-1784;Chapitre 38 sur 59 · XLVI INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XLVI INTRODUCTION

gétal : les rejetons jettent dehors les vieux troncs I » Une autre fois il dit, à propos des velléités du Roi de nommer MM. de Ségur et.de Castries maréchaux de France: « Si ce» deux ministres plient bien, ils seront très courbés, et il faudra leur donner un bâton pour se soutenir... Mais s'ils résistent et regimbent trop, il faudra le leur casser sur le dos ! »

Quand, récemment créé lui-môme maréchal de France, il vient remercier la Reine, celle-ci s'écrie : « Cela était trop juste ! Vous Tavez bien mérité ! — Voilà joindre la grâce à la grâce ! » répond M. de Groy qu'un jeu de mots ne faisait point reculer, dès qu'il s'agissait d'être aimable avec sa souveraine !

Une jolie scèpe est celle de sa rencontre, en 1783, avec le Dauphin, alors âgé de deux ans. L'enfant lui ayant fait de «jolies mines », le maréchal, ému jusqu'aux larmes, s'écrie : « J'espère que les fils de mes petits-fils vous serviront comme j'ai tâché de servir votre bisaïeul ! »

Mais ce ne sont là que des anecdotes propres à faire connaître au lecteur le caractère de M. de Croy. Notre Journal fournit à l'Histoire d'autres documents d'une réelle valeur^ tels que le récit des visites de l'auteur à J.-J. Rousseau, à Benjamin Franklin ; la relation des séjours à Paris de diverssouverains étrangers ; celle du second mariage et des derniers moments du Dauphin ; du mariage de Marie- Antoinette ; de la dernière maladie et de la mort de Louis XV ; d'amplesdétails sur le ministère de Ghoiseul, sur le chevalier d'Eoa et l'espion Parades, que M. de Groy a connus; le duel du comte d'Artois avec le duc de Bourbon, etc., etc.

Si son style n'est point brillant, ni même toujours correct^ il possède, en revanche, l'art d'écrire clairement et dépeindre à merveille ses personnages, souvent en quelques mots^ Aussi son Journal contient-il une série de portraits qui n'en forment point la partie la moins intéressante. Citons d'abord

Page 1