‹ Journal inédit du règne de Henry iv, 1598-1602, publChapitre 65 sur 68 · JOURNAL DU RÈGNE DE HENRI IV · texte numérisé non relu

JOURNAL DU RÈGNE DE HENRI IV

estant dis^acié de la Marquise^ Sa Majesté pour fair sa paix la mena quant et lui à Yemeuil^ et le laissa i • un cabaret des fauxbourgs^ attendant que SaMajestt eust parlé à elle poqr lui; donnant à entendre aud. Sigongne qu'il ne demeureroit qu'une heure ou deux, mais il y passa la nuict entière^ où estant mal logé et accommodé de toutes façons^ il s'en descbargea sur le papier de ceste façon.

Plainte d'un Gayalier mal logé.

Entre la puce et la punaise, etc., etc.

ii'l-1

-ANVir?;

wece

«Bairil» „

Bar le 1^

De tant de fous qu'on void en France Et de ceux qui font les prudens, Il n'y a point de différence Que de harhe et d'àbhillemens.

Car chacun a sa maladie Qui le possède et le manie.

Mais quels sont les plus fous ou sages, Dites Messieurs les entendue, Ou ces fous riants et volages.

Ou ceux qui les ont attendus ?

Et qui, pour voir une folie, Auront la toux et la Chassie ?

Ces fous donc qu'on void à la dance

Ne sorUpas des fous tout à fait;

Il sont plus sages qiCon ne pense.

Puisqu'ils sont fous quand il leur plaist,

Et la sagesse et la folie

Leur tiennent bonne compaynie.

La plus part du nwnde s'appreste Pour se rire de son prochain, Mais tel souvent est une beste Qui fait bien le sage mondain.

Car chacun a sa maladie Qui le possède et le manie,

Vov4 qui cherchés les lieux Des bois plus agréables, Et qui charmés vos jeux Des beautés admirables, Contemplés ce bois ci Cause de mon souci.

Tout ce qu'on peult avoir D'amour et de délice.

Que naJtwre peut voir De beau sans artifice, Se loge en ce hois ci Cause de mon soud, \

Au bois si désiré Nourrisson de ma vie, Ne rend désespéré Ung que Vamour convie De graver son souci Au Comr de ce hois ci.

Deux soleils esclairoms Luisent sur son feuillage, Et les rais transpara/ns Chassent V obscur ombrage; C'est pourquoi ce bois ci Causse tout won souci.

Ce mesme jour xv« du présent mois de janvier^ je receus les adyis suivans de la Rochelle^ par lettres d*un mien ami^ dactées du vi^ de ce mois.

a Quoiqu'eslongné du monde Parisien ^ si ay-je sceu plusieurs grandes choses qui ne se peuvent escrire^ et qui seront les passe temps de quelques après disnées à nostre première vue. Il n'est pas qu'en gros vous n'en aies ouï parler^ et que vous ne sachiés l'arrivée du nepveu du Cardinal Barronius^ qui tiré des ténèbres d'Egipte^ est maintenant au pays de Gossen^ où il y a descouvert de très grandes menées^ qui se tramoient et se trament encores contre tous les fidèles. Sed de his alias. Il y a naguères eu une esmotion fort grande en Gascongne. Le fait est qu'un Conseiller de Bordeaux^ nommé Beau-

278 JOURNAL DU RËGNE

lieu^ gendre du Président Cadillac^ esperdûment ensorcelle de l'amour d'une belle Damoiselle nommée de Jesto^ auroit tué sa femme afin de Tespouser. Le Président, averti de ce fait, prie quelques uns de ses amis de monter à cheval pour poursuivre ce meurtrier, ce qu'ils firent en très bon nombre et se divisans en plusieurs troupes, prirent divers chemins. Cela allarma si fort le peuple que sans la discrétion de quelques uns, qui lui remonstrèrent que c'estoit un criminel qu'on poursuivoit, il se fust fait un grand amas de gens. Quelques séditieux gamemens (car vous savez combien ce déplorable temps nous en a enfantés) désireus de remûmens et de troubles, pour exciter une sédition, firent courir le bruict que le Roy et Monseing'. le Dauphin avoient esté tués, et selon la cabale de père en fils apprise, que les hugenots estoient en campagne et arboroient leurs enseignes, comme s'ils n'estoient nés au monde que pour servir de prétexte à leur rage, et de matière aux passions furieuses qui sans cesse les enflamment et les bruslent.

« On nous dit que Mons'. le Président Séguier a triomphé contre le Concile prétendu de Trenle. Son nom est en très bonne odeur envers tous les gens de bien. Je suis fort estonné de ce que vous me mandés touchant les Jésuistes, comment ils sont si effrontés que d'aller la teste levée au théâtre de ceste grande ville, où ces sanguinaires bouchers ont fait jouer de si cruelles tragoedies. Je désire fort savoir ce qui se passera en la Cour sur ce subject et sur l'autre, car ce sont

les pierres de touche qui nous descouvriront^ et à la postérité^ qui auront esté les fidèles et généreux officiers de cest estât en une afi!sdre de grande importance. Ja je voy plus de péril pour eux et pour les leurs que pour ceux de la Religion^ ausquels en apparence ils semblent en vouloir. Si vostre loisir vous permet d'esgaier la dessus la beauté de vostre plume y ce seroit œuvre de superérogation par lesquelles vous triompherés et mériterés éternellement^ etc. »

La nuict du Mardi xxn« de ce mois^ jour St. Vincent, il esclaira et tonna fort à Paris contre la saison^ les nuicts estant chaudes comme en esté.

Le Dimanche xxvn"" de ce mois^ une jeune Damoiselle et bonneste que je connoissois^ nommée Madamoiselle de Plais; mourust à Paris en travail d*enfant^ lequel on lui tira par pièces hors du corps. On n'oïoit parler d'autre chose que d'enfantemens semblables et de grossesses estranges; plusieurs femmes (contre nature) aians leurspurgationsordinairespendantleur grossesse^ et souvent de mauvais germes^ non obstant lesquels elles ne laissoient de demeurer grosses.

Une femme ^ mesnagère de ceste ville ^ nommée Marie Cordon ^ accoucha sur la fin de ce mois d'ung beau garson et d'un mauvais germe après^ encores que pendant les ix mois de sa grossesse^ elle eust eu souvent ses purgations^ voire mesme qu'il ne se passoit jour qu'elle ne vidast quantité de sang^ ou par la bouche^ ou par le nez^ ou par en bas; chose contre le cours ordinaire de nature et toutesfois véritable.

Le lundi xxviii* de ce mois^ j'emploiai la matinée en l'Université, pour scavoir des nouvelles d*un meschant livre imprimé (aidsi qu'on disoit) à Bruxelles, intitulé r Inceste du mariage de Henri UIV' avec Marie de MididSf qu'on disoit le Roy avoir veu et en avoir esté fort offensé, et mesme qu'on en avoit vendu et débité en ceste ville de Paris, ce que j'ay trouvé véritable et que c'estoit un libraire de Rouen, nommé Adrien de Launoy, grand ligueur, qui en avoit apporté de Flan- . dres en ceste ville, et en avoit vendu et distribué quelques uns à des libraires. Hais la crainte de la recherche avoit fait resserrer les livres de façon qu'il n'estoit possible d'en recouvrer, comme aussi elle fist gangner le haut au libraire (qu'on avoit veu passer encores ce jour en la rue St. Jacques).

Ceux de la Ligue se voiant descouverts firent courir le bruict que les huguenots avoient jhit le livre, qui eusl eu quelque apparence si Boucher et d'Orléans l'eussent esté; mais leur profession toute contraire en démentoit assés le bruict. On en parloit encores d'un autre aussi meschant et séditieux, intitulé la Tirar^ie des iirannies, qu'on avoit apporté avec l'autre, lesquels deux dignes du feu avec leurs auteurs, le Roy jugea plus à propos de supprimer par le silence que par la re* cherche, laquelle (en nostre France principalement, et mesmes à Paris) est cause souvent de les publier davantage.

En ce mois, lions'. Pâtisson, mon bon ami , fust par un grand inconvénient trouvé mort et nayé dans le

fossé de Chastres sous Montlhéri^ comme il revenoit de la Beausse à Paris. On a opinion que la yeue courte qu'il avoit^ la fatigue du chemin^ estant à pied^ avec la nuict noire et les grandes eaux le précipitèrent en ce danger. La nouvelle en estant venue à Paris le xv' de ce mois^ contrista tous les gens de bien^ et tous ses voisins^ desquels il estoit singulièrement aimé. Comme à la vérité il estoit homme regrettable pour sa singulière probité et doctrine^ lequel j'aimois fort^ comme il m'aimoit aussi^ ne faisant et n'imprimant rien chés lui, quelque secret qu'il fust^ dont il ne me fist part et communication.

Monsieur Jourdain^ Conseiller en la grand Chambre^ bon Juge et incorruptible et duquel TEstat fust donné à Hons'. le Chancelier pour son fils^ Mons'. de Haspairrant^ Président en la Cour des Âydes^ qui perdit aussi le sien par la trahison de son nepveu (qui fust justement frusti'é de ce qu'on lui avoit promis pour le déce- 1er); moururent en ce mois à Paris , et le Président Fauchet; homme docte^ aux champs^ près Paris ^ aagé de 73 ans *.

Peu auparavant que ledit Jourdain mourust Mons'. Scarron^ Conseiller^ estant aussi malade^ on dit au Roy qu'ils estoient tous deux morts ^ et le lendemain fust rapporté à Sa Majesté le contraire^ qui respondit : Qu'on lui avoit donc donné une courte joye le jour de devant.

Page 1