‹ Journal inédit du règne de Henry iv, 1598-1602, publChapitre 67 sur 68 · DITI SACRUM · texte numérisé non relu

DITI SACRUM

Hac in fossa juvencula jaceo defossa, nunquam a marito confossa telo illo jagali quod raptant nuptae. Optant innuptx , amat Venus , armatque veneris sequ&ces. Mihi vivere dam licuit , nec amare^ am&rè vitam produxi, tandemque veneris Gremio abditam, dis eripuit, meamque maritus violentis manibus, manibus vitam dédit. Quid agis ferè ferae similis? Amores uxoris non potes ferre, qui amoris usum jam per<jtideris. Vitam tu perdis quae amoribus vitam dabat, quae hominis esse vellet , ejus hominem esse noluisti. Dii deaeque omnes te perduint, qui diligere, ne diligere uxorem unquam potuisti.

Sur la fin de ce mois, les deux Carmes accusés de Sodomie aians esté renvoies par devant TOfficial^ duquel ils eurent sentence d'absolution^ furent mis en liberté et retournèrent à leur Couvent des Carmes, ou par curiosité je les fus voir, et parlai longtemps au Père Camus. Et si Finnocence se vérifloit par les paroles, il ni auroit au monde gens plus saints et innocens qu'eux. Il me dit qu'ils avoient esté visités tous nuds au Chastelet, et que par la grâce de Dieu leur virginité avoit esté trouvée et congneue, ce qu'on n'eust pas jugé à la phisionomie du beau Père, et aussi que La Noue, Chirurgien qui a visité les enfans, ne dit pas cela, comme m'a asseuré ung de mes amis à qui La Noue (qui n'est toutes fois ni hérétique ni huguenot, mais catholique bigot) l'a particulièrement conté. 11 se plaignit fort à moi du Lieutenant criminel et me dit (ce qui n'estoit point) qu'il lui avoit fait du pis qu'il

avoit peu. Se louoit fort du Président de Yiliers^ auquel il avoit fait voir leur procès^ et me dit qu'aussitost qu'il Teust veu^ il en flst prononcer la sentence par rOfflcial.

L'honneur de la religion que l'on a youIu couvrir^ et l'esgard qu'on a eu à l'habit extérieur qu'ils portent, plus qu'à celui de l'innocence, leur a sauvé l'honneur et la vie, selon le rapport des moins passionnés. Car le peuple mesme de Paris les tenoit tellement coulpables du fait, qu'on ne peut encore persuader à beaucoup qu'on en ait fait une justice secrette et croient qu'on les a jettes en un sac en l'eau.

Le xxYui* du présent mois de Janyier arrivèrent les nouvelles à Paris, comme Mons'. du Plessis Momay, a Saumur, estant au presche, avoit failli d'estre tué par un moine, sur quoi ung de mes amis de la Religion m'escrit ce qui s'ensuit de la Rochelle, du m* Febvrier.

a Vous aurés bien sceu comme le Dimanche matin, xui* du mois passé, une sauterelle sortie du puits de l'abisme, assistée de deux marrans, desquels l'un estoit son bardache, a cuidé durant le presche faire assassiner Mons'. du Plessis, et comme sans question ces bouchers sanguinaires ont tout confessé. Quoique le moine nie, si est-ce que grande concurrence d'indices l'accablent. Mais de cela et de plusieurs autres choses, à nostre première veue *. »

f . Yoy. Mémoires de Duplessis ifomay, t. IX, p. 474, la Conr damnation d'AnastoM de Vera,

Il me donne advis par les mesmes lettres que l'Hespagne est affamée de grains^ parce que les François ont esté deux mois sans y aller^ à cause des vents impétueux tousjours contraires pour y pouvoir naviguer. Que Beaulieu^ Conseiller de Bordeaux^ duquel il mV voit escrit par la dernière, avoit esté exécuté aud. Bordeaux en effigie avec deux de ses valets qui lui avoient aidé au meurtre de sa femme. Âiant esté lad. effigie fort solennellement despouillée par un huissier de sa robbe rouge et de son bonnet. Qu'il y avoit de nouvelles religions inventées audit Bordeaux, qui estoient de la Confrérie Ste Elisabeth, approuvées par le Cardinal de Sourdis, et que la veufve du feu Conseiller Raimond en estoit comme la Surintendante; et qu'elles se fouettoient, comme les Pénitens, pour macérer leur chair. Qu'on parloit aussi de Cordeliers Ricollettes, Jacobins réformés, et telles autres choses qu'il renvoioit à mon jugement ^

En ce mois, en la rue de Beaubourg, à Paris, au logis d'tm baudraieur, trois petits enfans dont le plus aagé n'avoit pas sept ans, s'estant enfermés en se jouant dans un grand coffre, y furent estouffés, hormis le plus petit, aagé de quatre ans, qui en eschappa. Ce que j'ay esté curieux jusques là de l'apprendre du maistre de la maison.

4. Voy. de Thou, 1. CXXVI, t. XIII, p. 642, Taffaire à laquelle cette lettre fait allusion.

FEBVRIER

i^B Mardi y* de ce iikhs, Hons'. de Rambouillet, Secrétaire du Roy^ mourust aux fauxbourgs St. Germain des Prés, en la Religioa, la profession de laquelle ayoit tousjours différée et dissimulée à cause des temps, et fiist enterré au cimetière St. Père, derrière St. Supplice, à six heures du soir. Peu auparavant lui, estoit mort le Gras, Secrétaire du Roy.

Ce jour s'en alla rendre Capussin, aux Capussins de Rouen, le fils de Hons"". le Bailliyf de Rochefort, jeune homme de grande espérance et d'un bel esprit, et dont il avoit jà fait preuve au Palais. Telles religions ne servans plus que de retraicte aux rebellions des enfans contre leurs pères et mères.

Ce jour je receus des lettres de Genève d'un mien ami, dactées du 29 décend)re de Tan passé, par lesquelles il me mande que Testât de leur ville est tel, qu'ils ont plus de peine que jamais à se garder du Savoiard, et qu'ils l'ont toujours sur les bras; au reste que Mons'. de Besze se portoit fort bien contre le bruit commun qui couroit à Paris qu'il estoit mort.

Le Mercredi vi% le Roy alla à la foire, où il acheta quelques tableaux, mesmes d'ung HoUandois six petits des figures de L'Arétin, qu'il monstroit en riant à Mons'. de Hontpen8ier,et autres Seingneurs estans près

DE HENRY IV (4tif02). 287

de sa personne, donna ung mouchoir de quarante escus à la Roine pour sa foire, puis estant adyisé par Hons'. de Rosni de deux Gordeliers qui marcbandoient des perles à huict escus Fonce, y prenant plaisir, les voulust faire entourer, mais ces frères en aiant senti le irent, s'eschappèrent et s*enfuirent. Hons'. de Rosni acheta xxv escus la procession de la Ligue, de Douet peintre du Roy, en laquelle H* Guillaume Rose Evesque de Senlis estoit peint comme Colonel, représenté au vif et près du naturel.

Le Samedi ix* de ce mois, ung relieur de livres d'Eglise (qu'il alloit mesme chercher par les yillages) nommé Charles Auvré, et par ung sopiquet qu'on lui avoit donné, Honbagage, fust bruslé en la place Haubert à Paris, comme sodomite abominable qu'il estoit, attaché à ung poteau auquel il fust estranglé, après avoûr senti le feu. On voulust faire croire au peuple qu'il estoit Huguenot et que le Carme qu'on lui avoit baillé pour le consoler l'avoit converti. Ce qui estoit faux. Car mesme il se vantoit d'avoir laissé sa femme à Rheims pour ceste occasion, qui n'estoit point toutefois, liais Talléguoit pour couvrir sa vilenie, ses parens l'aiant retirée, pour ce qu'elle s'estoit plainte à eux, qu'il la vouloit cognoistre comme il a depuis fait les enfans.

Le Vendredi xv« de ce mois l'Edit de la réduction des rentes au denier seize fust veriffié au Parlement toutes les Chambres assemblées, Edit pernicieux et duquel on murmuroit fort. On disoit que M< de Rosni avoit

proposé de faire réduire toutes les rentes des particuliers au denier vingt ; et pour le regard de celle de la ville à rien, pour ce qu'elle n'avoit servi à autre chose qu'à faire la guerre au Roy. Hais ceste proposition ne fust trouvée bonne de personne; ainsi rejettée d'ung chacun comme pernicieuse et tyrannique.

On eust ce jour nouvelles d'une entreprise pour surprendre la Rochelle dressée par un nommé Paris^ qui en fust saisi et pris prisonnier dans lad. ville. De laquelle entreprise, bien que véritable, on parloit froidement et fort sourdement entre les courtisans^ qui s'accommodent volontiers aux humeurs du Roy, lequel (quoique mieux adverti que personne) feingnoit n'en savoir rien, et disoit tout hault qu'il ne le croiioit pas. Raisons où les plus habiles ne peuvent sans faillir, mterposer leur jugement.

Le Dimanche xvii® mourust à Paris, H. de Yemaison^ Secrétaire du Roy.

Le Lundi xviu* de ce mois, jour du Lundi Gras, Messieurs les Ducs d'Aiguillon, de Nevers, comte d'Auvergne et autres Princes et Seingneurs tirèrent la quintaine en la rue St. Antoine, où il se trouva un si grand concours et affluence de peuple, qu'il y avoit presse à bailler de l'argent pour avoir place en quelque coing d'eschaffaut, et y en eust quatre ou cinq qui eurent les jambes rompues pour mieux se souvenir de Quaresme prenant. Toutes les fenestres qui estoient plaines de monde furent louées bien chèrement, et y en avoit telle qu'on louait dix et douze escus.

DE HENRY IV (4602). tè9

Sa Majesté mesme s'y trouva et honora de sa présence ces beaux jeux.

Le jour de Quaresme prenant la Roine joua son ballet magnifique au LouTre, premièrement devant le Roy^ puis sur Madame de Retz, à FEvescbé, et autres lieux où Sa Majesté avoit commandé d'assembler compagnie pour le recevoir^ et où plusieurs curieux de le voir se trouvèrent fort incommodés et mal à leur aise.

Ung nommé Longevile, capitaine d'une des compagnies de Hons'. de Maienne en la garnison de Soissons, aiant esté aidé d'ung Suisse dans la grande salle du Louvre à grimper sur des Aydes de bois qui sont contre la muraille, s'estant laissé gliser, tumba sur la pointe de la hallebarde dudit Suisse qui le perça d'outre en outre, si qu'il fust remporté à l'instant pour mort.

Le jour mesme, le fils de Trois, mon notaire, fust tué dans un meschant petit jeu de paume près les €!ordeUersd'un coup de baie qui l'assigna droit à la tempk, qui lui fust tirée par le nepveisi de Lavergne. Duquel il mourut au bout d'ung quart d'heure et expira sur le lit de Lesfône voisin dud. jeu de paume.

Le pauvre père, qui avec sa femme s'estoit allé proumener en la rue St. Antoine, Toir s'il s^y feroit point qodque chose de nouveau, en estant adverti, ne peust si bien courir qu'il ne trouvast son fils mort, qui estoit aagé de neuf à dix ans.

En ce boa jour, hors la quintaine et le ballet, où chacun courust, on remarqua Paris plus sage que de

longtemps il n'avoit esté. Car de folies et masques par la ville il ne s'en vid point, ou bien peu, mesme sur le pont N. Dame, où on en avoit accoustumé d'en voir tant et plus. La nécessité et le mauvais temps, aiant tout reiïoidi le peuple.

Le XX* de ce mois, jour des Cendres, je receus des lettres de Bruxelles, d'un mien ami dactées du viu* dud. mois, dans lesquelles estoient les advis suivants :

En revenche des misères que vous me mandés de de là, je vous dirai que si elles ne sont ici si sensibles, elles ne laissent pas pour cela en eflèct d'y estre. Et d'autant [dus à craindre que la cause et la conséquence en est plus générale. L'on sophistique tousjours après le bouchement de ce havre, et quand un moien a esté conduit jusques à moitié, l'on en propose un autre qui retarde cestui là, de sorte que l'on peut dire que c'est la toile de Pénélope, dont la nuit défaisoit tout ce qui s'estoit fait le jour.

On arme cinquante chalouppes pour estre tousjours à l'embouchure, afin de courre sus aux vaisseaux qui voudront entrer. On digue tous les canaus qui entrent du costé de terre dans ceux qui viennent de la mer, et font led. havre, estimans que par ce moien il se remplira incontinent de sable. Et puis enfin un certain esclave s'est venu offrir qui promet de le boucher du tout avec une grande escluze faite de charpente, et monstre qu'il en a bouché un aussi grand à Halte. Voilà à quoi Ton s'alambique et à envoler de tous costés force conunissions pour des recreues. Ceux de Hol-

lande ne s'endorment pas de leur part. Us ont renouyellé toute la garnison où y a maintenant près de six mil hommes^ avec promesse de la changer de trois mois en trois mois ; et de peur de tumber au hazard que la place soit trahie, il y a quatre colonels maintenant qui commandent chacun à xvui compagnies et à tout ce qui dépend du siège, chacun à son toiu*, sans que l'on puisse rien résoudre sans l'avis des autres. De sorte qu'ils monstrent bien ne vouloir abandonner ceste place, dont la fin du siège sera un grand préjugé des affaires. Cependant du costé dlrlande, elles sont achevées, et pourra bien le Roy d'Espagne envoler par de çà désormais tout ce qu'il préparoit pour ce costé là, si d'avanture la prise du Fioal que le Comte de Fuentes a faite ung peu sur le verd, ne l'oblige point d'en avoir affaire en Italie.

Le Lundi xxv* de ce mois, mourust à Paris en sa maison des fauxbourgs St. Germain, Hons'. Pèlerin aagé de quatre vingts ans. Lecteur du Roy, homme de bien et docte en la langue Grœque.

Le Hardi xxvi* de ce mois, je me fus le matin pourmener jusques à St. Victor, où chacun couroit voir une démoniaque, laquelle je trouvé qu'on alloit conjurer, et estoit ung simple prestre appelle Ccesar qui en devoit faire l'offîce. Ce que j'eusse bien eu envie de voir, mais pour ce qu'on me dit que je ne pourrois en sortir plus tost qu'à cinq heures qui estoit la patience de huit bonnes heures qu'il faloit avoir, j'en remis la curiosité à une autre fois, et me contentai d'en apprendre des.

Page 1