CHAPITRE XXIII. — AVRIL
le jour; qu'il manque d'expansion et qu'il renferme volontiers en lui-même ses sentiments et ses impressions. Je réponds par l'éloge du système expansif, je dis que le prince doit être mis en rapport avec le pays et le siècle le plus tôt possible; que la virilité commence à dix-huit ans, que sur la base des premières études solidement établies il faudra élever une charpente encyclopédique, plus rapidement construite, mais indispensable à sa position. A propos de ce que je dis de la destinée civile des princes, la princesse réplique : cNe nous laissons pas mettre l'éteignoir.» Ce qu'elle me dit du séjour du duc de Montpensier à Vincennes. Elle l'approuve. Le roi ne l'aime pas : « // F aimera. » Ce qu'elle me dit du chauvinisme bien entendu, de la camaraderie, qu'elle veut plutôt nombreuse que restreinte. En me quittant, Son Altesse Royale me dit : t Revenez me voir. Nous parlerons du passé et de l'avenir!» Le comte de Paris a été introduit pendant cet entretien; il m'a semblé bien portant, fort timide et remuant Le visage est frais, rond et coloré; les yeux ne sont pas encore d'une expression bien assise.
Jeudi 4 avril 1844.
Je cause avec Liadières, qui me raconte les obstacles que lui oppose la censure, ou pour mieux dire le ministre ou mieux encore II a été obligé d'introduire dans sa pièce un député de l'opposition, honnête homme. C'était justice. Mais ce n'est pas contre les honnêtes gens qu'on fait des pièces.
Vendredi 5.
Arrivée des dépêches d'Afrique. Le duc de Montpensier, blessé le 1 5 mars.
Dîné aux Tuileries. La reine me dit, à propos des nouvelles d'Afrique : «J'en tremble de joie depuis ce matin.»
Les officiers du roi assistent à la messe les dimanches.
Mme Mollien me raconte la longueur des stations de la reine à Saint-Roch.
Marseille vote 2,000 francs pour une fête à donner au duc de Montpensier.
Samedi 6.
Le National du 7 avril essaie de ridiculiser la blessure du duc de Montpensier.
Dimanche 7.
Pâques. Ma femme manque d'être étouffée dans la cohue de Saint-Roch, militairement occupé par une compagnie de municipaux. Je la mène le soir aux Petits-Pères, où la foule est moins abondante. Sourire de Mme de Monjoie, quand je lui raconte cela.
Promenade avec ma femme aux Champs-Elysées.
Dîné au château. La reine m'envoie un œuf de Pâques. Je suis à côté de M. Régnier, avec qui je cause longuement Ce qu'il me dit de l'intelligence du comte de Paris : «Je n'ai pas rencontré un enfant de cet âge plus intelli-