‹ Journal intime de Cuvillier-FleuryChapitre 41 sur 271 · CHAPITRE XV — AVRIL-JUIN i · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV — AVRIL-JUIN i

lement débitées. Entrée du prévenu et de seà défenseurs; Cavaignac pâle et blême, l'œil tout blanc, moustaches tombant sur le menton; il regarde l'Assemblée avec tristesse et assurance. Marrast est vif, alerte; son regard est presque impertinent. Lionne, le gérant, l'homme de paille, a l'air d'un franc imbécile ; un fanatique, un comédien, un niais, voilà donc les trois représentants de la république dans ce procès, où la république doit frapper un si grand coup! Cavaignac a débité son discours en écolier mal appris, qui ne sait pas lire ; il n'a produit qu'un médiocre effet ; c'est sans idée, sans verve et sans style. Marrast a joué une assez bonne comédie ; l'action oratoire ne lui manque pas, mais il l'exagère. Son discours était sans couleur, mais assez méchant dans la seconde moitié, toute pleine d'allusions impertinentes. Quand il a voulu être menaçant, il a fait pitié. On a voté ensuite. La condamnation à deux ans de prison et 10,000 francs d'amende est la meilleure réponse que l'on pût faire à tant de tristes déclamations, couvrant tant de mauvais desseins et après une telle injure ! — Tout est resté tranquille au dehors. Il y avait indifférence à vrai dire, et ce procès, qui a fait parler tout Paris, a paru de près la plus misérable chose du monde ; la Chambre seule a mérité une mention honorable par son attitude digne et ferme et l'ensemble avec lequel elle a procédé.

Avril- juin 1833.

Le roi a voulu clore la session de 1832 (1) en personne,

(1) La session de 1832, ouverte le 19 novembre, se prolongea

afin d'épargner à la suivante les longueurs d'une discussion de l'adresse. Le lendemain même, la session de 1833 a été ouverte par les ministres et elle a commencé ses travaux sans désemparer. M. Dupin a été réélu à une forte majorité ; M. Laffitte n'a obtenu que cinquante voix. Sa souscription ne va que d'une aile. L'influence de l'opposition baisse de jour en jour ; elle s'est dissoute après une discussion fort vive entre MM. Laffitte et Garnier-Pagès. L'anarchie est entrée dans la presse républicaine; le National et la Tribune ne s'accordent plus. Carrel a fait un voyage ; il a montré de la modération et du savoirvivre en refusant les ovations que les frères et amis lui préparaient en tous lieux ; ce n'est que le 10 mai qu'il a fait sa rentrée au National par un article remarquable sur la centralisation.

La fête du roi a été célébrée assez convenablement à Paris. Le temps était beau, la foule nombreuse, les divertissements multipliés sur tous les points, le feu d'artifice magnifique et l'aflluence des spectateurs considérable. L'esprit de parti le plus impudent a pu seul le contester. Dans l'intérieur du Palais il y a eu de longues et fastidieuses discussions, des discours auxquels le roi a répondu avec sa facilité ordinaire; le soir, réception de dames et longue défilade d'hommes. Le roi n'est pas sorti ; le temps ne lui a pas manqué, mais c'est un mauvais conseil que lui ont donné les ministres.

La duchesse de Berry est accouchée le vendredi 10 mai,

jusqu'au 25 avril 1833 ; celle de 1833 lui succéda sans interruption et dura jusqu'au 26 juin; elles furent toutes deux relativement calmes.

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