‹ Journal intime de Cuvillier-FleuryChapitre 73 sur 271 · CHAPITRE XVI. — JUILLET · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI. — JUILLET

Du 23 juillet au 22 septembre 1835.

Départ pour la ville d'Eu et séjour au château.

Journée du 29. Arrivée de lettres. Lettre de la reine qui annonce l'attentat (1) : c Rendez grâce au ciel qui vous a conservé votre pèreîi Détails donnés par Camille Fain. Effet sur les princes. Les autorités, M. Estancelin. Point de gardes. Impatience de nouvelles.

Je reçois enfin la lettre suivante de mon ami Trognon (2) :

« Des Tuileries, le 28 juillet 1835, 2 h. et demie.

cil s'est passé tout à l'heure à la revue un bien épouvantable événement; je ne sais si la reine aura le temps de vous récrire ou de vous le faire écrire à son retour.

« Le roi passait en revue la 8e légion sur le boulevard; c'était en face du théâtre de la Gaieté. Tout à coup une machine infernale, qui présentait une longue suite de canons de fusil à une fenêtre, a fait explosion. Le roi n'a pas été atteint, son cheval Ta été grièvement au col. Voilà l'essentiel ; mais le pauvre maréchal Mortier, sorti sain et sauf et glorieux de tant de combats, a été tué là, sur le boulevard; M. de Rieussec, lieutenant-colonel de la 8e légion, et M. Villate, officier d'ordonnance du maréchal

(1) L'attentat de Fieschi, 28 juillet 1835.

(2) Trognon (1795- 1833), ancien élève de l'Ecole normale, suppléant de Guizot à la Sorbonne en 1822, précepteur du prince de Joinville à partir de 1825, plus tard secrétaire de ses commandements dans l'exil, à Claremont, a publié de nombreux ouvrages d'histoire, et notamment une Vie de la reine Marie- Amélie.

Maison, ont été également tués. Le général Heymès est blessé au haut du nez, et sa blessure, fort heureusement, ne paraît pas dangereuse; le général Colbert est aussi légèrement atteint. Voilà, mes chers amis, ce qui se fait, en plein midi, et en plein boulevard, chez le peuple le plus civilisé de l'Europe.

«Le roi a continué sa route avec le plus admirable sang- froid, et il est en ce moment, au pied de la colonne, à faire défiler la troupe. L'émotion a été générale et grande, comme vous le pensez bien, et les cris de «Vive le roii s'élèvent de toutes parts, comme une protestation contre l'attentat.

« On dit qu'on a saisi l'auteur de la machine infernale, et qu'il a avoué; c'est un nommé Auguste Gérard (i), mécanicien.

«Quelques gardes nationaux et quelques promeneurs ont été tués ou blessés, en sorte que les victimes sont au nombre de douze à quinze.

«Adieu, dites bien aux princes que le roi n'est pas blessé, qu'il n'est pas même descendu de cheval, et qu'il se porte bien. »

Nouvelles lettres de Trognon :

« Mardi 29 juillet 1835.

«Mon cher Fleury, je ne veux pas vous laisser subir le terrible coup qui sera allé vous frapper là-bas, à quarante lieues de nous, sans tâcher d en amortir l'effet par

(1) Gérard était le faux nom sous lequel Fieschi avait loué la chambre où était dressée la machine infernale.

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