‹ Journal intime de Cuvillier-FleuryChapitre 83 sur 271 · CHAPITRE XVI. — JANVIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI. — JANVIER

Vendredi 21.

Article de de Sacy sur la coalition. Effet prodigieux.

Du dimanche 6 au dimanche 13 janvier 1839.

Le dimanche 6. Nouvelles du Mexique et lettres de Pise. Sentiments confus. La reine à genoux. tUn ange dans le ciel.» Larmes de joie et de désespoir. Extrema gaudii luctus occupât (1).

Le mardi 8 arrive la nouvelle de la mort de la princesse Marie. Séquestration de la famille royale. Emotion générale. Mes larmes dans mon entrevue avec le duc d'Aumale.

Je travaille à mon article sur la princesse Marie (2).

(1) Le 7 janvier 1839, la comtesse de Caste liane écrivait à M. de Barante : « Hier les pauvres gens (le roi et la reine) se réjouissaient en apprenant la gloire et la bonne santé du prince de Joinville, lorsqu'une lettre de M. le duc de Nemours à M. le duc d'Orléans est venue les rendre à la misère. Hier soir elle n'était pas morte encore; mais je suis convaincue que ce matin on en apprendra ia nouvelle. Pauvre jeune créature, quel passage sur la terre! Vous n'imaginez pas comme la princesse Marie est populaire ; on la pleure dans toutes les classes; on parle d'elle et le peuple achète des représentations grossières en plâtre de la statue de Jeanne d'Arc; elle survit dans une œuvre bien pure et bien élevée, et il y a quelque chose de bien mélancolique à lire tout ce qu'y a déposé cette âme qui maintenant est au ciel. »

(2) Le roi Louis-Philippe avait eu quatre filles : i° Louise d'Orléans (Mlle de Chartres), devenue en 1832 reine des Belges; 20 Marie d'Orléans (Mlle de Valois), devenue en 1837 duchesse de Wurtemberg ; 30 Françoise d'Orléans (Mlle de Montpensier),

Jeudi 17.

La reine me remercie «de ce que j'ai dit et de ce que j'ai voulu dire». Elle me montre l'enfant de la duchesse de Wurtemberg.

M. Guizot a tracé ce beau portrait de la princesse Marie, qui a sa place naturelle dans le journal de Cuvillier-Fleury.

«Elle avait reçu du ciel ces dons de l'invention et du sentiment dans le domaine des arts, qui frappent et émeuvent, de loin comme de près et dans tous les rangs, l'imagination des hommes. Ils étaient certainement, le duc d'Orléans et elle, les plus brillants et les plus populaires de la famille royale, et ils sont morts tous deux dans la fleur de leur popularité et de leur jeunesse, devant les perspectives du plus bel avenir. Quoique le tour si original d'aspect et de caractère de la princesse Marie ait surtout paru dans la sphère des arts, elle ne s'y renfermait point ; ce naturel ardent et expansif se retrouvait en elle, de quelque objet qu'elle s'occupât, et elle avait goût à s'occuper de toutes les grandes choses. Un jour, dans le parc de Neuilly, au commencement de l'été de 1838, nous causions des plus agréables emplois de la vie ; elle se plaisait à parler de la situation d'une grande dame échappant au joug de sa grandeur, à l'étiquette, à la monotonie de la cour, et sans descendre de ses habi-

morte à l'âge de deux ans; 40 Clémentine d'Orléans (Mlle de Beaujolais), devenue duchesse Auguste de Saxe-Cobourg et Gotha.

Page 1