‹ Journal (volume 2)Chapitre 11 sur 163 · Vitu, ouvr. cité, p · texte numérisé non relu

Vitu, ouvr. cité, p

INTRODUCTION. xxj

de l'hôtel de ville, telle qu'il l'a rectifiée et complétée, ne porte le nom d'aucun De Troyes, mais bien celui de Denis Hesselin. Elu de Paris dès 1456 au moins S prévôt des marchands de 1470 à 1474, après cela clerc-grefïier de la ville à la place de Jean Luillier, fonctions qu'il conserva jusqu'à l'an 1500, ce « grand bourgeois » fut un serviteur très empressé de Louis XI, dont il possédait la confiance. La Chronique le cite souvent, lui et ceux qui avaient avec lui des liens de parenté, toujours avec éloge; M. Vitu en a fait la remarque, de même qu'il a observé que la Chronique passe sous silence certains faits révélés par l'Interpolée et qui sont moins à l'honneur d'Hesselin ; il a noté enfin que, dès que ce personnage a quitté la prévôté des marchands, le titulaire de cette charge n'est plus nominativement désigné dans la Chronique.

Toutes ces raisons sont bonnes assurément, mais M. Vitu n'eût pas été aussi certain de son fait, s'il avait pris la peine d'examiner les manuscrits. Il en est un, le ms. fr. 2889, qui ne lui eût rien appris quant à la personnalité du « faitiste » de la Scandaleuse, mais il en va tout autrement du ms. fr. 5062, auquel le titre peu précis qu'il porte au catalogue de la Bibliothèque a valu peut-être de passer plus inaperçu. On a vu plus haut que dans ce manuscrit la relation s'arrête au mois de mars 1478 (v. st.), mais ce n'est point à l'insu de celui qui a tracé de sa main au moins le dernier feuillet du volume, car il l'a terminé par ces mots : « Explicit ce présent petit volume qui parle seulement depuis l'an de grâce M CCCC LX jusques en M CCCC LXXIX, » et il a signé J. DE RoYE, non sans accompagner ce nom d'un parafe notarial.

Ou nous nous trompons fort, ou voilà l'origine du trop

1. Arch. nat., Obituaire de la grande confrérie aux bourgeois.

xxij INTRODUCTION.

célèbre Jean de Troyes, né soit de quelque confusion de GiUes ou de Galliot Corrozet, soit d'une erreur typographique d'un prête du xvx" siècle.

Reste à éclaircir le point le plus intéressant. Ce J. de Roye a-t-il rédigé la Scandaleuse? Voyons d'abord ce qu'il était. Nos renseignements sont peu nombreux, sans doute, mais ils sont suffisamment précis pour qu'il soit possible de déterminer l'identité du personnage. En premier lieu, ce De Roye, qui s'appelait Jean, ainsi que la Chronique ellemême nous l'apprend, dans un passage que nous citerons tout à l'heure et qui est le seul où il soit nommé , ce De Roye appartenait à une famille de bourgeoisie parisienne qui ne paraît avoir eu rien de commun avec celle des seigneurs de Roye, célèbre dans les fastes militaires du moyen âge'. Jean de Roye était pourvu, dès le commencement du règne de Louis XI, d'une charge de notaire au Châtelet, ainsi que l'atteste un acte dressé par lui et signé de sa main exactement de la même façon que le ms. fr. 5062^. Cet acte, qui porte la date du 30 mars 1462, v. st., concerne précisément deux personnages qui sont mentionnés dans la Chronique, Jean Baillet, conseiller et maître des requêtes de l'hôtel, et Pierre L'Orfèvre, écuyer, seigneur d'Ermenonville, conseiller et maître des Comptes^. Un autre acte, qui ofifre cette particularité intéressante qu'il est entièrement

1. Rien d'impossible, par contre, à ce qu'il appartînt à la famille de Pierre de Roye, conseiller au parlement de Paris (Arch. nat., X<=> 19, fol. 13, à la date du 5 février 1364).

2. Ces fonctions le mirent en rapports fréquents avec bien des familles parisiennes dont il cite les divers membres. Les Hesselin, leurs parents et alliés étaient sans doute ses clients, d'où la mention fréquente de leurs noms dans la Chronique.

3. Bibl. nat., Pièces orig., vol. 1747, dossier L'Orfèvre, n» 18; orig. sur parch.

INTRODUCTION. xxiij

écrit et signé de la main de Jean de Roye, existe en double exemplaire aux Archives nationales. C'est une expédition colla tionnée d'un vidimus délivré le 9 août 1466 par le prévôt de Paris, Robert d'Estouteville, un protecteur du chroniqueur, de certaines lettres patentes délivrées à Montargis au mois de juillet précédent, en confirmation d'autres lettres du mois de novembre 1465 par lesquelles Louis XI étendait les privOèges du duc de Bourbon*.

En 1469, Jean de Roye fut commis avec un de ses collègues, Henri leWast, à dresser l'inventaire des biens trouvés en la ville de Paris qui appartenaient au cardinal Balue et à prendre note des dépositions des témoins que les commissaires désignés pour instruire le procès de l' ex-favori du roi jugeraient à propos d'interroger. Rien d'étonnant après cela si la chronique est si minutieusement informée de la distribution qui fut faite des biens de Jean Balue 2.

Jean de Roye était donc l'un des soixante notaires auChâtelet de Paris, mais ce n'est pas le seul office qu'U détenait. Il portait encore le titre de secrétaire du duc de Bourbon , Jean II , et exerçait les fonctions de concierge de l'hôtel de Bourbon à Paris. On sait que cette somptueuse demeure, une des plus magnifiques du vieux Paris, reconstruite et augmentée à la fin du xrv^ siècle par le duc Louis II, occupait sur la rive droite de la Seine l'espace compris entre la colonnade actuelle du Louvre et le cloître Saint-Germain-l'Auxerrois. L'hôtel servait de résidence au duc de Bourbonnais et à sa famille lorsqu'ils séjournaient à Paris, et il est certain que la place de concierge ou de garde de cet édifice était un poste de

Page 1