Interpolations et variantes, § LXXXII
le Petit Picart, qui estoit capitaine de cinq cens frans archers de l'Isle de France^, qui estoient dedens ladicte ville. Et par grant force et violence voulurent avoir ladicte ville et chasteau, et pour l'avoir y baillèrent et livrèrent de grans et divers assaulx ; ausquelz Bourguignons fut moult vaillamment résisté par ledit Picart et ceulx de sadicte compaignie, et jusques au lendemain, qui estoit vendredi, xii^ jour dudit moys de juing, que, environ cinq heures de matin, ledit Picart, en la compaignie de la contesse dudit lieu de Neesle, yssirent hors de ladicte place pour aler pardevers le bastard de Bourgongne et autres ayans ilecques leur armée pour ledit de Bourgongne, pour cuider trouver pacificacion et accord entre les gens du roy et ledit Bourguignon, qui traicta avecques eulx en telle manière que lesdiz Picard et ceulx de sadicte compaignie s'en vroient leurs vies saulves, en rendant ladicte place, en laissant leurs biens et harnoys ; à quoy faire ilz furent contens, et à tant se départirent et s'en retournèrent en ladicte ville de Neelle et dirent ausdiz frans archers leur composicion et comment ilz dévoient laisser leurs biens, chevaulx et harnoys et eulx en aler leurs vies saulves. Pour laquelle chose, incontinent après, plusieurs d'iceulx par l'ordonnance dudit Picard, leur capitaine, se despoullerent et habandonnerent leurdit harnois. Et, en ce faisant, et avant qu'ilz feussent bien asseurez d'avoir lettres de leur promesse et traictié, furent par aucuns dudit lieu de Neelle mis et boutez
1. Pierre de Sonneville, dit le Petit Picard, fit la campa!,'ne de Bourbonnais en 1465, en qualité de capitaine des francs archers des élections de Paris, Mantes, Melun et Étampes (Bibl. nat., ms. fr. 20496, fol. 20, orig.).
en icelle place lesdiz Bourguignons, qui, incontinent et nonobstant ladicte promesse, vindrent charger sur lesdiz francs archers, ainsi desabillez soubz umbre d'icelle promesse, et plusieurs en tuèrent et murdrirent. Et partie d'iceulx, cuidans eulx saulver, s'en alerent et retrairent dedens l'église dudit lieu de Neelle , où depuis lesdiz Bourguignons alerent les tuer tous et murdrir. Et, après qu'ilz furent tous ainsi tuez et murdris, y survint et se y trouva ledit de Bourgongne, qui, tout à cheval, entra dedens ladicte egUse, en laquelle y avoit bien demy pié de hault du sang espandu des povres créatures ilec estans, qui à ceste heure estoient tout nuz gisans ilec mors. Et, quant ledit Bourguignon les vit ainsi abatus, se commença à seigner et dire qu'il veoit moult belle chose et qu'il avoit avecques lui de moult bons bouchers. Et, le lendemain ensuivant, qui fut le samedi xiii® jour dudit moys, ledit Petit Picart, qui estoit prisonnier, avecques autres de ceulx de sa dicte compaignie, furent pendus et estranglez de l'ordonnance dudit de Bourgongne; et puis fîst arraser ladicte place et mectre le feu dedens^.
\. Gommynes (éd. Dupont, I, 275), Basin (II, 291) et la chron. anon. du ms. fr. 20354 de la Bibl. nat., impr. dans Jean de Wavrin, m, 293, témoignent de la barbarie avec laquelle les défenseurs de Nesle furent traités par les Bourguignons, mais ils prétendent que « ceux de dedans » tuèrent un héraut qui les allait sommer. Ils ajoutent que le capitaine de Nesle sortit à la faveur d'une suspension d'hostilités pour tâcher d'obtenir des conditions acceptables pour la capitulation, mais il échoua complètement, et à son retour, malgré la trêve, les gens de Nesle tuèrent encore deux Bourguignons. Une enquête faite en 1521 et 1522, et dont les procès-verbaux ont paru dans le Bulletin de la Société d'histoire de France, Documents, t. I, p. H, semble confirmer les
Et, le dimenche xim^ d'icellui moys, s'en partirent dudit lieu de Neelle et alerent devant Roye, où estoient environ XTiiP frans archers de la compaignie et charge Pierre Aubert, bailly de Meleun^, et de Mignon. Et aussi y estoient pour gentilzhommes et cappitaines Louyset de Baligny, cappitaine de Beauvais^, monseigneur de Mouy^ et le seigneur de Rubempré^ et autres, qui bien avoient deux cens lances bien en point. Et jasoit ce qu'ilz feussent dedens ladicte ville, que le roy avoit fait bien reparer, bien avitailler et garnir de moult belles serpentines, ilz se rendirent le mardi ensuivant, xyf d'icellui moys, à l'eure de midi, et laissèrent ilec ladicte artillerie, leurs chevaulx et harnoys et toutes leurs bagues, où le roy et eulx eurent dommage de cent mil escus d'or et plus, et s'en revindrent tous
assertions de la Chronique scandaleuse (voy. Basin, II, 292, note de M. Quicherat. Cf. Bibl. nat., ms. fr. 2913, fol. 9).
1. Sur Pierre Aubert, écuyer, conseiller et maître d'hôtel du roi, capitaine général des 4,000 francs archers de Champagne (Bibl. nat., ms. fr. 6758, fol. 32; 18442, fol. 161, et Montres, 1413, fol. 28 et 47), voy. la notice de M. Vaesen {Lettres de Louis XI, III, 81 et suiv.). Le 8 mai 1471, il reçut 200 livres tournois pour avoir fait réparer et fortifier Roye et Saint-Quentin (Bibl. nat., Pièces orig., vol. 120, dossier Aubert, n» 265). Fils de Jean Aubert, seigneur d'Ingrande en Berri, et d'Isabelle de Beaujeu, Pierre avait servi avec distinction contre les Anglais sous Charles VII (Arch. nat., X2a 41, à la date du 9 juillet 1476).
2. Louis Gommel, seigneur de Balagny, écuyer, était conseiller et chambellan du roi (Commynes, éd. Dupont, I, 284, n. 3).
3. Sur Colart, seigneur de Moy, chevalier, bailli de Vermandois et plus tard de Cotentin, mort en 1499, voy. la notice de M. Vaesen, Lettres de Louis XI, II, 252.
4. Antoine, fils dAntoine, seigneur de Rubempré, et de Jacqueline de Croy, avait passé au service de Louis XI dès 1467. Il épousa Jeanne de Mouchy (Kervyn de Lettenhove, Chastellain, V, 76, n.).
nuz et en pourpoins, ung baston en leur poing*. Et demoura ilec ledit de Bourgongne depuis par certain temps, et d'ilec s'en ala à Beauvais mettre le siège, où il y arriva le samedi XXMI' jour de juing oudit an IIIP LXXII, où de pleine venue y donnèrent ung fort assault, à quoy fut fort résisté par les bourgois et habitans d'icelle ville ^. Et celle mesme nuit y arriva Guillaume de Valée^, lieutenant du seneschal de Normendie, à tout ii*^ lances, qui moult bien secoururent ceulx dudit lieu, car ilz y arrivèrent à l'eure du fort
1. « Sire, plaise vous savoir que Roye c'est rendue au bout de deux jours, au moyen que les francs archiers... n'ont voullu tenir... » (Saint-Pol au roi, de Ham, 17 juin. Bibl. nat.,ms. fr. 2913, fol. 86, cop. du xv» siècle). Louis XI ne considérait pas Roye comme bien tenable (Ibid., fol. 84, cop. contemp.).
2. Les Bourguignons arrivèrent sous les murs de Beauvais le matin. Les défenseurs de la place, ayant refusé d'écouter leur sommation, eurent à supporter deux attaques simultanées, l'une à la porte de Bresles, l'autre contre celle de Limaçon. Déjà, vers la porte de Limaçon, les assaillants, qui s'étaient emparés du faubourg, criaient Ville gagnée et couvraient la muraille de leurs traits ; mais les habitants de Beauvais, assistés de leurs femmes et de leurs filles, qui apportent sur le mur des flèches et des pierres, réussissent à intimider l'ennemi, qui n'ose se lancer à l'assaut. Les défenseurs de la porte de Breslea, secondés, eux aussi, par leurs femmes, ne se montrèrent pas moins vaillants. Enfin, vers le soir, les seigneurs de la Roche-Tesson et de Fontenailles (ce dernier lieutenant du seigneur de Bueil) arrivèrent de Noyon avec 200 lances pour secourir Beauvais. Laissant leurs chevaux aux soins des femmes, ils coururent à la porte de Bresles, qui, percée de boulets, avait été incendiée par les défenseurs de la place. Le feu fut entretenu pendant huit jours pour en éloigner les Bourguignons (Lenglet, Preuves de Gommynes, III, 202 et suiv. Discours ... véritable du siège de Beauvais. Cf. Gommynes, éd. Dupont, I, 283 et s.).
3. Guillaume de Valée, écuyer, seigneur de la Roche-Tesson (Gommynes, éd. Dupont, I, 287, n.).
de leur assault, et tout incontinent montèrent dessur la muraille et firent reculer lesdiz Bourguignons. Et le lendemain ensuivant y vint monseigneur de Crussol, Joachin Rouault, la compaignie de monseigneur de Bueil, Guerin Le Grain, monseigneur de Torcy et autres, à tout m" lances, et autres nobles de Normendie, qui très vaillamment s'y contindrent^. Et pendant ce temps furent bien secourus de ceulx de Paris, tant de pionniers, pics, pelles, farines, vins, pouldres à canon et autres advitaillemens^. Et en ces entrefaictes y et de grandes escarmouches, où plusieurs Bourguignons furent mors et tuez.
1. Gommyaes, qui était encore au service du duc de Bourgogne à l'époque du siège de Beauvais, cite aussi parmi les capitaines qui vinrent défendre Beauvais le connétable (?), Méri de Goué, seigneur de Fontenailles, Salazart, Estevenot de Talauresse. Sans ce secours Beauvais, défendu seulement par « quelque peu de gens de l'arriere-ban, » eût assurément succombé, malgré la vaillance de ses citoyens. — Guérin le Groing, chevalier, seigneur de la Mothe, bailli de Saint-Pierre-le-Moutier, conseiller et chambellan du roi, capitaine de 100 lances, avait épousé Isabeau Taveau (Anselme, YIII, 142. Cf. Bibl. nat., ms. fr. 20495, fol. 36). Le Discours véritable porte que le maréchal Rouault arriva avec 100 lances le dimanche après midi et fit aussitôt réparer et fortifier les points menacés de la muraille. Les jours suivants, il fut rejoint par les sénéchaux de Poitou et de Garcassonne, chacun avec 100 lances, parla compagnie du sénéchal de Toulouse, par le sire de Torcy, qui conduisait les nobles de Normandie, tandis que Robert d'Estouteville, prévôt de Paris, amenait les nobles de Paris, le bailli de Senlis et le comte de Dammartin 100 lances, et Salazart 120 hommes d'armes. Ils étaient si nombreux à la fin que, suivant l'expression de Commynes, ils eussent pu défendre une haie.
2. Les Parisiens envoyèrent « grand nombre de grosse artillerie, coulevrines, arbalestiers, canonniers et pionniers et des vivres à si grande habondance » que, durant ce temps, on voyait à Beauvais « plus grand marché beaucoup que l'on avoit eu longtemps auparavant ledit siège » {Discours véritable, p. 215).
En ce temps, advint que aucuns des habitans d'Aucerre saillirent hors de leur ville pour aler courir es pays du roy, pour prendre et amener oudit lieu d'Aucerre beufz, vaches et tout ce qu'ilz pourroient trouver pour eulx avitailler, et vindrent près de Joigny, de Seignelay^ et ilec environ : contre lesquelz y alerent le bastard dudit Seignelay, le seigneur de Plancy et autres jusques au nombre de iif , qui vindrent rencontrer lesdiz d'Aucerre, qui se mirent en bataille contre eulx. Et, quant les dessusdiz seigneurs les eurent ainsi veuz, ilz se fraperent dedens moult vigoreusement et y en ot viii^'^ de mors, iiii" de prins, et le demourant se mist en fuite ou fut noyé^.
Oudit temps, pour raison de l'aprouchement desdiz Bourguignons ainsi venus à Beauvais, furent faictes à Paris de moult belles ordonnances par sire Denis Hesselin, pennetier du roy nostre sire, esleu de Paris et prevost des marchans de ladicte ville 3, comme de faire reedifier la muraille et gardes de dessus les murs, faire faire belles et grans tranchées, mettre en point les chaynes, reedifier les fossez, boulevers et barrières des portes, en faire murer d'aucunes, faire faire de moult belles serpentines toutes neufves; et d'autres belles ordonnances y furent faictes.
Et, le jeudi second jour de juillet, vint et arriva à Paris le seigneur de Rupembré, qui venoit de ladicte ville de Beauvais, et apporta lettres des cappitaines de
1. Joigny, auj. chef-lieu d'arr. du dép. de l'Yonne. — Seignelay, mémo dép,, arr. d'Auxerre.