Depuis le 30 juillet précédent
avoit fait arriver plusieurs navires pour cuider empescher que ledit avitaillement ne vînt en icelle ville; mais, nonobstant toute sa puissance et armée, vint et entra ledit avitaillement en ladicte ville, et furent toutes les navires dudit duc rompues et mises en pièces dedens la rivière du Rin, et mors plus de six à sept mille Bourguignons estans dedens iceulx navires. Et, auparavant, avoient euz et soul'ers lesdiz Bourguignons de grans pertes et maulx par lesdiz de Nux ^ .
Ou moys de mars ensuivant, pour ce que lesdiz Bourguignons des parties de Flandres et Picardie, et aussi de ceulx estans par ledit duc de Bourgongne logez à Roye, Peronne, Montdidier et autres places tenans son parti, estoient venus courir es pays et sur les subgetz du roy, et en iceulx prins plusieurs prisonniers, vivres et biens et menez en leurs places contre la tresve faicte entre le roy et lui, se mirent aux champs plusieurs des compaignies de l'ordonnance du roy estans es garnisons d'Amiens, Beauvais, Saint- Quentin et autres lieux , jusques au nombre de liii'' lances et autres populaires, qui pareillement alerent courir sur lesdiz Bourguignons et jusques dedens les faulxbourgs d'Arras, où ilz couchèrent une nuit entière. Et ilec, au moien de certaine grande quantité de vans, fléaux et autres oultilz dont les gens du roy avoient mené graut quantité avecques eulx en charretes et chariotz, fut batu tout le grain estant et trouvé es granches dudit pays de Bourgongne et Picardie, et icellui avec autres bestiaulx, gens, prisonniers et uten-
\. Voy. Molinet, éd. Buchon, I, 60. Cf. Gingiiis, Dépêches des ambassadeurs milanais sur les campagnes de Charles le Hardi, de l'ïl'i à l'jll . Genève, 1858, iii-S", passim.
siles fait amener et conduire par Salezart et autres capitaines dedens lesdictes villes d'Amiens et Beauvais.
Durant le temps, le roy ne bouga de Paris et y fist son quaresme, faisant grant chère, et s'i trouva sain et bien disposé, comme il disoit^.
Oudit moys de mars, advint à Paris que ung jeune fîlz brigandinier^, qui avoit esté nourry en partie par ung poissonnier d'eaue doulce de ladicte ville, nommé Jehan Penssart, meu de mauvais courage et trahison, sachant que ledit Pensart avoit grant argent, qui estoit venu et yssu de la vente du poisson qu'il avoit vendu durant le quaresme, et dont il devoit la pluspart à plusieurs seigneurs et autres notables hommes qui lui avoient vendu le poisson de la pesche de leurs estans, et lequel argent ledit brigandinier avoit veu et le heu où icellui Penssart le mettoit, vint et entra de nuit en l'ostel dudit Pensart, et, après la myenuit passée, vint ouvrir l'uys dudit Pensart à trois Escossois qu'il avoit ilec fait venir pour avoir ledit argent et desrober ledit Pensart, l'un desquelz Escossois estoit nommé Mortemer, dit l'Escuier, et l'un des autres Thomas Le Clerc; lesquelz Escossois, par le moien dudit brigandinier, crochetèrent, prindrent et emportèrent ledit argent, montant en somme n"" V'' livres tournois. Et, pour lequel recouvrer, fut fait bien grant diligence, tellement que, ledit jour dudit desrobement, fut ledit brigandinier trouvé tenant franchise aux Carmes de ladicte ville, duquel lieu il fut tiré hors et apporté ou Chastellet de Paris, pour ce que, au
1. Louis XI passa à Paris les trois premiers mois de l'année 1475 (Itin. cité).