‹ Journal (volume 2)Chapitre 18 sur 163 · Conseiller et chambellan du roi, maître en la Ghambre des · texte numérisé non relu

Conseiller et chambellan du roi, maître en la Ghambre des

confermez furent renvoiez à Paris, pour ilec attendre la venue du roy^.

Et, le xxiiii^ jour de juillet, oudit an LXI, maistre Estienne Chevalier, qui avoit esté trésorier des finances

Comptes, Pierre L'Orfèvre était fils de Pierre L'Orfèvre, châtelain de Pont-Sainte-Maxence et seigneur d'Ermenonville « en Santois, » etc., et de Jeanne de Laillier. Il fit ses études au collège de Navarre, à Paris, et à l'Université d'Orléans, et épousa Geuffrine Baillet, avec laquelle il habitait à Paris rue de la Bretonnerie. Pierre L'Orfèvre mourut vers 1498 (Bibl. nat., Pièces orig., vol. 1747, doss. VOrfèvre; cf. le dossier Laillier). — Son beaupère, Jean Baillet, fils de Pierre Baillet et de Marie de Vitry, seigneur de Sceaux, conseiller au Parlement de Paris et maitre des requêtes ordinaire de l'Hôtel, vivait encore en 1477. Il avait épousé Colette de Fresnes (Pièces orig., vol. 168, doss. Baillet).

— Simon Charles était l'un des plus anciens serviteurs de Charles YII. Conseiller et maître des requêtes de l'hôtel dès 1430, il fut chargé de diverses missions à l'étranger. Au mois d'août 1442, il s'intitulait « président en la Chambre des Comptes (il exerçait cette fonction depuis plusieurs années) et commis au gouvernement de toutes finances es pays sur et deçà les rivières de Seine et d'Yonne » (Beaucourt, ouvr. cité, III, 237 et passim).

— On trouvera, au Recueil des Ordonnances des rois, t. XV, p. 1 et suiv., le texte des lettres patentes de Louis XI confirmant dans leurs fonctions les gens des Comptes et du Trésor.

1. Le l^"" août 1461, Louis XI expédiait d'Avesnes à Paris un de ses familiers, Jacques de Villiers, seigneur de l'Isle-Adam, pour prendre possession de la ville en son nom, recevoir le serment des bourgeois et habitants et assurer la sécurité publique jusqu'à l'arrivée du roi (Bibl. nat., Pièces orig., vol. 3021, doss. L'Isle-Adam, orig. sur parchemin donné sous le scel du secret en l'absence du grand). — A Rouen, dès le 29 juillet, Jean d'Estuer, écuyer, seigneur de la Barde, conseiller et maitre d'hôtel du roi, vint prendre possession au nom de Louis XI des ville, château, palais et ponts, et présenta au conseil de ville des lettres royales datées des Roches, le 25 juillet, qui lui prescrivaient de recevoir le serment des habitants et de remettre la garde provisoire de la place à douze notables. Cette cérémonie eut lieu le 29 juillet (Reg. de l'hôtel de ville A», fol. 190 v et 195).

dudit feu roy Charles et lequel il avoit nommé eslre ung des exécuteurs de son testament, et aussi maistre Dreux Budé, audiencier de la chancellerie de France, se partirent de la ville de Paris pour aler au corps dudit defunct audit lieu de Meun ' ; mais par le seigneur d'Aigreville, cappitaine de Montargis, par le pourchas d'ung gentilhomme nommé Waste de Mompedon-, furent arrestez audit lieu de Montargis lesdiz GhevaUer et Budé, et ilec furent une espace de temps et jusques à ce que le roy les envoya faire délivrer eulx et leurs biens, et depuis furent par lui entretenus en leur offices de trésorier et audiencier.

1. Né vers 1410 et mort le 3 septembre 1474, Etienne Chevalier occupait avant 1444 le poste de secrétaire de Charles VII. Il remplit plusieurs missions diplomatiques, fut nommé conseiller et maître des comptes (15 août 1449), receveur général des finances et contrôleur de la recette générale. La disgrâce où il tomba à l'avènement de Louis XI fut de courte durée, et, en 1463, il joua un rôle important da"ns la grosse opération financière du rachat des villes de la Somme (Mém. de Commynes, éd. Lenglet-Dufresnoy, 1747, in-4'', Preuves, t. Il, p. 392 et 399). Sous Louis XI, il exerça la charge de trésorier de France (Pièces orig., vol. 742, doss. Chevalier). — Dreux Budé, qui, lui aussi, avait commencé sa carrière en remplissant les fonctions de secrétaire de Charles VII (1439), portait, dès la fin de 1441, le titre d'audiencier du roi. Il y joignit celui de trésorier des chartes (voy. Vaesen, Lettrées de Louis II, II, 219).

2. Jean de Montespedon, dit Houaste comme son père, seigneur de Basoches et de Beauvoir, premier valet de chambre du dauphin Louis et l'un de ses confidents intimes, fut chargé à deux reprises de se rendre à la cour de Charles Vil pour négocier la réconciUation du dauphin avec son père (commencement de 1461. Beaucourt, Charles VU, VI, 312-322). Le 23 août 1461, son procureur, Emery Vuille, prit possession pour lui du bailliage de Rouen (Reg. de l'hôtel de ville A^, fol. 193 v). Houaste fut tué à la bataille de Guinegate, le 7 août 1479 (voy. ci-après, à la date).

Et est assavoir que, le jeudi xxiii® jour de juillet, oudit an LXI, qui fut le lendemain de ladicte mort, environ ix heures de nuit, fut veue ou ciel courir bien fort une très longue comète, qui gectoit en l'air grant resplendisseur et grande clarté, tellement qu'il sembloit que tout Paris feust en feu et en flambe. Dieu l'en vueille préserver !

Et, le jeudi Yi® jour d'aoust oudit an IIIP LXP, le corps dudit defunct arriva et fut amené reposer en l'église de Nostre-Dame des Champs hors Paris, où il fut amené dudit lieu de Meun. Et le lendemain fut aie quérir audit lieu et apporté à Paris en moult grant et belle conduicte, ordonnance et révérence qui fut faicte audit corps, comme bien le valoit : c'est assavoir du clergié, des nobles personnes, officiers, bourgois et populaire. Et y avoit pour luminaire porté devant ledit corps ii" torches de iiii livres de cire chascune pièce, toutes armoiées en double aux armes de France, et est oient portées par ii" povres personnes, tous revestus de robes et chaperons de dueil. Et estoit ledit corps porté en une lictiere par les henouars de Paris ^ ; laquelle Hctiere estoit

1. Lisez : le mercredi soir, 5 août. Sur les funérailles de Charles VII, voir Beaucourt, Chronique de Malhieu d'Escouchy (Soc. de l'hist. de France, 1863-64), t. II, 424-444; Fclibien, Histoire de Paris, 1725, in-fol., t. IV, Pièces justif., p. 599, et particulièrement le récit de l'Histoire de Charles VII de Jean Gbartier, éd. Vallet de Viriville, in-12, t. III.

2. Les henouars, oiiiciers de gabelle au nombre de vingt-quatre, jouissaient du privilège de porter le cercueil du roi. Dans l'occasion présente, ils se conduisirent assez mal. Sous un prétexte futile, ils menacèrent d'abandonner le corps à la Croix-aux-Fiens, sur la route de Saint-Denis, si on ne leur comptait pas dix livres parisis. Il fallut, pour les décider à reprendre leur funèbre far-

couverte et assemillée d'un moult riche drap d'or qui bien povoit valoir mil ou xn^ escuz d'or. Et dessus ladicte lictiere estoit la pourtraicture faicte dudit defunct roy Charles, revestu d'un bel habit royal, une couronne en la teste; et en l'une de ses mains tenoit ung ceptre, et en l'autre le baston royal*. Et en cest estât fut porté en la grant église Nostre- Dame de Paris. Et tout devant aloient tous les crieurs de corps de ladicte ville pareillement vestuz de dueil et armoiez devant et derrière desdictes armes de France. Et après eulx estoient portées devant icelle lictiere lesdictes ii*^ torches ainsy armoiées en double que dit est. Et après icelle lictiere aloient faisans le dueil Messeigneurs les duc d'Orléans et conte d'Angolesme, frères, les contes d'Eu et de Dunois, messire Jehan Jouvenel des Ursins, chevalier, chancelier de France, et le grand escuier, tous revestus de dueil et montez à cheval-. Et puis, après icelle lictiere, aloient

deau, l'intervention de Tanneguy du Ghâtel, qui, au reste, paya de sa poche les frais des funérailles de son maître.

1. « Estoit lad. figure faite de cuir, revestue d'une tunique et d'un manteau de velour blanc à fleurs de lys fourré d'hermines, tenant en une de ses mains la main de justice et en l'autre main un grand sceptre ayant une couronne sur la teste et un oreiller de veloux dessous et un manteau d'or dessus » (J. Chartier, éd. Vallet, l. c).

2. Charles, duc d'Orléans, né le 26 mai 1391, mort le 4 janvier 1465, avait épousé en troisièmes noces Marie de Clèves, qui lui survécut. Son frère Jean, comte d'Angoulême, né en 1404, mourut en 1467. — Charles d'Artois, comte d'Eu, succéda tout enfant à Philippe, son père, en 1397. Il mourut le 25 juillet 1472. — Jean, comte de Dunois, fils bâtard du duc d'Orléans Louis, naquit vers 1403 et mourut le 24 novembre 1468. — Le chancelier de France, en 1461, se nommait Guillaume Jouvenel des Ursins, seigneur de Traînel, et non pas Jean; celui-ci était

à pié, deux et deux, tous les officiers de l'ostel dudit defunct, aussi tous vestus de dueil angoisseux, lesquelz il faisoit moult piteux veoir ; et, de la grant tristesse et courroux qu'on leur veoit porter pour la mort de leurdit maistre, furent grans pleurs et lamentacions faictes parmy toute ladicte ville. Et aussi y avoit au joignant de ladicte lictiere six des pages dudit defunct, housez et esperonnez, sur six coursiers tous vestus et couvers de veloux noir, et lesdiz pages oudit habit de dueil. Et Dieu scet le doloreux et piteux dueil qu'ilz faisoient pour leurdit maistre ! Et disoit on lors que l'un desdiz pages avoit esté par quatre jour entiers sans boire et sans menger pour la grant passion qu'il portoit de ladicte mort.

Et le lendemain, qui fut vendredi vn® jour d'aoust oudit an LXJ, ledit corps d'icellui defunct fut tiré hors de ladicte église Nostre-Dame de Paris, environ trois heures après midi, et mené et acompaigné, comme devant est dit, en l'église Saint-Denis en France, et là il fut inhumé et y gist ' . Nostre Sauveur Dieu ait mercy de son ame !

archevêque de Reims. Guillaume et Jean Jouvenel étaient frères, d'ailleurs, et tous deux fils de Jean Jouvenel, mort en 1431, président au Parlement de Poitiers. Guillaume Jouvenel, né le 15 mars 1400, mort le 23 juin 1472, exerçait les fonctions de chancelier depuis le 16 juin 1445. On verra plus loin qu'il fut destitué par Louis XI à son avènement, puis rétahli en 1465. — La charge de grand écuyer était exercée depuis le 20 mai 1454 par Tanneguy du Chàtel. Il avait épousé Jeanne de Raguenel, vicomtesse de la Bellière, et fut tué devant Bouchain en 1477.

1. Le cortège atteignit l'église de Saint-Denis le vendredi à huit heures du soir, et l'inhumation eut lieu le lendemain matin, après une messe dite, comme l'avait été celle de Notre-Dame do Paris, par Louis de Harcourt, patriarche de Jérusalem (J. Chartier, éd. Vallet, /. c).

Et, vers la fin dudit mois d'aoust^, nostre souverain seigneur et roy de France Loys, lors estant daulphin de Viennoys et ainsné filz dudit defunct, succéda à ladicte couronne, fut sacré roy à Reims, par l'arcevesque Jouvenel ~ ; auquel lieu il fut moult noblement acompaigné par la pluspart des seigneurs de nom de son royaume, en moult grant et notable nombre.

Et, le derrenier jour dudit moys d'aoust, il party d'un hostel, estant aux faulxbourgs de la porte Saint- Honoré, nommé les Porcherons, appartenant à messire Jehan Bureau, qui fut fait chevalier audit sacre à Reims, pour venir faire son entrée en sa bonne ville et cité de Paris ^. Au devant de laquelle entrée yssi-

1. Le samedi 15 août. On trouvera des détails sur le sacre de Louis XI dans Maupoint, p. 42; Th. Basin, II, p. 8 et suiv.; du Glercq, III, p. 151 et suiv., et particulièrement dans Ghastellain, IV, p. 54 et suiv. Cf. Bibi. nat., ms. fr. 5739, fol. 234 et suiv., pap., xv« s.

2. Jean Jouvenel des Ursins occupa le siège archiépiscopal de Reims du 13 mai 1449 au 14 juillet 1473.

3. Interpolations et variantes, § II. — Le nouveau roi, accompagné d'une suite nombreuse, se rendit de l'abbaye de Saint- Thierry, près Reims, à Paris, en passant par Meaux, oii le duc de Bourgogne, Philippe le Bon, parti de Reims après lui, le rejoignit le 21 août. Louis XI séjourna à Meaux et arriva à Saint- Denis le 25, puis, le 29, il vint s'installer en « une petite placette nommée les Porcherons, » pour attendre que les Parisiens eussent terminé leurs préparatifs (Ghastellain, IV, 75). Dès le 14 août, le prévôt des marchands et les échevins prenaient leurs dispositions pour loger chez l'habitant les gentilshommes qui faisaient cortège au roi, le nombre des hôtelleries ayant beaucoup diminué depuis que le feu roi et la cour avaient cessé de fréquenter Paris. Le 18, on vit arriver au bureau de la Ville les maréchaux des logis du roi et des princes du sang en (juète de gîtes pour leurs maitres, et les quarteniers les conduisirent chez les habitants qui avaient offert des lits, les bourgeois de Paris ne pouvant être

rent hors de ladicte ville tous les estas d'icelle et par bel ordre pour illec trouver le roy et lui faire la révérence et bienveignant. En laquelle assemblée estoient l'evesque de Paris, nommé Ghartier^, l'Université-, la court de Parlement, le prevost de Paris, la Chambre des Comptes et tous officiers, le prevost des marchans et eschevins, tous vestus de robes de drap de damas fourrées de belles martres. Etlesquelz prevost des marchans et eschevins vindrent aux champs rencontrer et faire la révérence au roy. Et proposa devant lui pour ladicte ville ledit prevost des marchans nommé maistre Henry de Livres^, qui lui bailla et présenta les clefz de la porte Saint -Denis, par où il fist sadicte entrée. Et, ce fait, chascun se tira à part; et ou mesme lieu le roy fist ce jour grant nombre de chevaliers. Et, en venant par le roy vers ladicte porte Saint-Denis, il trouva près de l'église de Saint-Ladre*

contraints par fourriers à loger les olïiciers du roi, gens^de guerre ni autres (Ordonn. des rois, t. XV, p. 10 et suiv.).

1. Guillaume Ghartier occupa l'évêché de Paris du 4 décembre 1447 au 1" mars 1472.

2. Le 25 juillet, l'Université fut assemblée pour discuter la question de savoir si elle se porterait au-devant du nouveau roi, et c'est seulement le 25 août qu'il fut décidé de ne rien changer aux habitudes anciennes et d'attendre Louis XI avec le clergé au parvis Notre-Dame (Du Boulay, Hist. de l'Université de Paris, 1670, in-fol., t. V, p. 651). Cette résolution déplut au roi, qui accueillit assez mal la harangue des universitaires (Voy. Relation de l'entrée du roi Louis XI à Paris, p. p. M. de La Fons-Melicoq dans le Messager des sciences de Gand, année 1401, p. 115).

3. Henry de Livres est qualifié, au mois d'août 1468, couseiller du roi au Parlement es requestes du Palais (Bibl. nat., ms. fr. 2921, fol. 53).

4. L'église Saint-Lazare était en dehors des murs et très près de la p(trt(^ Saint-Denis.

146iJ OU CHRONIQUE SCANDALEUSE. 25

ung herault monté à cheval, revestu des armes de ladicte ville, qui estoit nommé Loyal Cuer, qui de par ladicte ville luy présenta cinq dames richement aournées, lesquelles estoient montées sur cinq chevaulx de pris, et estoit chascun cheval couvert et habillé de riches couvertures, toutes aux armes d'icelle ville ; lesquelles dames et chascune par ordre avoient personnages tous compilez à la significacion des cinq lettres faisans PARIS, qui toutes parlèrent au roy, ainsi que ordonné leur estoit*.

Et, en icelle entrée faisant, le roy estoit moult noblement acompaigné de tous les grans princes et nobles seigneurs de son royaume, comme de messeigneurs les ducs d'Orléans^, de Bourgongne, de Bourbon et de Gleves, le conte de Gharrolois, filz dudit duc de Bourgongne, les contes d'Eu, d'Angoulesme,

i. « ... Y avoit V femmes, toutes vestues de drap d'or à manière de royne, ayans sur leur bras leurs nons selonc les v lettres de Paris. La première portoit P, qui segnefie Paix, la seconde A, par quoy est entendu Amour; la tierche portoit R, par quoy est entendu Ray son; la quarte portoit I, par quoy est entendu Joye, et la chinquieme portoit S, par quoy est entendu Seureté. Et estoient toutes v richement montées à cheval, vestues de drap d'or jusques aux pies, et devant elles ung heraus ayans cote d'armes semée du blason de Paris » [Messager de Gand, cité, p. 115). — Sur l'entrée de Louis XI, cf. la description si colorée de Ghastellain, IV, 75 et suiv.; du Glercq, III, 158 et suiv.; Basin, II, 15 et suiv., et Maupoint, p. 45.

2. Suivant Du Glercq, le vieux duc d'Orléans, alors septuagénaire, se borna à regarder passer le cortège assis à une fenêtre (III, 167). Et Chastellain : « En cest assemblement ne comparu pas le duc d'Orléans. » Le même chroniqueur note l'absence du roi de Sicile, René, de François II, duc de Bretagne, et du comte de Foix, « qui ne veoient point l'heure propre pour eux y estre en personne » (IV, 88, 91).

de Saint-Pol* et de Dunois, et autres plusieurs contes, barons, chevaliers, cappitaines et autres gentilzhommes de grant façon, qui, pour honneur lui faire à ladicte entrée, avoient de moult belles et riches housseures dont leurs chevaulx estoient tous couvers. Lesquelles housseures estoient de diverses sortes et façons, et estoient les unes d'icelles de fin drap d'or fourrées de martres sebelines, les autres de veloux, de pennes d'ermines, de drap de damas, d'orfaverie, et chargées de grosses campanes d'argent blanches et dorées^, qui avoient cousté moult grant finance. Et si y avoit sur lesdiz chevaulx et couvertures de beaux jeunes enfans pages, bien richement vestus, et sur leurs espaules avoit de belles escharpes branlans sur les cr[o]upes desdiz chevaulx, qui faisoient moult bel et plaisant veoir.

1. Philippe le Bon, duc de Bourgogne, avait épousé en troisièmes noces Isabelle de Portugal ; de cette union était né, le 10 novembre 1433, Charles, comte de Charolais. — Jean II, duc de Bourbonnais et d'Auvergne, avait épousé, le 26 décembre 1446, Jeanne de France, sœur de Louis XL — Jean I«r, duc de Glèves, né le 16 janvier 1419, mort le 5 septembre 1481, était fils du duc Adolphe et de Marie de Bourgogne. — Louis de Luxembourg, comte de Saint-Pol, connétable de France (5 octobre 1466), fut décapité le 19 décembre 1475 (voy. ci-après).

2. C'était une mode extrêmement répandue au xv^ siècle que celle de charger de clochettes, voire de cloches, les housses des chevaux. La Relation de Ventrée de Louis XI à Paris, imprimée dans le Messager de Gand, dit qu'un des chevaux du comte do Charolais portait sur le dos une cloche « à manière de timbre pendant à nu piliers. » De même, le comte do Saint-Pol avait un cheval housse d'orfèvrerie « à grosses clocques sounaut à batel, » et le seigneur de Croy trois coursiers harnachés do chaînes d'or « à grant multitude de cloches pendans autour des chevaux. >

Et, à l'entrée^ que fist le roy en ladicte ville de Paris par ladicte porte Sainct-Denis, il trouva une moult belle nef en figure d'argent, portée par hault contre la maçonnerie de ladicte porte dessus le pont levis, en signifiance des armes de ladicte ville ; dedens laquelle nef estoient les trois estas. Et, aux chasteaulx de devant et derrière d'icelle nef, estoient Justice et Equité, qui avoient personnages pour ce à eulx ordonnez ; et, à la hune du mast de ladicte nef, qui estoit en façon d'un liz, yssoit ung roy en habit royal que deux anges conduisoient. Et, ung peu avant dedens ladicte ville, estoient à la fontaine du Ponceau- hommes et femmes sauvages, qui se combatoient et faisoient plusieurs contenances. Et si y avoit encores trois bien belles filles, faisans personnages de seraines toutes nues, et leur veoit on le beau tetin droit, séparé, rond et dur, qui estoit chose bien plaisant, et disoient de petiz motetz et bergeretes^ ; et près d'eulx jouoient

1. C'est ici que débute le ms. fr. 2889 de la Bibl. nat. — Louis XI était monté « sur ung cheval et deseure luy ung ciel que vi hommes de la loy de Paris vestu de violet (portoient), et le roy vestus de drap de damas blancq à gros boutons d'or (dans) lesquelz estoient envaisselez gros baliais » {Messager de Gand, cité).

1. Rue Saint-Denis, à une petite distance de la porte, près des Filles-Dieu. Cette fontaine est encore indiquée au plan des fontaines de Paris par l'abbé Delagrave, dans le tome IV du Traité de la police de Delamare (1735).

3. Par motet il faut entendre une composition harmonique à deux, trois ou quatre parties. La bergerette était un rondeau dont le second couplet n'avait pas de refrain et qui différait du premier par les rimes et parfois par le rythme (Rondeaux et autres poésies du XV^ siècle, p. p. Gaston Raynaud, Introd., p. li et suiv. (Soc. des Ane. textes), 1889).

plusieurs bas instrumens qui rendoient de grandes mélodies. Et, pour bien rafreschir les entrans en ladicte ville, y avoit divers conduis en ladicte fontaine gectans lait, vin et ypocras, dont chascun buvoit qui vouloit. Et, ung peu au dessoubz dudict ponceau, à l'endroit de la Trinité^, y avoit une Passion par personnages et sans parler. Dieu estendu en la croix et les deux larrons à destre et à senestre. Et plus avant, à la porte aux Paintres^, avoit autres personnages moult richement habillez. Et, à la fontaine Saint-Innocent^, y avoit aussi personnages de chasseurs qui acueillirent une biche ilec estant, qui faisoient moult grant bruit de chiens et trompes de chaces. Et, à la Boucherie de Paris ^, y avoit eschafaulx figurez à la bastide de Dieppe. Et, quant le roy passa, il se livra ilec merveilleux assault des gens du roy à l'encontre des Anglois estans dedens ladicte bastide, qui furent prins et gaignez et orent tous les gorges coppées^. Et, contre la porte de Chastellet, y avoit de moult beaulx

Page 1