‹ Journal (volume 2)Chapitre 20 sur 163 · C'est le mercredi 2 septembre que Louis XI réunit, « eu · texte numérisé non relu

C'est le mercredi 2 septembre que Louis XI réunit, « eu

Et, le tiers jour de septembre mil IIIP LXI, le roy avecques les seigneurs et aucuns gentilzhommes de sa maison soupperent en l'ostel de maistre Guillaume de Corbye, lors conseiller en sa court de Parlement, et celle nuit le roy [le] fist et créa premier président du Daulphiné^ Et là y furent plusieurs damoiselles et

l'hostel neuf construit par Charles V à côté de celui des Tournelles, les ducs et une grant partie des contes et chevaliers et aultres sages, » afin de pourvoir aux offices du royaume. Ce conseil siégea trois semaines, mais le roi suivit peu ses avis. Maupoint, qui fournit ce renseignement, ajoute que « plusieurs chefs de guerre... furent desapointez et aultres moins nobles et de moindres ostelz furent mis en leurs estas et offices. » Les mutations portèrent sur nombre d'officiers de tout ordre, « dont et pourquoy plusieurs personnes furent dolens et desplaisans et se donnoient grant merveille de telle et si soudaine muance en tant et en si grant nombre d'estas et offices parmi ce royaulme. Et nota que lors on disoit que en ce royaulme avoit soixante et quatre mille offices à gages » {Journal, p. 47). — C'est Pierre de Morvilliers qui remplaça le chancelier Jouvenel. — Le maréchal de Lohéac dut céder son commandement au bâtard d'Armagnac, Jean de Lescun. Jean de Montauban fut amiral à la place de Jean de Bueil avec 2,000 1. t. de gages et 20,000 1. t. de pension (Bibl. nat., ms. fr. 20499, fol. 106), et Jacques de risle-Adam prévôt de Paris à la place de Robert d'Estouteville. ^

On verra qu'après le Bien Public plusieurs des anciens titulaires furent réintégrés en leurs charges (voy. Ghastellain, IV, 100, les Mémorandums de Bourré, Bibl. nat., ms. fr. 20489, fol. 95, et Ordonnances des rois, t. XV, p. 11 et suiv.).

1. Guillaume de Corbie était fils de Phihppe, bâtard légitimé du chancelier Arnault de Corbie et de Jeanne de Chanteprime. Chevalier, seigneur de Mareuii, etc., et conseiller au parlement de Paris dès 1436, il y devint président en 1463. Il avait épousé Jeanne de Longueil et mourut le 21 mars 1490. Par lettres royales, en date du 13 septembre 1461, Guillaume de Corbie fut autorisé à cumuler l'office de conseiller au parlement de Paris avec celui de président au parlement de Dauphiné (Ordonnances des rois, XV, 17).

honnestes bourgoises dudit lieu de Paris. Et, ce jour aussi, fut fait et créé secrétaire Jehan Prévost, clerc de maistre Jehan de Valengelier, greffier des requestes de rOstel du roy^, au moien de ce qu'il espousa une jeune femme nommée Mariete, qui avoit servy monseigneur le bastard d'Armignac, conte de Gomminge ; à cause de quoy ledit Prévost a eu de grans biens, et y print le bien qu'il a^. JEt, en ce temps, le roy estant audit lieu de Paris, fist de grandes honnestes et bonnes chères en divers lieux et hostelz de Paris ^ .

1. Jean de Valengelier servait Charles Vil dès 1434 en qualité de clerc-notaire et secrétaire (Bibl, nat., Pièces orig., vol. 2915, doss. Valengelier).

2. Ce Jean Le Prévost, que notre auteur paraît avoir tenu en médiocre estime, fut un des serviteurs les plus employés de Louis XL Dès la fin de septembre 1461, on le voit contresigner des lettres du roi (Vaesen, Lettres de Louis XI, II, 14). En 1468, c'est lui qui rédigea le procès-verbal des états généraux tenus à Tours du 6 au 14 avril (Musée des Arch. nat., n» 483). En 1473- 1474, il avait probablement la garde des livres du roi (Delisle, Cabinet des manuscrits de la Bibliothèque nationale, I, 75, 77, et II, 343). En 1466, 1469 et 1472, il exerça le contrôle des finances « deçà Seine et Yonne » (Bibl. nat.. Pièces orig., vol. 2378, doss. Prévost), et plus tard, en 1484-1485, la recette ordinaire du bailliage de Touraine (Bibl. nat., ms. fr. 20499, fol. 80). Il habitait à Paris, sur la paroisse de l'église Saint-Germain-l'Auxerrois, dont il était marguillier en 1482-1483 (Arch. nat., LL 729, fol. 149). — Sa femme, Marie Sohier, toucha, le 4 novembre 1465, 100 écus d'or pour partie de ses gages de lingère et lavandière du roi (Bibl. nat., ms. fr. 26090, n^ 438, parch.). Par patentes datées de Montils-lès-ïours, le 26 mars 1466 (v. st.), Louis XI lui fit don de tous les droits qu'il possédait sur la prévôté de Triel en récompense des 20 écus d'or qu'elle recevait pour ses gages et pension, avantage que Le Prévost échangea plus tard contre la prévôté de Gonesse (Patentes datées du Pont-de-Samois, 4 octobre 1474. Voy. Sauvai, Hist. des Antiquités de Paris, 1724, t. III, p. 424).

3. A en croire Chastellain, les passe-temps de Louis XI n'étaient

Et si advint en ce temps audit lieu de Paris que une belle jeune femme nommée Jehanne du Bois, femme d'un notaire du Chastellet dudit lieu de Paris, se party et absenta hors de la maison de sondit mary et s'en ala où bon lui sembla, et depuis par long temps fut perdue. Et après, sondit mary, bien conseillé de ses principaulx amis, la reprint, et se contint de là en avant avecques sondit mary bien et honnestement^.

En l'année mil GCGG soixante et deux ensuivant, ne survindrent gueres de nouvelletez qui feussent de

pas tous d'un ordre relevé. Escorté par Guillaume Bische, le favori du comte de Gharolais, et « un des singuliers du monde, » il s'en allait « bras à bras par nuyt... parmy la ville de Paris visiter dames et damoiselles » (IV, 116, 486). — Tout le passage concernant Jean Le Prévost, qui existe dans les deux manuscrits, a été supprimé dans l'édition gothique, probablement parce que ce personnage vivait encore à l'époque où pour la première fois la Scandaleuse fut imprimée.

1. Les mots « et despuis par long temps fut perdue » qui figurent dans les deux manuscrits de la Chronique ont été omis dans les éditions anciennes. Je ne sais si ce notaire au Ghàtelet est le même personnage qu'Etienne du Bois, conseiller au Parlement, qui fut suspendu de son office pour avoir, en 1476-77, opiné pour que le duc de Nemours « ne fust pugny du crime de lèze majesté. » Ge Du Bois avait épousé Jeanne de Fumechon, fille d'un conseiller au Parlement. Arrêté et emprisonné, il languit quatorze mois « tout enferré, les jambes nues, et de jour enchesné d'une chesne de fer. » Transporté ensuite de Tours à Arras, malade, e sur ung petit cheval en une charrette, par manière de dérision, en grande esclande de sa personne, » il fut entin élargi, mais le roi lui fit interdire sous peine de confiscation de rentrer à Paris ni d'approcher de dix lieues de sa résidence. La femme d'Etienne du Bois partagea sa misère et en mourut (Bibliothèque nationale, Pièces originales, vol. 389, dossier du Bois).

grant mémoire : pourquoy n'en est icy faicte aucune mencion.

Et, au regard de l'année ensuivant mil IIIP LXIII, pareillement que dit est, ne survint riens qui doye estre mis en grant mémoire, mais l'y ver fut court sans estre froit, et fut l'esté long. Il crut en ladicte année assez de vin et assez bon. Et, au regard des autres biens de terre, n'en fut pas grant habondance, mais la mer fut fort fructueuse ^

En l'an mil GCGG LXIIII, à ung jour de mardi, XV* jour de may, le roy vint et arriva en sa ville de Paris, qui venoit de Nogent le Roy, où ilec la royne s'estoit délivrée d'une belle fîlle^. Et ce jour il soupa en l'ostel de maistre Charles d'Orgemont, seigneur de

1. Interpolations et variantes, § III. — Les éditions anciennes ont supprimé le dernier membre de la phrase. Ainsi qu'on l'a remarqué dans l'Introduction, il est au moins singulier que le chroniqueur ait omis de noter les événements des années 1462 et 1463.

2. Interpolations et variantes, § IV. — La « belle fille » dont il s'agit (l'Interpolateur, en copiant cette phrase, a supprimé l'épithète) est Jeanne de France, cette pauvre créature contrefaite que Louis XI imposa au jeune duc Louis d'Orléans dans l'espoir peut-être que leur union, vouée à la stérilité, serait la fin d'une maison rivale. Répudiée en 1498 par le duc d'Orléans, devenu le roi Louis XII , Jeanne reçut en compensation le duché de Berry (26 décembre 1498) et mourut en odeur de sainteté (voy. R. de Maulde, Jeanne de France, duchesse d'Orléans et de Berry, in- 8». Paris, 1883). Venu en pèlerin à Chartres, Louis XI partageait son temps entre cette ville et Nogent-le-Roi, qui, depuis 1444, appartenait au grand sénéchal de Normandie, Pierre de Brézé. En 1460, Brézé avait rasé l'ancien château et construit un château neuf qui fut terminé en 1463 (Docu^yi. histor. sur les communes du canton de Nogent-le- Roi..., p. p. Ed. Lefèvre, 2 vol. in-12. Chartres, 1865).

Mery*. Et puis s'en parti oudit moys de may de ladicte ville de Paris, pour aler es marches de Picardie, cuidant ilec trouver les ambasseurs du roy Edouart d'Angleterre, qu'on lui avoit dit qui y dévoient venir pardevers lui, qui n'y vindrent point; et à ceste cause s'en parti dudit pays de Picardie et s'en ala à Rouen et autres lieux de Normandie^.

Et, lui estant oudit pays de Normandie, advint que ung balenier fut prins sur mer es marches de Holande, dedens lequel estoit avecques autres ung nommé le bastard de Rubempré, lequel balenier et ceulx qui dedens estoient furent prins tous prisonniers par les navires de Flandres. Et, après ladicte prinse faicte, plusieurs Picars et Flamens disoient et publioient que dedens icellui le roy les avoit envolez pour prendre prisonnier monseigneur de Gharolois : dont il n'estoit riens ^.

1. Charles d'Orgemont, écuyer, seigneur de Méry et de Champssur-Marne, conseiller et maître des comptes, trésorier de France (12 novembre 1465), était fils de Philippe d'Orgemont et de Marie Boucher. Il épousa Jeanne Dauvet (Bibl. nat., Pièces orig., vol. 2149, doss. Orgemont ; ms. fr. 2921, fol. 44 v". Cf. G. Jacqueton, Documents relatifs à l'administration financière en France de Charles VU à François /". Paris, 1891, in-8°, p. 289).

2. Interpolations et variantes, § V. — Louis XI quitta Paris à la un de mai, « et de là, visitant les marches à l'entour, et tousjours approchant Picardie, fit son arrest en diverses places, chassant et soy esbattant pour venir au temps que la journée estoit prise de la convention des Anglois, le xv« de juillet » (Chastellain, IV, 493). Il arriva à Rouen le 23 juillet, y demeura quelques jours et fit un séjour assez prolongé chez le grand sénéchal de Normandie, à Mauny, « près d'une forest, là où avoit assise une maison plaitte, qui bien sembloit de haut repaire » (Chastellain, V, 25; cf. VII, 37 et suiv.).

3. Il semble impossible, en eiïet, que Louis XI ait commis la

En ce temps, le roy, qui estoit en Normendie, s'en parti pour retourner audit lieu de Nogent. Et puis de là s'en ala à Tours, à Ghinon, et de là à Poictiers^. Auquel lieu de Poictiers ala et fut pardevers lui une ambaxade de Paris lui requérir aucunes franchises pour ladicte ville, dont riens ou que peu ne leur accorda, sinon que l'imposicion foraine n'auroit plus de cours en ladicte ville, qui n'estoit pas grant chose ^. Mais ilz n'en joyrent point, nonobstant leurdit don, pour ce que les gens des Comptes, à qui leurs lettres s'adressoient, ne leur vouldrent bailler d'icelles leur expedicion.

Et aussi furent devers le roy audit lieu de Poictiers les ambasseurs du duc de Bretaigne, qui par lui furent oyz sur aucuns articles qu'ilz lui exposèrent touchant le fait du roy et dudit duc. Lesquelz articles ou

folie de confier au bâtard de Rubempré la mission d'enlever le comte de Gharolais à Gorcum, c'est-à-dire à plus de 100 kilomètres d'Araemuyden, où le bâtard avait laissé son navire. On trouvera la version française de cet incident dans le discours du chancelier de France à Philippe le Bon (6 nov. 1464. Gommynes, éd. Lenglet, II, 417; cf. éd. Dupont, UI, 208). Le bourguignon Ghastellain s'abstient de formuler une opinion, tout en déclarant la venue du bâtard « souspeconneuse » (V, 83). Le fragment de la Chronique de la Haye citée par M. de Lettenhove (ibid., p. 85) incrimine formellement le roi. Du Glercq dit simplement qu'on ne put rien savoir au vrai de la confession que le bâtard fut censé avoir faite, « car le conte [de Gharolais] ne volt pas que on le sceust » (IV, G6).

1. Louis XI était à Rouen le 8 novembre. Le 13, on le retrouve à Nogent-le-Roi. Il passa les mois de décembre et de janvier en Touraine et arriva le 18 février à Poitiers, où il resta jusqu'au milieu de mars {Itin. cité).

2. On entendait par imposition foraine les droits que devaient acquitter les marchandises à l'entrée ou à la sortie du royaume (Jacquelon, ouvr. cité, Introd., p. vm).

la pluspart d'iceulx furent par le roy accordez. Et, en iceulx articles accordant, lesdiz ambasseurs promisdrent de faire venir ledit duc de Bretaigne audit lieu de Poictiers ou ailleurs au bon plaisir du roy, pour confermer iceulx articles acordez. Et à tant se partirent dudit lieu de Poictiers lesdiz ambasseurs, feignans eulx en retourner audit pais de Bretaigne; mais ilz firent tout le contraire, comme cy après sera dit, car ilz partirent dudit Poictiers à ung jour de samedi ^ Et ce jour ne firent que quatre lieues, et ilec demourerent jusques au lundi ensuivant que monseigneur le duc de Berry, frère du roy^, s'en party aussi dudit lieu de Poictiers, et vint jusques aux dessusdiz ambasseurs, qui le recueillirent et l'en amenèrent oudit pays de Bretaigne à bien grant haste et diligence, pour paour que le roy n'en eust nouvelles et qu'ilz feussent suivis^. Et desjà estoit oudit pays aie, pardevers icellui duc, monseigneur le conte de Dunoys'*. Et, si s'en alerent audit pays de Bretaigne,

4. Les ambassadeurs bretons étaient Odet d'Aydie, seigneur de Lescun, et le chancelier Guillaume Ghau-vin. « Ilz m'avoient dit, » écrit Louis XI au duc de Bourgogne, après le 6 mars, « qu'il (le duc de Bretagne) viendroit à Tours et que je envoyasse le conte de Gomminge et l'admirai devers lui pour l'acompaigner à y venir, ce que j'avoye fait; et partirent lundi derrenier d'icy pour y aller, et je m'en parti aussi ce jour pour aller en mon pelerinaige à N.-D.-du-Pont, et lesdiz gens du duc estoient partiz le jour devant » (Vaesen, Lettres de Louis XI, II, 234). Les Bretons quittèrent donc Poitiers le dimanche 3 et non le samedi 2 mars.

2. Gharles de France, second fils de Charles Vil et de Marie d'Anjou, né le 28 décembre 1446, mort le 25 mai 1472. Louis XI lui avait donné, en 1461, le duché de Berry en apanage.

3. Cf. Vaesen, Lettres de Louis II, II, 234 et suiv. — Interpolations et variantes, § VI.

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