‹ Journal (volume 2)Chapitre 55 sur 163 · Interpolations et variantes, § XXXIV · texte numérisé non relu

Interpolations et variantes, § XXXIV

Bretaigne et conte de Dampmartin , sans solertnité garder, fîst monter mondit seigneur Charles sur ung cheval garny de selle et harnoys simplement, sans aucune housseure, et avoit vestu à ceste heure une robe de veloux noir. Et en cest estât le menèrent en ladicte ville de Rouen tout droit en l'église Notre- Dame, où chanté fut Te Deum laudamus, et de là au chasteau dudit lieu*.

En ce temps, le roy, estant à Orléans, fîst plusieurs ordonnances et establissemens et desappointa plusieurs cappitaines de guerre, et entre les autres il osta les cent lances dont Poncet de Rivière avoit la charge^ et le fîst bailly de Montferrant, et à d'autres

1, Lundi 25 novembre 1465, au soir (voy. de Beaurepaire, Notes sur six voyages de Louis XI à Rouen, dans le Précis analytique des travaux de l'Académie des sciences de Rouen, 1856-57, page 324). — Ce jour même, Louis XI recevait à Gléry une lettre que Charles de France lui avait fait remettre par Pierre Pavyot, son maître d'hôtel. Après l'avoir lue, le roi la tendit au duc de Bourbon en disant : « Je croy qu'il me faulra reprenre ma duché de Normandie. Il me fault aler secourir mon frère » (Maupoint, Journal, p. 96). Plus tard, Louis XI soutiendra que la substance du message apporté par P. Pavyot était que le duc de Normandie, reconnaissant avoir assumé un fardeau trop lourd pour ses épaules, se déclarait prêt à abandonner le duché si son frère consentait à lui fournir un autre apanage. Cette interprétation fut d'ailleurs contestée par Charles de France (Instruction donnée par Louis XI à ses ambassadeurs en Bourgogne (1466), dans Mélanges historiques, II, 423 et suiv.). — La nuit même où le duc de Normandie faisait son entrée à Rouen, le duc de Bretagne, qui avait refusé de l'accompagner, s'en fut à Pont-del'Arche et de dépit envoya des ambassadeurs (iniquissiinos vii^os) au roi, accusant les Rouennais d'avoir voulu l'attirer dans un piège pour le tuer et demandant à Louis XI de se réconcilier avec lui (voy. Basin indigné, II, 148 et suiv.).

2. A cause de ses intrigues avec les rebelles pendant le Bien- Public.

osta aussi les charges et mit d'autres en leurs lieux. Et, quant ledit Poncet de Rivière se vit ainsi desappoincté de sadicte charge, il s'en ala oultre mer ou saint voyage de Jherusalem, et de là à Saincte- Ratherine du Mont de Synay. Et si remist et fist le roy le seigneur de Loheac mareschal de France, comme autrefoiz l'avoit esté\ et fut mis pu lieu du conte de Comminge, bastard d'Armaignac^.

Et, après ces choses ainsi faictes, le roy se parti d'Orléans et s'en ala en Normendie à toute son armée, frans archers et son artillerie grosse et menue, et s'en tira vers Argenten, Exmes, Falaise, Caen et autres places dudit pays pour les prendre, saisir et mettre en ses mains. Et là il trouva le duc de Bretaigne, qui furent ensemble une espace de temps ^

Et, d'autre part, oudit pays de Normendie y estoit pour le roy mons. de Bourbon, qui ala devant Evreux pour l'avoir, qui n'y obéirent point de première venue, mais depuis traicterent avecques lui et le boutèrent dedens ladicte ville, lui et ses gens. Et après, d'ilec se

1. « Lequel le roy avoit débouté par son plaisir, qui toutesvoies estoit une perle de chevalier entre mille » (Ghastellain, IV, 114). — Interpolations et variantes, § XXXV.

2. Jean, fils naturel (légitimé le 26 mai 1463) d'Arnaud-Guilhem de Lescun et d'Anne d'Armagnac, dite de Termes, et l'un des compagnons d'exil de Louis XI, fut gouverneur de Dauphiné et mourut en 1473. Il avait épousé Marguerite de Saluées.

3. Louis XI quitta Orléans le 11 décembre et prit sa route par la Beauce. Le 13, il était à Chartres, le 17 à Argentan, le 20 à Caen. Aucune résistance ne lui fut opposée dans la Basse-Normandie, dont toutes les places étaient aux mains des Bretons. Le 23 décembre 1465, un traité d'amitié intervenait entre le roi de France et le duc de Bretagne [Ordonnances, XVI, 448). — Exmes est auj. dans le dép. de l'Orne, arr. d'Argentan.

party et s'en vint devant Vernon sur Seine, où semblablement lui fut fait refus de première venue, et puis le mirent dedens^. Et, d'une autre part, estoit messire Charles de Melun, grant maistre d'ostel du roy, qui aussi prenoit et saisissoit villes et places, comme Gisors, Gournay^ et autres. Et si rua jus environ VII''* Escossois, qui s'en aloient au seigneur de Bueil pour ledit duc de Normendie, et fut la rencontre faicte desdiz Escossois à ung village du bailliage de Caux nommé Gailli^.

En ce temps, le seigneur d'Esternay, qui estoit gênerai de Normendie*^, qui s'en estoit party hors de la ville de Rouen pour la double et fureur du roy et à ce qu'il ne feust prins, fut rencontré en habit de cordelier de l'Observance par aucunes gens de guerre

\. Des patentes royales, datées d'Orléans, 2 décembre 1465, commirent Jean, duc de Bourbon, à se transporter en Normandie avec de pleins pouvoirs pour paciûer toute querelle entre le roi et son frère, promettre, bailler et donner terres, seigneuries, argent ou « autres choses » (Arch. nat., P 1359^, c. 702, orig. parch.). D'autres lettres, en date de Courville, 15 décembre, ordonnèrent le duc de Bourbon pour délivrer des lettres de rémission aux nobles, gens de guerre, etc., qui s'engageraient pour l'avenir à servir le roi, comme aussi pour faire cesser les pilleries des gens de guerre en Normandie (Arch. nat., P 1359', c. 792, orig. parch.). — Évreux et Vernon furent occupés par stratagème (Basin, II, 153 et suiv.).

2. Gisors, sur l'Epte, est auj. dans le dép. de l'Eure; Gournayen-Bray, dans la Seine-Inférieure, arr. de Neufchàtel.

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