Lisez Dammartin
3. La défaveur de Charles de Melun fut la conséquence immédiate de la rentrée en grâce de son ennemi le comte de Dammartin. Maupoint dit que plusieurs autres personnages furent « désappointés » et que les ducs de Bretagne, de Bourbon et de Galabre, les comtes de Dunois et de Dammartin se partagèrent 30,000 francs de pensions au moins. Le bâtard de Bourbon fut institué amiral « à grant pension d'argent, dont plusieurs murmuroyent » {Journal, p. 100 et suiv.).
Et, en ces choses faisant, le roy fist eschange avec ledit conte de Dampmartin d'un sien chastel qu'il avoit en Gascongne, nommé Blancaffort^ et, à l'encontre, le roy lui bailla tout le demaine et souveraineté qu'il avoit es villes de Gonnesse, Gournay sur Marne et Grecy en Brye^. Et de ce lui bailla lettres adreçans à sa court de Parlement, pour icelles estre par eulx expédiées et pour les joindre avecques sadicte conté de Dampmartin.
Oudit temps, le roy ordonna que la place de Ghaumont sur Loire, qui appartenoit à messire Pierre d'Amboise, seigneur dudit Ghaumont, feust mise en feu et en flambe et arrasée; ce qui fut fait^.
Et, le lundi tiers jour de février, ung nommé Gauvain Mauviel, qui estoit lieutenant gênerai du bailli de Rouen, fut prins en ladicte ville et mené prisonnier au Pont de l'Arche, et là, par le prevost des mareschaulx, dessus le pont dudit lieu fut drecié ung eschaf-
1. Interpolations et variantes, § XLIII. — Il s'agit ici de la ville de Blanquefort ea Médoc (auj. dép. de la Gironde, arr. de Bordeaux), prise sur les Anglais en 1453 et donnée par Charles VII à Antoine de Chabannes. L'échange en question fut fait à Pontde-l'Arche quelques jours avant le 8 janvier 1466, n. st. (Ordonnances, XVI, 454, note. Cf. Sauvai, Antiquités de Paris, III, 369). La seigneurie de Blanquefort, mise en la main du roi peu de temps après son avènement, avait été donnée par lui à Du Lau, alors sénéchal de Guyenne (Bibl. nat., ms. fr. 2921, fol. 83 v^).
2. Gonesse et Gournay-sur-Marne (Seine-et-Oise, arr. de Pontuise). Crécy-en-Brie (Seine-et-Marne, arr. de Meaux).
3. Interpolations et variantes, § XLIV. — Louis XI avait confisqué le château de Ghaumont dès le commencement du Bien- Public, car, le 31 mai 1465, il en avait fait don à la duchesse d'Orléans (Favre et Leceslre, Z,e Jouvencel, éd. cit., p. cclvi, n. 6, Cf. Mélanges historiques, II, 283).
fault, dessus lequel ledit Gauvain fut décapité pour aucuns cas de crime à lui imposez, et dessus ledit pont fut sa teste mise au bout d'une lance et son corps gecté en la rivière de Seine ^.
Et, en ce temps, le hault doien de l'église de Rouen et autres chanoines de ladicte église, jusques au nombre de six, furent envoiez hors icelle et leur fut ladicte ville interdicte, et furent envoiez demourer hors la duchié de Normendie^.
Après ce, le roy se parti de Rouen et s'en ala à Orléans, où la royne estoit, et y demoura par longtemps, et puis s'en ala à Jargueau et ilec environ^. Et, pendant qu'il y fut, arrivèrent devers lui plusieurs ambaxadeurs de diverses contrées et pour divers cas. Et, durant ce, le roy dehbera envoier ambaxade ou royaume d'Angleterre pour aucunes causes, et, pour
1. Gauvain Mauviel, écuyer, lieutenant général, dès le mois de novembre 1462, de Jean de Montespedon, bailli de Rouen (Bibl. nat., Pièces orig., vol. 1902, dossier Mauviel). En janvier 1463, n. st., sire Gauvain avait reçu pour services rendus à la ville de Rouen un don gratuit de 20 lions d'or (Arcli. munie, de Rouen, Reg. des délibér. de l'hôtel de ville A^, fol. 207 v»). Son exécution fut la conséquence de sa conduite antiroyaliste pendant le règne éphémère du duc de Normandie.
2. Le haut clergé rouennais avait témoigné de sentiments très particularistes. Les registres capitulaires de Notre-Dame de Rouen (Plumitif du chapitre, t. XXI, fol. 44 v») mentionnent un prêt de 500 1. t. fait au duc de Normandie « des deniers des églises » (9 août 1466). Le doyen, Nicolas Dubosc, s'était particulièrement distingué par son zèle séparatiste (Basin, III, 267 ; IV, 247).
3. La présence de Louis XI est signalée à Orléans le 25 février 1466. Il séjourna dans cette ville tout le mois suivant et arriva à Jargeau (Loiret) au commencement d'avril (Itin. cité).
ce faire, eslut le conte de Roussillon, bastard de Bourbon et admirai de France, le sire de la Barde, l'evesque et duc de Lengres^ maistre Jehan de Poupaincourt, seigneur de Cercelles, Olivier Le Roux, conseiller et maistre des comptes^, et autres, et partirent pour y aler ou mois d'avril GGCCLXVP. — Et oudit temps, par la justice ordinaire de Paris, furent prins plusieurs povres créatures, larrons, crocheteurs et autres malfaicteurs, qui pour lesdiz cas furent les aucuns pendus et estranglez , et les autres batus au cul de la charette par les carrefours de ladicte ville.
En ce temps, damoiselle Ysabeau de Gambray, femme de sire Guillaume Golombel, puissant et riche homme, fut mise et constituée prisonnière en la conciergerie du palais royal à Paris, à la requeste et pourchas de sondit mary, qui principalement la chargoit de trois choses : la première qu'elle s'estoit forfaicte et habandonnée à autre qu'à luy; la seconde qu'elle l'avoit desrobé de ses biens en grans sommes de deniers, et aussi qu'elle avoit fait et compilé plusieurs poisons pour l'empoisonner et faire mourir. Et, sur ces choses, avoit sondit mary fait faire ses
1. Guy Bernard occupa le siège de Langres de 1453 au 28 avril 1481.
2. Olivier Le Roux, d'abord notaire et secrétaire du roi (l^"" août 1461), fut reçu conseiller et maître des comptes le 24 novembre 1464 (voy. Vaesen, Lettres de Louis XI, III, 158 n.).
3. Les ambassadeurs du roi de France et ceux du roi d'Angleterre se rencontrèrent à Calais. Le résultat de leurs conférences fut la conclusion d'une trêve de vingt -deux mois (Maupoint, Journal, p. 101).
informacions ; après lesquelles veues et pour lesdiz cas, demoura longuement prisonnière et fut sur ce geheynnée. Et finablement, veu par la court de Parlement lesdictes charges et informacions sur ce faictes et sa confession prinse, par arrest et jugement diffînitif d'icelle fut dit et prononcé que lesdictes charges, par ledit Golombel imposées à sadicte femme, estoient souffisamment prouvées ; pour quoy fut declairé par ledit arrest privée de toute communaulté de biens et douaire avec sondit mary. Et, au regard des poisons, furent appoinctez contraires, de quoy elle proposa erreur et consigna vi^^ livres parisis^.
Le dixiesme jour de may, oudit an LXVI, messire Anthoine de Chasteauneuf, seigneur du Lau, qui avoit eu congié du roy longtemps par avant, fut trouvé par cas d'aventure par le seigneur de Chabesnays et autres es pleines de Glery près Orléans. Et, pour ce que lui et ses gens furent de lui apperceuz en habis mescongneuz, fut prins prisonnier et mené au roy, qui
1. Ysabeau de Cambray, probablement l'un des seize enfants d'Adam de Cambray, premier président au Parlement de Paris, et de Charlotte Alixandre, avait épousé sire Guillaume Colombel, élu de Paris dès 1454 et commis au payement des gages de la cour de Parlement {Ordonnances, XVI, 439), puis conseiller du roi. L'arrêt de séparation prononcé en Parlement le 15 juillet 1466 relate minutieusement les faits reprochés par Colombel à sa femme, les répliques d'Ysabeau et les nombreuses vicissitudes du procès, qui n'en demeura pas à ce point. (Voy. Arch. nat., X2a 34, fol. 145 et suiv., et X2a 35, à la date du 21 octobre 1469. L'arrêt est cité par Longnon, Villon, Index, p. 295.) Cf. ce passage d'une lettre du premier président Jean Dauvet à Louis XI, en date de Paris, 13 mars (1466) : « Nous besoingnons au procès de la Colombelle, auquel il y a beaucoup de folies » (Mélanges his~ toriques, II, 446).
l'envoya avecques ses gens prisonnier en ung chastel près Meun^.
Et, le mercredi [14 mai], veille d'Ascension Nostre Seigneur, par l'ordonnance du roy, maistre Jehan Le Prévost, notaire et secrétaire du roy, entra dedens la Bastide Saint-Anthoine par moiens subtilz, et d'ilec en mist et gecta hors ung nommé Marc, qui en estoit lieutenant pour mons. de la Borde ^, et lequel Marc avoit nouvellement espousée la fille naturelle dudit messire Charles de Melun, qui estoit filz dudit seigneur de la Borde. Et, après ce, ledit Marc et sadicte femme et mesnage s'en retournèrent à refuge pardevers ledit messire Charles en la ville de Melun .
Et, le samedi veille de Penthecouste , xxmi® jour dudit moys, oudit an mil IIIPLXVI, furent leues et publiées en ladicte ville de Paris, par les carrefours d'icelle, à son de trompe et à cry publique, le mandement du connestable de France, dedens lequel estoit inséré le mandement du roy, qui contenoit que le roy estoit deuement informé que les Anglois, ses anciens ennemis, en grosse et merveilleuse armée, estoient délibérez d'entrer et descendre ou royaume de France pour destruire et gaster icellui, et que, pour ce faire, avoient desjà fait grant amas de navires; et, pour ce, le roy, voulant résister à leur mauvaise et dampnée entreprinse, et pour les grever et nuire en tout ce que
1. Interpolations et variantes, § XLV. — Arrêté par Jean de Vendôme, seigneur de Chabanais, Du Lau fut enfermé d'abord au château de Sully-sur-Loirc, puis transféré, au mois d'octobre suivant, au château d'Usson, d'où il réussit à s'échapper (voy. plus loin).